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 Vais-je tomber sur un os ? [Marius]

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Vais-je tomber sur un os ? [Marius] Vide
MessageSujet: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyMer 4 Aoû - 13:16

« Petit chemin, petit chemin,
Où m'emmènes-tu de si bon train ? »

Pilika avait de nouveau échappé à la surveillance de Tête de nœuds – c'est ainsi qu'elle le nommait – par on ne sait quelle ruse, et se promenait depuis maintenant au moins deux bonnes heures dans les ruelles d'Ishtar. Gambadant joyeusement, elle ne s'inquiétait guère des différentes présences autour d'elle, sachant très bien qu'elle passait, généralement, totalement inaperçue. En effet, qui se soucierait d'une jeune fille, qui apparaissait même aux yeux de certains comme une enfant, de bas quartiers ?

Tournant dans une nouvelle rue, sa mine se renfrogna soudainement alors qu'elle se mettait à réfléchir activement aux dernières pensées qui lui avaient traversé l'esprit.


Cet idiot de Tête de nœuds ! Pense-t-il vraiment que je vais me complaire dans ses ordres ? Pourquoi m'empêcher moi-même de faire ce qu'il me plait ? N'est-ce pas justement là l'intérêt de vivre ? Oui, bien sûr en tant que … Comment nomment-t-ils ça, déjà ? Objet ? Puark ! Objet, ça ne veut rien dire, je n'ai pas été créée de toutes pièces, je ne suis pas un objet ! J'ai une âme, et tout ça, alors que diable les emmène à m'appeler ainsi ! Je leur ferai regretter, c'est sûr ! N'empêche qu'il n'a toujours pas compris comment je m'y prenais ! Haha, il est bien trop bête de toute …

« Hey, Petiote ! »

La voix la sortit de ses réflexions. Elle s'arrêta lentement sur le pavé et tourna le visage vers celui qui l'avait apostrophée. C'était un homme d'une trentaine d'années, aussi baraqué qu'un cochon sauvage et aussi laid qu'un vieux pigeon crasseux. Le dit homme leva le bras vers elle et, faisant un pas qui faillit le faire s'étaler de tout son long sur le sol, il se rattrapa de justesse à l'encadrement de la porte, qui menait certainement à un bar, avant de se redresser de manière assez piteuse, un petit « hic » échappant de ses entrailles.

Beurk ! Et ivre en plus !

« Oui, toi ! Hic, viens donc voir par là ! J'ai de jolis bonbons pour toi, hic ... »

Son visage se décomposa dans une mine dégoûtée, et elle se détourna rapidement afin de reprendre son chemin. Mais le malheureux n'avait pas dit son dernier mot ! Il n'allait pas laisser s'échapper ce petit lapin blanc aussi facilement !

« Reviens ici, hic ! N't'a-t-on jamais appris, hic !, qu'c'est pas poli d'pas répondre, hic !, à quelqu'un qui nous parle ! »

Et sur ces « bonnes » paroles, il sauta dans sa direction, tentant de l'attraper maladroitement de ses grosses mains pataudes. Pilika, qui avait connu adversaire plus coriace, se glissa rapidement en dehors du piège et fila à toutes jambes sur la pente qui s'enfonçait davantage dans les quartiers les plus misérables de la cité.

Qu'ils soient donc pendus, lui et sa politesse ! Pfeuh !

Voilà, il l'avait énervée, et maintenant elle ne se souvenait plus à quoi elle pensait avant que ce gros nigaud vienne la couper.

Idiot ! Idiots ! Voilà ce que sont ces gens de l'Empire ! Tous des idiots ! Je les déteste ! Tout ce qu'ils veulent c'est utiliser, asservir encore un peu plus ceux qui leur sont, « soit disant », inférieurs ! Stupides gens emmitouflés dans leur richesse, dans leur égoïsme et dans leur égocentrisme ! Vous n'êtes tous que des êtres répugnants ! Nnh !

Elle secoua la tête et la seule chose qui, enfin, réussit à la calmer fut son arrivée aux limites sud de la ville. Là, à quelques mètres plus bas, s'étendait quelque chose qui lui fit, doucement, écarquiller les yeux.

Le cimetière.

Silencieusement, elle admira alors cette étendue mortuaire qui lui paraissait sans fin. Au loin, le crépuscule apparaissait déjà et, sans véritablement en prendre conscience, elle se mit en marche vers ce lieu qui, bien étrangement, l'attirait inexorablement.


« Petit chemin, petit chemin,
Où m'emmènes-tu de si bon train ? »

[Voilà, désolée, c'est pas très long comme RP, mais comme je ne sais pas encore ce que va faire ton perso et tout, je préfère garder mes autres idées pour la suite x) ]
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Marius De l'Ombrage

Marius De l'Ombrage

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyMer 4 Aoû - 20:21

[ ^^ ]

Marius avait courrut aussi vite qui lui était possible avec ses blessures, son flanc le brûlait alors que sa respiration lui était pénible. Il avait échappé de justesse à la Mort, encore une fois, mais il songeait que c'était sans doute la dernière fois. Il était las de fuir sans cesse, il avait le goût désagréable de la lâcheté dans sa gorge, et il s'écroula à moitié en arrivant prés d'une tombe. Il était en sueur, l'esprit perdu dans une suite de tourment, il n'avait qu'une envie : fracasser son crâne contre un arbre pour qu'enfin, il ne ressente que le vide. Que ce soit douloureux ou non, il s'en moquait, du moment que son cerveau cessait de le torturer par toutes sortes de souffrances ! Marius était las de réfléchir par lui-même ; lorsqu'il s'était lancé dans cette aventure, le jeune homme n'avait pas su à quoi il allait se frotter. Il avait bien sûr compris que ça ne serait pas simple tous les jours, mais jamais, Ô grand jamais Marius n'avait pensé que réfléchir pouvait être aussi douloureux ! C'était simple : le jeune homme sentait que son esprit s'approchait de la folie. Trop de questions, trop de tourment, tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps... il en avait assez. Il enfouit son visage dans ses mains en poussant un rugissement, il craquait. Trop de choses se passaient en si peu de temps pour qu'il ait la force de contenir tous ces sentiments négatifs qui le rongeaient. Il ne pouvait plus se relever, il ne pleura même pas, plus assez de force même pour ça. Il aurait souhaité dormir, mais il savait ce qui allait se passer : ses vieux démons allaient le pourchasser, ses rêves ne seraient qu'une suite de cauchemars qui à son réveil, le rendrai esseulé, triste, et désespéré. Il plaqua son front contre la pierre froide de la tombe, sans penser à un instant au manque de respect pour le mort. Dormir, rien de plus, mourir, rien de plus. Marius serra le poing, las, il aurait donné son âme pour être vide, pour n'être que froideur. Évidemment, personne ne serait là pour exaucer son souhait, la souffrance d'autrui était bien trop drôle. Marius ferma les yeux, la main posée sur ses côtes cassées, il sentait que son corps était lourd comme du plomb, ses membres étaient pleins de douleur.

Les images de ce qui s'était passé survinrent, bondissant dans son esprit comme des loups affamés, prêt à déchiqueter son petit corps fébrile, sa petite âme frêle qui voulait s'éteindre. Il voyait encore la Duchesse tomber, il se voyait encore la sauver et sentir trois côtes se casser, il se voyait encore la menacer et la contraindre à s'enfuir avec lui dans les égouts, le désir de l'amener en lieu sûr s'était transformé en désespoir lorsqu'un autre homme l'avait menacé. Il était médiocre, tout ce qu'il entreprenait, Marius échouait. Au final, sa misérable existence n'était qu'une suite d'erreur ; sans doute aurait-il mieux valu que le mouton ne sorte pas de sa bergerie, et continuât à vivre dans le troupeau, sa morale dictée par le groupe influant sans jamais se plaindre. Mais comment aurait-il pu ? Sa main se crispa dans sa chevelure, il se leva, puis en chancelant, il se dirigea vers un arbre. Il avait si mal à présent que même ses côtes cassées n'étaient rien à côté, il eut plusieurs haut-le-coeur qu'il ne put réprimer. Il suffoqua pendant plusieurs minutes, s'abandonnant à la fatigue, à l'aversion qu'il ressentait pour lui-même et pour l'Église. En guidant la future Impératrice dans les égouts, il s'était pourtant juré de changer ! Sa volonté était-elle si faible pour qu'elle vacille au moindre coup dur ? Il vomit à nouveau, les yeux brûlés par les larmes et la fatigue. Plus rien n'avait d'importance.

Désillusion. Désespoir.

Des mots qui sonnaient de la même manière. Son âme était irrémédiablement attirée par les ténèbres, il leur donnait volontiers !

Tout ça le quitta aussitôt dés qu'une voix cristalline résonna dans le silence du cimetière, Marius se retourna et fit quelques pas vers les tombes. Son arbalète en main, prés à tirer si jamais le chant se montrait menaçant.

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyJeu 5 Aoû - 12:49

Pilika sautillait maintenant joyeusement, trop heureuse d'avoir enfin trouver un terrain de jeu sur lequel elle pouvait laisser libre cours à sa pensée et à son imagination. En deux temps trois mouvements, elle se retrouva à tournoyer entre deux tombes si crasseuses que les noms gravés dessus en étaient quasiment effacés, les bras tendus, les plis de sa petite robe blanche suivant presque majestueusement la danse innocente de la jeune fille. Bien sûr, sa danse n'avait rien de spécialement beau, ou professionnel ; elle n'était que la simple expression de l'enfant qui sommeillait en elle, douce et claire mélancolie d'une liberté volée et, peut-être, une tentative d'oublier, de s'oublier, durant un courant instant.

