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 Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan

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MessageSujet: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Sam 12 Oct - 4:24

Le soleil était déjà bas dans le ciel assombri par le smog de la ville lorsque Yowski arrêta finalement de marcher. L'air commençait à se refroidir et on percevait au travers de l'épais voile gris les magnifiques bandes rosées qui peinturaient la fin de journée. Les rues du quartier commerçant s'étaient lentement désertées et désormais seuls quelques trainards sillonnaient le long des commerces fermés. Les hautes lanternes qui visaient certainement à rassurer les passants lorsque les rayons du soleil ne traversaient plus les épais nuages n'arrivaient pourtant pas à enlever l'atmosphère lourde et désolante des rues. Certes, ce n'était rien à comparer des lieux les plus misérables, mais l'état de ce qui était les rues passantes de la classe moyenne donnait une bonne idée de l'état véritable des citoyens de la capitale.

Le jeune prêtre arrivait directement de Gells. Il avait fait le voyage tranquillement sans se presser, et bien que la nervosité le picotait depuis qu'il avait finalement posé les yeux pour la toute première fois sur la capitale, il s'était déterminé à le continuer de la même manière. Ainsi, plutôt que de se rendre directement au temple pour rencontrer ses frères et sœurs, il avait décidé d'errer dans la capitale afin de mieux comprendre ses citoyens et sa nature. Il était tout de noir vêtu, mais ne portait pas les longues robes capuchonnées associées aux prêtres; il voulait éviter d'attirer l'attention autant que possible. Cependant, il n'était pas difficile pour un observateur attentionner de deviner que le jeune blond était un prêtre: les croix tatouées sur ses mains et celle sur sa gorge ainsi que la citation "Tout ce qui est, l'est à travers l'Ombre." sur sa nuque laissaient peu de place aux questionnements d'allégeance. Pour cacher cette dernière, Yowski avait rabattu la capuche de son manteau sur sa tête, mais la croix noire sur sa gorge restait clairement visible.

Il avait marché en prenant des chemins aléatoirement, si bien qu'il n'était plus certain d'où il se trouvait exactement. Une main frotta furtivement son nez avant de plonger dans sa poche à la recherche de ses cigarettes. Yowski ne comptait pas se rendre au temple bientôt. Dans quelques jours peut-être, mais il avait trop à voir et comprendre avant d'aller se jeter sous les yeux scrupuleux de ses confrères. Il doutaient que ceux-ci comprennent son désir de rencontrer et écouter des scientifiques, des esclaves et, avec un peu de chance, des opposants au système. Il exalta un tourbillon de fumée dans l'air froid.

Le prêtre n'avait amené avec lui ni argent ni bagage, si ce n'était que de sa robe de l'Église précieusement pliée dans un vieux sac de cuire qu'il portait en bandoulière. Il devrait probablement dormir à l'extérieur jusqu'à ce qu'il décide d'aller s'installer au temple. Ce n'était pas réellement un problème, il avait passé son lot de nuits dans des endroits beaucoup plus inconfortables et dangereux que ce quartier de la capitale.

Décidé à engager la conversation avec le premier venu, Yowski jeta un rapide regard circulaire. Il se trouvait juste devant une maisonnette modeste, mais plutôt accueillante si l'on faisait exception des peluches étrangement sinistres qui inondaient la vitrine. Le prêtre eut un frisson. Les objets d'enfants lui rappelaient toujours un œil globuleux et fixe. Son ancien mentor avait cependant toujours mandaté de confronter ses peurs et ses fautes de face et dans l'instant présent.

La lumière étant toujours allumée dans la boutique de ce qui était de toute évidence un salon de coiffure nommé "Les ciseaux tranchants", Yowski avança doucement jusqu'à pousser la porte. Il avait la perturbante impression qu'un mouvement brusque ferait fuir les peluches. Il y avait cet intangible sentiment de fragilité qui émanait du salon. La porte céda sans trop de résistance avec un petit couinement. Si le nombre des petits animaux confectionné était impressionnant, ce n'était rien comparé à celui de l'intérieur. Un nouveau frisson secoua Yowski. Chaque peluche semblait lui adresser un regard accusateur. Pendant un bref instant, il eut envie de se recroqueviller sur lui même et sombrer dans la brutalité de ses souvenirs. Il se reprit immédiatement et prit une longue inspiration de tabac. N'ayant personne de visible dans la petite boutique, le jeune homme avança silencieusement et s'accroupit juste devant la reproduction d'une petite fille blonde portant une robe écarlate afin de la regarder directement dans les yeux. Celle-ci semblait animée de sa propre part d'Ombre. Il recracha la fumée précautionneusement sur le côté pour ne pas atteindre la petite créature. Elle était un véritable chef-d'œuvre. On ressentait l'amour et l'attention du confectionneur dans chaque détail.

Il pivota sur ses talons en entendant le grincement du parquet derrière lui. Un jeune garçon, non, un jeune homme se tenait debout derrière lui, les yeux grands ouverts le dévisageant comme un chevreuil immobilisé devant une lumière aveuglante. Yowski ne saurait dire quoi exactement de sa posture ou de son habillement, mais quelque chose semblait disjoncté. Il semblait prêt à prendre ses jambes à son coup au moindre mouvement. Exactement comme un chevreuil, pense Yowski.

Quelques instants passèrent, aucun mouvement. Yowski sentit ses mains commencer à trembler violemment, un témoignage indéniable de ces anciennes habitudes. Il retira tranquillement la cigarette de sa bouche pour secouer les cendres. Le jeune blondinet devant lui ressemble à un reflet brouillé de sa propre personne, lorsqu'il ne vivait que pour sa dose quotidienne de drogues; aussi fragilisé et instable.

Toujours accroupi, le prêtre dévisagea le jeune homme. Il pointa distraitement du doigt la magnifique poupée.

« - Comment elle s'appelle? »

Il observa attentivement, attendant une réaction. Sa première rencontre serait peut-être un peu plus compliquée qu'il ne l'avait anticipé.


Dernière édition par Yowki Zaïtsev le Sam 12 Oct - 19:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Sam 12 Oct - 19:03

« Le fera-t-il ? Le fera-t-il ? Le fera-t-il ? Le fera-t-il ?
Écraser cette tête blonde entre ses grosses mains, écraser cette affreuse tête entre ses mains de géants, broyer ses os avec ses doigts, broyer son crâne blond...
Le fera-t-il ? »


Tandis que sa plume grattait sur le parchemin, Numa songeait à la punition qu'il avait donnée au Comte Oliver. Depuis qu'il avait fait la rencontre de Raseriknulla, cette idée ne le quittait pas : il voulait regarder cette mise à mort, et savourer la voix du Comte se briser, au moment où le géant le tuerait. Mais le ferait-il ? Le garçon avait conscience que les promesses des hommes étaient aussi légères que la fumée, volatile. Et la promesse d'un Objet ? Savait-il au moins ce que c'était ? Numa ne parvenait pas à se concentrer sur son travail, depuis ; le désir de vengeance consumait ses pensées. La plume tremblait entre ses doigts minces, comme le reste de son corps, comme toCe toujours. C'était pour cela qu'il n'avait pas pu lui-même exécuter le Comte, ce monstre infâme au regard dément.

C'était rare, lorsque Numa haïssait quelqu'un, mais quand ça arrivait, il était pris par la colère ; il avait des envies de douleurs. La crainte qu'il ressentait habituellement vis-à-vis d'autrui s'était effacée pour la fureur. Alors à la lueur de la bougie, le garçon imaginait le Comte en train de souffrir, avec ravissement. Sa main traçait la suite de son plan, pendant que son esprit errait, malade, dans un monde où il n'y aurait que le Comte Oliver, et lui-même. Il n'avait pas parlé de cela à sa soeur, il se refusait à l'inquiéter pour la moindre chose ; ainsi, Numa lui cachait toujours ce qu'il lui arrivait. Nami n'était pas au courant de ce qu'il se passait exactement entre sa moitié, et la femme lui servant de mécène. Il ne pouvait pas plus lui expliquer, c'était une notion que son esprit dément ne parvenait pas à saisir.

Qu'importe ! Le Comte Oliver avait offensé le nom de sa soeur, il lui avait offert des images abominables, et il allait le payer. Dommage que ce ne fut pas de sa main. Perdu dans ses songeries, le garçon était avalé par l'obscurité; dehors, le soir tombait, accompagné d'un vent froid, et hivernal. À l'intérieur, il ne faisait pas plus chaud. Cela faisait un moment qu'il n'y avait plus de clients, sans doute ce temps peu agréable leur fermait la porte de cet établissement lugubre. Pourtant, Numa sursauta ; la porte d'entrée venait de grincer, lui indiquant qu'une âme courage avait pénétré l'antre de la folie. Le garçon ne se leva pas tout de suite, terminant d'abord d'écrire, et surtout attendant que sa soeur vienne accueillir l'inconnu.

