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 Au pied de la voute

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₳ Philosophe ₳

Heinrich von Markus

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MessageSujet: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyVen 9 Avr - 18:17

Aujourd'hui était la définition de la belle journée de printemps : chaude, ensoleillée et gorgée de vie. Cette dernière exsudait par toutes les pores de la ville. Les allées se teintaient du rose fleural des arbres, les bords des fenêtres des courtepointes colorées que les maîtresses de maison laissaient aérer et par dessus tout cela, les oiseaux chantaient à tue-tête leur sérénades.

Mais de tout cela, Heinrich ne percevaient que le cri des oiseaux de temps à autre lorsqu'une porte s'ouvrait et laissait rentrer quelqu'un dans la salle du réfectoire où il se trouvait. La chaleur était repoussée par les épais mur de pierre et les ouvertures trop petites. De l'astre solaire, le peintre ne percevait strictement rien. Il était dans un coin reculé de la salle et les rayons qui perçaient au travers des rares fenêtres avait arrêté leur course bien avant de parvenir jusqu'aux yeux de l'artiste.

Cela ne le dérangeait pas tant que cela par ailleurs. Il profitait de cette configuration monastique pour essayer de nouvelles couleurs et de nouveaux jeux d'ombres. Ainsi de temps en temps, il posait son pinceau, s'emparait de la lampe qui éclairait son travail et la promenait de droite à gauche et de gauche à droite pour voir l'obscurité métamorphoser son œuvre et donner vie au dessin.

Puis fut un moment où il perçut de lointain murmures. Les sages se réunissaient à l'autre bout du bâtiment pour continuer leurs méditations. Il ne serait pas dérangé pendant un petit moment. Dans un sens, cela l'ennuyait. Il savait qu'il devait recevoir la visite du responsable du réfectoire qui devait constater du bon avancement des travaux. Il ne pourrait partir avant et pourtant la journée était bien avancée.

En rechargeant son pinceau des pigments qu'il concoctait lui-même, son esprit se mit à gambader sur la venue du mandataire. A quoi ressemblait-il ? Malgré sa proximité avec la gente cléricale, Heinrich n'en connaissait que peu. Et celui qu'il fréquentait le plus était le maître du trésor qui lui donnait son travail et ses appointements. Le reste... Le reste n'était que des ombres fugaces qui passaient dans son dos ou sous ses échafaudages pendant que les murs s'éveillaient sous ses pinceaux.

Ce fut à ce moment là qu'un trille de rossignol ponctua la pensée du garçon. Or qui disait trille disait porte ouverte et donc visiteur. Le responsable ! Tous les autres communiaient avec l'Ombre. Ce ne pouvait être que lui. Enfin ! Heinrich posa prestement son pinceau et descendit de son perchoir avec une dextérité d'autant plus grande qu'on voyait qu'il avait l'habitude de l'exercice. Ses pieds se posaient sans trembler sur les rondins de bois qui lui permettaient d'atteindre la voute. Finalement, la peau nue de ses orteils toucha la dalle froide. Le contraste de chaleur entre les rondins et la pierre lui arracha un frisson.

"Ah ! Bonsoir ! Le cuisinier m'a fait dire que vous viendriez voir l'avancée des travaux de la salle.


Tiens, il était plutôt beau gosse et bien vêtu, le chefailllon. Il avait l'air bien propre sur lui et plutôt... Mmmh, comment dire ? Fier ? Oui, un peu mais ce n'était pas ça qui le titillait. Tête à claque ? Peut-être, il avait une petite crispation des muscles qui ne lui plaisait pas en tout cas. Le personnage n'était pas franchement antipathique mais il n'émanait pas de lui toute la bonté du monde. Cela le surprenait un peu. Le cuisinier lui avait dit que son collègue pouvait attirer les moineaux avec un seul sourire. Il ne doutait pas qu'il s'agissait d'une figure de style mais il avait supposé qu'il s'adresserait à quelqu'un d'un peu plus bonhomme que maintenant. Peut-être fallait-il le dérider un peu. Le peintre lui donna une claque affectueuse sur l'épaule avant de passer sa main dans son dos, de lui attraper le bras et de le serrer à son côté.

Voulez-vous que je vous montre ? Vous allez voir, ça sera bien plus agréable pour manger. Vous allez aimer."
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Mort(e) tragiquement

Uriel D'Arken

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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptySam 10 Avr - 10:00

L'Église a toujours été un acteur politique, et pas seulement politique, de poids. Et ce n'était pas dans ces temps difficiles qu'elle devait quitter la course au prestige et à la splendeur générale. Pas contente de manifester sa puissance à la population, elle devait aussi s'assurer que ses ecclésiastiques se sentent membres d'une grande communauté unie et inébranlable. Si on tenait compte de tout ceci, il apparaissait comme évident que l'Art était l'une des voies pour atteindre ces buts. L'Art, dans ses formes les plus courantes, telles la sculpture, le peinture et l'architecture... Et le Haut Prêtre Uriel connaissait bien la valeur de quelques œuvres judicieusement placées. Il connaissait aussi les noms qui rendaient les œuvres plus précieuses.

Un de ces noms était celui de Heinrich von Markus. Noble de naissance, il fut destiné à l'Art. Et, comme par miracle, il y était particulièrement habile. C'était d'ailleurs la seule raison qui fit qu'il fut choisi pour mener les travaux de décoration du Monastère. Quelques fresques seraient certainement favorables à la concentration et la réflexion des prêtres, malgré la réputation du jeune peintre. En effet, il n'était pas une chose secrète que non seulement lui, mais surtout son maître était un sage et en libre-penseur, comme bien des artistes. Ils pratiquaient ce qu'ils n'hésitaient pas à orgueilleusement appeler la communion avec la Terre. Ha ! Comme s'il existait une énergie digne d'être manipulée que celle de l'Ombre ! Hérétique, cet homme méritait d'être égorgé dans une ruelle... Mais il était bien trop important pour cela... Et trop utile aussi.