Après un moment à ainsi tourner, elle s'arrêta, le sourire aux lèvres, ses yeux analysant ce qui l'entourait. C'est alors que commença son petit manège. Elle se remit à sautiller, de manière méthodique cette fois-ci, bondissant légèrement d'une tombe à une autre dans un mouvement circulaire. Son esprit se perdant alors dans un ailleurs insondable, elle se mit à, doucement, énoncer :


« Infortunés, Miséreux, Malchanceux, vous êtes tous là à reposer sous nos pieds, à rêver dans un sommeil sans fin, à oublier ce qui, autrefois, vous était cher. Mais, damnés, entendez-vous encore les vivants se plaindre ? Geindre ? Les voyez-vous, vous aussi, suer, résister, pour finalement se tuer à la tâche ? Ne sont-ils pas pitoyables ? Combattre pour survivre alors qu'ils savent très bien qu'après tout, ils finiront, eux aussi, sous cette terre vaseuse et décrépie ... »

Elle se redressa alors et, formant de cette manière une scène étrange et presque irréelle, se mit de nouveau à danser.

« C'est dans un champs de blé,
Que je t'ai vu danser,
Pourquoi, ne puis-je m'arrêter ?
Mes yeux, ne cessent de t'admirer.

Mais, dans un clair de lune,
J'ai vu, au loin, sur la lagune,
Ton corps, chère Infortune !,
Se perdre parmi les dunes. »

[o]

Elle s'arrêta à nouveau, un air absent sur le visage, et, lentement, remonta sa main à son oreille afin d'y ramener quelques mèches de cheveux envolées durant sa ronde. Ne bougeant plus ainsi pendant un certain temps, elle donnait la vague impression de s'être perdue elle-même dans cette nuit qui venait de tomber. Durant un instant, le temps s'arrêta. Puis, un petit bruissement, minuscule friction de l'air, insoupçonnable onde silencieuse, réveilla les sens de la jeune fille. Elle effectua alors, sur la pointe des pieds, un demi tour inattendu et, à pas feutrés, se dirigea vers ce qui avait attiré son attention. Juste là, à quelques centimètres au-dessus de son visage, voletait un papillon de nuit ; douceur inavouable d'une jeunesse perdue à rechercher un peu de tendresse, c'est sur de tels petits êtres qu'elle parvenait en fait à répercuter ce manque de sentiments incessant, douleur enfouie au plus profond d'elle-même et gardée par les ronces froides de l'incertitude et de l'abandon. Ses traits se détendirent, un nouveau sourire, presque triste cette fois-ci, naquit sur ses lèvres fraiches tandis que, de ses mains blanches, elle entourait lentement le léger insecte. Elle ne voulait pas le toucher, non, ni l'attraper, lui faire du mal serait contre tous ses principes moraux, mais elle désirait, juste, s'approcher de lui et, durant quelques instants, être à ses côtés afin de lui montrer que, où qu'on soit et où qu'on aille, on peu toujours trouver un cocon protecteur.

Cependant, trop concentrée sur cette petite chose qui se trouvait sous son nez, elle ne regardait pas où elle mettait les pieds, ni où elle se allait. C'est ainsi qu'elle ne remarqua pas l'homme qui la regardait depuis maintenant un certain temps. Et, évidemment, elle se dirigeait droit sur lui. Elle ne tilta que lorsque ses mains entrèrent en contact avec son buste. Pendant quelques secondes, alors, il ne se passa rien, strictement rien ; comme si un air glacial s'était soudainement levé et les avait congelés sur place. C'est seulement après ces quelques instants silencieux durant lesquels un long frisson de terreur et de malaise remonta le long de la colonne vertébrale de la jeune fille, que cette dernière réagit. Poussant un hoquet de surprise, elle fit un bond en arrière, manquant de peu de se retrouver les fesses les premières sur le sol froid, et, tous les sens aux aguets, elle se pencha légèrement en avant, face à l'inconnu, prête à agir si besoin était. Sa voix tremblante brisa alors le calme de la nuit :


« Qui- Qui es-tu ? »
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Marius De l'Ombrage

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyJeu 5 Aoû - 19:00

Marius se retourna plusieurs fois alors que la voix se rapprochait, lorsqu'il vit une frêle jeune fille, il sursauta de surprise. Il abaissa son arme, alors qu'il la dévisageait toujours, coupable d'avoir failli la blesser, il devenait fou. Comment avait-il pu penser qu'une fille innocente et aussi inoffensive puisse être dangereuse ? Il la regarda avec incertitude, tandis qu'elle restait aussi immobile que lui. Combien de temps leur paralysie dura-t-elle ? Marius ne put le dire, il lui sembla que son corps ne répondait plus, comme son cerveau s'était liquéfié. Il fit alors un bond lorsqu'elle hoqueta, il manqua lui aussi de tomber par terre, son arbalète lui échappa des mains et apeuré, le jeune homme faillit s'enfuir. Ridicule son attitude, n'est-ce pas ? Simplement, Marius avait tout bonnement les nerfs qui lâchaient, son esprit n'était qu'une forme brute et primaire dans lequel une petite âme timorée et fragile ne se débattait plus pour survivre, il tituba puis menaça de tomber, et il tomba. Tremblotant, Marius leva ses yeux bleus vers la jeune fille, ou la petite fille ? Il n'arrivait pas à lui donner d'âge, cet enfant avait un corps juvénile et un regard de vieillarde, il se sentit soudain dépossédé de ses moyens, comme le riche qu'on aurait volé et humilié. Mais il ne savait pas pourquoi, il ne comprenait plus rien, il ne se comprenait même plus. Elle lui demanda qui il était, ses lèvres tremblèrent à la recherche de mot, mais il n'obtint qu'une suite de bégaiements sans fin. Il porta la main à son coeur battant, comme pour se rassurer qu'il était toujours en vie, malheureusement. Sa vision floue lui donnait un drôle de monde à voir épris par la douleur de ses côtes, Marius ne chercha pas à se relever. Il fallait pour l'instant qu'il se calme, oui... il devait faire le vide dans ses pensées, lier ses pensées entre elles était devenu trop épuisant. Pourtant, Marius n'y parvint pas ; hagard, il n'osait pas regarder l'enfant, et il lui fallut beaucoup de temps pour murmurer d'une voix faible et éraillée :

— Je ne te ferais rien !

Sauf que ce n'était pas ça que l'inconnue avait voulu savoir, Marius plongea comme tantôt sa tête dans ses mains ; il fut secoué de tremblement, mais pas de sanglot, il n'avait plus la force de se lamenter sur son triste sort. Incapable de tenir la résolution qu'il avait prise ce jour même, Marius se sentit aussi misérable que le petit rat qui grignote la nourriture la plus pourrie dans l'espoir de survivre ; et encore, le petit rat avait encore de la volonté ! Lui, il n'avait plus rien. Il massa sa nuque endolorie, et le dos courbé comme jamais il ne l'avait été, brisant en mille morceaux toute l'éducation que ses parents lui avaient inculpée au prix d'une soumission si faible qu'elle avait faillit en un instant, Marius prit une grande bolée d'air. Il frémit en sentant l'air rentrer dans ses narines, lui arrachant une certaine douleur, ses côtes... une fois encore. Le regard humide, le jeune homme posa les yeux sur la frêle enfant, puis il lui dit d'une voix qui se voulait douce, et non faible comme elle parvint, malgré tout :

— Je... mon nom... euh... Marius, je m'appelle Marius.

Il déglutit alors qu'une nouvelle nausée lui arracha les tripes, il posa sa main sur sa bouche, il pâlit considérablement, puis il se força à se relever. Marius chancela à nouveau, mais s'appuya pitoyablement sur la tombe, il respira longuement en espérant que la nausée disparaisse. Le cimetière lui faisait peur, le terrifiait même, cependant, Marius se sentait rassuré et protégé dans un tel lieu effroyable. Il parvint à dire, maladroitement, cette vérité qui lui comprimait le coeur depuis un moment :

— Et je ne suis rien.

Il prit une sorte de plaisir dépourvu de sens en annonçant ça, il ne dissimula pas ce ressentit particulier. Il n'était rien, il n'était plus rien, il avait tout perdu le jour où son frère avait violé et enfanté son amie. Il n'était plus rien depuis le jour où petit agneau, il s'était égaré et avait quitté les siens pour suivre un chemin semé d'embûches, de rencontres, et de souffrance. Une souffrance qui signifiait de moins en moins de choses, elle perdait toute crédibilité face à sa médiocrité. Il n'était rien, ça se résumait à ça ; il rit devant cette rude réalité, il n'était rien ! Il trouvait ça drôle, lui qui avait essayé de devenir un révolutionnaire qui défendait la veuve et l'orphelin, il n'était rien, seulement une pauvre âme stupide, médiocre, peureuse et faible dans un monde où la folie était reine. Il n'était que Marius, s'il avait tout perdu, il lui restait au moins son identité. Marius, il n'était que Marius.

— Et toi ? Qui es-tu sinon une enfant perdue ?

Et maintenant, Marius-qui-n'est-rien se moquait de la condition de la jeune demoiselle, ce n'était pas pourtant de la méchanceté, il s'interdirait — même à un moment comme celui-ci — à l'être, c'était juste une constatation pleine de désillusion et d'un désespoir si noir qu'il brisait lentement — mais sûrement — l'esprit du jeune homme. Marius était sur le point de faire un pas de plus dans un gouffre empli de ténèbres si froides et si noires que jamais, Ô grand jamais il ne pourrait revoir la lumière de la raison. La folie l'enlaçait peu à peu, l'attirant dans une aventure qu'il n'aurait même plus le temps de comprendre. La démence lui embrassait d'abord le cou, et lorsqu'elle lui donnera son ultime baiser, que restera-t-il de Marius-qui-n'est-rien ? Allait-il laisser la mort le trouver ? Qu'elle vienne ! Il l'attendait, il était résolu, sur le point de sombrer dans l'apathie la plus totale, alors qu'elle vienne ! Il l'attendait avec impatience et dès qu'il allait la rencontrer, Marius se jetterait dans ses bras, il irait même jusqu'à baiser ses pieds cachés sous sa cape noire ! Il était prêt à la supplier de le prendre, à l'arracher de ce monde de salauds orgueilleux, et d'abrutis fini dans son genre.

Plus rien n'avait d'importance.