Mais comme le silence, brisé par les pas du client, perdurait, le garçon finit par se lever. Sa joue fus dévoilée à la lumière de la minuscule bougie, et on pouvait y voir deux marques deux griffes. Comme si on avait tenté de débattre de son emprise, et que sans y parvenir totalement, on n'y était pas arrivé.

Quand Numa réajusta le col de sa chemise, il jeta un regard à la patte de chien enfermé dans un bocal rangé sur une étagère. Puis, il baissa un instant les yeux sur ses parchemins ; il fallait encore qu'il trouve comment animer cette patte avec le reste de ses corps articulés. Il approchait de son but, lentement, mais sûrement ; il était sur le point d'ouvrir les bras à la damnation. Son âme, toutefois, était déjà perdue à cause des sentiments passionnés qu'il éprouvait à l'égard de sa jumelle. Le garçon mordit sa lèvre, il rentra la tête dans les épaules, ses membres tremblant toujours ; il détestait ouvrir la bouche, exhiber ses paroles vacillantes, et de se sentir observé par les autres. Souvent, il avait la furieuse envie de leur arracher la langue, et les yeux.

Ses bottes claquèrent sur le plancher, à leur tour, pendant qu'il découvrait enfin le client que Nami n'avait pas encore reçu. Mais dès que Numa l'aperçut, fixant sa poupée articuler comme si elle était une merveille de ce monde, son coeur arrêta de battre l'espace d'un instant. Il ne nota aucunement le regard écarlate du jeune homme, ni sa maigreur ; ces détails, il les voyait bien sûr, mais il ne pouvait pas encore comprendre que lui aussi était « détraqué ». Le silence perdura, Numa était en train de réfléchir à ce qu'il était censé dire ; il luttait contre ses envies de s'enfuir, en se souvenant que ce n'était pas ainsi qu'on agissait en société.

Sa mécène l'avait suffisamment sermonneur pour qu'il ne reprenne plus son caractère d'oiseau fuyard. Pourtant, il ne parlait pas ; il ne parlait jamais avant les autres, il les laissait toujours commencer afin d'essayer de leur répondre par un autre moyen que ses mots incompréhensibles. Alors quand le jeune homme lui demanda le nom de la poupée, Numa ne répondit pas tout de suite. Plus que sa maigreur, ses tiques, ce que Numa comprenait, c'était qu'il était « comme eux ». Ces gens-là que méprisait sa douce soeur, ces gens qui étaient persuadés que l'Ombre était la source de tout ; ces imbéciles qui avaient le pouvoir.

— C... c-c-... c'est Ma... ma... Mary.

Il fallait qu'il gagne du temps, et trouver comment se débarrasser de cet intrus.


« Ils savent ! Ils savent ! Ils savent ! Ils savent !
Il est là pour ça, il est là pour ça, il est là pour ça.
Il va me l'enlever. Il va me l'enlever. Il va me l'enlever. Il va me l'enlever.
Non... non... non... Non ! »

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Dim 13 Oct - 2:08

Les mains tremblantes, la prononciation saccadée, la tête enfoncée dans une position défensive, des yeux infiniment grands qui crachaient la haine; tout indiquait que Yowksi devait procéder avec précaution. Le jeune homme balançait son poids de la pointe de ses orteils jusqu'à ses talons comme l'incarnation physique de son hésitation à détaler ou rester sur place

La comparaison avec un chevreuil n'était peut-être pas exacte finalement. Non, celui-ci avait des griffes et des crocs et n'aurait pas besoin de beaucoup d'encouragement avant d'en faire usage. Le regard furtif et les marques rouges sur la joue de son interlocuteur lui donnaient d'autant plus l'air un animal sauvage acculé. La rancœur bouillante qui rayonnait du jeune homme fit baisser instinctivement la tête du prêtre afin de dissimuler le tatou de croix sur sa gorge. Il était vraisemblable que le jeune blond n'appréciait pas particulièrement l'Église, à l'instar de ses compatriotes. Yowski avait peut-être été naïf de venir ainsi, sans cacher complètement ses tatous de la vue des autres. Il plongea sa main libre dans ses poches et laissa glisser un peu plus loin sa manche sur sa main maintenant sa cigarette, couvrant les insignes religieuses imprimées sur sa peau.

Yowski ne s'attendait certainement pas à une rencontre aussi particulière dès la première porte franchie. De toute évidence, l'Empire sombrait dans quelque chose de misérable et ses confrères refusaient d'agir. La rage bouillonna un court instant, stoppée d'une expression plus vocale par un douloureux grincement de dents. Il était grand temps que l'Ombre prenne sa place à la tête des cœurs. Le peuple avait besoin du pas fort et certain de l'Église.

Il  ferma les yeux, s'efforçant à prendre une profonde inspiration pour recentrer son esprit. La même figure hésitante et passivement agressive l'accueillit en ouvrant les yeux. Yowski voyait deux options dans la situation présente. Un: il restait et trouvait un moyen de s'engager dans un échange avec le jeune homme devant lui, au risque que les choses prennent rapidement un tournant pour le pire dès sa première soirée dans la capitale.
La seconde semblait de loin préférable: se lever et quitter sans un mot de plus, effaçant d'un coup toute probabilité de conflit avant qu'elle ne naisse. Cependant, un prêtre qui abandonnerait si vite en délaissant ainsi un homme aussi brisé, sans même essayer de le comprendre, ne méritait certainement pas d'être un serviteur de l'Ombre. Il n'y avait donc aucune question à se poser. La problématique restait qu'il n'avait aucune idée comment aborder le blond sans risquer d'allumer un feu qu'il doutait pouvoir éteindre.

Yowski eut un rire ironique qui se traduit par un retroussement imperceptible de ses lèvres. En prenant un instant pour y penser, la situation était ridicule. Ils étaient tous deux des miroirs de l'autre; pris dans leur dilemme entre fuir ou tenir tête, avec leur seul entêtement pour les maintenir en place. Comment pouvait-on être si différent et si semblable?

« - Mary? »

Son interrogation resta en suspend dans l'air le temps de changer sa position d'accroupit à assit tout bonnement au sol, les jambes croisées.

« - C'est un très beau nom. »

Il tira longuement sur sa cigarette et retint son souffle. Le tabac lui brûla la gorge et engourdissait ses papilles gustatives jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un arrière-goût douceâtre.

« - C'est toi qui l'as fabriqué. »
Ce n'était pas une question. De la façon dont le garçon l'avait regardé pointer la poupée, une trace d'horreur dans les yeux, Yowski en était certain. C'était sans compter que la petite demoiselle dégageait la même sensation de fragilité que le blond et, bien qu'elle ait des traits pratiquement parfaits, elle semblait... détraquée, faute de meilleur mot. Mais c'était très certainement ce qui la rendait si magnifique. Yowski aurait passé des heures à la regarder.

Il se détourna un instant de l'incarnation de problèmes humains devant lui pour observer de nouveau la petite merveille. De la manière dont il était assis, il avait les deux êtres dans son champ de vision. Un moment d'hésitation suivit, incertain de la réaction que son action allait engendrer, puis il replaça délicatement une petite couette de cheveux de la demoiselle. N'importe quelle réaction serait mieux que le statu-quo dans lequel il se trouvait présentement.

Le garçon fit un pas vers l'avant, mais s'arrêta dès que le regard de Yowski revint sur lui.

Ses yeux bleus cobalts auxquels les cernes rouges et noirs donnaient un air fou scrutèrent le jeune inventeur. Un sourire voulu naître sur son visage, mais cela se traduit misérablement en une contraction des muscles de sa mâchoire qui lui donnait plutôt l'air de grimacer. Il abandonna le projet.

« -Tu l'aimes beaucoup. »

Il avait l'impression d'avoir kidnappé la peluche devant son créateur. Les yeux intelligents qui lui rendaient son regard étaient illisibles, refusant de partager. Yowski scruta, à la recherche d'un faille, de la plus petite craque qui lui donnerait une opportunité. Il voulait que l'autre s'ouvre à lui, que sa posture se relaxe et qu'il lui parle de sa propre initiative. Le seul chemin possible semblait d'aborder ce qui était vraisemblablement la passion du jeune créateur; les peluches et les automates.

« - C'est une simple poupée ou bien un automate? Je n'ai jamais vu d'automate fonctionner. »

Yowski n'était définitivement pas doué pour démarrer de nouvelles relations, mais dans la situation précise les deux hommes étaient à un pied d'égalité dans le domaine.
Il sortit d'une main toujours en proie aux tremblements une petite boîte métallique se sa vest et éteignit à l'intérieur le mégot restant de sa cigarette avant d'en allumer immédiatement une deuxième. Il avait besoin de toute l'aide qu'il pouvait trouver.
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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Dim 20 Oct - 21:48

HJ : Je m'excuse du retard, j'ai eu une semaine particulièrement longue ^^' De plus, j'ai oublié de le dire, mais concernant les croix qu'a Yowki qu'il a de tatoué, il me semble qu'il n'y ait pas de réel symbole religieux à Ishtar. ^^

« C'est qui ? C'est quoi ? C'est qui ? C'est quoi ?
Un homme habillé en noir, j'en ai vu beaucoup. On m'a dit qu'il ne fallait pas les approcher.
Il ne devrait pas être là. Il ne devrait pas être là. Il ne devrait pas être là. Il ne devrait pas être là.
Je ne veux pas parler. Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! »


Dans un premier temps, face aux affirmations que lui faisait le prêtre, Numa se contenta de hausser les épaules. Sa main droite agrippait sa chemise, au niveau de son ventre ; comme s'il était sur le point de faire un malaise. Sa tête était légèrement baissée, son regard dément presque haineux, tandis qu'il mordait fortement sa lèvre. Quand il avait ce genre de comportement, une grande majorité de la populace préférait sortir du salon, en murmurant un « au revoir ».

