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 Duel au sommet [Uriel D'Arken]

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MessageSujet: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Jeu 29 Juil - 9:48

    Une ombre parmi les ombres, un impertinent discret, installé à l’une des tables de la bibliothèque, qui imitait les lecteurs fidèles et les mordus du silence. Devant lui se trouvaient un plateau quadrillé et une boîte contenant une infinité de galets blancs et noirs. Dans sa main, un livre sur les règles du jeu de go. Le bonhomme déposait les pierres et combattait contre lui-même, faisant preuve d’une dextérité affolante pour son âge. Le vieillard patientait sagement qu’un audacieux vienne se joindre à lui et le provoquer en duel.

    Notre homme était réputé pour son esprit brillant et son goût pour les jeux de stratégie. On le connaissait plus particulièrement en tant que challenger au jeu d’échec. Il lui suffisait parfois de quatre coups pour remporter la partie. L’extase frétillante qui faisait frémir ses lèvres lorsqu’il murmurait « échec et mat » rendait généralement fou de désespoir son adversaire dont le visage se décomposait littéralement. Notre ami ne laissait de chance à personne. C’était l’un de ses nombreux domaines de prédilection.

    Une heure plus tôt…

    Le sourire de Lao s’élargit tandis qu’il se préparait, enfilant l’uniforme des prêtres. En arrière-plan, on pouvait apercevoir moult déguisements en tout genre, des accessoires (cannes, fausses moustaches posées sur une table basse, maquillage, perruques…) et un large miroir encadré par quelques bougies. Le jeune insolent dissimula sa chevelure, ajusta le col et prit un air sérieux. Il se vieillit en dessinant des rides sur son visage cerné. A présent, il était fin prêt pour jouer un tour à Uriel D’Arken.

    Il s’invitait souvent sur le territoire du grand méchant loup où il laissait gaiement traîner ses oreilles attentives qui attrapaient parfois de gros poissons. C’était un passe-temps pour son esprit retord. Il allait toujours plus loin, dépassant les limites du raisonnable et de la prudence. Au fond, il se comportait en téméraire, de cela, il n’était pas vraiment fier, toutefois, sa nature espiègle resurgissait et le menait à agir inconsciemment. Le seigneur de la terre était habile, pour le repérer, il aurait fallu être aussi malin et soucieux du détail que lui. Rien n’était laissé au hasard, tout était calculé, prémédité. Sans relâche, Lao s’astreignait à un rythme d’enfer pour maintenir la supercherie jusqu’au bout.
    Pourquoi avoir choisi la bibliothèque ? Pour la seule raison que c’était un endroit fréquenté par les partisans de l’Ombre et qu’on ne manquait pas de rencontrer le Régent, si sérieux, si consciencieux, un modèle pour ses frères, un vrai lettré qui offrait une magnifique image de sa personne. Admirable, non, vraiment ! Uriel n’était pas au bout de ses surprises, il ne se doutait certainement pas qu’en prenant place en face du petit vieux, qu’il s’adressait à son rival numéro un. Lao, un simple pseudonyme qui parcourait la ville comme une traînée de poudre. Lao, un nom sans visage. Un anonyme, un fantôme. Le célèbre philosophe qui faisait mordre la poussière à ses poursuivants, qui les tournait en ridicule et qui faisait crisser les dents des plus hauts.

    Cet homme au regard brillant de malice était le plus avisé des imprudents.
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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Jeu 29 Juil - 10:56

Uriel connaissait la Bibliothèque comme sa poche. A l'âge de quinze ans, il y accéda en tant que novice des Ombres et passait tout son temps libre à lire pour perfectionner sa connaissance de l'Ombre et des ombres. Depuis, prêtre en pleine ascension hiérarchique, il put gambader joyeusement dans la réserve, dévorant de ses yeux bleus de glace tout ce qu'il pouvait. Haut Prêtre, il connaissant déjà une énorme partie des livres. Mais une vie, surtout déjà aussi remplie que la sienne, ne pouvait suffire à tout lire. Il essayait malgré tout et faisait de son mieux pour garder de l'avance sur les autres prêtres. Rien ne pouvait l'arrêter.

Il se promenait, entre les rayons, répondant aux salutations respectueuses des gens qu'il croisait, parcourant les dos des livres, soigneusement rangés, de son regard perçant. Il ne portait pas son manteau habituel et apparaissait comme plus petit et moins dangereux. Plus détendu aussi. Il y a de cela deux nuit, il avait rencontré Ingell Decade et achevé la mise au point de son œuvre, bien qu'elle ait encore besoin de quelques améliorations. Le moment du repos était venu. Même Ezhekiel et ses jeux devaient attendre un peu. Son teint pâle virait au cadavérique, mais cela arrivait souvent, lorsqu'il passait des nuits blanches ou tombait malade. Un esprit si vif et rapide dans un corps aussi faible... L'équilibre devait être préservé, en voilà encore une preuve. Les mains dans le dos, vêtu de soie blanche, il s'arrêta net devant une étagère.