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyJeu 5 Aoû - 23:20

Un fantôme ? Non, cela ne peut pas être ça ; j'ai bien senti qu'il était physiquement réel lorsque je l'ai touché, par conséquent il ne peut pas être un spectre ! Cela dit, en le regardant vraiment, on ne peut pas dire qu'il ressemble tant que ça à un homme ... Il a beau avoir l'apparence bien propre à celle de l'humain, son teint, lui, le classerait plutôt, selon moi, dans la catégorie des morts. De plus, on se trouve actuellement dans un cimetière, alors, serait-il … Un mort-vivant ?! Oui !, peut-être, pourquoi pas, après tout ?

Elle plissa les yeux en l'analysant davantage tandis que son corps se recroquevillait un peu plus sur lui-même dans un mouvement instinctif de protection face à l'inconnu. Enfin, ceci étant avant que la cause de son incertitude se mette à bouger maladroitement avant de tomber lamentablement sur le sol d'une manière plus qu'incongrue. Était-il vraiment l'homme qu'elle avait pris pour un revenu d'outre-tombe ? Maintenant qu'elle le regardait, ainsi, mortifié par une douleur dont elle ne pouvait vraiment soupçonner l'existence, il lui apparaissait plus comme un pauvre animal blessé qu'un revenant effarouché.

Elle se décontracta alors peu à peu, le regardant d'un air un peu absent tandis qu'il lui annonçait son nom. Ainsi donc il se nommait Marius. Marius … Était-il l'un des membres de la Haute, lui aussi ? Était-il l'un des responsables de sa déchéance ? Un riche, perdu dans ses plaisirs ? Perdu dans son estime de lui-même ? Perdu dans ses péchés ? Un autre damné de la société, dans tous les cas. Elle le fixait depuis un moment maintenant. Il tremblait. Pourquoi ? Craignait-il quelque chose ? Ou était-ce une souffrance qui le tiraillait ainsi ? À vrai dire, la crainte peut aussi produire une souffrance psychologique assez importante … C'est le regard dans le vide qu'elle s'approcha lentement de lui.


« As-tu peur de moi, Marius ? »

Son timbre de voix n'avait été que très bas, un chuchotement qui ne lui était, presque, pas destiné. C'était plutôt comme si elle s'était posé la question à elle-même dans un murmure personnel et qui aurait du rester silencieux. Elle n'attendait pas de réponse à cette question, selon elle, non formulée. Elle ne s'était, d'ailleurs, certainement pas rendue compte que ces mots avaient franchi le seuil de ses lèvres. Elle s'arrêta à quelques mètres en face de lui, son esprit s'était bel et bien abandonné à ses réflexions dans un monde annexe, lointain, à cette réalité. Levant alors le bras d'un geste las, elle posa doucement sa main fraiche sur son front moite et humidifié par la sueur.

« Nh, es-tu encore l'un des notres ? »

Son regard vide le fixa durant encore un long moment, son visage penché vers le sien, comme aurait pu le faire un ange qui se serait arrêté quelques secondes pour regarder l'une de ses créations disparaître progressivement dans les Ténèbres. De l'extérieur, cette scène, devait paraître plus qu'étrange ; comme une pause dans le temps destiné à imager la déchéance de l'homme vivant vers la mort. Ce n'est qu'à l'énonciation du fait qu'il n'était « rien » que Pilika reprit conscience de qui elle était et de l'endroit où elle se trouvait. Elle pencha alors légèrement la tête sur le côté tandis que ses yeux s'éclairaient à nouveau de leur léger éclat de vie, avant de lui adresser un large sourire inattendu qui, bientôt, se transforma en un rire cristallin. C'était un rire à la fois pure, innocent et étrangement malsain. S'éloignant alors légèrement de lui en effectuant un petit bon en arrière, elle se mit à tourner sur elle-même.

« Rien, rien, rien ! »

Puis, s'arrêtant soudainement, elle se pencha à nouveau vers lui, tout sourire.

« Alors, on est pareil toi et moi ! »

Se détournant de lui, elle se dirigea vers une petite pierre tombale qui se trouvait non loin d'eux et s'y accroupit, montrant du doigt une minuscule fleur sans véritable couleur ni chaleur.

« Une fleur. Je suis comme une fleur, tu vois ? Je vis là où mettent leurs gros pieds les grandes gens de l'Empire. Je grandis, j'éclos, j'ai de jolis et doux pétales. Je danse avec le vent, je forme des rondes avec mes congénères. J'aime le silence, et me complais dans une petite brise. Et puis, un jour, n'importe qui peut venir et … »

Elle tendit la main et, lentement, cueillit la petite fleur du sol.

« M'enlever à ma terre natale, m'arracher à ma vie, pour me prendre avec lui, me mettre dans un joli pot et me garder pour ma beauté, aussi futile et simple soit elle, pour décorer son intérieur, pour le servir dans ses divers désirs et plaisirs. Bien sûr, je fais un effort, je lutte pour survivre dans cet environnement hostile, je donne le meilleur de moi-même et puis, plus tard, quand le temps a fait son œuvre, que mes pétales se sont flétris, que ma tige s'est décolorée, et que je me suis, finalement, totalement fanée, il n'a plus qu'à … »

Elle lâcha alors la plante qui tomba, misérablement, dans la gadoue.

« M'abandonner. Et, plouf, plus rien. Je ne suis, plus rien. »

Sa voix s'était atténuée sur la fin de sa phrase. À la fois amusée et bouleversée par ses propres paroles, elle restait là, à quatre pattes près de la petite tombe, le regard fixé sur un point indéterminé, un sourire énigmatique placardé sur son visage pâle. Dans un murmure, elle ajouta :

« Pilika. C'est mon nom. »
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Marius De l'Ombrage

Marius De l'Ombrage

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyVen 6 Aoû - 10:05

C'est lorsque l'enfant posa sa main sur son front que Marius croisa son regard, noir comme de l'agate, à la fois terriblement beau et effroyablement dantesque. Il observa ces grands yeux sombres qui ne brillaient d'aucun éclat de vie, alors que sa jeunesse aurait dût lui offrir un petit scintillement taquin propre à son âge, si elle n'était pas aussi âgée qu'elle le paraissait. Le jeune homme observa l'enfant, décontenancé par ce visage doux, et ce regard si particulier. Il ne parvint par à détourner le sien, pendant qu'elle s'éloigna de lui, la fatigue s'était atténuée pour laisser la place à la stupéfaction. Qui était cette enfant perdue dans un lieu si lugubre ? Pourtant, curieusement, Marius trouva que le cimetière se mariait bien avec la présence quasi irréelle de la fillette ; le silence, la froideur et la solitude de cette âme perdue parmi une multitude de tombes ne choquaient pas, c'était comme si cet endroit était fait pour qu'elle puisse s'y retrouver. Marius pencha la tête sur le côté, sa question « es-tu encore des nôtres ? » l'intriguait. Qu'avait-elle pu imaginer ? Instinctivement, Marius posa la main sur son coeur pour s'assurer que celui-ci battait encore dans sa poitrine, son rythme était lent, mais il était encore en vie. L'interrogation de la fillette l'avait fait douter même de son existence, alors que des questions fusaient dans son crâne, lui arrachant une douleur au niveau des tempes. Il frémit alors qu'elle sourit, ses yeux noirs parurent retenir une petite flamme de vie, au moins, il n'avait pas en face de lui le spectre d'une enfant ; pendant une seconde, c'était ce qu'il avait cru. Les traits de l'inconnue se transformèrent, tandis que sa petite bouche s'élargissait, bientôt son rire cristallin vint donner au jeune homme un sentiment d'insécurité. Avait-elle toute sa tête ? Ou bien était-ce lui qui devenait fou ? A moins que les deux perdaient la tête ? Il ne savait plus et au fond, quelle importance ?

Marius écouta la voix chantante de l'enfant, tandis qu'elle se dirigeait vers une faible fleur, apparemment contente de savoir qu'il n'était rien, lui aussi. Il resta immobile sans la quitter des yeux, comme s'il craignait que détourner son regard un instant de l'innocente, allait détruire la vision fantomatique qu'elle se comparait à la pauvre fleure, prés d'une tombe. Le tableau était à la fois sinistre et charmant, une enfant qui parlait prés d'une tombe, douce et délicate, son esprit ne paraissait pas faire partir de son monde. Fasciné, Marius se redressa légèrement pour mieux examiner ses petites mains prendre la fleur, pendant que sa tirade qui ressemblait à un poème donnait au jeune homme un sentiment qu'il n'arrivait pas à déterminer. Il pensa qu'elle lui parlait de son histoire, à travers la fragile fleur, pendant que son visage restait le même, était-elle mélancolique ? Marius ne put le dire, sinon qu'il perdait le sens de la réalité sans pour autant remettre en cause l'existence de la fillette. C'était une sorte de lutin, non ? Un petit être qui vivait parce qu'il y croyait dur comme fer ; la fleur s'échoua pitoyablement dans la gadoue, alors que la voix de l'enfant résonnait comme une douce chanson dans ses oreilles. Il y avait quelque chose d'unique chez elle, quelque chose que jamais auparavant Marius n'avait rencontré. Des fois, lorsqu'il la voyait, le jeune homme avait l'impression de voir l'enveloppe d'une innocence brisée, prête à s'abandonner dans la démence. Elle lui donna alors son nom et il murmura :


— Pilika...