Le Haut Prêtre ne croisa personne, à part deux ou trois novices, dans les couloirs de ce bâtiment sombre, mais loin d'être ténébreux. Si Heinrich fut choisi par l'Église, il faut comprendre que la décision venait du supérieur de celle-ci. Et, même si ce jeune homme n'était pas ce qu'il y avait de plus plaisant sur le plan idéologique, il fallait s'y faire. C'est donc un politicien des plus fourbes qui ouvrit la porte de l'une des multiples salles du bâtiment. Il ne se trompa pas sur la personne qui l'y accueillit. Elle lui réserva un accueil certes chaleureux, mais pas vraiment... hum... Convenable. Bref, cela permettra d'abréger la conversation à son minimum, en l'amputant des convenances et politesses inutiles. Pour une fois, il ne devrait pas s'encombrer de cela. Bien... En attendant, il se fit empoigner et se laissa faire.


"Eh... Bonjour, maître von Markus..."

Un maître oui... Très talentueux et très direct... Uriel n'avait rien d'un athlète. Au contraire, toute sa vigueur était purement intellectuelle ou cachée dans ses mouvements lors de l'exercice de son Art. Au contraire de tous les prêtres que le peintre aurait pu rencontrer, le Régent impérial était pratiquement toujours vêtu de blanc, ressemblant bien plus à un fantôme qu'à une ombre. Ceci dit, il avait l'habitude de la danse et souplesse... Faisant un geste dans son dos, il s'empara de sa propre ombre pour donner un petit coup sur l'épaule de Heinrich et se défila très rapidement pour observer le mur et la voûte en travaux...Un travail remarquable...

"Oui... Je vois ça. Un travail à la hauteur de vos talents, vraiment... Très réussi, ce petit jeu d'ombres et de couleurs. Je suppose que cela ressemblera à ça, en fonction de la position du soleil..."

D'un geste souple, il fit dans les ombres sur le mur, comme si la lampe se déplaçait, imitant le mouvement de l'astre du jour et l'inclinaison des rayons de la lumière dans cette pièce. Déplaçant sa main, et les ombres avec, il transforma une splendide femme ailée en une autre, tout aussi belle, de noir vêtue et bien plus sombre. Heinrich faisait ici un travail vraiment splendide. Un artiste, en somme, il fallait le reconnaitre. Le regard bleu se posa sur lui et le dévisagea. Plutôt mignon, lui aussi. Sans doute un peu fourbe. On le savait plus influent que sa condition d'artiste pourrait le suggérer. Avec son frère, il dirigeait tranquillement une des provinces de l'Empire, ce qui l'élevait socialement et aussi d'un point de vue politique au-dessus de ses confrères... Mignon, oui... Même très mignon, pourrait-on dire. Un fin sourire se dessina sur les lèvres pâles du Haut Prêtre, alors que ses yeux se levaient vers la voûte.

"Je suis plus que satisfait... L'Église vous est encore une fois très reconnaissante... J'espère que vous ne faites face à aucun problème que je pourrais régler pour vous ?"

Il fallait s'assurer que les artistes étaient satisfaits, eux aussi...


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Heinrich von Markus

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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyMer 14 Avr - 19:33

Il existe des choses qui font toujours sourire le cœur d'un homme. Souvent, il s'agit de la vision de la femme aimée. Parfois, c'est le rire de son descendant mais d'autres fois, comme aujourd’hui par exemple, le témoignage d'une certaine puissance pouvait remplir son orgueil. Maître von Markus était un titre qu'il n'avait que rarement entendu. Sauf par les esclaves que sa famille possédait mais il chassa cette remarque intérieure d'une main imaginaire. La valeur était en effet incomparable. Ce titre pouvait aussi venir du fait qu'il était tout récemment devenu l'associé de son propre maître mais son cerveau chassa cela tout aussi bien qu'il chassa la gêne apparente du responsable de salle. Sentir son talent reconnu aussi explicitement était une chose tout à fait agréable et le peintre se laissa à ressasser ce sentiment, un léger sourire aux lèvres et les yeux fixant un point imaginaire.

Il fut tiré de son fantasme par un étrange contact qui l'aurait fait sursauter s'il n'avait pas été empreint d'une certaine douceur. Heinrich fut surpris par ce choc moelleux et se retourna pour voir ce qui avait pu le provoquer. Il ne contempla pourtant que le vide de la salle. Les tables étaient débarrassées de tout relief de repas. Les bancs sculptés reposaient tranquillement, vides de tout séant. Le peintre haussa alors un sourcil intrigué par ce toucher d'origine inconnue. Juste avant de se retourner vers la voute nouvellement décorée, son œil s'attarda sur un éclat de soleil qui perçait à travers des vitraux anciens et ricochait sur le bois usé. S'il avait su, il y aurait vu une certaine ironie. Mais il n'en savait rien et passerait probablement de nombreuses rêveries à se rappeler cet incident.

Lorsqu'il se retourna, il se rendit compte que le dévot s'était éloigné d'un pas vers le mur et la peinture encore humide. Il vit les ombres prendre vie de la même manière qu'il animait les murs et les roches. Il fut étonné par la fluidité de ces petites ténèbres. Le peintre songea que la différence d'habileté était grande entre ce prêtre de campagne et celui qui se trouvait en sa compagnie. Il n'avait jamais assisté qu'une seule fois au pouvoir des serviteurs de l'Ombre. Un matin d'étude, l'ecclésiastique qui lui enseignait la théologie en compagnie de son frère avait fait bouger les ombres. Mais le mouvement avait été saccadé.. Il se remémora alors l'épisode, oubliant là où se trouvait, retrouvant dans ces souvenirs la compagnie de son défunt frère pour un instant.