Quand il tombait contre des Gardes Impériaux, ils avaient au contraire tendance à faire du zèle : on le menaçait de l'emmener au poste, on grognait après lui, et dès qu'on s'apercevait qu'il était incapable de prononcer une seule syllabe, on tentait de le faire parler pour rire de lui. On le prenait souvent pour l'enfant de bourgeois, et on devinait rarement qu'il était Ingénieur, à part si on avait eu vent de ses créations. Sa mécène se débrouillait pour qu'il puisse montrer à tous l'objet de son étude, exhibant ainsi sa verve inexistante. Reconnus, on venait en tant que spectateurs de sa misère, comme si le voir était un spectacle distrayant.

À force, le garçon avait appris à cohabiter avec la méchanceté des gens. Ce n'était pas qu'il s'en moquait, en réalité Nami prenait une telle place dans son esprit qu'il ne pouvait pas faire avec l'existence des autres. Malgré la situation, malgré la nervosité qui faisait trembler ses membres maigres, son cerveau, son coeur, son âme était tout entier à sa soeur. Et Houle le mettait dans une rage folle. Si on pouvait ressentir un profond malaise en mettant un pied dans le salon, ce n'était pas son cas ; ça l'enrageait, ces peluches, ces morceaux de ce Houle qui lui volait sa Nami. Alors Numa luttait contre ces machiavéliques peluches, en essayant de fabriquer des automates aux visages inexpressifs de poupées. Et ça semblait plaire, aux personnes ayant des goûts douteux, en tout cas.

Alors quand le Prêtre essaya de faire « ami-ami » avec lui, Numa ne comprenait pas, et surtout, il ne savait guère dans quelle catégorie il devait le ranger. Était-ce un ennemi ? Son mentor lui avait toujours répété de faire attention à l'Église ; les gens comme eux, on les pendait pour une chose qu'on nommait « hérésie ». Alors soudainement, l'esprit malade de Numa conclut en une seule seconde que le Prêtre devant lui n'était qu'un ennemi de plus à abattre. Comme le Comte Oliver, mais pas pour les mêmes raisons.

Numa chercha un moyen pour le tuer, mais il comprit bien vite qu'avec sa carrure de crevette, il allait avoir du mal à cacher le corps. Et puis, il ne voulait pas donner du souci à sa soeur. Il ne décrocha pas une parole, réfléchissant sur les façons de tuer le Prêtre, et en se disant que s'il avait un cadavre sous la main, il aurait pu continuer ses expériences. Voir, par exemple, s'il était possible de connecter un coeur à ses poupées mécaniques.

Au bout d'un moment, car on lui avait appris que le silence pouvait être malpoli, le garçon répondit d'un simple signe de tête. Le corps tendu, le pauvre de poils qu'il avait hérissé, il semblait être sur le point de sortir les griffes, et de sauter sur le prêtre.

Et puis, quand il remarqua la petite boîte métallique, la colère frappa violemment sa poitrine ; ce pauvre imbécile allait souiller cet endroit avec cette odeur qu'il détestait tant ! Cette odeur qu'il retrouvait toujours les vêtements de sa mécène — et maîtresse — lui donnait envie de vomir. Le garçon remua les épaules, il planta ses ongles dans sa chair, il serra les dents. Son regard ocre était empli de haine. Il leva enfin le bras, mais ce fut pour désigner d'un doigt tremblant la porte. Si on avait pu donner une couleur à son aura, cela aurait été un rouge sombre, proche du noir ; les couleurs de la haine la plus féroce.

« Dehors ! dehors ! Dehors ! Dehors !
Qu'il sorte ! Qu'il sorte ! Qu'il sorte ! Qu'il sorte ! »

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Mar 5 Nov - 5:15

HJ: Haha... alors voici, j'ai relu celui d'avant et ça me semblait devenir OOc comparer à ce que je veux qu'il soit donc... merci d’accommoder mon sale tempérament! Aussi, un peu plus long cette fois!

Yoswki était fatigué. La route avait été longue jusqu'à la capitale et la présente rencontre n'avait rien de relaxant. Il sentait l'épuisement écraser ses épaules déjà vautrées vers le sol et noircir ces cernes. Même lors de ces années embrumées par les substances il n'arrivait pas à se remémorer un moment où il s'était senti si las. Le jeune prêtre n'avait rien de naïf, pourtant il trouvait difficilement comment expliquer autrement les convictions l'ayant mené jusqu'à la capitale. Il avait toujours su qu'il emboîtait le pas dans un chemin tortueux, cependant il réalisait présentement qu'il n'avait encore aucune idée à quel point. Ces convictions et sa détermination seraient-elles suffisantes pour mettre en marche la machine terrifiante du changement et la guider à bon port?

L'Ombre s'agita autour de lui, dans la froideur de son âme. Elle murmura doucement à son oreille et caressa sa foi.  

Non, évidemment qu'elles ne seraient pas suffisantes. Il allait falloir s'armer de puissance, d'alliers, mais surtout de ruse. Si Yowski manquait d’habilité avec les mots pour extirper subrepticement de ses interlocuteurs, son absence de tact et son approche directe parvenaient généralement aux mêmes résultats, simplement avec plus de lacérations en primes.

Une longue inspiration de goudron aérosolisé l'aida à raffermir son emprise sur l'Ombre. Même dans la position peu stratégiquement défensive qu'il abordait, la vitesse innée que lui conféraient ses origines et ses techniques de manipulation de l'Ombre lui permettraient de se protéger sans problème.

La raison initiale de sa venue dans le magasin avait été d'approfondir ses connaissances sur les opinions du peuple. La raison pour laquelle il persistait malgré l'hostilité de son contre-part était simplement son entêtement. Le doigt tremblant indiquant la porte était on ne peut plus clair, et simplement une invitation à l'obstination du prêtre. S'ils ne pouvaient discuter, Yowski voulait tout du moins observer son comportement.

« -Tu veux me foutre dehors gamin? »

Le gamin était plein de rage, car une passion crépitait en lui jusqu'à faire résonner son âme. Comme une maladie, une infection profonde qui rendait aveugle à la seule passion digne d'être: l'Ombre.

Une autre inspiration de fumée.

Yowski avait toujours ressenti des émotions amorties par rapport aux sentiments vifs et bruts des autres. Comme une mélodie distante qu'on perçoit confusément sous l'eau. Il avait d'abord cru que c'était lui qui était qui était en tord, né avec une nature dysfonctionnelle. Il souffrait d'une indifférence trop profonde pour être remédiée. Elle l'avait toujours empêché de former des liens avec d'autres individus, car en vérité, il s'en foutait, tout simplement. Parfois, dans un instant précieux et unique, quelqu'un se montrait intéressant, jusqu'à la seconde où Yowski se détournait et soudainement l'intérêt c'était dissipé et plus aucune motivation à revoir l'individu existait. Quant à la grande majorité de la race humaine, elle était trop ennuyante pour capturer la plus petite part d'attention chez Yowski. Chacun s'attardait sur des banalités impertinentes et discutaient d'eux mêmes comme si Yowski aurait quelque intérêt à les connaître.Ces difficultés à imiter ces comportements sociaux l'avait toujours exclu des amitiés autres que superficielles et sans obligations.

C'était un vide incomparable que personne d'autre ne comprenait, l'isolant toujours davantage. Puis il avait réalisé que ce n'avait jamais été lui, le problème. Non, c'était les autres qui se mentaient. S'inventaient des passions et des mirages pour refuser de voir qu'ils étaient tous aussi vides que lui.

Cela avait été en quelque sorte un avantage. Il savait que peu importe ce qui arriverait, il continuerait à vivre. Il ne défendrait aucune vie devant la sienne, ni ne pouvait sombrer dans le désespoir. Alors, comme une machine, il pourrait toujours avancer, sans interlude. Il survivrait, car il ne savait pas comment vivre, alors que ceux qui vivaient parvenaient moins bien au changement inverse.

Longtemps, il avait jalousé ceux qui parlaient de l'amour, car il n'était même pas capable de concevoir son existence.
Mais désormais il savait: l'amour était une invention humaine, le fruit d'imaginations fertiles en quêtes de reproduire la seule chose capable de faire naître des sentiments: l'Ombre. Seule elle était vraie. Seule elle pouvait faire grandir en Yowski autre chose que de l'indifférence. Alors, il avait réalisé: il ne pouvait ressentir ce que les autres ressentaient, car l'Ombre l'avait choisi pour se dévouer à la vérité.