Il répéta ce mot à plusieurs reprises pour bien l'inscrire dans sa mémoire un tantinet bancale ; « Pilika » voilà un nom étrange, songea le jeune homme, d'où venait-elle ? Enfin de quelle province ? Il n'avait pas le souvenir d'avoir entendu un tel prénom avant, il fronça les sourcils, puis oublia tout ce qu'il venait de penser. Il se releva péniblement, concentrant toute son attention sur Pilika, c'était la seule chose qui lui restait à faire. S'occuper l'esprit en essayant d'élucider le mystère que constituait l'enfant, c'était tout ce qu'il lui restait à faire, en entendant qu'ils viennent et le rattraper. Marius n'osa pas imaginer ce qui se passerait après, alors il détailla l'aura étrange que dégageait l'enfant. Tout d'abord, il s'approcha en titubant de la fleur qu'elle avait fait tomber, il caressa les pétales meurtris par cette vie de souffrance, puis il prit une grande inspiration pour lutter contre une nouvelle nausée. Enfin, il leva son regard vers celui de Pilika, l'innocence souillée par les monstres d'Ishtar lui fit de la peine. Pilika était en train d'attiser chez lui une grande compassion, elle semblait si fragile ! Si perdue ! Si délicate ! Si triste ! Si... étrange qu'il avait envie de la protéger. Il ne savait pas pourquoi, mais à ce moment-là, Marius aurait voulu la prendre dans ses bras pour chasser de son esprit toutes les pensées cauchemardesques qui étaient susceptibles d'y germer. Il alla poser sa main sur son épaule, mais il se ravisa ; au final, peut-être qu'elle était bien plus forte que lui, et ça, ce n'était pas si difficile. Qu'il fasse taire son arrogance d'homme, alors qu'il ne créait que des ennuis ! Qu'avant de vouloir protéger une si frêle petite fille, qu'il sache d'abord devenir un homme ! Marius poussa un autre soupir, puis déclara d'une voix enrouer et lasser :

— Moi aussi... je suis comme cette petite fleure.

Même si pour un garçon se comparer à un être si facilement brisable, c'était presque insultant. Pourtant quelque part, Marius se voyait à travers l'étrange petite fille, il ne savait pas dire pourquoi, mais comme elle le lui avait dit, tous les deux n'étaient plus rien. Le jeune homme ne se rendait pas compte de l'absurdité de ses mots, à cet instant, il ne comprenait même pas en quoi ça l'aurait été. Il s'enfonçait douloureusement dans une toile d'araignée où on allait finir par dévorer les lambeaux de son âme. Misérable, le jeune homme se laissait gagner sa faiblesse, il lui fallait trouver quelque chose pour se rattraper. Marius sourit d'un sourire sans vie, aussi expressif et dérangeant que les immenses yeux noirs de Pilika.
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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptySam 7 Aoû - 19:40

Le temps était passé depuis son arrivée dans le cimetière. Les derniers rayons embrasés du crépuscule avaient fini par se dissiper à l'horizon pour laisser place à des cieux sombres et nuageux, permettant, de temps à autres, à la lumière froide et pourtant étincelante de l'astre lunaire d'apparaître. Le temps était bon. Une petite brise vint à se lever et, dans son lent et silencieux sillon, emporta quelques feuilles fraichement tombées la veille. L'une d'entre elles chavira et, dans un dernier tournoiement sur elle-même, atterrit avec soin dans la douce chevelure de l'enfant. Celle-ci cligna des yeux. Ses mains se soulevèrent alors, dans un mouvement ralenti, se rejoignant avec délicatesse sur les fines mèches blondes, presque blanches, qui lui appartenaient. Sans un bruit, et d'une manière si détachée qu'elle aurait pu paraître se situer hors du temps, elle glissa ses doigts sur la pauvre feuille coincée, la retirant alors, toujours aussi lentement, comme s'il s'agissait d'un petit animal perdu et effrayé. Déplaçant alors légèrement la position de ses poignets, elle relâcha enfin la pression qu'elle exerçait sur ce fruit de la nature afin de le tenir, le libérant, le laissant à nouveau s'envoler au gré du vent et rejoindre ses congénères.

C'est à ce moment que Pilika rapporta l'attention de ses yeux sur le jeune homme qui se disait être, lui aussi, une fleur. Elle l'analysa. Fébrile, craintif, souffrant, malade. S'il était une fleur, alors il en était parvenu au stade final. Cependant, elle sentait chez lui une légère différence avec ceux qu'elle avait vu flétrir. Un parfum. Une lumière. L'espoir ? Un dernier espoir presque éteint. Elle fit un pas vers lui et, lui adressant un sourire calme, elle posa sa main fraîche sur sa joue. Doucement, elle annonça alors :


« Si tu es une fleur, alors, tu dois être ce qu'on nomme Rose. Belle plante qui défend son fruit aussi vaillamment qu'elle le peut, souvent rencontrée dans les buissons des jardins arrangés des grandes cours de l'Empire. Cependant, ta couleur d'origine, que ces grandes gens associent à un bon ou mauvais sentiment, faisant de toi la cause de leur grâce ou disgrâce, s'est déjà évanouie, t'abandonnant à ton simple statut de plante. Aussi, tes épines se sont retournées contre toi, et, aujourd'hui, c'est bien toi, qui est pris au piège des ronces. »

Elle fit une pause. Dégageant alors sa main de son visage en faisant glisser ses doigts parmi ses cheveux, elle descendit lentement son bras et commenta tout en frôlant ses habits froissés, les traces évidentes de blessures et, enfin, en pointant du doigt la terre :

« Trop malmené, tes pétales se sont froissés, tes feuilles se sont déchirées et, ta tige s'est déjà, à maintes reprises, brisée. Courbant le dos, tu es prêt à rejoindre le sol vaseux qui se trouve sous tes pieds. »

« Toutefois, ce n'est pas la fin. »

Sur ces paroles, elle s'éloigna légèrement de lui avant de se détourner et de pointer du doigt un point précis du ciel.

« Comme la Lune qui, tout au long de cette nuit noire, va se battre contre ces nuages gris qui tentent de l'emprisonner, tu ne dois pas abandonner l'espoir qu'il y ait une chance pour toi de réussir, de t'en sortir. Si tu regardes bien, et réfléchis bien, même si ses bourreaux pensent que c'en est fini d'elle, ce n'est pas vrai. Quelques soient le nombre de nuages présents et la force de leur volonté, les rayons de la Lune parviendront toujours, même si cela n'est que de temps en temps, à illuminer le reste de vie peuplant ces terres. »

Ses iris de jais se posèrent à nouveau sur Marius et elle ajouta :

« Ta lumière ne t'abandonnera pas, tant que tu ne l'abandonnes pas. Une plante meurtrie reprendra de l'aplomb si elle est replantée à temps dans une terre saine. Ne sois pas victime de ton propre coup du sort. »

Et, trouvant qu'elle avait assez parlé, elle abaissa lentement les paupières et se laissa aller à un nouveau tour sur elle-même, tendant doucement ses bras et se balançant mélancoliquement d'un pas à un autre, d'une jambe à une autre, sa robe tournant autour de son corps pâle, ses cheveux volant légèrement dans la poursuite de son mouvement. Pilika dansait.
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Marius De l'Ombrage

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyDim 8 Aoû - 19:09

Marius ferma les yeux en sentant la main de Pilika se poser sur sa joue, il l'effleura simplement de ses doigts, mais n'osa pas poser la sienne à son tour. La chaleur de cette main lui donna quelques frissons, il se sentait bien, c'était comme si toutes ses mauvaises pensées se consumer dés qu'il posait son regard sur le visage délicat de la fillette. Il ferma alors les yeux, se laissant bercer par la voix de Pilika, ses paroles arrivèrent dans son esprit comme un doux murmure, comme une berceuse qui chassait tous ses tourments. La voix de la fillette lui faisait penser à une chanson qu'on chantait à voix basse, et son discours plein de poésie le toucha en plein coeur. Il trouvait de la vérité dans ses tirades, comme il trouvait de la sagesse dans ses petits mouvements gracieux, elle lui fit penser à un petit oisillon et l'envie de la protéger grandissait, pourtant Marius ne la connaissait pas. C'était une inconnue qui paraissait tout connaître de lui, ce sentiment étrange lui donna un malaise, pourtant plus il percevait la petite voix de l'oisillon, plus tout ses sentiments négatifs se dissipaient. C'était comme si chaque mot était une puissante incantation qui lui donnait du courage, chaque syllabe était un chant en elle-même et chassait le lourd désespoir qui pesait sur ses épaules. Il n'ouvrit pas les yeux pendant toute la durée, et les métaphores de Pilika furent une véritable onde de choc qui ébranla Marius. Ce n'était pas la fin, lui avait dit l'enfant, la lueur d'espoir reprit des forces dans son coeur ; peu à peu, la lueur se transforma en une flamme qui dansait vaillamment. Il posa son regard sur l'enfant, ses yeux avaient repris vie. Il ne ressemblait plus à un mort qui vivait par on ne sait quelle volonté maudite, il redevenait le jeune terroriste plein de rêves, avec des convictions inébranlables. Ce n'était pas comme ça qu'il allait faire renverser les choses ! Ce n'était pas comme ça qu'il pourrait lutter contre cette Église damnée, mauvaise jusqu'à la racine, ce n'est pas comme ça qu'il deviendrait un homme fort et courageux. Adieu faiblesse, bonjour espoir et puissance. Il dévisagea longuement la fillette, puis un sourire plein de détermination naquit sur ses lèvres. Il commença par rire, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Enfin, il finit par soupirer et déclarer sur un ton plein de joie :

— Oui, tu as raison !

Marius ne devait pas se laisser gagner par le désespoir, il devait surmonter ses propres erreurs, et combattre encore et encore. En seulement quelques minutes, Pilika avait chassé son désespoir, elle était parvenue à le ramener vers une lumière éblouissante. Il la regarda avec un certain attendrissement, le monde n'était pas fait que de mauvaises personnes ; d'autres comme la fillette, aussi étranges fussent-elles, pouvaient faire preuve d'une grande sagesse. Elle était plus jeune que lui, et pourtant Marius avait conscience qu'elle savait un nombre de choses supérieures à lui. Contrairement au jeune homme, Pilika n'avait pas vécu en continu dans une cage dorée où les chaînes étaient les croyances et l'éducation. Il l'observa danser, trouvant de la beauté dans ses mouvements, il ne dansa pas, mais son coeur le faisait dans sa poitrine. Son sang s'agitait dans ses veines, le bouillonnement incroyable d'une détermination ressuscité, Marius ne sentait même plus la douleur. Elle était toujours pourtant présente, toutefois, le jeune homme l'avait oublié. Le plus important revenait à la vie, il retrouvait toute la fougue du jour où il avait pris sa décision. Au bout d'un moment, debout, il s'étira et fixa le ciel, il finit par déclarer sur ce même ton joyeux, semblable à celui de l'enfant qu'il avait été jadis :

— Tu sais quoi ? Ne dis pas que tu n'es rien, c'est loin d'être le cas.