La nostalgie se vit soudain surpassée par une autre sensation : un voile de plomb se glissait sur sa chair, remontant de ses pieds nus jusqu'à son visage avant de se poser définitivement sur ses épaules comme une cape étouffante. Son regard quitta le passé pour revenir contempler le présent. Il y fut accueilli par deux lacs bleus égarés sur une étendue de neige. Cette couleur était si profonde qu'elle lui coupait le souffle avant même qu'il n'ait pu en atteindre le fond. Sa régularité aurait pu devenir terne si un éclat ne l'illuminait pas. C'était un éclat indéfinissable qui se métamorphosait sans cesse hypnotisant tous ceux qui cherchaient à le comprendre. Heinrich commençait à se noyer dans ces lochs azuréens. Il fut sauvé lorsque ces derniers vinrent se mêler à la voute céleste.

Le peintre reprit pied et se rendit compte que la distance entre eux deux avait augmenté d'un pas supplémentaire. Le prêtre contemplait à nouveau son travail laissant ainsi l'artiste se remettre de l'envoûtement de ce bleu si intense. Qu'il aimerait capter cette couleur dans son travail ! Son propre regard se baissa sur ce personnage qui lui tournait le dos. Ses cheveux blonds se terminaient sur un dos qui se tenait droit laissant transpirer une aura de pouvoir et de sérénité. Ses yeux continuèrent leur contemplation et vinrent à féliciter le prévôt pour s'être ainsi vêtu de blanc. Ces vêtements mettaient en valeur les formes et les volumes grâce à un grand dégradé de gris. Qu'il aimerait capter cela aussi ! Mais pas forcément dans son travail cette fois...

Son fin sourire fut interrompu par la question du superviseur. S'il avait besoin de quelque chose ? Non pas vraiment. Quoique... Son esprit s'orna d'un fin sourire malicieux qui se transforma en quelque chose de plus naïf sur ses lèvres.

"Et bien, mon cher, il est possible que vous puissiez m'aider à résoudre un problème qui me hante depuis quelques jours..."

L'artiste réduisit la distance qui les séparait et effleura doucement le bras du surveillant pour l'inciter à l'accompagner. Il le mena vers un grand mur couvert d'une chaux éclatant d'un blanc virginal. Ce dernier fut désigné d'un grand geste de la main.

"Voyez par vous même. Ce mur est idéalement situé, n'est-ce pas ? Le point de convergence de tous les regards, tous vos frères qui s'assiéront ici pourraient se nourrir spirituellement de la fresque qui se trouvera là rien qu'en tournant légèrement la tête ! Il est l'âme de ce lieu, celui sans qui tout s'écroule. Ne croyez vous pas qu'il faut en faire l'œuvre maîtresse ?"


A chaque fois qu'il ponctuait ses phrases de grands élans passionnés, le peintre guettait l'approbation du prêtre qui l'accompagnait, quitte à laisser un silence de quelque secondes pour l'encourager à acquiescer. Il passa donc à la deuxième phase de sa rhétorique.

"Je pensais l'illustrer par une des scènes les plus symboliques des textes canoniques ; notamment à la maîtrise de l'action juste. Et pour cela, il me faut une figure forte qui peut tous les inspirer ! Vous êtes connus de tous ici. Il me semblerait opportun de vous représenter sur ce mur, n'est-ce pas ? Qu'en pensez-vous ?"

Certes, Heinrich pensait toujours s'adresser au maître de la salle, il était à des lieux d'imaginer à qui il s'adressait réellement. Mais il avait retenu les leçons de rhétorique de son frère, logiquement, il devrait accepter ce qu'il lui proposait. Même si tout ce que ça impliquait n'était peut-être pas explicitement annoncé.
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Uriel D'Arken

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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyMer 14 Avr - 21:04

Chacun ses petits plaisirs du cœur. Uriel ne cherchait aucune reconnaissance, on l'avait déjà assez reconnu jusqu'à présent. Haut-Prêtre, Marquis, Régent,... Les titres ne lui manquait pas. Pour cet homme, blond et froid, ne comptait que l'Empire et son Église. Les deux étaient liés et devaient le rester le plus longtemps possible. Voilà ce qui ferait plaisir au cœur si dur de l'ecclésiastique. Un cœur bien singulier qui pouvait rester de glace, alors que le corps brûlait de mille désirs et profitait de toutes les joies de la chair mais qui s'échauffait pour un enfant aux cheveux bleus. Un enfant des plus adorables et tant aimé du marquis. En attendant de pouvoir le rejoindre, il devait se contenter de surveiller la croissance de la gloire de l'institution qui l'a vu s'épanouir pour la première fois... Un sourire espiègle se dessina sur ses lèvres blanches, lorsqu'il constata que son subterfuge des plus ridicules fonctionna à merveille. La mine de cet artiste, hum... mignon, bien mignon,... valait la peine de jouer un peu, même si cela le faisait ressembler à l'enfant qu'était le divin petit Empereur. Après tout, chacun peut s'amuser, non ?

Bien des gens 'sentaient' l'Ombre moins bien que D'Arken, même s'ils servaient sa cause avec plus d'ardeur encore. Tout n'était pas dans la foi aveugle en un dogme. Le tout était de communier avec l'énergie dans laquelle on voyait quelque chose de divin. Il fallait passer des heures entières à la maîtriser, à la respecter et à sentir ses fluctuations. Il faut croire que si c'est la seule chose qu'on a dans la vie, on y attache plus d'importance et ce fut le cas du jeune prêtre durant une longue période de sa vie.