Une sensation étrange vint l'envahir. Comme une sorte de présence. Pourtant, cela ne venait pas des livres qu'il regardait, ni de rien qui se trouve derrière cette étagère... Alors, c'était dans son dos... Alors que ses mèches blondes tombaient un peu partout sur ses épaules et son dos, Uriel D'Arken se tourna pour voir un vieil homme penché sur une planche de Go. Un livret de règles à la main, il semblait tout bonnement occupé à tuer le temps qu'il lui restait jusqu'à la mort. A voir son visage, elle devait être assez proche... Ses yeux étaient invisibles, mais ses mouvements (en bon adepte des la manipulation des ombres, Uriel voyait les mouvements sous un angle particulier) témoignaient d'une grande vivacité et dextérité. Surprenant. L'homme avait une sorte d'aura... Un pouvoir magique s'en dégageait et celui-ci était à peine plus faible que l'aura attaché en permanence à Ezhekiel. Il supposait en avoir son aura propre aussi... Mais il ne le sentait pas vraiment. Ce vieil homme-là en avait un impressionnant. Prêtre ? Non... Il le connaitrait. Les inquisiteurs n'atteignaient jamais une puissance pareille... Hérétique ? Pas en plein milieu de la Bibliothèque, tout de même... Et puis même... Bah, c'était peut-être juste un homme vif d'esprit qui gaspilla son talent à faire autre chose que maitriser les ombres et qui apprend à jouer à Go pour se dépenser mentalement.

Ceci dit, voilà une bonne idée de détente... Un sourire poli aux lèvres, Uriel s'avança vers lui. Il serait impoli de venir s'installer comme ça, sans en demander la permission. Les usages ne font pas de mal et la politesse et le sens de l'honneur sont les bases du jeu de go. Une étiquette tout entière, concernant la façon de se tenir et de se faire la conversation (comme par exemple, ne pas parler du jeu en cours, ne pas hésiter sur le mouvement suivant plus que deux fois par partie, ne pas jouets avec les pierres, ne pas poser ses coudes sur la table,...). Mais commençons par les choses plus basiques encore...


"Sous le ciel et sous le soleil, je vous salue. Puis-je me joindre à vous ? Ce jeu est bien plus passionnant à deux..."

Certes... Surtout qu'apparemment, les deux hommes étaient capables de jouer contre eux-mêmes... Le jeu s'annonçait intéressant. Uriel attendit d'avoir la permission pour s'asseoir, chose qu'il fit avec grâce. Une fois qu'ils aient dégagé la planche, il proposa à son adversaire de jouer avec les pierres noires et donc de commencer. Cela faisait fort longtemps qu'il ne jouait plus avec un livre mais contre son propre esprit malade. Un vrai génie du mal, quoi...

Les mouvements rapides s'enchainèrent, les index et majeurs des deux hommes s'emparaient des pierres pour les placer avec le cliquetis conventionnel sur la planche. Si les échecs sont l'art de la guerre, Go est une sorte de négociation. Il faut faire des concessions à l'adversaire pour prendre plus de terrain de l'autre côté, négocier plusieurs sujets à la fois et renégocier les territoires déjà conquis...

Après plusieurs mouvements, plutôt habiles, servant d'échauffement aux deux esprits qui s'affrontaient en ce moment, Le Haut Prêtre décida de rompre le silence. Son adversaire l'intriguait vraiment. Il était curieux... Un si vieil homme et il ne l'aurait jamais croisé ? Il devait être aussi discret qu'un inquisiteur... Ou se cultivait ailleurs, jusque là. Impensable. Seule la Bibliothèque de la Capitale pouvaient offrir ce qu'il fallait à cet esprit qui s'avérait dangereux. Enfin un adversaire pour Go ! Quelle joie... Il semblait pouvoir réfléchir à tant de choses à la fois, maîtriser l'ensemble de l'affrontement en permanence et faire des choix difficiles en une seconde. Remarquable.


"Il me semble que je vous vois ici pour la première fois... Quelle dommage que nous n'ayons pas eu l'occasion de nous croiser plus tôt. Je suppose que vous pratiquez aussi d'autres... jeux ?"

Il lui fallait savoir qui pouvait bien être ce vieil homme. S'il était uniquement un vieillard inoffensif, Uriel se ferait un plaisir pour jouer avec lui régulièrement. Après tout, ce n'était personne de bien connu... Le Comte Oliver jouait assez bien aussi... Mais il voyait très mal le maître du club pour puissants dépravés se déguiser en vieil homme et venir lui faire une surprise. Et Oliver n'avait pas cet aura... Quelle découverte intéressante... La conversation s'annonçait au moins aussi passionnante que le jeu.