Hilare, ivre d'espoir, Marius avança vers elle sans pour autant l'approcher de trop prêt, c'était une forme de respect. Les mains posées sur les hanches, il pencha la tête légèrement sur le côté droit comme pour essayer de capter le regard de Pilika, il continua :

— Tu es quelqu'un d'unique, Pilika, avec une sagesse que même après cent ans, je ne posséderai toujours pas. Tu es une enfant, mais tu es plus adulte que moi.

Marius était parfaitement sincère, comme toujours, sa propre franchise le fit rougir jusqu'aux oreilles. Pourtant, il ne voyait pas de raisons pour ressentir de la honte, c'était sans doute parce qu'il avait osé dire ces mots à Pilika. Il avait osé montrer ses sentiments, comme il le faisait toujours, mais il chassa rapidement ce détail de son esprit. Désormais, Marius décida de prendre une dernière résolution et de donner toutes ses forces pour son accomplissement : se battre, et ça, malgré tout ce qui pouvait lui arriver, même le plus douloureux. Être un homme, un adulte, c'était savoir montrer sa détermination à aller jusqu'au bout de ses convictions. Et pour ça, Marius devait se battre de toutes ses forces ! Il sourit de plus belle, puis il lança sur un ton victorieux :

— Merci !
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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyLun 23 Aoû - 16:09

[ Je réponds enfin ! Toutes mes excuses pour le laps de temps, j'avais besoin d'une petite pause, comme je te l'avais signalé ^^ J'espère que ça t'inspirera, si tu veux ajouter des éléments, n'hésite pas :) ]

Le ciel tournait au-dessus de sa tête et ses cheveux presque blancs flottant autour de son visage pâle lui donnaient un air quasi fantomatique. Un pied devant l'autre, puis un pas sur le côté, un élan dessiné de son bras droit ; sa danse nuptiale n'avait, pour elle, pas de fin. Elle se mouvait ainsi sans arrêt, faisant de sa ronde un cycle naturel dont elle ne pouvait stopper le cours, comme un ruisseau qui s'écoulerait, lentement, de la cime d'une colline endormie jusqu'à son pied, sans jamais rencontrer un rocher en chemin. Pilika s'adonnait souvent à cet espèce de rituel, que cela soit sur les pavés glacés de sa cellule, sur le sol abimé des ruelles de l'Empire, ou encore sur les parterres de fleurs et gazon, elle ne s'arrêtait alors que lorsqu'une lente mais presque indifférente douleur remontait de la plante de ses pieds nus ou simplement couverts de fines chaussettes tiraillées par le temps. Les étoiles brillant dans le ciel s'étaient maintenant éteintes alors qu'elle avait abaissé les paupières. Ses ténèbres intérieurs de permettaient à aucune lueur de pénétrer en son sein. C'était un simple amas de pensées silencieuses qui valsaient doucement, accompagnant, comme un partenaire, la jeune fille qui se perdait alors autant physiquement que mentalement ; simple poupée miniature prise au piège d'une boîte à musique restée ouverte.

Son état second ne prit fin que lorsqu'une présence se rapprocha de son être. Ombre incertaine mais lumineuse qui engloba peu à peu la noirceur de sa solitude dansante. Exerçant un dernier pas, elle s'arrêta, emprunte d'une dernière once de mélancolie, avant de relever le visage vers cette silhouette qui lui paraissait toujours indistincte.


Qu'est-ce que c'est ? Suis-je encore prisonnière d'un de mes rêves insensés ? Non, cela n'y ressemble pas assez … Cette lueur étrange … Je me … souviens ? Oui, je l'ai déjà vu quelque part ; juste avant … Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi cela me parait-il si lointain, si … inaccessible ? Ah … cette voix … Qui … Qui est-ce ? Où suis-je ?

Elle cligna des yeux, plongeant une nouvelle fois son regard dans celui de Marius qui s'était approché d'elle, illuminé d'une joie renouvelée. Oui, c'était cela, elle se souvenait maintenant. Elle sourit doucement en retour. La floraison serait bonne cette année. Il semblait aller mieux. Cependant, alors qu'elle se muait toujours dans un silence retenu, ses paroles l'affectèrent d'une manière peu attendue. Elle souleva les yeux vers le visage du jeune homme et, détachant lentement ses lèvres l'une de l'autre, elle murmura pour elle-même :

« Unique ... »

Pourtant, il ne sembla pas l'entendre.

Pourquoi ? Pourquoi ce mot m'est-il si … désagréable ? Si … inconcevable ? Pourquoi semble-t-il m'attirer vers l'arrière de telle manière que je ne puisse pas même exécuter un moindre geste de défense ou de refus ? Pourquoi cette nostalgie et cette tristesse ? Ne m'a-t-on jamais … complimentée ? Ah … Unique … C'est ça, je ne suis pas unique, je ne suis qu'une chose parmi tant d'autres, comme toutes les autres. Une fleur de parure dans un bouquet. Une touche d'ombre dans les Ténèbres. Banale. Ordinaire. Je ne suis qu'une esclave destinée à servir et à me taire ; à me taire et m'effacer dans l'obscurité de la banalité. Mais, pourquoi est-ce si douloureux d'en prendre conscience ?

Son expression figée finit par, lentement, lui exprimer un dernier sourire un peu forcé. Lui, il rayonnait à nouveau. C'était mieux ainsi. Oui, après tout, ce n'était que ça. Qu'un simple sentiment inintéressant.

« De … rien. »

Le sourire toujours inerte, elle se détourna lentement avant de se laisser tomber à genoux devant une tombe. Elle la fixa un instant puis laissa trainer ses doigts dans un geste las sur le sol sale, jouant d'un air absent avec la terre, entachant la couleur pure de ses mains innocentes. Perdue ainsi dans l'ombre de ses pensées et dans un tel endroit, elle peignait un tableau étrange d'une vieille poupée enveloppée de sa robe de soie abimée oubliée depuis trop longtemps dans un grenier poussiéreux. Sa voix presque chantante résonna alors à nouveau dans l'air malsain du lieu.

« Un esclave n'est pas unique. Il n'est qu'un numéro voué à servir. »

« Parure inintéressante de la vie. »

Vie inintéressante de parures.
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Marius De l'Ombrage

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyMar 24 Aoû - 19:53

Marius continuait de sourire sans s'apercevoir de la soudaine mélancolie qui accablait désormais Pilika ; les mains derrière le dos, le jeune homme contemplait le ciel, alors que la nuit se rafraichissait et que des silhouettes sombres se dessinaient dans sa noirceur. Il se rapprocha de Pilika, sortant de son moment d'hilarité devant ses paroles, il ne comprit pas tout de suite ce qu'elle voulut dire, mais il fut quelque part assez choqué. Plusieurs fois, le jeune homme répéta avec insistance le mot "Objet" dans sa tête comme pour bien prendre conscience de tout ce que représentait Pilika, il ne s'était même pas posé de question, et les questions fusaient dans son crâne comme les carreaux de son arbalète, lorsque l'angoisse le tiraillait. Il s'avança vers la fillette pour se baisser à sa hauteur, un sentiment de protection l'envahit ; son côté Grand Chevalier Servant d'un rêve futile d'enfant fit qu'il avait envie de la prendre dans ses bras et de la contredire. Il posa certes sa main sur son épaule, pourtant il ne l'étreignit pas, il n'osa pas et parce que jamais il n'avait été habitué à montrer des signes d'affections envers quelqu'un. Tout n'avait été que froideur entre sa famille et lui, ce n'était qu'une bande d'automates bougeant sans volonté ; toutefois, Marius continuait de sourire, il n'arrivait pas à prendre une expression plus conforme aux paroles de Pilika ; normalement, n'aurait-il pas dû s'assombrir ? Il ressentait de la compassion et de la tristesse, mais son sourire ne s'effaçait pas. Calmement, il dit avec une certaine assurance :

— Pourquoi crois-tu ça ?

Il posa un genou à terre, puis il se mit à réfléchir longuement : Pilika était donc un Objet... elle était destinée à servir un maître, bon ou mauvais, attentionné ou pervers, il en fut révolté. Comme quoi ce qu'il y avait de surprenant et de particulièrement amusant avec les esprits moraux, amoureux de l'éthique et de la justice, c'était qu'ils pouvaient se révolter contre quelque chose qui pourtant, faisait fonctionner le monde à merveille. Pilika était un Objet et le savoir mit Marius assez mal à l'aise, ça n'avait pas le moindre rapport avec un quelconque préjugé, mais savoir qu'une jeune fille aussi fragile et délicate qu'une fleur pouvait être considéré comme un... objet, tout simplement. Elle était humaine, elle avait un coeur qui battait, elle avait du sang qui coulait dans ses veines, ce n'était pas un outil ! Ou quelque chose fait pour plaire à un noble en mal de luxe ! Il ferma le poing et grimaça en sentant la douleur dans ses côtes, il mordit sa langue et continua de contempler le visage de la fillette, comme pour s'assurer que ce n'était pas un fantôme créer par son esprit. La chaleur qu'elle dégageait, la douceur de sa peau lui montrait bien qu'elle vivait. Enfin, Marius lâcha avec amertume :

— C'est cruel.

Qu'est-ce qui était cruel ? Marius fronça les sourcils, ce qui était cruel c'était aussi bien les mots de Pilika que sa condition. Un numéro voué à servir, un être existant juste parce que des hommes et femmes prétentieux, arrogants, égoïstes et écoeurants le voulaient, ce n'était pas que ça ! Il ne connaissait pas grand-chose aux Objets, il grimaça à nouveau. Il n'aimait pas ce mot, il n'aimait pas cataloguer Pilika comme une simple chose, il finit par ajouter sur un ton plus doux :


— Tu as une âme, tu as un coeur... tu...