Ah... Autre chose qui pouvait bien faire plaisir à Uriel : le pouvoir. Celui de régir l'Église et sa puissance tant sociale, économique qu'armée et violente. Celui d'avoir l'occasion de gérer l'Empire, selon sa volonté (tenir compte d'Ezhekiel se résumait souvent à l'achat de nouveaux jouets). Celui de manipuler les Ombres, comme il l'aimait tant. Avec cela, il pouvait enlever la vie, d'un seul geste, sans oublier que la moindre de ses démonstrations renforçait encore plus son autorité sur tous ses spectateurs. Ceci dit, il existait aussi ce pouvoir qui était réservé aux orateurs et aux hommes et femmes qui étaient bien en vue. Celui des amants qui séduisent par leur simple posture et imposent le respect et l'émoi. Les yeux bleus ne pouvaient rater la douce béatitude du peintre, face à sa beauté et son charme naturel. La réputation de séducteur, qui était celle du marquis D'Arken, n'était pas vraiment usurpée. Détaillant le soleil et la lune, astres splendides, peints sur la voûte, il se contenta de sourire intérieurement.

Enfin, vint la réponse à sa question. Elle eut un peu de mal à sortir et fut précédée d'un long préambules, quelque peu superflus, mais gratifiés d'un poli :


"Je suis certain que vous connaissez votre art. Et je suis d'accord avec vous."

Certes, le Haut Prêtre savait reconnaitre les domaines dont il n'était absolument pas expert. Et il ne l'était certainement pas en peinture ni en aménagement d'intérieur. Cependant, il lui apparaissait clair qu'il serait bon de soigner l'endroit que tout le monde regardera et d'y placer une œuvre des plus agréables à regarder. Regardant, les yeux plissés, le grand espace (trop) blanc et (beaucoup) trop clair, les mains dans le dos, Uriel écouta la proposition de son interlocuteur. Il avait envie de répondre qu'il était autant péché de proférer des flatteries que de les accepter*. Mais il trouva que cela ne serait pas tout à fait vrai. Les compliments, plus ou moins vrais, fusaient de partout dans ce monde. Surtout dans les plus hautes sphères de la société...

"Je reconnais que les années de travaux acharnés ont porté leurs fruits, en ce qui concerne ma personne. Mais si l'on doit se souvenir de moi, je préfère que ce soit à travers ce que j'aurais apporté à mon Art. Si quelqu'un juge un jour, que j'étais un si grand homme, que mon physique doit être figé à jamais dans ces lieux saints, il fera peindre mon visage sur toutes les surfaces planes. En attendant, je me contenterait de quelques modestes tableaux de moi, que je garde dans ma demeure familiale, comme tous mes ancêtres et les vôtres sans doute aussi..."

N'est-ce pas une réponse habile, digne d'un politicien ? Certes, Uriel y passait pour quelqu'un de puissant et de modeste à la fois. Mais s'il était l'un, il avait plus de mal avec l'autre... Il fallait cependant reconnaitre qu'une chose restait encore et toujours inaccomplie dans la vie de l'ecclésiastique, si puissant soit-il. A savoir, il n'avait toujours pas su mettre au point son propre sortilège, sa propre technique de Manipulation, alors que des gens bien plus jeunes y étaient parvenus tout naturellement. Comment figurer sur une fresque, dans un endroit pareil, sans l'avoir véritablement mérité ? Sa réputation s'en prendrait un coup. Excellent dirigeant religieux, il n'avait aucune envie de perdre des points du côté qui lui apportait son soutien, inconditionnel jusque là.

"Tout ce que je peux faire pour vous, maître von Markus, c'est vous montrer un ou deux mouvements que vous pourriez immortaliser ici, mais à condition qu'ils soient exécutés par un prêtre anonyme, de préférence encapuchonné, histoire d'éviter le débat quant à son identité."

Voilà tout ce que le Haut Prêtre pouvait faire... Il avait, à vrai dire, une autre idée encore, mais celle-ci allait devoir attendre une autre occasion. Hum... Cet artiste hérétique avait l'air d'un homme appréciant le contact physique... Hum... Héhé...


[*Tiens, c'est la seconde référence cinématographique en deux posts (l'autre se trouve ici. Cherchez dans le dernier post de 'Wolf' !]
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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyMer 14 Avr - 22:38

Les deux hommes discutèrent tous les deux l'un à côté de l'autre et face à un mur blanc comme un défi, blanc comme une injure pour les deux. Le plus grand des hommes reprit la parole et lorsqu'il eu fini de s'exprimer, Heinrich détourna légèrement la tête, le contemplant de manière suspicieuse à travers l'une de ses mèches teintes en blond.

Il était tout d'abord surpris de l'allusion aux tableaux de famille. Le cuisinier ne lui avait pas donné l'impression que le responsable de salle était de noble extraction. Mais peut-être ne savait-il pas tout. Toutefois, la réponse éveillait des échos tactiques. Son père, son frère Bonifatius ou encore Irenäus auraient tous pu faire une réponse équivalente à celle-ci. Cela sentait la fausse modestie politique à plein nez. Malgré ces paroles laissant croire à un profil bas, il puait l'orgueil. Il ne lui déplaisait donc pas de voir son visage sur tous les murs. En manœuvrant un peu habilement, l'artiste songea qu'il serait bien facile de lui faire faire ce qu'il voulait qu'il fasse. Par ailleurs, l'homme s'était soumis à son jugement dans le domaine artistique. Il serait possible de jouer sur cette fibre d'autorité.

Le peintre dévia son regard sur la chaux immaculée. A son tour, il mit les mains dans le dos, imitant volontairement de par cette posture celle de son interlocuteur. Il laissa passer un léger instant, le temps d'affuter ses arguments et de se remémorer les paroles de son comparse. Il s'éclaircit un peu la gorge et répliqua d'une voix adoucie, plus douce et adolescente :

"Si je puis être ce quelqu'un, je peux juger que vous êtes un grand homme. Rien qu'en restant sur le plan physique."