Ce n'était pas parce qu'il était spécial. Il n'avait pas mérité ce cadeau incroyable. Seulement quelques années plus tôt, Yowski avait été encore bien plus pitoyable que le gamin devant lui. Car celui-ci était de toute évidence un rejeté de l'Ombre qui s'inventait une passion pour se révolter contre elle. Il cherchait certainement à se faire croire que la vie avait un sens. Qu'il avait un but autre dans ce monde de mirage autre que de rejoindre l'Ombre le moment venu.

D'une étrange ironie, malgré son incapacité à s'attacher émotionnellement à un individu, Yowski avait toujours été rempli d'empathie pour les humains. Peut-être n'était-ce pas si étrange en vérité, car qu'avait-il d'autre pour parvenir à vivre dans la société? Mais son empathie n'invoquait en réalité aucune émotion réelle pour lui, c'était plutôt un mime de celles de autres, comme un camouflage, qu'il était capable de bloquer facilement.

C'était pourquoi le gamin devant lui obligeait cette partie de Yowski à éprouver de la compassion. C'était ce que les valeurs de la société et des bonnes gens exigeaient de lui. Son cerveau lui laissait savoir: tu devrais être doux. Puis, sa nature profonde observait plutôt avec les yeux d'un ingénieur démontant un automate. Le gamin était aussi misérable que tous ceux qui vivent en s'inventant des buts, des rêves et des accomplissements. Le secrets devant lequel tous se voilaient les yeux était pourtant si simple. La vie était un jeu, une partie d'échecs entre l'Ombre et la stupidité humaine, seulement l'Ombre gagnait toujours au final, peut importe quel coup on jouait.  

« -Es-tu de ces imbéciles qui croient en l'amour? »  

Un sourire sinistre aux lèvres gercées et saignantes défigura son visage habituellement inexpressif. Un corbeau croassa au loin. Il pouvait sentir l'air frigorifié de la naissance de la nuit au travers des lourdes fenêtres contre lesquelles se pressaient les peluches. L'Ombre les entourait dans son embrasse attentive.

Il se leva de toute la hauteur de sa carrure peu imposante camouflée par les couches larges et sombres de ses vêtements. Il pouvait sentir les vibrations de l'Ombre dans ses veines, son battement fort et serein. Elle imposait la certitude.

« -Dis-moi qui tu aimes gamin, je te dirai pourquoi tu as tors. Si tu aimes, alors tu fais simplement se briser ton âme contre un songe. »

Au moins, Yowski avait toujours su que l'amour n'était qu'illusion. Dans son devoir envers l'Ombre, il pouvait au passage essayer de comprendre les cerveaux détraqués des autres. Peut-être recelaient-ils d'une part d'Ombre que les prêtres ne connaissaient pas encore?
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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Jeu 7 Nov - 22:01

Numa ne comprenait pas la situation.

Quelque chose dans son esprit s'était bloqué ; plus aucune pensée ne circulait dans sa cervelle, il se contentait de trembler, et de regarder son interlocuteur. La peur grimpait doucement dans son ventre, il pressentait le danger, sans en saisir toute la puissance. Les yeux injectés de sang du Prêtre étaient familiers, sans doute parce qu'il y avait là une démence commune à la sienne. Mais il ne savait pas pourquoi.


« Que veut-il ? Que veut-il ? Que veut-il ? Que veut-il ?
Qu'il parte ! Qu'il parte ! Qu'il parte ! Qu'il parte !
Je ne l'aime pas !
Nami, j'ai besoin de toi ».


Alors quand il lui lança son « tu veux me jeter dehors, gamin ? », Numa sentit une bouffée de colère monter en lui. Il serra les mains, plantant ses ongles dans sa peau, et la mâchoire crispée, il sembla défier le Prêtre. Il était chez lui ici, cet endroit lui appartenait, alors pourquoi le Prêtre le prenait-il de haut ? Cette colère, Numa la connaissait assez peu. En réalité, la dernière fois qu'il avait été suffisamment furieux pour avoir envie de tuer quelqu'un, il avait fracassé le crâne du Comte Oliver avec une pierre. Malheureusement, le Comte s'en était sorti, et lui, il avait connu une terrible hallucination. Il n'aimait pas la tournure des évènements ; une partie de lui avait le désir violent de s'enfuir, de s'enfermer dans son bureau pour se rouler en boule, et faire comme si rien ne s'était passé. Une autre lui murmurait qu'un corps ce n'était pas si difficile à cacher, et que celui-ci pourrait l'aider dans ses recherches. Mais le sang, il fallait le nettoyer, ça partait mal sur le bois, en plus.

Puis, l'autre lui posa une question, une question qu'il ne comprit pas plus que le reste.


— L'a... l'a... a... l'a... l'amour ?

Pourquoi les gens lui posaient toujours des questions ? Pourquoi devait-il toujours s'exprimer, et faire des phrases longues ? Numa détestait parler, il avait honte de sa verve maladroite, de ses mots éternellement en bataille dans sa bouche, et de sa voix. Nami avait la plus belle voix qu'il avait entendue, elle était claire, ses paroles distinctes, et elle le charmait. Numa adorait quand Nami lui parlait, il avait alors la sensation qu'il n'y avait que lui dans leur univers tordu, fait de poupées mécaniques, de peaux d'animaux, et de ciseaux.

La question était compliquée, car elle apportait une notion que le garçon ne connaissait pas. L'amour, il n'avait jamais su ce que c'était. Numa aimait, mais il n'était aimé de personne. Il adorait sa soeur, il la désirait, mais pas comme un homme désire une femme attirante. C'était une obsession, une folie pure, ce qui le mènerait à sa perte. Et pourtant ! Il ne répondait rien, car il n'arrivait pas à comprendre le sens de l'amour. Nami était tout pour lui, il ne fallait pas chercher plus loin. Elle était son âme, elle était ce qui faisait battre son coeur. Et si elle disparaissait, il mourrait de chagrin, roulé en boule, affamé de sa soeur. Il mordit sa lèvre, il haussa les épaules, légèrement ; il avait des douleurs dans le dos. Au bout de quelques secondes, il lâcha :


— C'... c'est... c'est... c'est quoi ?

Sa mécène lui avait expliqué ce qu'ils faisaient parfois ensemble, c'était « l'amour ». Mais il n'aimait pas ça, alors il oubliait ce qu'il se passait, il le rangeait dans un coin de son esprit. Et puis, elle lui disait souvent qu'il se débrouillait mal, malgré ses efforts, malgré son incapacité à comprendre le sexe, le désir, et ces choses-là. Numa était à la fois un génie, et à la fois un simplet. Son cerveau pouvait mémoriser comment un corps fonctionnait, il pouvait interpréter les mécanismes des automates, de même qu'il pouvait retenir n'importe quelle information. Il savait comment tuer quelqu'un sans se faire prendre, il savait comment découper un corps pour en retirer le coeur et le foie, mais c'était tout. Ce qu'il y avait de talentueux chez lui était compensé par ses faiblesses mentales.

Son bégaiement avait fait de lui un être incapable de s'exprimer, ça avait coincé ses neurones dans un mauvais ordre, si bien que parfois on pouvait le croire débile, ou autiste. Il savait décrire l'anatomie humaine, tout ce qui avait trait à la science, mais il ne savait pas comprendre les choses simples, comme l'amour, par exemple. Sa question était bête, ingénue même, et pourtant, elle était sincère. Numa adorait, Numa servait Nami, mais Numa ne gagnait jamais rien en retour pour son affection. Le plus terrible, c'était que ce n'était pas grave. Tant qu'il avait sa soeur près de lui, le monde lui paraissait plus acceptable, et plus beau. Souvent, il avait envie de mourir ; ce n'était pas un désir poussé par le désespoir ou le chagrin, c'était le désir de faire don de son existence à sa soeur, par adoration.


— Ca... ça... ce... ça ce... ma.... mange ? Ajouta-t-il, bêtement.


« C'est quoi l'amour ? C'est quoi l'amour ? C'est quoi l'amour ? C'est quoi l'amour ? »

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Sam 9 Nov - 3:09

Quelque chose avait pris possession de Yowski, quelque chose de terriblement similaire à la colère. La colère était un sentiment impulsif, le seul qui lui venait aussi violemment que tout autre être humain. La rage et l'indifférence, un mélange sombre et qui méritait toute la terreur qu'il inspirait. La rage née dans l'indifférence ne pouvait être assouvie.
Cependant, l'indifférence prévalait chez Yowski alors comme toutes les fois où il l'avait laissée se faire subjuguée par la rage, la réalisation le laissait stupéfait, coupant court au sentiment. La question, oh combien naïve, du jeune homme devant lui avait stoppé net son élan. Un élan dont il s'apercevait maintenant qu'il était né d'une colère irrationnelle. Le choc se traduisait jusque dans ça posture, figée, ses mouvements arrêtés comme soudainement pris dans la glace. Le sourire avait glissé hors de son visage, le rare sentiment qui parvenait à s'immiscer dans sa carcasse dispersée aussi promptement qu'il s'était matérialisé.  