Si la jeune fille avait été parfaitement capable de le relever, l'exercice se révélait plus délicat pour lui ; Pilika l'avait fait avec une facilité déconcertante, lui, il n'arrivait même pas à articuler sa pensée ! Marius alla à nouveau prononcer quelques ridicules balbutiements, mais un bruit le coupa dans son élan. La bouche ouverte, il écouta les pas lents et lourds qui résonnaient pas loin d'eux, il se releva doucement en cherchant d'où ça provenait. Aussitôt, il sortit son arbalète, prêts à l'utiliser si le danger se révélait bien trop palpable. L'air caressa ses cheveux et il frémit, au loin, un corbeau croassa avant de s'envoler. La poésie de l'instant venait de disparaître, une scène macabre était en train de prendre forme. Il fit quelques pas devant lui en apercevant deux énormes silhouettes, il lui fallut pas mal de temps pour distinguer une forme humaine. Il ne voyait pas très bien, pourtant il craignait de faire un pas de plus, mieux valait que les inconnus ne découvrent pas leur présence. Il finit par distinguer une pioche, un sac de toile et une pelle, s'il avait pu avoir face à lui les deux hommes, Marius aurait fixé d'un regard mauvais les brutes aux corps déformés par la misère, mais il n'aurait sans doute pas remarqué leurs haillons et leurs visages creusés par la faim. Leurs doigts étaient épais et sales, leurs dents pendaient maladroitement et menaçaient de tomber, l'un d'eux était grand et carré, borgne et chevelu ; l'autre, c'était le contraire : petit, efflanqué, chauve et le regard perçant comme celui d'un aigle. Marius ne pouvait pas examiner ces détails, pourtant il comprit vite (quand même) que ce n'était pas deux frères venant se recueillir sur la tombe d'un parent, mais deux pilleurs enlisés dans la misère et qui luttaient pitoyablement pour trouver quelque chose à manger. Toutefois, Marius n'assimila aucune de ces informations dans son crâne, il ne prit pas en compte que ces criminels l'étaient pas nécessité, pour lui ce n'étaient que deux âmes vulgaires venues souiller le repos des défunts. Le mépris, c'est tout ce qui vint comme émotion, il n'y avait aucune pitié et compréhension. C'est ce qu'il y a de particulier avec les esprits épris de justice et compagnie, ils étaient incapables de voir au-delà des apparences ou de soupçonner un seul instant que le crime avait pour origine la pauvreté ; c'était ça aussi les Grands Chevaliers Servants, il n'y avait qu'un tas de préjugés dans leur morale. Au final, n'était-ce pas les amoraux qui pouvaient voir le monde avec une certaine justesse ? L'homme est un loup pour l'homme, il est aussi sa propre énigme.
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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyVen 3 Sep - 9:40

Pilika serra ses doigts sur la terre sèche qu'elle caressait de sa paume depuis un petit moment avant de froncer les sourcils en penchant légèrement le visage vers l'avant, abaissant ses paupières, comme pour se concentrer sur ses pensées. Mais où s'était-elle encore abandonnée ? Avait-elle perdu le contrôle d'elle-même ? Enfin, rien ne pouvait affirmer qu'elle était vraiment maîtresse de sa propre personne, à vrai dire. Dans tous les cas, elle s'était laissée aller à des flux de pensées qui n'auraient même pas du effleurer son esprit. Après tout, n'était-ce pas la règle ? Le simple objet, comme le simple pantin, ne peut se permettre de tergiverser dans ce flot de sentiments superflus qui coule dans tout sang d'être humain. Sa situation était telle qu'elle était, et cela ne pouvait être changé, alors à quoi bon se faire du mouron à ce propos ? A quoi bon cette amertume, cette mélancolie puisque ce passé lointain était maintenant oublié et inatteignable par ces mains chétives et frémissante d'incapacité. A quoi bon perdre sa conscience dans une tristesse sans fin à laquelle personne ne pouvait mettre de terme ? N'était-ce d'ailleurs pas pour cette raison qu'elle s'était enfermée, plus ou moins volontairement, dans cette ignorance et cette solitude qui étaient devenues son seul et unique univers ? Elle ne pouvait, et ne voulait, en être tirée. Trop de déceptions et de souffrances l'attendraient à la sortie, de toute manière. Elles seraient son tombeau. Se considérer comme morte auprès de la société rendait simplement la douleur et l'oubli plus faciles à accepter.

Elle releva lentement ses lourdes paupières et fixa durant un moment la pierre tombale lui faisant face. Aurait-elle droit, elle, à une telle distinction ? Certainement que non ; une fosse commune serait déjà lui faire un grand honneur. C'était ce qui était réservé aux repus de la société, ceux qui la font fonctionner mais dans ses tréfonds, dans ses coins poussiéreux et interdits d'accès. Mais elle, elle était encore pire que ça, puisqu'elle se refusait à offrir quoique ce soit à cette société pourrie jusqu'à la moelle, à cette société meurtrière et basée sur des préceptes qu'elle ne pouvait et ne voulait plus chercher à comprendre ; cette société arriérée et qui devrait être révolue, cette société qui l'a tuée pour la façonner telle qu'elle la souhaitait, cette société de gens immobiles et silencieux qui lui marchent chaque jour dessus de leurs pieds bouseux. Cette société dont elle ne voulait plus faire partie.

Un mouvement s'esquissa à ses côtés et elle sentit alors une paume fraîche mais légèrement moite se poser sur son épaule, comme pour la rassurer ou, du moins, capter son attention. Revenant lentement à la réalité, elle prit conscience que celle-ci appartenait certainement à Marius. Elle souleva alors le visage vers lui pour l'observer. Sa silhouette paraissait presque floue, maintenant, à ses yeux dans cette obscurité quasi totale. Il balbutia difficilement quelques phrases. Les mots semblaient filer pour au final lui échapper et l'esprit déjà plus très clair de Pilika eut un peu de mal à saisir tout le sens qu'il tentait de faire passer par ces brides de paroles. Essayait-il de lui montrer qu'il était là pour la soutenir ? Il avait l'air mal à l'aise et pas très sûr de lui, dans tous les cas. Sa voix tremblait, et malgré les ténèbres qui les entouraient, elle devinait que ses lèvres se pinçaient, frémissantes, hésitantes, s'écartant légèrement pour laisser couler les flots de pensées qui passaient par son esprit confus, puis se resserrant automatiquement pour, finalement, l'empêcher de s'échapper. Était-ce parfois si dur de s'exprimer ? Elle n'avait jamais rien ressentit de tel, elle. Elle avait toujours parlé sans réfléchir et sans retenue. Pourquoi devrait-elle se creuser les méninges à former une phrase digne de ce nom si cela n'était pas nécessaire pour que ses interlocuteurs la comprennent ? Mots, chants, phrases construites, ils sortaient comme ils venaient, et elle n'avait jamais chercher à vraiment leur donner une forme et syntaxe précises. De toute manière, il était assez rare qu'elle fasse la conversation avec quelqu'un et, d'ailleurs, elle n'aimait pas vraiment ça. Parler était trop fatiguant. La preuve, le jeune homme en avait déjà perdu tous ses moyens. La parole était, à l'évidence, encore une manière pour faussement habiller des pensées, leur donner une apparence ou une autre, pauvre, riche, élégante, misérable, oui, les retravailler pour qu'elles, parfois, paraissent le contraire de ce qu'elles étaient à leur création. Cette idée la répugna encore davantage.

Soupirant, elle posa ses mains sur ses genoux fatigués et se redressa, lentement, dans un léger bruissement de tissu.


« Merci. »

Cela suffisait. Le terme voulait tout dire, il récompensait les efforts de Marius, coupait court à son malaise, et rendait grâce aux pensées qui n'avaient pu, paix à leur âme, parvenir jusqu'à sa langue. Mais c'est alors que, dans le silence qui régnait entre eux deux, un bruit résonna quelques mètres plus loin. Des pas, des pas lourds et indiscrets. Comment n'avait-elle pu les remarquer avant ? C'était encore la faute à ses états d'esprit, misère ! Elle se maudit intérieurement alors que chacun de ses muscles, lentement, se contractaient, prêts à agir au moindre besoin. Son compagnon s'était, lui aussi, mis sur ses gardes. Une arbalète à la main, il semblait préparé à combattre, même si ses blessures toujours béantes, quant à elles, laissaient entendre le contraire. Cependant, cela aurait été bafouer l'honneur du jeune homme que de lui proposer de passer devant lui, même elle pouvait savoir cela, alors elle se contenta de suivre de très près le mouvement de ce dernier. Quelques pas leur suffirent, d'ailleurs, pour se retrouver face à deux silhouettes grises brisant l'harmonie du cimetière. Qui étaient-ils ? Leurs haillons, leurs visages décharnés et leur air malsain la firent pencher pour des vauriens des bas quartiers, ceux qui ont perdu tout sens à leur vie et ne peuvent que fuir toute vie sociale pour cacher leur vieilles carcasses branlantes dans la délinquance et le vol et survivre dans l'ombre de la cité. Ceux qui ont abandonné toute estime de soi et tout honneur pour rester ce à quoi on donne le nom de « vivant ». Des pauvres capables de tout pour satisfaire un tant soit peu leurs tripes encrassées et leur estomac troué. Eux, Pilika les détestait. Ils étaient tout le contraire de ces gros bourgeois véreux se complaisant dans le luxe et l'alcool, mais elle les haïssait tout autant. Des déchets de la société que leur misère entraine encore davantage dans la misère. Pillant, tuant, trompant, bafouant ; toujours assoiffés, jamais repus. Sans espoir.