L'artiste leva eut rapidement un petit coup de tête vertical : le prêtre était en effet plus grand que lui. Mais Heinrich se doutait que l'autre comprendrait ce que cela impliquait : tout jugement était subjectif. Sa réticence n'avait que peu de valeur. Il avait ensuite envie de lui faire connaître un autre point de vue :

"Et si je puis me permettre, messire, ce que vous aurez apporté à l'Art, vous aurez tout le loisir de le contempler une fois que cette œuvre sera achevée. Ne craignez pas de ne pas en être digne. Vous l'êtes déjà."

En quoi, il n'en avait pas la moindre idée mais l'orgueil de l'ecclésiastique devait le savoir et lui avoir porté la réponse à l'esprit. Il contemplait à nouveau discrètement son visage. Il voyait passer une ombre dans ces yeux bleus magnifiques. Il voyait ses lèvres se tordre rapidement de dépit. Son orgueil le blessait par ailleurs. Cet instant voyait passer une guerre terrible à l'intérieur de ce désert de neige. Mais le peintre se tut le laissant penser tranquillement, sur de sa victoire. Il existait des choses irrésistibles à l'orgueil. Avec l'argent, c'était la plus puissante des armes quoiqu'en puisse démentir tous les généraux de l'empire.

Heinrich cru entendre un soupir puis l'autre eut un frémissement qui lui fit connaître sa victoire. L'autre allait accepter. La condition le gêna. Il voulait devenir un anonyme ? Mais ce n'allait pas du tout avec ses plans et encore moins avec son inspiration ! Quoique... Quoique il y avait peut-être moyen... Il porta la main à son menton, contemplant le mur vierge pour mieux s'inspirer du vide. Et son regard retourna à sa muse. Il afficha un sourire rassurant.

"Ne vous inquiétez pas ! Je vais m'arranger de manière à ce qu'il n'y ait pas de débat d'autorité. Tout en veillant à ce que votre identité reste secrète, bien sur. Mais n'ayez crainte pour les mouvements, j'ai déjà l'idée de la pose. Commencez à vous mettre à l'aise."

annonça-t-il en lui tournant le dos et en s'éloignant vers son matériel, s'emparant d'une autre palette et d'une petite valise usée contenant les pigments et les solvants nécessaires. Il jeta un coup d'oeil vers le supérieur. Rassuré, il fit un léger mouvement et les pigments de roche et de terre de sienne qui se trouvaient sur l'échafaudage se mirent en mouvement. Quelques secondes après, les pênes se trouvaient poussés dans la gâche, empêchant ainsi la venue de tout perturbateur. C'était un instrument de confort et de sérénité autant pour le prêtre que pour le peintre. Ce dernier n'aurait pas aimé être dérangé dans ses mouvements.

Il revint sur ses pas, retrouvant le volontaire mais affichant un sourire amusé à la vue de sa tenue. La table se retrouva couverte d'instrument et vit partir le peintre à la rencontre du modèle. L'homme de l'art retrouva celui de l'ombre et vint se poser derrière, n'hésitant pas à réduire la distance entre les deux hommes. Il fallait avouer que cela n'était pas bien difficile, il était déjà fasciné par le charme de l'autre et surtout par les couleurs qu'il portait.

"Vous savez, je sais que l'action juste requiert la plus grande pureté dans le mouvement," il s'approcha de son oreille et susurra, "et d'une souplesse infinie aussi bien dans le corps que dans l'esprit..."

Pour conclure, cette parole, il commença à dénouer le foulard qui enserrait la nuque de l'ecclésiastique puis le lâcha. Quelques poussières l'interceptèrent et vinrent le déposer sur le banc le plus proche. Heinrich tourna autour du prêtre pour venir se placer devant lui. Sa main s'approcha de la naissance de l'épaule, remonta silencieusement tel un serpent qui se glisse sur le sol puis s'approcha du foulard qui retenait captive la blondeur de ses cheveux. Sa voix vint dans un murmure comme celui d'une rivière qui perçait hors de la roche après des lieues et des lieues de voyage au contact du grès, du gypse et du granit.

"La pureté n'a jamais été mieux magnifiée que dévêtue."

Il porta la soie à son nez, respirant les doux parfums qu'il portait. Un parfum qui le surpris. Il était raffiné, floral quoique capiteux sur les bords. Il s'attendait à sentir les effluves des herbes de Provence et le musc du gibier. Le personnage devint plus éthéré dans son esprit, s'élevant un peu au dessus de ce qu'il avait pu imaginer et devenant plus intéressant encore. Il recula de quelque pas ne lâchant pas du regard le prévôt. Il s'assit sur le banc, s'adossant à la table,s'accoudant à elle et croisant les jambes. Le foulard bleu était négligemment posé sur ses cuisses.

"Continuez tranquillement. Je vais avoir besoin de ces quelques minutes pour prendre toute la mesure de mon inspiration. Je vous indiquerai la pose à prendre en fonction de vos mouvements, de votre façon d'être."

Et de ce qui serait le plus agréable à peindre évidemment même s'il se demandait comment concilier ses yeux avec une vue de dos. Enfin de dos... Ce n'était pas tant le dos qui l'intéressait. Il remarque que sous ses doigts la soie était bien douce.
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Uriel D'Arken

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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyJeu 15 Avr - 13:33

Soit Heinrich von Markus n'était pas aussi intelligent que sa réputation le laissait entendre, soit il ignorait vraiment à qui il avait affaire. Le cuisinier savait certainement que la personne, venant inspecter les travaux n'était nul autre que le Haut Prêtre Uriel, troisième du nom à avoir atteint cette fonction. Il était fort difficile de se hisser si haut dans la hiérarchie de l'Église, sans avoir de soutien politique quelconque. Apprécié de son prédécesseur, d'une famille puissante, D'Arken était parfait pour le poste. Dans son esprit, la thèse de l'ignorance de l'artiste apparaissait comme plus probable, elle fut donc validée et provoqua un amusement certain de l'ecclésiastique. Il allait pouvoir se divertir, dissimulant son identité plus encore durant un moment, histoire que l'autre tombe des nues au bon moment.