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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Jeu 29 Juil - 16:11

    Et le poisson mordit à l’hameçon…

    Ce fut presque trop simple. Notre ami ne pensait pas attirer le grand Uriel D’Arken avec son jeu de go, même s’il se doutait que son adversaire était le meilleur à qui il pouvait se frotter. Il accueillit avec surprise le nouvel arrivant tout de blanc vêtu et qui paraissait usé par des efforts dont Lao ignorait l’origine. Un projet machiavélique en cours ? De nouvelles réformes insensées ?

    Le vétéran esquissa un sourire poli tout en gardant ses yeux rieurs rivés sur le plateau. Il indiqua à son adversaire de s’installer d’un petit geste de la main et la partie pouvait commencer. Le bonhomme ressemblait à un prêtre à la retraite, le faux uniforme qu’il s’était confectionné était tout rapiécé. On reconnaissait à peine son appartenance à l’Eglise, on pouvait tout simplement croire qu’il n’était qu’un membre de la plèbe, accordant le peu de temps qu’il lui restait à jouer avec quiconque capable de le distraire un tant soit peu avant le trépas.

    Lao se fondit à merveille dans le rôle du vieillard sénile, rôle qui lui collait à la peau. Le subterfuge était parfait. Il se jeta complètement dans la bataille, oubliant tout. Le duel se jouait uniquement entre le Régent et lui. Il était comme possédé, ses doigts tremblaient d’excitation contenue avec difficulté. Lao se maîtrisait à peine. Il avait presque du mal à se rendre compte qu’il avait Uriel D’Arken de l’autre côté de la table. Le jeu le rendait hystérique, lui qui était si calme et posé d’habitude. Cependant, il ne devait pas se révéler et il s’appliqua à rester froid comme une tombe. Sa voix, seulement, qu’il déguisa pour la rendre rauque, quittait l’aire de jeu pour atteindre d’autres objectifs ; celui d’étudier le magicien de l’Ombre tant réputé. Cela l’intéressait, mine de rien, de connaître le tout puissant Uriel, savoir de quoi il était fait, (pas de bois, non, je vous rassure) ses tics, un aperçu de ses pouvoirs, l’aura qu’il dégageait…Cette dernière était d’ailleurs particulièrement envoûtante. Elle envahissait les défenses du pauvre Lao qui n’avait pas conscience de son propre halo. Il luttait contre l’Ombre qui tentait de l’assujettir, mais elle pouvait toujours courir, l’élément terre contrecarrait ses plans. Tout cela se passait à l’insu de nos deux protagonistes qui poursuivaient leur partie avec acharnement jusqu’à ce que l’un d’eux brise le silence qui s’était propagé, dû certainement au travail de deux matières grises bien entretenues. Le vétéran toussa, s’éclaircit la gorge et s’exclama non sans une touche espiègle dans le ton :


    « Mon brave, c’est que vous n’avez pas suffisamment observé et puis, qu’elle est grande cette bibliothèque ! »

    Le vieux monsieur eut un rire bref avant de répondre à la question du curieux qu’il considérait comme son égal malgré tout :

    « D’autres jeux ? Bien entendu. Que croyez-vous ? Je ne vais pas finir mes jours à moisir sur le jeu de go, non, non ! J’apprécie également les échecs, les dames…et vous, monseigneur ? »

    Les doigts agiles de Lao déposèrent plusieurs pierres en réponse aux attaques de son adversaire farouche qui avait un jeu très offensif tandis que lui avait opté pour le défensif. Cette fois, il avait réussi à le prendre en tenaille et à lui faire le coup de l’escalier, emprisonnant les pierres blanches du Régent jusqu’à la perte totale de leurs libertés. C’était un fameux coup qui suscita un vif sentiment de fierté chez l’éclairé. Il n’avait pas joué depuis longtemps, mais les réflexes revenaient vite. Il avait d’ailleurs rapidement abandonné son livre de règles et s’était employé à jouer selon son instinct, tour à tour défendant, bloquant son adversaire, construisant une forteresse imprenable. Bref, le jeu en valait la chandelle.

    Toutefois, le vieillard interrompit légèrement le cours du jeu en prononçant ces paroles :


    « Je me demande ce qu’un homme aussi…puissant que vous, fait avec un vieux comme moi. Je ne vois pas l’intérêt, si vous voyez où je veux en venir. Je suppose que d’autres affaires vous attendent, alors pourquoi s’obstiner ? Est-ce par charité ? Je ne veux pas vous paraître désobligeant, cependant, je ne comprends pas très bien pourquoi vous vous ennuyez à jouer avec un retraité. La jeunesse doit fréquenter la jeunesse, c’est tout à fait normal. »

    Lao leva enfin les yeux vers le regard incisif d’Uriel. Ce fut comme deux épées qui s’entrechoquaient mais qui ne parvenaient pas à se départager. Drôle de sensation…En tout cas, le challenge promettait d’être passionnant pour les deux hommes, tant sur le plan moral, que sur le plan divertissant.