Dans la nuit, un éclat argenté scintilla.
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Marius De l'Ombrage

Marius De l'Ombrage

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptySam 4 Sep - 19:24

Marius serra les dents, tandis que les deux hommes se rapprochaient. La nuit devenait de plus en plus noire, cachant la silhouette des arbres et des tombes, l'obscurité devenait présente autant qu'eux. Le jeune homme fit un pas, une sensation désagréable lui parvint, celle de n'être qu'une âme perdue au milieu d'un néant ténébreux. Les ténèbres masquaient les choses, mais paraissaient n'avoir de limite seulement celles que l'on s'imposait. Marcher dans ce noir lui fit quelque peu peur, pourtant ce n'était pas la première fois qu'il se trouvait dans ce genre de situation, mais c'était la première qu'il se trouvait en pleine nuit dans un cimetière. Les tombes et savoirs que des cadavres reposaient sous ses pieds ne l'effrayaient pas en soi, mais l'ambiance nocturne ainsi que le danger qui avançait vers eux, lui donnait cette impression de vulnérabilité. Il ne remarqua pas que Pilika voulut passer devant lui, si elle l'avait fait, Marius aurait pris amèrement ça comme une humiliation. Après tout, c'était lui l'homme, c'était à lui de la protéger. Alors que les deux hommes finirent par les remarquer, le jeune homme chercha son arbalète et la cacha dans son dos, le grand borgne se baissa pour parler à voix basse avec son ami. Le chauve leur jeta quelques petits regards furtifs, alors que Marius attrapa Pilika par le poignet ; une sorte de réflexe, il n'était pas en très bon état, il préférait prévenir que guérir : ce n'était que deux misérables, mais qui pouvait lui dire qu'il était de taille à eux ? Si cette scène s’était passé bien des mois avant la naissance de ses ambitions, Marius aurait ri de cette remarque.

Il aurait pensé que bien sûr, il était largement plus fort qu'eux et qu'il lui aurait suffi de quelques coups pour leur faire manger la poussière, mais là c'était différent. Jeté dans la vie comme une vulgaire poupée de chiffon, Marius avait compris que l'arrogance ne signifiait plus rien, elle était juste pour les nobles ignorant que le monde était un véritable danger. Seulement, une petite pointe d'orgueil restait toujours bien encrée en lui, une petite lueur qui malgré sa fragilité, se battait pour continuer à exister. Alors, Marius finit par avancer calmement vers eux, essayant de se tenir bien droit même si ses côtes brisées le brûlaient, montrer ses faiblesses était le plus sûr moyen de se faire dévorer par un fauve. Il devait donner l'impression qu'il n'avait pas peur, se persuader qu'il n'y avait aucune crainte dans son coeur, même si celui-ci tambourinait fort dans sa poitrine. L'arbalète soigneusement cachée derrière son dos, il s'arrêta une fois qu'il put bien distinguer leurs faces lassées et laides. Il n'ouvrit pas la bouche, tandis qu'il avait conscience que dire quelque chose aurait été bienvenue, cependant il n'avait pas la moindre phrase qui lui venait. Le chauve secoua la tête sur le côté à plusieurs reprises, apparemment plein de tiques, il bougeait les épaules nerveusement ; le borgne restait impassible, son orbite vide donna quelques frissons au jeune homme.


— Vire de là gamin.

Sa voix était rauque et grave, sans doute à cause de l'atmosphère romantiquement dérangeante à souhait, Marius crut avoir entendu la voix d'un mort durant l'espace de quelques secondes. Il toussota, sa main se resserra sur son arme, pendant que l'envie irrépressible de se retourner vers Pilika lui fracassait toutes ses idées grotesques de bravoure. Pour le moment, ils ne paraissaient pas avoir reporté toutes leurs intentions vers la jeune fille, puis quelque chose de clair le bouleversa à nouveau : son comportement était stupide, s'il faisait ça, c'était pour simplement chercher à se prouver quelque chose. Avoir réagi de façon aussi impulsive mettait la vie de Pilika en danger, la sienne aussi. Même si la fillette était un objet, Marius ne pouvait s'empêcher de la considérer comme une vraie petite fille qu'il devait protéger. Il n'avait pas pu protéger son amie Aniya de ce qui lui était arrivé, même s'il était aveugle à cette analyse de lui-même, Marius essayait quelque part se rattraper pour se prouver qu'il n'était pas qu'un môme jouant au grand. Incapable de trouver quelques phrases à lancer, Marius se contenta de faire non de la tête, tout en défiant du regard les deux hommes. Soupirant, le borgne laissa son sac de toile tomber à côté de lui, le chauve continuait d'être la victime de nombreuses tiques, il rongeait ses ongles jusqu'au sang.

Soudain, le borgne laissa tomber quelques-unes de ses affaires sur la terre, puis tenant avec fermeté sa pioche entre ses grosses mains abîmées, il la souleva pour l'abattre sur Marius. Si son attitude ne lui avait pas paru suspecte, le jeune homme ne serait sans doute plus de ce monde. Il esquiva sur le côté, mais son pied dérapa et il tomba contre une pierre aiguisée, il s'entailla le bas du doigt. La douleur lui arracha un crin plaintif, mais il parvint à se relever avant que la pioche ne lui crève le ventre. La peur et l'angoisse lui étaient revenues, ainsi que la conviction de défendre la fragile fillette qui lui avait tendu la main. Il recula jusqu'à sentir une pierre tombale contre ses jambes, puis rapidement, réagissant par réflexe, Marius tira un carreau sur le borgne. Manque de chance, celui-ci l'évita, tandis que son compagnon avait posé son petit regard de serpent sur l'enfant. Il ne le remarqua, trop concentrer sur son adversaire, celui-ci souleva à nouveau sa pioche et cette fois-ci, Marius tira dans l'aisselle. Il lâcha son arme de fortune en criant de douleur, le jeune homme en profita pour tirer dans son flanc. Il n'arrivait toujours pas à tuer quelqu'un, jusqu'à l'instant où le chauve attira son attention. Poussant un hurlement de rage, l'homme courra jusqu'à Pilika, il sortit un petit couteau émoussé. La scène fut beaucoup trop rapide pour lui, à peine avait-il vu la menace que ses mains avaient réagit : le carreau se planta juste en dessous de l'oreille.

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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyMer 8 Sep - 10:51

Allons bon, que c'était ennuyeux ; Pilika en soupirait d'ennui intérieurement. En règle générale, jamais elle ne se serait retrouvée devant une telle situation. Elle les fuyait toujours. Trop brusque, trop bruyant, et demandant trop d'efforts ; efforts qu'elle s'était jurée ne plus jamais donner à cette société qu'elle détestait et qui le lui rendait bien. Non, jamais elle ne se serait impliquée dans un combat en temps normal. Alors, qu'est-ce qui n'était pas normal, à ce moment là ? Qu'est-ce qui l'avait poussée jusqu'aux deux hommes poussiéreux ? Marius ? Haha, quelle bonne blague ! Elle qui tentait de fuir tout contact et qui cherchait à ne jamais attirer l'attention, elle avait réussi à pousser un Noble à la protéger. De son point de vue, la scène était hilarante dans la mesure où cela était exactement le genre de situation qu'elle ne voulait surtout pas avoir à vivre. Alors, pourquoi l'avait-elle suivi? Pourquoi n'avait-elle pas fui lorsqu'il était encore temps ? Était-ce si agréable d'avoir de la compagnie ?

Non, les gens autour ne sont que des pions. Des pions sur un grand échiquier qui bougent et qui mangent afin de ne pas être eux-mêmes mangés. Je ne suis pas un de ces pions. Je ne suis rien ; rien de tout ça, rien de comparable à tous ces bouts de chair se déplaçant dans le vide pour accomplir leur destin, leur désir, leur volonté dans cet Empire inventé de toutes pièces. Je ne dois pas m'impliquer dans cette histoire, dans leurs histoires. Même si cela ne me mène nulle part, je préfère être seule mais tranquille.

Elle ne serait pas brisée une nouvelle fois et posée sur le côté du plateau. Elle vivrait, respirerait, et oublierait dans un éternel situé ailleurs que dans les limites posées par le jeu. Même si elle ne voulait, ne désirait plus rien, elle ne laisserait pas la société faire ce qu'elle souhaitait faire d'elle, elle ne la laisserait pas lui faire perdre sa propre maîtrise de son être.

Un bruit sourd résonna à quelques mètres d'elle. Le duel avait commencé. Le gros bigleux avait choisi pour adversaire le jeune homme et pour arme une vieille pioche moisie jusqu'à son manche de bois. Eh bien, le pourcentage de chance d'attraper une maladie en étant blessé par l'acier de cette pioche était certainement proche du 97% ; autant dire qu'elle représentait la mort assurée. Cependant, elle n'eut pas raison du jeune Noble qui, grâce à des coups plus ou moins habiles, parvint à mettre au tapis la grosse carcasse, malheureusement encore vivante, du bigleux. Ah, tout ce remue-ménage allait mettre en péril la vie de petites fleurs !

Et c'est donc, alors que les yeux vides de la jeune fille parcourait lentement le sol du regard afin de vérifier qu'aucun dégât n'avait été produit sur ses faibles congénères, qu'un mouvement sur sa droite ré-attira son attention. Le couple de véreux n'avait pas dit son dernier mot. En effet, cette fois-ci, c'était le tour du petit croûteux. Ne faisant ni une ni deux, ce dernier se lança en avant vers la jeune fille, une lame brillante dans la paume, en poussant, de manière très barbare et complétement absurde, un cri. Allons bon, c'était lui son adversaire ? Ah, elle n'avait toujours pas l'envie de s'impliquer là-dedans. Après tout, elle pourrait peut-être juste éviter le coup, discrètement, et le laisser tomber de manière plus ou moins volontaire sur ce couteau qui aurait glissé, par inadvertance, de sa main osseuse. Cependant, il n'en fut rien. Alors que la chose, qu'elle avait du mal à qualifier d'homme, ne se trouvait plus qu'à quelque mètres d'elle, le bras levé afin de ne pas rater sa cible, un bruit de flèche décochée d'un outillage de bois et d'acier résonna dans le silence de la nuit noire. Et le petit croûteux s'étala de tout son long à ses pieds.