Le doigt osseux s'était rétracté et des lèvres tremblantes gardaient prisonnières des paroles qui semblaient incapables de prononcer derrière des yeux de sable chaud un peu trop écarquillés.

-Ça... ça... ce... ça ce... ma... mange?

Ce fut comme une horloge reprenant son tic-tac. Un petit rire vide s'extirpa des profondeurs de sa gorge. Le son était sec, mais profond, et alors qu'il aurait très facilement sonné moqueur et agressif, son impact était aussi éviscéré que sa provenance, n'exprimant que de la lassitude. Il se laissa tomber lourdement sur le plancher dur. Son dos trouva appuis contre le mur, sa tête venant rapidement le rejoindre, exposant sa gorge dénudée et ses marques de fanatique.

« -C'est un mensonge, gamin. Une illusion que les idiots se forcent à croire réelle. »

Il disséqua le gamin du regard. Il n'était pas stupide, mais avait de toute évidence de la difficulté à s'exprimer. Un mésadapté social, au-delà de tout ce que Yowski avait rencontré à ce jour, car même son propre esprit étranger aux concepts dits normaux en connaissait du moins la signification. Pouvait-il servir à Yowski? Il était venu pour se faire une opinion de celle entretenue par les diverses classes de la société formant la capitale, mais il tombait sur l'un des rares individus qui formaient sa propre classe unique. Son opinion, si seulement il en avait une, n'aiderait pas le prêtre à parvenir à son but. Il n'était pas utile à l'Église.

Une cigarette trouva le chemin entre ses doigts et il se garda de l'allumer. Elle dansait délicatement entre ses doigts tremblants, mais précis.

Était-il un autre? Un de ceux qui avaient réalisé la vérité cachée de leur vie misérable? Dans une telle éventualité, le gamin aurait rejoint l'Ordre, non? Alors pourquoi une telle hostilité envers un confrère?

Non, Yowski ne devait pas se laisser berner par l'espoir d'échapper à la solitude. Dans le silence et l'ombre de la fin de sa vie, il ne serait plus le seul à voir la vérité. L'impatiente de partager le vrai sens de l'existence, ou plutôt son obsolescence, ne devait pas le leurrer dans de faux sentiers. Le gamin avait été épargné des mensonges de l'humanité par autre chose que la caresse libératrice de l'Ombre. Était-ce un simple fruit de la stupidité? Pourtant, celui-ci ne semblait pas être un simplet, simplement... un être mal assemblé. Était-ce une expression plus forte de l'Ombre chez ce gamin qui avait résulté ainsi? Ceux qui n'apprenaient pas a le faire ne pouvait utiliser la force de l'ombre dont leur sang recèle, mais cela ne signifiait pas qu'elle n'était pas présente. Son sang était-il plus noir? Son cerveau différent? Les prêtres appelaient la force de l'Ombre la magie du sang, mais nul ne savait réellement si le sang en était l'origine ou le produit.

L'Ombre bouillonna dans ses intestins. Il voulait prendre un couteau et d'entailler la peau pâle qui semblait ne pas connaître la douceur des rayons du soleil. Et si son origine était le coeur? Peut-être que chez lui elle prendrait une forme tangible, matérielle, que Yowski pourrait examiner et peut être... assimilée? Pouvait-on prendre la part d'Ombre habitante un autre? Cela résulterait inexorablement en la mort de l'autre individu, puisque l'Ombre était la source de la vie...

Un souvenir violent et tortueux d'un couteau enfoncé jusqu'au manche dans l'oeil d'un jeune visage lui ravagea le coeur, provoquant une envie de vomir. Quel âge avait ce gamin? 16 ans? 18 ans? L'Ombre permettrait-elle de se faire arracher de sa propre création?

Avait-elle une volonté qu'elle exprimait? Avait-elle une volonté ? Le prêtre eut envie de rire à nouveau. L'Ombre était une force, la source et la fin. Elle n'avait pas de volonté ni se souciait des choix des vivants, elle attendait simplement patiemment la fin de toute chose. Les humains cherchaient quelque chose pour justifier leurs âmes. Yowski ne ferait pas cette erreur; il était maître et seul responsable de ses actions.

S'il voulait découvrir le secret du gamin... il pouvait commencer par essayer de comprendre ses pensées, elles étaient toujours à la base de chaque individu, reflétant leur véritable nature. Et si cela ne fonctionnait pas... il pourrait repartir avec un morceau à analyser...

« -Dis-moi alors, qu'est-ce qui est important pour toi? »  

Le gamin ne serait probablement pas enclin à continuer la conversation. Il n'avait pas l'air de comprendre ce qui se passait et franchement, Yowski doutait que même un homme tout à fait normal ait pu suivre l'évolution chez le prêtre ou ne pas être troublé par les derniers instants. Il valait mieux prendre son approche directe habituelle et faire comprendre ses intentions à son interlocuteur. Du moins celles qui avaient des chances d'allumer son intérêt.

« - Je veux te comprendre. Tu m'intéresses. »

Pour quelqu'un qui ne comprenait pas le concept de l'amour, ses affirmations allaient sembler abstraites. Il chercha une métaphore qui ferait passer son message, mais rien ne semblait capable de simplifier son message. Puis il aperçut de nouveau les automates. Il les pointa avec sa cigarette chiffonnée par ses doigts agités.

« - Tu es comme un automate. Je veux comprendre comment tu es fait. »

Et te disséquer, rajouta-t-il mentalement. Étonnamment, il doutait que le gamin apprécie cette précision.
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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Sam 9 Nov - 22:15

« Une illusion ? Une illusion ? Une illusion ? Une illusion ?
C'est quoi l'amour ? C'est quoi l'amour ? C'est quoi l'amour ? C'est quoi l'amour ?
Une chose qui n'est pas réelle ? Une chose qui n'est pas réelle ? Une chose qui n'est pas réelle ? Une chose qui n'est pas réelle ?
Alors, pourquoi inventer un mot pour ce qui n'est pas vrai ? »


Pour Numa, les gens étaient en énorme mystère ; il percevait leurs paroles, il entendait leurs voix, mais jamais ils ne saisissaient le sens de leurs mots. L'interlocuteur face à lui était un de ces mystères, le danger guettait chacune de ses respirations, pourtant autre chose le poussait à rester ici. Numa s'intéressa au « pourquoi » pendant au moins deux secondes, et il oublia cette question au fond de sa mémoire. Il n'avait pas envie qu'il restât plus longtemps dans la boutique ; il détestait cet endroit, quand il y avait des êtres vivants. Numa préférait la vieille pièce miteuse dans laquelle il s'enfermait aux usines, enfermé dans le noir, accompagné de plans, de membres mécaniques, de poussières, ou encore d'organe qu'il aurait repris, on ne savait exactement où. Ici, il ne se sentait pas chez lui, parce que Madame adorait lui rappeler qu'elle était la propriétaire du salon, et que s'il n'obéissait pas à ce qu'elle voulait, elle le reprendrait en les foutant dehors. Et puis, il y avait les clients, allants et venants, sans se soucier de son bien-être. Les habitués ne prenaient plus la peine de le saluer, d'ailleurs, le jugeant incapable de faire quoi que ce soit. Les nouveaux lui demandaient trop de choses, ça le harassait. Comme maintenant, Numa était fatigué. Articuler chaque syllabe était un effort pénible, surtout que le Prêtre ne paraissait pas s'être rendu encore compte de son bégaiement. Sans doute prenait-il cela pour de la peur, ça arrivait parfois.

Numa réfléchissait, concrètement, il ne comprenait toujours pas ce qu'était l'amour, et en quoi cela était une illusion. Quand Madame ordonnait qu'ils « fassent l'amour », c'était une illusion ? Pourtant, il y avait des sensations, une réalité dans cet acte, qui n'avait aucun sens pour lui. Néanmoins, Numa se garda de poser la question, il fallait qu'il trouve une solution afin de regagner sa tranquillité. Plus la conversation durait, plus la présence de Nami lui manquait. C'était pour ça qu'il n'aimait pas cet endroit ; sans sa jumelle, il n'avait pas de raison d'y être. Surtout lorsqu'il devait parler avec les autres. Numa adorait Nami, il voulait mourir pour elle, mais il voulait se débarrasser de Houle. Cette maudite peluche prenait trop de place.