Dernière édition par Lao le Sam 14 Aoû - 12:33, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Jeu 29 Juil - 17:09

Il ignorait tout du piège et du double jeu qui s'y passait. Seule la planche et les pierres noires et blanches l'intéressaient. Et cet homme... Intriguant. Lorsqu'il lui fit la remarque qu'il n'avait pas assez observé, le blond se contenta de hausser les sourcils et de hocher la tête, avant de poser une nouvelle pierre blanche sur le bois. Ceci dit, les paroles du vieux étaient parvenues à l'atteindre. Était-il donc si aveugle, lui qui aimait croire qu'il savait tout ce qui pouvait être su, surtout sur son propre territoire ? Bah... Après tout, ce n'était qu'un vieil homme, peut-être un vieux prêtre retraité depuis des années. Et depuis une bonne décennie, Uriel ne faisait que courir et se presser pour maintenir l'Église et ses structures ainsi que l'Empire entier ces derniers temps. Il pouvait bien avoir gommé ce détail de sa mémoire.

Par contre, le fait que l'autre soit adepte d'autre jeux ne le surprit pas du tout. Un jeu de go aussi brillant prouvait que ce n'était pas un vieux ordinaire qui ne fait que passer le temps. Il devait jouer depuis bien longtemps en se perfectionnant avec d'autres jeux. Impossible d'être aussi fort autrement. Uriel sourit de ses lèvres pâles, malgré sa fatigue, probablement visible. Il répondit au dernier assaut de son adversaire, avant de répondre.


"Bien entendu aussi... Plus aux échecs qu'aux dames... Il m'arrive aussi de jouer aux jeux de hasard, mais ce sont loin d'être mes préférés. Quelle satisfaction peut-on donc tirer d'une victoire qui n'est pas nôtre, mais celle du destin... Ou de la chance ?"

Il sentait bien que son interlocuteur serait de son avis. Une loterie ou autre roulette, organisée pour la noblesse en fête, n'était pas attirante. Il visait par contre à saisir la personnalité, si étrange, de l'autre en se renseignant quant à ses croyances. Était-il du genre à croire qu'il y avait quelque chose d'écrit ? Ou que tout était une question de hasard ? A moins qu'il soit de ces dangereux personnages qui croient, comme Uriel lui-même, que toute chose est l'œuvre de celui qui forge lui-même sa vie et que rien ne se décide à l'avance ? Certes, le Régent croyait que certaines personnes étaient faites pour certaines choses. Comment expliquer autrement les succès prodigieux des uns, alors que d'autres échouent lamentablement, là où les premiers ne travaillent même pas à moitié aussi dur que les seconds ? Ceci dit, aucune force obscure ne déciderait jamais de sa vie. Il allait plutôt décider d'autres vies...

Habile tactique que d'attirer quelqu'un dans la conversation et de l'engager dans un affrontement aveugle. Uriel venait de se faire avoir comme un bleu. Un escalier ! Bon sang... Où avait-il les yeux, les pensées !? Concentrées sur l'homme, visiblement. Le bord de la planche, joua en faveur des noirs et les pierres blanches se retrouvèrent piégées. Il laissa le vieil homme ramasser ses prises de guerre et le questionner en même temps. Ses interrogations n'étaient pas du tout dénuées d'intérêt. Il ne pourrait y répondre trop franchement. "Un ressentiment étrange" ? Non... Mais une autre réponse, honnête elle aussi lui apparaissait clairement.


"Ma puissance n'a rien avoir avec votre âge ou votre statut. Nous sommes dans un lieu sacré, dédié au savoir. Et nous sommes en train de le perfectionner ensemble... Quant à mes affaires... Elles peuvent attendre. Je ne viens jamais ici, sans être certain que ma présence n'est requise ailleurs. Je pense aussi qu'il n'est pas un secret que j'ai besoin de repos. Je fréquente assez de jeunesse... Et je suis loin de m'ennuyer ici. Qui sait... J'apprendrais peut-être bien quelque chose ici..."

La dernière remarque était une façon de féliciter le vieil homme pour son coup de l'escalier. Parler de la partie en cours n'étant pas correcte, il fallait contourner les règles avec tact. Un contour d'escalier est généralement assez pénible à défendre et une attaque fait que beaucoup de croisement libres se comblent de pierres qui n'apporteront de points à personne. Il fallait laisser cette partie pour plus tard, voire la fin de la partie. En attendant, une nouvelle pierre blanche vint séparer cette chaine de la forteresse. Un siège, risqué mais possible malgré tout, s'annonçait. Certaines pierres entrainent, alors que d'autres cernaient la citadelle noire, afin de l'empêcher de se lier avec d'autres chaines de pierres. La partie n'était gagnée pour personne. Le vieux avait certes pas mal de pierres mortes, mais Uriel contrôlait une bonne partie du territoire et ses assauts n'allaient cesser qu'une fois toutes les possibilités épuisées.