Pilika s'accroupit, le visage inerte penché en direction de l'amas de chair et d'os qui, en quelques secondes de plus aurait souillé ses jolies petites chaussures. Bah, il était mort, et bien mort. Rien de plus à faire avec celui-là. Bon, au moins, elle n'avait pas eut à bouger le petit doigt, mais d'un autre côté, ce n'était pas amusant. Non, vraiment pas amusant ! Elle souleva lentement le bras, silencieusement, ses doigts fins et pâles tendus vers l'objet brillant toujours reposant contre la paume du défunt. Ses lèvres s'élargirent légèrement en un sourire presque vicieux au fur et à mesure que sa peau se rapprochait inexorablement de la garde de la petite arme et alors qu'elle allait définitivement la toucher, un bruissement parvint à ses oreilles. Et à ce moment précis, une nouvelle fois, la scène devint trop rapide pour que l'oeil non préparé puisse la suivre avec toute la compréhension possible. Seul un « djonk » se répercuta dans le vent alors que le couteau lancé par la petite fille avait filé dans l'air pour venir se planter en tremblant dans la tempe du gros bigleux qui s'était relevé, quelques secondes auparavant et qui, sans un bruit, s'était approché de Marius, son arme rouillée en mains, prêt à frapper. Il resta ainsi debout pendant un petit instant, son air sanguinaire encore placardé sur sa figure grotesque, avant de tomber en arrière, son corps semblant se désarticuler avant de s'écraser dans un bruit étouffé par la poussière du cimetière.

La jeune fille poussa un soupir avant de se relever, se dirigeant doucement vers le borgne. C'était vraiment allé trop loin, rien que d'y repenser la fatiguait. Trop d'actions, trop de souvenirs, trop d'implication. Elle se pencha légèrement et récupéra la lame ensanglantée, avant de se relever, demeurant ainsi durant un moment, droite, le regard perdu dans la contemplation du sombre horizon.


« … aurait pas dû … »

Ce furent les seules brides de murmure qui parvinrent à franchir le seuil de son audible. Elle ne prononça ensuite plus rien pendant plusieurs minutes, abandonnant son esprit, comme souvent, pour se contenter d'un sentiment intérieur qu'elle seule pouvait entrevoir et comprendre. Soudain, elle refit surface, son regard morne se ravivant en apercevant, à quelques pas d'elle, que le lys planté sur la tombe profanée était intact. C'est vrai !, c'était ça qu'elle voulait vérifier, à la base ! Souriant, elle se hâta et se pencha sur les frêles fleurs dont elle frôla, innocemment, les pétales blancs et purs.

« Intactes. »

Son chuchotement fut prononcé comme une caresse doucereuse, très loin de la scène macabre qui se trouvait juste derrière elle.
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MessageSujet: Re: Vais-je tomber sur un os ? [Marius]   Vais-je tomber sur un os ? [Marius] EmptyVen 10 Sep - 18:52

Le corps resta immobile une ou deux secondes avant de soubresauter, chanceler et tomber. Étales prés d'une tombe, la face du chauve s'enfonçait dans la terre, pendant que Marius observait Pilika, avant de comprendre ce qu'il venait de faire, son esprit cherchait à se rassurer. La fillette n'avait rien, et le soulagement que ressentit le jeune homme le fit longuement soupirer, un poids non négligeable venait de disparaître sur ses épaules. Elle n'avait rien, il remercia l'Ombre encore et encore jusqu'à se souvenir que c'était presque contre cette force obscure qu'il se battait. Qu'importe ! Pilika était sauve, ça n'avait pas d'importance. Marius la connaissait à peine, pourtant cette volonté de la protéger ne cessait de progresser en lui, comme si la petite fille était aussi douce et gracile qu'une petite fleur que hommes comme femmes, risquaient de piétiner par manque d'attention, ou par cruauté. Sans doute un sentiment proche de celui de la fraternité s'éveillait en lui, Marius était le cadet de sa famille, pourtant aucune chaleur n’avait pris naissance entre eux. Peut-être se sentait-il comme un grand frère qui voulait protéger sa petite soeur ? Il ne savait pas trop, pour le moment il n'était pas apte à comprendre ses propres émotions, l'inquiétude avait disparu. Il sourit faiblement, tandis que brusquement, il vit le couteau enlacé par les doigts de la fillette. Marius fronça les sourcils, il n'avait pas entendu le pas saccadé du borgne, il croyait même que celui-ci avait perdu connaissance, ou plutôt son cerveau las ne se souvenait plus de cette menace.

Alors que la nuit tombait, déversant sur eux les ténèbres et le froid, les yeux bleus du jeune homme virent cet éclair d'un blanc étincelant. Par réflexe, il suivit la lame vriller près de lui et se retournant, il retint un gémissement de dégoût. Il ne s'était pas attendu à tant de violence, mais c'était bien Pilika qui venait de lancer le couteau, celui-ci s'était planté dans la tempe du borgne. Le sang gicla, et l'homme s'écrasa par terre, Marius fit quelque pas en sa direction. Il ne retira pas la lame plantée dans cette tempe, mais il sentit un frisson le parcourir un long moment. Ses yeux fixèrent le sang rouge qui glissait sur l'herbe, se répandant lentement jusqu'à ses pieds, lorsqu'il remarqua ça, il contourna le cadavre. À nouveau, il posa son regard sur Pilika qui venait le rejoindre, enfin ce fut ce qu'il crut. Marius alla prononcer quelques paroles, mais l'attitude étrange de la fillette lui coupa la parole, elle parut l'avoir oublié et arracha le couteau de la tempe. L'innocente petite fille faisait preuve d'une sorte de monstrueuse délicatesse, Marius en frémit. Pendant un quart de seconde, il crut sentir de la crainte envers elle, il jeta cette idée absurde, puis continua de l'observer : Pilika s'assurait juste que les fleurs étaient intactes. Il ne chercha pas à comprendre pourquoi, il s'éloigna lentement du cadavre et vint s'asseoir prés de la tombe où se trouvait le lys et la fillette. Le cimetière était redevenu calme, le combat venait de disparaître en même temps que les derniers rayons de ses angoisses. C'est lorsqu'il vit la lame scintiller dans la main de Pilika que Marius se souvint soudain de ce qu'il venait de faire.

Soucieux, s'attendant à un nouveau bouleversement tourmenté, il regarda ses propres mains et oh surprise, elles ne tremblaient pas. Contrairement à tout ce qu'il avait imaginé, Marius ne s'attendait pas à ce qui était en train de lui arriver. Dans son coeur, il n'y avait nul dégoût de soi, nul instinct primaire qui s'éveillaient pour le transformer en monstre, nulle crainte et nulle angoisse ; rien, il n'y avait rien. L'indifférence était presque totale, il venait de tuer un misérable, un homme qui après tout luttait pour vivre, mais ça ne lui fit rien. Aucun monologue sur le sens du bien et de la justice, aucune question. Cette sensation de sérénité l'effrayait dans sa nouveauté, pourquoi n'était-il pas en colère ? Pourquoi ne ressentait-il aucune peine ? Marius soupira et regarda le ciel nocturne, il n'y avait pas la moindre trace d'amertume dans son coeur. Alors pourquoi cette indifférence ? Et pourquoi cette absence de bouleversement le dérangeait-il ? Par l'Ombre, il venait de tuer un homme ! Il venait de mettre fin à une vie, il venait de commettre un meurtre ! La colère bientôt contre cette indifférence, mais elle disparut rapidement. Pourquoi serait-elle là ? Ce vide l'interrogeait, or il la sérénité était plus forte, il venait de faire un véritable premier pas dans le crime, et alors ? Quelle importance ? Ses mains venaient d'être souillées par le sang, bah ! Son innocence était morte à présent, eh bien quoi ? À quoi bon ? Ce sentiment de sérénité ne le dérangeait pas, c'était même agréable de posséder enfin un sentiment pareil, il venait d'accomplir quelque chose. Un sentiment fort d'accomplissement, en parvenant à tuer cet homme, il n'allait plus trembler devant les Inquisiteurs. Il n'allait plus angoisser à l'idée de tuer quelqu'un, c'était si facile et ridicule ! Pourquoi avait-il eu autant de peur ? Ce soir-là, il n'était plus un médiocre terroriste, un vulgaire gamin avec de grandes idées puantes de sentiment chevaleresque. Il sourit donc, content de lui-même, tandis que cette impression de puissance l'envahissait.

Pilika aussi avait tué, avec bien moins de crainte que lui, désormais c'était fini. Marius regarda à nouveau la fillette, avec toujours ce même sourire sur le visage. Avec une nouvelle assurance qui au final ne lui ressemblait pas trop, Marius lâcha :


— Eh bien Pilika, tu vois : tu n'es pas rien. Tu es comme moi.

Hâtivement, son doux sourire se mua en un rictus sauvage, il ne sut comprendre que sentir cette puissance comme une délicieuse drogue était l'un des premiers pas que les plus dangereux et fous faisaient. Après tout, si ses frères étaient capables de tuer, lui aussi. À présent, il faisait ses adieux à ce gamin naïf, il venait de comprendre enfin que le meilleur moyen de rester en vie à Ishtar, c'était se battre sauvagement pour se défendre et surtout tuer, tuer encore et encore jusqu'à enfoncer ses pieds dans une mare de sang, et ainsi, survivre. Le rictus disparut lorsqu'il ferma les yeux, apaisé comme il ne l'avait pas été depuis le début de son histoire, cette histoire qu'il allait écrire de lui-même en baignant ses mains dans le sang. La violence lui était désormais devenue familière, ainsi que l'envie de protéger Pilika et tous ces êtres malheureux et déshumanisés que l'Eglese construisait. En lui, quelque chose c'était brisé, quelque chose que personne ne pourrait réparer. Désormais, il fallait qu'il apprenne à lutter contre l'excitation procuré par cet acte immonde, et ne pas devenir lui-même un monstre.
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