Le temps passait, et le Prêtre ne partait toujours pas, pis ; il s'installait sans lui demander son avis. Numa serra la mâchoire, sa main tremblait près de sa jambe, et sa tête était rentrée dans ses épaules. Il mordilla sa lèvre inférieure, il cligna les yeux, et il écouta ce que l'autre désirait de lui. Comme le Prêtre s'y attendait, Numa interpréta de façon trop abstraite ce qu'il voulait de lui. Il était comme les automates ? Numa baissa les yeux, il examina un instant ses doigts, il toucha sa poitrine, pinçant les lèvres. Sans doute, oui, il était comme les automates. La différence, c'était qu'il avait du sang circulant dans ses veines, un coeur. Et c'était ça qui leur manquait, précisément, et c'était ça que le garçon cherchait à leur donner. Toutefois, par méfiance, parce qu'il n'aimait pas converser, Numa grogna entre ses lèvres. Il savait que c'était un mensonge, on s'intéressait à lui uniquement grâce à sa mécène, et parce qu'il y avait du génie dans son cerveau malade. Il avait l'impression de subir un interrogatoire, pourtant le Prêtre n'avait pas l'air méchant, ou belliqueux, comme ses confrères. Il fronça les sourcils, puis il tourna les talons sans rien ajouter. Il revint deux minutes plus tard, un gros livre dans les mains. Il le posa face à son interlocuteur, et chercha dedans un modèle anatomique. Il le désigna d'abord, puis se désigna lui-même en marmonnant :


— C... c... co... comme.... m... moi. C... c... c... co... co.... comme les.... les... au... autres.

Le garçon avait simplement pris au pied de la lettre ce que le Prêtre voulait savoir : il était fait de sang, de nerfs, d'organes, de pensées, de chagrin, et de folie. Comme le reste de l'humanité, comme Yowki. Numa prenait soin de ne pas le regarder dans les yeux, il fuyait souvent les regards, car il peinait à les soutenir. Il avait peur de voir ce que ressentaient les autres. Ça lui rappelait les moments, où sa mère lui offrait deux pupilles grosses et noires de haine, avant de frapper sa joue avec son énorme main. Et puis, les sentiments des gens, il peinait à les interpréter, c'était plus simple de ne rien savoir de ce qu'ils ressentaient. L'index posé sur le dessin anatomique, Numa paru perdu dans ses pensées ; il attendait une solution, il attendait sa soeur, et il réfléchissait comment faire un corps mécanique, grand, fort, doué de raison, et vivant au rythme des ordres de sa Nami.

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Dim 10 Nov - 6:23

Yowski observa silencieusement le manège du jeune homme. Il semblait s'être réveillé dans un corps inconnu par la façon dont il observait avec étonnement l'ondulation de ses doigts. Puis il palpait sa poitrine et son visage comme le survivant incrédule d'un accident. Yowski eut un sourire intérieur. L'appellation de gamin était peut-être plus justifiée qu'il ne l'avait d'abord estimé. Malgré toute l'agressivité qu'avait exprimée la gestuelle du petit corps depuis l'arrivée de Yowski ne suffisait pas à cacher l'étrange innocence qui transpirait au travers de ces actions. Un grognement traversa de jolies lèvres roses. Pas exactement surpris, le prêtre observa le gamin quitter la salle. La seule surprise était qu'il n'avait pas jeté un regard dans son dos par méfiance. Yowski attendit patiemment. Le gamin ne le laisserait pas chez lui sans surveillance. Bientôt l'ancien drogué regardait une charte médicale de la physionomie humaine. La main frêle du propriétaire s'associa en simagrées à l'énorme manuel.

En dépit de sa métaphore, Yowski comprit avec un brin de contrariété que son explication n'avait pas été suffisamment claire. Il frotta dans un tic nerveux sa tête blonde rasée. Il avait peut-être été trop optimiste de croire qu'il pourrait surpasser la barrière de communication que le gamin avait. Du moins, il semblait avoir accepté de tolérer les questionnements du prêtre.

Précédemment, il avait trouvé que le gamin avait un comportement plus naïf que celui correspondant à son âge. Se pouvait-il que cette naïveté soit responsable de sa mentalité particulière? Tel un gamin avec une conception erronée de l'amour, induite uniquement par les histoires qu'on lui racontait? Mais même les gamins disaient ressentir l'amour, seulement ils n'étaient pas encore capables de se créer un mirage aussi profond que le gouffre où s'enfonçaient les adultes.

Il y avait longtemps que Yowski ne s'était pas trouvé aussi intéressé. La dernière fois avait probablement été lorsqu'il avait découvert des passages des Écritures de l'Ombre dans la bibliothèque de son mentor. Le gamin était une énigme comme il en existait peu. Sa curiosité avait été piquée, la fatigue oubliée dans les tréfonds de son cerveau.

Le jeune blond s'était agenouillé au sol pour fouiller au travers des pages et était toujours dans la même position, un index appuyé sur la page. Ramenant tranquillement son manteau autour de lui puis se soulevant sur ses genoux, Yowski approcha doucement, comme vers un animal particulièrement nerveux. Il s'arrêta à un bras de distance du manuel. Le gamin était exactement comme un chaton sauvage. Le prêtre voulait lui ébouriffer les cheveux, mais cela lui vaudrait un coup de griffe et la disparition du chaton. Alors, il gardait ses mains fermement ancrées dans ses poches.

« -Je sais que ton corps est anatomiquement comme les autres. Mais ce que je veux comprendre, c'est ce qui te rend différent des autres. »

La cigarette commença à s'égrainer sous la maltraite dont elle était victime dans sa poche.

« - Tu sais, ce qui fait la différence entre un humain et un automate. Ce qui fait que tu as ta volonté propre alors que les automates obéissent aux mécanismes que tu crées. Chaque humain le possède, mais chacun l'exprime différemment. C'est une force, un secret que les gens refusent d'admettre. »

C'était une curieuse chose d'ailleurs. Comment les gens pouvaient-ils expliquer leur existence sans accepter la présence de l'Ombre? Et si on acceptait la présence de l'Ombre, comment pouvait-on ne pas la servir? La stupidité, résolut Yowski. Pareil à sa propre stupidité qui l'avait empêcher de faire ces réflexions avant que son maître le découvre. Les gens ne se demandaient pas pourquoi ils existaient, ou refusaient d'admettre la réponse. Et, peut-être, quelques rares autres étaient comme Yowski avait été; simplement vide et attendant de découvrir la réponse. Certainement, pour ceux qui s’étaient convaincus de leurs propres mensonges, la vérité devait être trop terrifiante à concéder.

Le gamin était merveilleux, car il semblait s'être conservé des mensonges, sans être vide comme le prêtre le fût par le passé. Il était une boîte de pandore cachée dans une foule d'imbéciles. Lorsqu'une chose ne convenait pas à leurs critères d'imbécilité, les humains avaient tendance à l’écarter pour continuer à vivre leur routine vide de sens. Ils n'aimaient pas les complications. Yowski vivait pour les complications, les trésors enfouis dans la foule par l'Ombre. Au travers de sa mission pour l'Ordre, le prêtre passait sa vie à creuser. Malheureusement, la plupart des coffres se révélaient remplis de poussières.

« -Car la plupart des humains sont stupides. Mais toi, tu ne l'es pas. Alors, je veux comprendre comment tu penses. Pourquoi fabriques-tu des automates par exemple. »

L'ancien toxicomane ne se l'avouerait pas, mais le gamin avait fait naître une lueur d'espoir chez lui. Il représentait la possibilité que Yowski n'était pas aussi seul qu'il s'était forcé à croire. Son penchant pour la dépendance le faisait s'accrocher à des choses qu'il savait damnées d'avance. Il ne pouvait s'empêcher de chercher, d'essayer de comprendre et trouver son propre reflet dans les individus uniques qu'il rencontrait.

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Lun 11 Nov - 13:12

Numa poussa un soupir, pourquoi lui posait-il autant de questions ? Il n'avait aucune envie de répondre, car cela serait un effort trop pénible à faire. Articuler un mot, c'était gravir une montagne, prononcer des syllabes, c'était prendre sur soi l'humiliation de son infirmité. Il était raté, quoi de plus ? Il voulait Nami, là, maintenant, tout de suite. Il la voulait près de lui pour qu'elle puisse expliquer ce qu'il ne parvenait jamais à dire. Dans ces moments-là, sa jumelle lui manquait terriblement, pourtant il savait qu'elle ne tarderait pas à revenir, mais plus le temps passait, plus sa détresse était grande. Parler ! Pourquoi les humains donnaient-ils autant d'importance à cet acte ? Parler ! Pourquoi son silence n'était jamais respecté ? Numa mordit sa lèvre, son corps tremblait déjà plus que tantôt, la fatigue, l'agacement le rendaient plus nerveux. De plus, son interlocuteur ne paraissait toujours pas comprendre qu'il était bègue. Habituellement, on le devinait assez vite, généralement dès qu'il ouvrait la bouche, mais là, non.