Et les regards des deux protagonistes se croisèrent. Uriel ne s'attendait en aucun cas à un choc aussi violent. Si on lui disait que cet homme avait vingt ans, il approuverait immédiatement. Une telle lumière, une telle intelligence, une telle malice... Incroyable. Il lui fallait apprendre qui était-il. Si c'était un vieux prêtre, Alarin, son maître, lui en aurait tout de même parlé. Ce serait un cas de talent et de compétence bien trop rare pour qu'il parvienne à rester ignoré de la hiérarchie... Alors il devait être un homme du peuple qui...

Un petit sourire en coin naquit sur le visage pâle du Haut Prêtre, alors qu'il posait une nouvelle question :

"Dites-moi, avez-vous eu l'occasion de rencontrer notre feu Empereur Geralth ? Il était un joueur brillant, d'après ce qui m'a été transmis par ceux qui eurent le privilège de jouer avec lui..."

Geralth XII, père d'Ezhekiel, le Prince héritier, fut effectivement un joueur de Go bien habile. Toute activité intellectuelle réussissait assez bien aux membres de la famille impériale, à seulement quelques exceptions près. Uriel eut même la chance d'assister à des parties que le souverain pratiquait avec Alarin, le prédécesseur du marquis D'Arken au poste de Haut Prêtre.

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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Sam 14 Aoû - 13:01

    A quoi jouait-il bon sang ? Avait-il seulement une once de prudence pour se révéler ainsi aussi ouvertement, dans un lieu public ? Et s’il se faisait prendre ? Avait-il songé aux risques et aux dangers auxquels il s’exposait ? Ce pauvre fou de Lao avait perdu la raison. Il jouait contre son double et non sans ardeur. Il jouait contre un homme qu’il méprisait. S’ils n’avaient pas été tenus par leurs fonctions respectives, les deux hommes auraient pu s’entendre à merveille. Mais la vie était faite ainsi. Chacun prenait des chemins différents qui les menaient à des endroits différents. Personne ne pouvait s’insurger contre ça. Personne.

    Le vétéran se frotta les doigts avec une lenteur excessive. Il réfléchissait car le piège se refermait petit à petit sur ses pauvres pierres. La forteresse imprenable avait visiblement des faiblesses et si lui-même n’avait pas manqué de les remarquer, son adversaire aussi. Car ce dernier, vil et sournois, avait agencé toute une stratégie pour le contrer et chaque erreur était fatale. Le jeu devenait presque réalité. La confrontation les menait dans leurs derniers retranchements.


    « Je vais vous répondre franchement, monseigneur. Je suis d’avis que la personnalité de chaque être est l’addition de tous ses choix, ou de tous ses non actes. Nous ne sommes que ce que nous faisons. Et rien d’autre. Même s’il existe une part de hasard, lui faire cadeau de tout serait trop généreux. »

    Il avait foncé droit dans la gueule du loup, mais le passé était le passé et ce qui était fait, était fait. Lao ne reviendrait pas là-dessus. Donner son opinion faisait aussi partie du plan. Le plan qui pousserait Uriel à abaisser sa vigilance. La complicité était le meilleur moyen de révéler le vrai D’Arken. Fronçant les sourcils, la dernière réplique du Haut prêtre le prit au dépourvu. Pas longtemps cependant pour lui faire commettre une faute.

    « Je ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai également entendu parler de ses prouesses. Vous savez, je suis un rien du tout. J’ai servi longtemps l’Eglise, à présent, je finis mes jours…tranquille et serein, loin de toute cette agitation qui secoue la ville. Les imprévus ne manquent pas à Ishtar, n’est-ce pas ? »

    Il était grand temps de faire parler Uriel de ses problèmes, de la déception qu’il avait à ne pas avoir encore capturé ledit Lao. Cela avait été dit d’un ton anodin, presque badin, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps. Dans le fond, ce n’était pas le cas. Les deux hommes s’analysaient mutuellement, cherchant les failles et les forces de l’autre, touchant du bout des doigts les limites de leur alter ego. Notre ami avait abandonné son attention sur la partie en cours, il fixa droit dans les yeux son adversaire. Le vieux avait-il renoncé à gagner ? Non, jamais, ce n'était qu'une farce, une de plus. Il voulait amener Uriel à le sous-estimer. En se montrant vulnérable, il ferait tôt ou tard une erreur, croyant qu'il était le maître du jeu et de la situation qui pouvait se retourner contre lui à tout moment. C'était le principe du jeu de go, il était difficile de savoir qui serait le perdant ou le gagnant. Dans tous les cas, cette partie était la plus belle que Lao ait joué de toute sa vie.
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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Sam 14 Aoû - 19:34

"Le hasard ou le destin, existe. Certains l'appellent l'inégalité. Chacun de nous est né dans une situation, chacun a un don pour ceci ou cela... Il faut en tenir compte. Si vous ignorez ces facteurs, vous pouvez rencontrez des surprises... Agréables..."