Sinon, comment voulez-vous assurer la Régence, sans être d'origine noble ? Aucune chance. Par contre, la grossière flatterie, qui suivit, n'était pas très adéquate au personnage... Uriel avait conscience de sa propre grandeur et de l'importance des fonctions qui étaient siennes. Mais le dire ouvertement était une preuve de mauvais goût et d'un manque cruel de diplomatie... Il n'était pas un petit noble de campagne, dirigeant un fief avec une dizaine de paysans. C'était là l'une des personnes qui se plongeaient au plus profond de la politique impériale. Il maintenait l'Empire en place et commandait aux milliers de prêtres et inquisiteurs. Et puis cette allusion à l'œuvre que le Haut Prêtre n'avait pas encore su accomplir ! Bien sûr qu'il n'était pas digne ! Sans apporter quelque chose de constructif et d'innovant dans l'Art de la Manipulation des Ombres, il risquait fort de devenir une ligne dans la longue liste de Haut Prêtres. S'il voulait des pages ou des livres entiers à son sujet, il fallait pousser sa maîtrise au maximum.

Ceci dit, il resta de marbre, face à tant de mots, ayant si peu d'importance. Lorsque l'autre se mit à lui tourner autour, il se trouva en présence d'éléments qui lui indiquèrent que son plan allait fonctionner. Uriel allait pouvoir obtenir d'Heinrich ce qu'il voulait. Ce qu'il voulait de tant d'hommes après tout. Au diable (qu'est-ce donc que le Diable ?) les tableaux ! Vivent les plaisirs de la vie... La statue blanche aux yeux bleu et aux cheveux d'or s'anima brusquement. Le fait qu'on le déshabille n'avait rien de bien licencieux en privé et cela pouvait s'avérer bien agréable. Mais des forces presque infernales se déchainèrent en lui lorsqu'il constata ce que son interlocuteur était occupé à faire. Le poing droit du prêtre se serra, devenant encore plus blanc et toutes les ombres dans la pièce s'assombrirent instantanément. Leurs angles s'aiguisèrent, les rendant plus menaçantes, alors qu'Uriel se tournait vers Heinrich. Son regard bleu devint plus froid encore, rempli d'une forme de colère. Un colère que seuls les fanatiques connaissaient...


"Vous..."

D'un mouvement horriblement souple, le Régent fit balancer ses bras, envoyant une vague d'Ombre sur le peintre, le clouant ainsi au mur. Sa volonté maintenait la masse translucide et obscure en place, engluant celui qui eut le malheur de commettre une hérésie en présence du plus haut dignitaire ecclésiastique et dans un lieu sacré en plus... La rage, ayant pris possession d'Uriel, s'estompa rapidement, laissant place à un amusement, ayant quelque chose de glacial en lui. Replaçant ses vêtements et ramassant son foulard bleu, le blond sourit à Heinrich, avant de reprendre, plus calmement, mais d'une voix qui suggérait qu'il n'a vraiment pas envie d'avoir à répéter ses paroles.

"Écoutez très attentivement. Par respect de votre maître et de votre art à tous les deux, vous êtes en vie et vos... hum... pratiques sont tolérées. Je mettrais ce que vous venez de faire sur le compte de votre étourdissement propre aux artistes. Cependant, la prochaine fois, cela entrera dans le domaine des compétences de l'Inquisition... Je ne viens pas m'exercer dans votre atelier, alors évitez de faire vos tours de passe-passe dans ce lieu saint."

Il fallait vraiment manquer de tact et d'instinct de survie pour pratiquer la soit-disant 'manipulation de la Terre' dans le Monastère, dépendant de l'Église. Des fanatiques moins au courant de la politique, comme ce brave Zélel, pour ne citer que lui, auraient déjà tranché la gorge de l'autre. Avait-il de la chance pour autant ? Le politicien fourbe et pervers en face de lui était bien pire. Ou pouvait l'être. Gardant le peintre immobilisé, il s'en rapprocha pour tendre sa main blanche, qui traversa les ombres sans le moindre souci, et venir caresser sa joue du bout des doigts. La peau d'Uriel était douce, blanche, froide... Son regard bleu ne quittait pas celui de son interlocuteur. Cette fois, c'est lui qui murmura, de sa voix calme et envoûtante :

"Travaillez un peu vos compliments. Il serait dommage qu'un homme aussi... charmant, soit si malhabile dans ses paroles."

Certes, il ne fallait pas se croire dans sa campagne. Dans la Capitale Impériale, tout était possible, avec un langage approprié, utilisé avec les gens appropriés. Mais, pour cela, il fallait savoir qui est qui... Et le peintre semblait bien ignorer l'identité de son interlocuteur. Le Haut Prêtre relâcha son emprise, gardant cependant sa main sur la joue d'Heinrich. Et il souriait d'une façon plus agréable et séduisante...

"Si vous êtes toujours partant pour faire ce tableau, avec moi pour modèle, je vous invite à me rejoindre au palais épiscopal dans deux jours. Passez dans la soirée, nous allons en profiter pour faire connaissance en partant sur de meilleurs bases que ce petit... malentendu. Qu'en dites-vous, maître von Markus ?"
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₳ Philosophe ₳

Heinrich von Markus

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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyJeu 15 Avr - 20:34

Les mèches du peintre cachait son regard aux yeux du monde. En réalité, il surveillait discrètement l'ecclésiastique. Il voulait abréger ces préparatifs ennuyeux et laissa la poussière fermer discrètement les portes à l'insu du manipulateur de l'ombre.