Et ce qui le rendait de mauvaise humeur, c'était qu'il devrait supporter cela jusqu'à ce que l'autre décide de partir. Il haussa les épaules dans un premier temps, comme s'il ne comprenait pas, ou ne connaissait pas la réponse à donner à la question. Pour lui, les automates n'étaient pas différents de lui ; ils étaient une partie de son âme, ses créations, sa chair, son sang, ses nerfs. Il aimait ces créatures froides et sans pensées, il aimait les voir bouger quand il appuyait sur tel ou tel bouton, ainsi que les yeux écarquillés de Nami quand elle voyait cela. Les automates n'avaient pas besoin de lui poser des questions pour le comprendre, ils ressentaient ce qu'il ressentait, et vivait à travers lui. Pour Numa, ses créations étaient comme lui ; le garçon était bêtement asservi à l'adoration qu'il possédait pour sa jumelle, et il ne vivait que pour cela. Il ferma les yeux, soupirant encore, fronçant les sourcils, et il finit par tenter :


— Di.. di... différent des... autres ? Je.... j-j-j-je... suis... bè... bè... bègue, mon... monsieur.

Numa lui donna alors un regard blasé, comme s'il pensait : « vous ne l'aviez pas remarqué ? ». Et avoir été poussé à le dire, de lui-même, avec ses mots, avec ses maladresses, c'était humiliant. C'était exactement le même sentiment pénible, et écrasant qu'il ressentait quand Madame le présentait à ses petits groupes, et qu'elle lui demandait de décrire ce qu'il faisait. Ce n'était pas dans l'espoir de voir son petit jouet préféré parvenir à parler, comme tous les autres êtres humains, c’était pour s'amuser de sa gêne, et de faire de son bégaiement un spectacle drôle. Numa en avait pleinement conscience, il détestait ça. Numa finit par se relever, en reprenant le livre sous son bras qu'il posa dans un coin. Il marcha un moment dans la boutique, silencieux, en observant toutes les peluches que sa soeur avait confectionnées. Il chercha dans un premier temps Houle, mais il se rappela vite que Nami ne laissait jamais cette abomination seule. Son coeur se serra de jalousie.

« Nami, où es-tu ? Nami, où es-tu ? Nami, où es-tu ? Nami, où es-tu ?
Viens ! Viens ! Viens ! Viens !
Le monde tourne de trop, le monde tourne de trop, le monde tourne de trop, le monde tourne de trop.
Un jour, tu m'abandonneras. Un jour, tu m'abandonneras. Un jour, tu m'abandonneras. Un jour, tu m'abandonneras. »

Une vive colère était en train de dévorer son être, son esprit s'était soudain concentré sur Houle, il lui volait sa soeur. Il prit une peluche d'une main tremblante, puis il la reposa en se rappelant que l'inconnu était toujours là. Il essayait de gagner du temps, et tentait de trouver une solution. Quelle raison pouvait-il invoquer pour qu'il parte d'ici ? Il lui avait déjà demandé — plus ou moins — de quitter le salon, mais il ne l'avait pas fait. Nerveusement, Numa gratta un bouton d'acné sur sa mâchoire, il fit alors :


— C... c... ce... c'est mon... tra... tra... travail, c'est... t-t-tout.

Au début, Numa avait conçu les automates parce que son mentor lui avait enseigné comment faire. Et puis, peu à peu, son cerveau malade s'était épris de la science. C'était d'ailleurs sa seule et véritable passion ; Numa n'avait pas ou peu de goûts pour les choses. Il n'avait pas de couleur préférée, par exemple, ce genre de choses. Quand il avait commencé à étudier la science, sa soeur seule avait compté, et puis autre chose était arrivé dans sa vie. À partir de là, le garçon avait pu apercevoir l'espoir de vivre heureux avec Nami. Ils avaient enfin une maison, où il était bon de q. Un feu qu'ils allumaient en hiver pour se réchauffer l'un contre l'autre, et de l'argent pour manger à leur faim. Ce qui était important pour lui ? Numa ne le dirait pas. On lui avait appris que montrer son affection pour quelque chose, c'était poussé les autres à tout détruire. Et plus que tout au monde, Numa voulait protéger sa soeur.

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Dim 17 Nov - 3:30

Un brin d'énervement parcourut le prêtre. Il savait que le gamin était bègue. Pourquoi étaler une vérité aussi évidente? C'était d'une ennuyance et d'une stupidité terrible. Était-ce tout ce que ce misérable cerveau parvenait à offrir? Non, Il devait y avoir autre chose! Sinon quelle perte, quelle déception. Se pouvait-il qu'il se soit imaginé le reflet d'un diamant dans une simple mine de pierres? Qu'il se soit perdu dans un écran de fumée?

Il fallait une raison, car la déception était trop insatisfaisante. Lorsqu'on déclarait ainsi une évidence, c'était qu'elle n'était pas une évidence. Alors pourquoi ne le serait-elle pas? Ou plutôt, pourquoi le gamin pensait-il avoir besoin de la rendre évidente? Car il croyait que Yowski ne l'avait pas vu? Le prêtre avait beau détester les choses stupides, il n'était cependant pas doté d'une intelligence particulièrement exceptionnelle. Il ne trouvait pas de fondements à de telles banalités de la part d'un individu qui était parvenu à l'intéresser.

Son dédain de ses semblables était un mur particulièrement abrupt à sa compréhension des autres. Il comprenait mal les motivations autres que pratiques et rationnelles. Cependant, quelque chose dans la posture, la façon dont la colonne s'était légèrement raidie et dont une lueur avait passé dans les yeux du jeune blond éveillait un souvenir. Il connaissait cette réaction, pointant vers la défensive.

Ah! de l'amour propre. Le gamin avait été blessé dans son amour propre. Son étalement de l'évidence se voulait une attaque, car il croyait qu'on se moquait de lui.
Yowski avait assassiné son amour propre à coup d'encre noir contre sa peau. Du moins ce qu'il en était resté, car celui-ci survivait difficilement à une vie de drogué dans les rues.

Le gamin s'agita dans la pièce. Yowski ne savait pas encore s'il était déçu de la réponse ou espérait toujours trouver un trésor sous la carapace misérable. C'était comme si quelqu'un avait soufflé sur la flamme de son intérêt et le bourdonnement rouge au bout du fil hésitait à s'embraser à nouveau ou à mourir dans la fumée.

Son travail.

Tellement décevant. Alors, le gamin ne se questionnait pas? Ne cherchait pas la Vérité? Si seulement il avait semblé avoir une passion, un but. Mais non, il n'était qu'un autre cadavre ambulant, attendant son retour vers la Mère de tout.
Tellement ennuyant.

Ses épaules s'affaissèrent légèrement, toute l'énergie qui était venue avec la stimulation intellectuelle perdue en un instant. De nouveau le voyage pesait lourd sur ses épaules et torturait la sole de ses pieds. Faisait-il trop froid pour dormir dehors? Se réveillerait-il demain s'il passait la nuit dans les bras glacials du vent? Combien de fois s'était-il posé la même question en s'endormant dans une ruelle le dos contre un mur de pierres.

Le papier de sa cigarette céda finalement dans sa poche, le tabac s'étalant partout sur ses doigts. Avait-il abandonné trop vite? Peut-être que le gamin était simplement tellement habitué à se refermer sur lui même et ne rien laisser transparaître que Yowski avait été berné. Peut-être cachait-il la source de sa particularité pour ne pas la laisser se faire brûler par les rayons de lumière. Rien ne lui coûterait d'essayer une dernière fois.

Il tendit une main blanche et tremblante aux longues phalanges.

« Laisse-moi prendre ta main quelques instants, puis si je n'ai pas découvert ce qui m'intéresse, je partirai. »


En expérimentant avec la magie du sang, il était parvenu à une habileté particulière. Évidemment, il n'avait pas encore de pouvoir à proprement parler comme les prêtres plus versés et expérimentés dans cet art, mais il parvenait à quelque chose d'assez utile. À force de concentration et au détriment de son énergie, lorsque Yowski prenait la main d'une personne entre les siennes pour une période suffisamment prolongée, il parvenait à ressentir la force cachée de l'Ombre chez la personne. Il avait développé la technique en se basant sur des exercices de mise en contact avec sa propre part d'Ombre que tous les prêtres utilisaient comme exercices de base dans l'apprentissage de l'utilisation de l'Ombre. En toute franchise, cela ne lui apportait pas grand-chose, puisque l'Ombre était fondamentalement identique chez tous les vivants, même les animaux. Mais, parfois, il parvenait à discerner un peu la personnalité de l'individu qui caractérisait sa part d'Ombre, semblable à une couleur.

Il ne savait pas lui-même ce qu'il espérait tirer de l'exercice, mais même la plus petite chose serait la bienvenue. Certainement, lorsqu'il aurait appondi de plusieurs niveaux ses connaissances, il trouverait un sens à cette découverte qui demeurait voilée à ce jour.

Après quoi, il partirait. Il restait à voir s'il décidait de partir avec quelque chose à étudier ou non.
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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Dim 17 Nov - 23:07

Numa ne parvenait toujours pas à comprendre le jeune homme. C'était comme s'il se retrouvait face à un grand tableau noir, où on attendait qu'il écrive la réponse à une question qu'on ne lui posait pas. Devant ce grand tableau noir, où il n'entendait rien d'autre que son coeur battre à vive allure, le garçon sentait un profond malaise. Quand il levait la main dans l'intention de répondre, tremblant, il cassait la craie, car son esprit était complètement vide. Ce que l'autre lui voulait, c'était un véritable mystère. Il voulait le connaître, savoir ce qui était « différent » chez lui, Numa le lui avait dit : il était bègue, il était raté.