L'attaque acharnée, pratiquement dépourvue de mouvements défensifs, se poursuivait. Uriel ne jouait pas. Il combattait, négociant chaque croisement des fines lignes noires, chaque pierre, chaque liberté. Il ne cédait que là, où les noirs avaient sur former des chaines indestructibles et parfaitement continues. La moindre pierre noire isolée se retrouvait coincée et anéantie. Une aile de la forteresse noire venait de s'écrouler, mais les blanches restaient fragiles. Sans continuité particulière, elles détruisaient sans vraiment construire. Certes, disposées partout, elles pouvaient être aisément connectées. Mais aussi séparées. Si le Haut Prêtre était très doué et son esprit fou (dont la folie meurtrière se reflétait à merveille dans son style jeu) faisait des prévisions et des plans pour deux bonnes dizaines de coups à l'avance, il perdait de vue certains mouvements 'innocents' de son adversaire. Le petit vieux semblait fuir, se retrancher dans ses forts, alors qu'en fait une stratégie plus fourbe, plus paisible, se construisait derrière tout ceci.

"...ou désagréables."

Conclut-il, lorsque deux de ses pierres finirent sur la petite pile devant Lao. La situation n'était désespérée pour aucun des deux. Tant le jeune que le 'vieux' avait toutes ses chances de gagner. La conversation, elle aussi arrivait sur un terrain plutôt glissant. Pas que quelque chose de dangereux soit dit. Mais la réponse, apportée par Uriel allait pouvoir se montrer dangereuse. Ou pas du tout. Après tout, cela pouvait être un simple vieux prêtre, qui passa sa vie à balayer un temple, dont personne ne connaissait l'existence et qui savait uniquement philosopher en jouant à des jeux de société... Ceci dit, Uriel avait un pressentiment étrange, et ce depuis le début de cette entrevue.

Ce petit vieux, était-il vraiment un ecclésiastique à la retraite ? Avec un aura aussi puissante, il aurait dû être un maître illustre. Alarin n'aurait pas omis de le lui signaler... D'un autre côté, pouvait-il être assez culotté que pour lui mentir ? Impossible de le savoir comme ça... Mais la réponse d'Uriel ne se fit pas attendre longtemps. Soutenant, bah !, bravant le regard perçant et trop puissant pour être celui d'un vieil homme tranquille et serin, il soupira.


"Certes... Les imprévus font partie de ma vie. Mais cela apporte d'autant plus de satisfaction, lorsqu'on y fait face avec succès. La... Résolution... des problèmes est quelque chose de plaisant. Surtout, si on parvient à les prévoir et à les planifier."

Disant cela, il repoussa une contre-attaque des pierres noires sur une de ses positions les plus avancées, ce après quelques petites batailles perdues de suite. Une autre idée, bien plus intéressante, naissait déjà dans son esprit pervers. Une idée pourtant simple, banale... Lui qui était connu pour sa volonté de perfectionnement permanent, une ambition dévorante et un désir de pouvoir toujours plus grand n'avait qu'une question à poser... Une seule pour déstabiliser son interlocuteur. Ou prouver qu'il est juste trop suspicieux et que l'autre dit vrai. Ce serait rassurant... Mais tellement décevant. Surtout qu'il décida de poser une question de plus. Juste pour faire durer le plaisir :

"Dites-moi... Pourrais-je vous demander une faveur ?"

Eh oui, vieux prêtre... On ne quitte l'Église qu'en mourant... Ton Haut-Prêtre te demande une faveur... Vas-Tu la lui refuser ?

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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Lun 16 Aoû - 13:12

    Lao faisait le sacrifice de quelques pierres, mais cela ne signifiait pas qu’il se résignait. Bien au contraire…c’étaient des sacrifices pour la bonne cause dirons-nous. Parfois, il fallait accepter une défaite pour remporter une victoire plus glorieuse. Les concessions faisaient son affaire. Ne laissant rien au hasard ou à l’étourderie, chaque pierre était placée à un carrefour de lignes avec une intention clairement définie. Le fin stratège anticipait les coups de son adversaire. Il avait observé l’enchevêtrement de la toile d’Uriel qui pouvait à tout moment s’effondrer ou se ressaisir et se renforcer. Mieux valait prévenir que périr.

    « On peut tous changer son étoile, il suffit de s’en donner les moyens. »

    Un sourire ridé, sage et amical. C’était un acquis. Tout être humain avait une chance à saisir dans sa vie, il ne devait pas la rater. Tout homme, même né au plus bas de l’échelle, pouvait s’élever s’il avait un minimum de volonté. Lao en était la preuve vivante de cette prouesse.
    Il n’était pas qu'un stupide imprudent, ainsi, il parvint à cacher son aura rayonnante et à éviter le pire de se produire...qu'on le reconnaîssât. Il la dissimula sous un masque de dureté et de vieillesse. Notre protagoniste savait se maîtriser, il avait connu un entraînement éreintant et efficace avec son mentor. En aucun cas il ne s’autoriserait à lâcher des indices dans la nature dans le but de se trahir gratuitement. Ce n’était pas un sot, ni un fou, ni un suicidaire.
    L’un des facteurs auquel on ne pouvait strictement rien, était la naissance dans une famille pauvre ou bourgeoise ainsi que le physique. Naître handicapé ne dépendait pas de nous. En revanche, ce qui dépendait de nous pouvait changer. Le philosophe avait attrapé l’occasion de devenir un grand magicien des deux mains. Il avait eu certes un don au départ, une prédisposition. Pourtant, il n’y avait en réalité que 10% de don et 90% de travail. Tout était le résultat d’années de travail et de labeur. Notre ami s’était formé, taillé, sculpté. Il avait été son propre architecte.