"Vous..."

Heinrich se redressa immédiatement en regardant le prêtre les sourcils froncés et le regard surpris. Il croisa son regard. La tempête balayait l'azur de ses prunelles et le transformait en une haine insondable. Il se força à ne pas reculer. L'autre ne savait rien, il ne pouvait pas savoir ! Enfin... Le philosophe se corrigea : il n'avait pas regardé du côté de la porte. Il n'avait donc aucune preuve. Il avait forcément dû se rendre compte de la manipulation d'une façon ou d'une autre. Peut-être avait-il...

Mais la supposition n'eut pas le temps de se former davantage dans l'esprit de l'inconscient. Son cerveau ne put s'empêcher de se focaliser sur l'autre homme. Il voyait la crispation de sa mâchoire, ses lèvres découvrir l'émail de ces dents. La lumière du soleil baissa un instant, s'éteignant presque comme si elle frissonnait devant le spectacle qu'il allait éclairer dans un instant. Le peintre eut le temps de laisser son regard s'échapper du mouvement de cette main vengeresse, d'apercevoir les ténèbres se fondrent sur lui avant de sentir ses pieds quitter le sol. Il atterrit contre un mur dans un bruit sourd.

Une exclamation de douleur s'échappa de ses lèvres. Sa tête avait cognée violemment contre le roc. Il se sentit un peu étouffé et la douleur qui le quittait lui offrit le loisir d'enfin ouvrir les yeux. Ce ne fut que pour mieux avaler sa salive. Le visage qu'il découvrit devant sembla se calmer aussitôt mais cela n'avait pas été suffisant pour ne pas apercevoir ces yeux qui l'avaient fasciné un peu plus tôt. La tempête qui ravageait ces lacs était devenue tornade, mousson, tsunami, typhon ! C'était un orage céleste qui menaçait de mort tout ceux qui oseraient le défier.

Cela se transforma en quelque chose de bien plus paisible mais de bien plus inquiétant. Heinrich y devina une menace mortelle. Une eau calme qui recelait un dragon capable de vous dévorer en un instant. Il sentait sa bouche devenir sèche et son dos ruisseler de sueur. Le sourire poignant sur ces lèvres lui semblait une fourbe invitation à venir se laisser dévorer dans ces eaux.

Heinrich n'avait pas manqué de saisir tout le sens du flot des paroles. Avec le responsable de la salle, il n'aurait pas manqué d'essayer de se dédouaner mais il venait de comprendre qu'il se trouvait face à un tout autre personnage. Il n'y avait là aucune compassion non calculée ni aucune bonté propre à attirer les oiseaux. Ses doigts étaient d'ailleurs trop froids pour cela. Il n'y avait pas moins de deux minutes, il aurait parfaitement apprécié ce contact mais il ne se sentait plus d'entrain. Il avait mal au dos, son crâne sonnait comme un carillon et il avait une curieuse sensation d'avoir oublié quelque chose de bien plus important qui lui torturait le bulbe rachidien.

Mais au fur et à mesure que sa peur diminuait, la colère prenait sa place. S'il n'y avait pas eu l'ombre qui le tenait captif, il aurait sans nul doute détourné sa joue de ces serres blanchâtres et manucurées. Sa voix retentit à nouveau. Il l'avait modulé pour que la douceur neigeuse de son timbre reprenne le dessus sur la froideur qu'il avait utilisé comme avertissement quelques instants auparavant. Et consciemment, Heinrich sentit sa colère mollir à son tour. Elle reprit un peu d'ardeur lorsqu'il comprit qu'il le traitait de jeune sot ignorant. Il serra et desserra les dents ne disant rien puisque l'autre trouvait ses paroles 'malhabiles'.

Le peintre sentit l'ombre devenir brouillard avant de disparaître et le relâcher. Ce n'était pas la seule chose qui changea : le sourire de son interlocuteur se fit aussi plus naturel et sincère.

*Mensonges !* pensa-t-il en le voyant.

Maintenant qu'il était libre, il ne put s'empêcher de faire un pas de côté pour échapper à cette main qu'il trouvait de plus en plus glaciale. Et alors qu'il bougea, il entendit comme un étrange bruit de succion. Il pâlit en comprenant pourquoi il avait cette désagréable sensation dans le cerveau depuis tout à l'heure. Sa colère s'évanouit instantanément alors qu'il pivotait dans un demi-tour un peu désespéré pour contempler le désastre.

Le pan de mur sur lequel il avait été projeté n'était pas encore sec. Il avait fini cette fresque le matin même après avoir souffert pendant deux jours pour la réaliser. Comme pour chacune de ses œuvres, il y avait mis toute son âme et la catastrophe la lui déchirait comme un vieux torchon de ménagère. Incroyablement, pendant tout l'incident, il n'avait pas lâché son pinceau mais à cet instant, il perçu le choc du bois résonner contre les dalles, aspergeant celles-ci d'une peu d'ocre.

Les ennuis pleuvaient depuis les dix dernières minutes. Il se faisait repérer à manipuler la Terre alors qu'il l'avait fait des dizaines de fois dans le dos d'ecclésiastiques divers et variés, il se faisait maltraiter par un quasi-parfait inconnu ce qui lui ruinait plusieurs jours de travail. Ses lèvres s'entrouvrirent et se fermèrent plusieurs fois comme s'il voulait parler mais n'y arrivait pas. Après quelques essais infructueux, il parla d'une voix blanche laissant son regard dériver sur l'hécatombe :

"Je... Je... Jeudi. C'est noté, Excellence..."

Car de palais épiscopal, ce ne pouvait être que le haut prêtre qui pourrait l'inviter ainsi. Mais s'il en avait déduit ça, l'importance du dévot ne dépassait aucunement celle de son travail parti en traces maladives. Il eut un petit rire ironique et amer et murmura :

"Je crois que c'est ça, une bavure."

Il détourna son regard pour la première fois qu'il s'y était posé et scruta le dirigeant de l'Église entre ses mèches. Ses yeux laissaient transparaître son âme meurtrie et un début de colère contre ce foutu prêtre qui ne pouvait pas déléguer la surveillance des travaux comme tout dirigeant normal. Est-ce que l'empereur s'ennuyait à vérifier la construction des nouveaux hôpitaux de la ville ? Non ! Pourquoi n'avait-il pas pu rester ailleurs que dans son chemin à venir promener ces magnifiques yeux bleus sous son nez de peintre ? Tout était de sa faute !

Il avait soudain envie d'ordonner à la Terre de venir envahir les poumons de ce bourreau des arts pour le voir s'étouffer petit à petit. Il n'en fit rien d'autre que de fantasmer à cette pensée. Il n'avait évidemment pas envie de passer sa vie en prison pour le meurtre du marionnettiste de l'empire ! Il n'avait surtout soudainement plus aucune envie de le voir. Il pourrait reproduire ce bleu de mémoire sur la toile sans lui ! Il le laisserai poireauter toute la soirée et lui ferait envoyer un mot d'excuse passée la mi-nuit. Tiens, voilà, c'était là la bonne idée !

En attendant, il baissa la tête, complètement dégoûté et plia les jambes pour récupérer son pinceau. Sans un mot supplémentaire, il s'approcha de la fresque et gratta un peu pour voir si la sous-couche avait tenue. Le prêtre ? Il pouvait s'en aller. En lui tournant le dos, il le congédiait implicitement. Il se fichait de ce qu'il pouvait bien lui arriver en cet instant.
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Mort(e) tragiquement

Uriel D'Arken

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MessageSujet: Re: Au pied de la voute   Au pied de la voute EmptyDim 25 Avr - 18:27

Le petit révolté n'eut d'autre choix que de acquiescer. Rien de bien étonnant pour quelqu'un qui aurait facilement pu mourir, si le prêtre avait une maîtrise de soi moins développée. Mais ce petit sacrilège, presque innocent (quel magicien n'utilise-t-il donc pas ses pouvoirs pour se faciliter la vie, fermer la porte ou transporter quelque chose ?) avait un côté très agréable. Une seconde fois, Uriel put jouir des effets que son simple regard pouvait faire sur ce jeune peintre. Ce n'était pas vraiment la crainte ou l'admiration... Plutôt de la fascination. Ce sentiment qui paralyse le corps et plonge l'esprit en transe. Il était bien agréable de se sentir puissant. Le pouvoir de tuer ou de laisser vivre n'était rien, face à l'autorité qui impose le respect et le silence à ceux qui croisent à peine le regard du Haut Prêtre... Quelle joie !

Manifestement, Heinrich venait également de réaliser qui était son interlocuteur. Certes, il fallait bien avouer où se trouvait son habitation... Il pouvait certes l'inviter au Palais Impérial, mais il était hors de question de souiller l'habitation du jeune monarque par la présence d'un être non seulement hérétique, mais aussi séduisant. Car si Uriel comptait bien faire connaissance avec cet artiste, il avait des principes. Sa sombre demeure était réservée à ses petits plaisirs, alors qu'au Palais seule la divine personne impériale comptait. Chez lui, il faisait ce qu'il voulait... Et avec qui il voulait.


"Parfait ! Nous allons nous entendre, j'en suis convaincu. Le tout est de partir sur de meilleures bases que cela..."

Sa voix était redevenue parfaitement douce et séduisante, celle qui attire l'attention et donne l'envie de croire n'importe quoi. Ou presque... Certes, Uriel était un brillant orateur, mais il lui faudra joindre le geste à la parole pour être convaincant avec cet artiste-là. Ceci dit, il allait encore méditer les gestes et les poser d'ici deux jours.

Une bavure ? Non... Une bavure aurait lieu si un prêtre subalterne l'avait fait. Mais le Régent et Haut Prêtre était suffisamment important pour tuer cet homme et ne pas avoir à en subir les conséquences. Un petit rire malicieux, presque malveillant, échappa de sa bouche, presque fermée. Son sourire devint, lui aussi, moins chaleureux, sans perdre son charme maléfique et pervers. Ce fut là son seul commentaire à ce murmure au sujet de ce qu'il avait fait. Durant un instant, les yeux bleus se posèrent sur la peinture détruite. La tache, de la taille d'un homme, donnait un flou intéressant à l'image. Certainement, Heinrich était déçu, voire dégoûté, de ce qui venait de se passer. Mais le blond le considéra comme seul responsable. Jamais un citoyen honnête n'aurait à subir cela. Les hérétiques devaient souffrir un peu, histoire qu'ils se souviennent que leurs actes ne sont que blasphèmes, lorsqu'ils exercent leur tours de passe-passe.


"A bientôt, maître von Markus..."

Toujours aussi souriant, surtout à l'idée de leur prochaine rencontre, Uriel passa encore sa main dans le dos du peintre et se passa la langue sur les lèvres pâles, avant de quitter silencieusement la pièce, se dirigeant vers ses autres occupations ayant un plus grand rapport avec la foi qu'avec le reste des choses terrestres...


[Bon, c'est pas terrible, mais ça vient clore le sujet, comme convenu. Tu peux ouvrir un nouveau sujet chez moi, prochainement ^^ Merci pour ce petit RP, cher ami.]

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