    Très terre à terre et rationaliste à l’extrême, le jeune homme dénigrait le destin qui n’avait, d'après lui, aucune définition propre, c’était un mot terne et dénué de sens. Il n’y croyait pas, cela n’avait aucune substance, aucune matière. Il avait exclu le déterminisme de son vocabulaire. C’était uniquement un justificatif pour les nobles…Dire que c’était leur destin de tyranniser les plus démunis, cela était absurde. Les sourcils du vieux se vexèrent et, plissés, ils ombrageaient le visage du sage. Lao serra les phalanges qui blanchirent, mais cela pouvait aussi passer pour un signe de victoire lorsqu’il s’empara de quelques autres trésors de guerre. Il pillait son adversaire qui ne lâchait pas prise. Au moins, Uriel avait le mérite d’être un battant, il n’abandonnait jamais. Cet aspect de son caractère était très appréciable. Tenace et obstiné, il s’accrochait encore malgré la situation qui tournait en sa défaveur. Cependant, rien n’était encore dit. Le vétéran perdit à son tour ses libertés sur le plateau de jeu. Le Haut prêtre était partout, contrecarrant ses plans, dérapant sur ses pièges sans se laisser toutefois enfermer. Feraient-ils match nul, jusqu’à ce que l’un des deux se lassât ? C'était fort probable, ils n'allaient tout de même pas passer la nuit à jouer, si ?

    La dernière réplique de D'Arken eut l'effet d'une douche froide. Sacrée surprise...Cela détourna l'attention du vieillard quelques instants. Sans quitter les pierres, il réfléchissait à toute vitesse. De la fumée aurait pu sortir de ses oreilles. S'il acceptait, il courait le risque évident de se dévoiler, d'autre part, refuser pouvait être un affront envers son tout puissant rival. C'était une réaction illogique...Ayant la capacité de se matérialiser n'importe où ou de disparaître en un rien de temps, Lao reprit rapidement de l'assurance et acquieça d'un petit mouvement de tête.


    « Bien entendu, mais n’en attendez pas trop d’un vieux monsieur. J’ignore si je puis vous être utile, monseigneur. Néanmoins, je suis curieux de savoir quel genre de requête vous pourriez me demander… »

    Impatient, les doigts effilés du maître de terre pianotaient sur l’un de ses genoux dissimulé par la table où se déroulait la bataille. Calme et froid, Lao était à la hauteur de sa réputation. Il n'avait rien laissé paraître de sa surprise.
    Et il n’en attendait pas moins de cet immonde renard.
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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Mar 17 Aoû - 9:22

Nous avons parlé du désir d'Uriel d'être toujours plus puissant. Même si quelqu'un n'a jamais vu le Haut Prêtre avant ce duel, il ne pourrait se tromper. Il était partout et se donnait au maximum de ses capacités et de celles de ses "subalternes" qui, pour une fois, étaient des pions au sens exact. Et comme lorsqu'il en faisait trop dans la vie publique, sa "santé" fragile commençait à l'abandonner. Ici, ce n'étaient que des libertés sur une planche de Go. Bien que désagréable (hum... N'ayons pas peur des mots : carrément humiliante), la défaite n'allait pas entrainer sa mort. Le rythme soutenu de ses nombreuses activités (Sénat, exercices, l'Empire, les orgies, les exercices, ses recherches sanglantes, Ezhekiel,...) n'était pas bon pour lui. Alors que la tempête blanche s'écrasait sur les rochers noirs. Non sans les abimer un peu, mais c'était insuffisant. Il sourit, se détachant un bref instant de la partie.

"Hum... je suis d'accord avec vous... Beaucoup de choses sont possibles avec de la volonté..."

Certes, à force de combattre, il avait déjà un beau territoire... Mais la forteresse de Lao avait quelque chose d'énervant et d'excitant à la fois. Comme une conquête particulièrement difficile, elle était un fruit sucré d'efforts constants et d'une attention de tous les instants... Hélas, on n'était pas encore là. Le vieux contrait ses assauts, tenait bon malgré un siège acharné. Déposant une nouvelle pierre blanche, peut-être allant devoir se sacrifier dans quelques instants, Uriel reprit :


"Voyez... Moi-même, je devais mourir bien jeune, d'après mes proches. Cependant... Je me suis forgé un autre destin..."

Passons le fait qu'il est plus facile de faire une carrière avec un titre de haute noblesse, un don pour la magie, et des mentors puissants... Ah tiens... Le vieux prêtre aurait-il un moment d'hésitation ? Non... Ce sont les yeux bleus qui virent ce qu'ils voulaient voir. Il n'y avait aucune raison de le soupçonner. Le marquis se rendait bien compte qu'une telle demande de sa part pouvait impressionner un pauvre petit vieil homme. Enfin, celui-ci n'avait pas l'air pauvre d'esprit et pas si facile à impressionner... Mais bon, si le Régent vous demande quelque chose, après une heure de conversation seulement, ça peut surprendre. Puis... Cela ne dura qu'un faible instant. L'autre s'empressa d'acquiescer. Toujours avec un léger sourire, le blond repoussa une mèche de ses longs cheveux et répondit, toujours par un habile détour, le rapprochant cependant de la vraie question.

"C'est justement votre âge et votre... expérience qui me font penser que vous me serez plus utile qu'une légion de jeunes."

Encore un échange de quelques coups. Aucun ne fut décisif, mais ce n'était pas le but non plus. Il fallait occuper les positions les plus avantageuses, avant de passer à l'attaque. Soit il étouffait cette forteresse et perdait de nombreuses pierres, soit il la réduisait en cendres et prenait le contrôle d'un territoire bien vaste et imprenable car trop sinueux. Le jeu valait la chandelle... Mais avant, alors qu'il avait déjà tout ce qu'il lui fallait pour porter un coup important, au niveau de la conversation, il se dit qu'il n'allait pas se priver...

"J'aimerais vous demander humblement quelques conseils et une démonstration de votre Manipulation. Je suis certain que je pourrais apprendre pas mal d'astuces intéressantes de la part d'un vétéran de notre sainte Église..."

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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   Mer 6 Oct - 17:48

    Quitter son corps doit être une situation peu banale, l’impression de voler dans les airs…de flotter, léger, si léger…C’était cela, la méditation. Croisant les doigts devant lui, le vieillard se concentrait, mais non pas sur la partie en cours. Il était à des kilomètres de ça. Toutes ses pensées étudiaient la situation avec la rigueur d’un esprit fort comme l’était le sien. Il n’y avait que quelques paroles jetées à l’improviste qui faisaient encore partie du monde réel, le bas-monde comme il l’appelait, car l’esprit, le monde intelligible, lui paraissait plus riche et plus vaste…tandis que ses propos superficiels ne consistaient qu’à poursuivre la supercherie là où il l’avait laissée.

    « Si la Mort ne vous a pas fauché, monseigneur, c’est que vous avez à accomplir un quelque chose de grand, j’ose espérer en tout cas. »

    Le jeu ne le concernait plus. Il y avait plus urgent.
    Fallait-il fuir pour sa sécurité ? Non, bien sûr que non, Lao se trahirait de suite, mais alors…que faire ? Il était devant l’échafaud, prêt à se pendre lui-même au bout d’une corde et aucune idée de génie n’avait encore germé dans sa tête. La stratégie à adopter aurait pourtant dû lui apparaître clairement, tout comme ses pierres qui forçaient le passage…Le parallèle de l’action et des pensées le surmenaient, mais Uriel n’était pas au bout de ses surprises. Le philosophe avait encore bien des tours dans son sac de magicien. Se faire piéger de la sorte lui était totalement insupportable. Il devait remédier à cela, vite. Pour se faire, il détendit l’atmosphère par un rire rauque dont il avait le secret, puis il s’engagea ainsi sur le chemin de perdition :


    « Veuillez me pardonner, mais j’ai malheureusement perdu mes pouvoirs. Je suis un vieux…croulant, malade et infirme. Je suis dans l’incapacité de vous montrer quoi que ce soit. »

    Le vieux baissa la tête en signe de déférence. Il voulait lui faire comprendre qu’il avait honte, qu’il était la risée d’un public invisible.

    « Je…pardonnez-moi…je dois, je dois… mea culpa. »

    Oh, le pauvre fou. Ses mains tremblèrent de panique ou était-ce le début d’une crise d’épilepsie ? Le vieillard renversa la moitié des pierres, se tenant gauchement, il se recula du lieu maudit. La chaise crissa, ameutant les regards des prêtres alentour. La perte des pouvoirs constituait le blâme absolu, du moins, cette réaction pouvait être interprétée de cette façon tout à fait surprenante autant que logique. Il trébucha, se prit les pieds et se précipita vers la sortie. Lao joua une sacrée comédie. Tout à fait ahurissante.
    Il avait trouvé un moyen (bruyant, je dois dire) de s’en sortir, vivant.

    Prenant la poudre d’escampette, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouf », il avait troqué son déguisement contre celui d’un aristo rasé de près. L’homme s’était déjà confondu avec la foule des passants. Il flânait, la tête bien pleine, les idées bousculées et le cœur battant.

    Adieu.
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MessageSujet: Re: Duel au sommet [Uriel D'Arken]   

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Duel au sommet [Uriel D'Arken]

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