Pourtant, dans le regard de son interlocuteur, il sut que ce n'était pas ce que l'autre attendait. Sur le moment, le garçon avait cru signaler qu'il ne pouvait pas parler, en espérant que l'autre arrêterait de lui poser des questions. Au lieu de cela, Numa avait gagné une mauvaise réaction. La frustration ne tarda pas à frapper contre son cerveau, il n'aimait pas quand on n’était pas clair avec lui !

C'était comme quand Madame lui demandait de la faire frémir, concrètement, il traduisait ça par « fais-moi frissonner », alors il essayait des trucs, et ça n'allait pas. La maladresse de Numa, couplé à sa méfiance, pouvait agacer, c'était sans doute le cas maintenant. Pourtant, il faisait des efforts pour arranger cela ; il observait du coin de l'oeil le Prêtre afin de saisir quelque chose susceptible de lui dire ce qu'il voulait. Surtout que l'autre paraissait lunatique, ça n'aidait pas.


« Me toucher ? Me toucher ? Me toucher ? Me toucher ?
Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il veut ?
Il partira après ? Il partira après ? Il partira après ? Il partira après ?
Qu'est-ce qu'il va me faire ? »

Devant la requête du Prêtre, Numa devint totalement confus. En réalité, il n'aimait pas plus le contact physique que les gens. La seule personne qu'il aimait toucher, c'était évidemment sa soeur. La peau de Nami était si douce ! Et elle sentait si bon ! Comme ses cheveux blonds, si soyeux, si clairs... Cependant, il s'interdisait de poser ses doigts sur elle, persuadé que sa propre chair allait corrompre sa soeur. Il ne voulait pas lui transmettre sa « maladie », il était comme un meurtrier qui aurait voulu effleurer une sainte ; sa nature ne le lui permettait pas, il n'en avait pas le droit. Pourtant, il se prenait souvent à rêver de la toucher, caresser sa joue, glisser son pouce sur sa lèvre, mais il ne devait pas penser ça  ! Il était indigne d'elle ! Comment pouvait-il oser songer à cela ?

Et pourquoi l'autre voulait-il lui toucher la main ? Une partie de lui haïssait le Prêtre, l'autre en avait terriblement peur. Numa avait conscience que l'Église avait des pouvoirs, et il avait peur que le Prêtre en usât pour le blesser. Comme l'avait fait le Comte Oliver qui avait plongé son esprit dans un horrible cauchemar. Numa tressaillit, il ne savait pas quoi faire. S'il suivait sa volonté, il irait s'enfermer dans un placard, attendant le retour de sa soeur pour qu'elle puisse apaiser son esprit. Quand on le touchait, c'était toujours pour lui faire du mal. Mais l'autre s'il accédait à sa demande partirait, et c'était ce qu'il voulait le plus à cet instant.

Alors, doucement, apeuré, Numa leva sa main gantée vers son interlocuteur. Il cessait de le regarder, car ce que pouvaient lui révéler ses yeux le terrorisait. Son corps entier tremblait, cette main surtout, qu'il lui tendait. L'autre était occupé à se crisper sur un pan de sa chemise. La tête baissée, détournant sans le cacher son regard, il attendait, la peur au ventre. Parfois, il l'examinait, mais ce n’était jamais plus d'une seconde.

Numa avala sa salive, il détestait cette situation, il la détestait ! Des frissons couraient dans ses membres, des frissons de dégoûts et d'horreur. Il tendait la main, comme s'il était un gosse de huit ans sur le point de se faire arracher le bras, alors que son tortionnaire l'emmenait plus loin pour le punir. Son esprit se concentra sur Nami, sa détresse grandissait, et l'envie de voir sa soeur grossissait. Si Nami était là, Numa la prendrait dans ses bras, il irait cacher sa face boutonneuse dans le cou de sa jumelle. Au bout de quelques secondes, il souffla, au bord du gouffre :


— Me... me... me... fai... faîtes pas de mal !

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Mar 19 Nov - 4:41

Beaucoup de gens appréciaient le contact physique. Des poèmes et des romans en faisaient l'éloge, autant dans des contextes romantiques, sexuels ou confrériques. Même Yowski ne pouvait nier éprouver par moments -pour des individus bien précis, mais des individus tout de même- le désir et la satisfaction d'interactions physiques. Le reste du temps, elles le laissaient aussi indifférent qu'à l'habitude. Alors, de voir le gamin tendre la main comme si de toucher Yowski, même avec ses gants, constituait l'acte le plus répugnant et effrayant qui puisse se produire était déstabilisant. Peut-être qu'au lieu de demander ce qu'il aimait, le prêtre aurait dû demander ce qui le terrifiait. Mais il était trop tard pour modifier son approche, alors il se décida à ignorer l'étrange comportement pour se concentrer sur sa tâche.

Il attrapa donc fermement la main du gamin. Le gant n'était pas idéal pour parvenir à un bon contact, mais il doutait que l'autre réagisse bien à se faire enlever le tissu compte tenu de sa posture éloignée et prête à arracher sa main de l'emprise du prêtre. Il ajusta sa prise entre ses deux mains, l'une dessus et l'autre dessous et glissa doucement le bout de ses doigts pour qu'ils rentrent en contact direct avec la peau blanche du poignet. Il sentait les sursauts nerveux entre ses paumes. La supplication soufflée du gamin avait quelque chose de fragilisant, ramenant le souvenir du gamin mort étalé au sol. Yowski se débarrassa de l'image en secouant littéralement sa tête.

Il entreprit de se concentrer sur la pulsation qui se propulsait dans ses veines. Le rythme régulier avait quelque chose d'hypnotisant, l'aidant à atteindre un état second, toujours conscient du monde extérieur, mais pas une entremise différente, plus puissante que ses propres sens, semblable à de l'omniscience. Inconsciemment, son front approcha les mains jointes, s'arrêtant à quelques centimètres de la peau, exposant sa nuque vulnérable où des tatous prenaient la relève comme les cheveux blond-blanc finissaient.

Il suivit les pulsations jusqu'à prendre contact avec l'entité immatérielle qui habitait son corps. Toucher l'Ombre était chaleureux, comme de retourner chez soi après une longue absence. Sa puissance et sa sérénité irradiaient son corps, chaque muscle se détendant l'un après l'autre. Son esprit retrouvait cet état calme qui l'éludait chaque seconde de son vivant. C'était une sensation confortable, mais épuisante. Déjà, il sentait sa respiration s'accélérer légèrement et il savait qu'il ne lui restait que quelques minutes. Il concentra la force au bout de ses doigts, cherchant une résonnance dans l'autre corps. D'abord, il n'y eut rien. Yowski sentait la sueur perler sur son front lorsqu'il perçut finalement le tambour méticuleux de l'Ombre dans le corps du gamin.

Le prêtre se concentra sur la vibration, cherchant à nouer les deux parties de l'Ombre ensemble. Cependant, le son glissait, refusant de se laisser prendre. Finalement, son Ombre parvint à s'accrocher à une parcelle de celle du gamin. C'était comme une explosion enterrant ses sens. La sienne n'avait pas le tempo constant et profond, elle était plutôt sporadique et indéfinie. Le son qu'elle émettait avait quelque chose de fracturé et rattaché. Au lieu d'une couleur uniforme comme celles que Yowski avait l'habitude d'observer chez son maître ou d'autres individus, elle ressemblait à un tableau noir au centre duquel des couleurs furieuses combattaient pour s'extirper de la noirceur. Seule une douce lueur au centre ne semblait pas être dévorée, mais elle s'étendait étrangement dans tout les sens en même temps qu'elle se repliait sur elle-même.

Yowski n'avait jamais vu rien de tel. C'était magnifique et horrible. Il avait envie d'attraper la lueur, de la capturer et de partir avec elle. Sans s'en rendre compte, l'emprise de son Ombre sur celle du gamin se raffermit.

Yowski cligna des yeux. Sa respiration était rapide et courte et il sentait la sueur couler à flot contre ces sourcils. Son énergie était complètement vidée, ayant coupé subitement le lien des Ombres, le laissant désorienté. Il chercha a voir le visage du gamin devant lui, mais tout ce qu'il percevait étaient des lignes étaient floues et confondues.
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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Mar 19 Nov - 15:13

Numa attendit donc, sa main tremblante tenue par le Prêtre, il attendait en espérant que ça se finisse le plus vite possible. Il mordillait ses lèvres, nerveux, fatigué, sans pour autant exprimer par la parole ce qu'il ressentait. Il s'interrogeait surtout ; il savait peu de chose sur l'Ombre, l'existence de celle-ci étant une douce chimère pour lui, il ne comprenait pas totalement les enjeux de son interlocuteur. La peau de celui-ci le brûlait, sa main devenait moite, le tissu de son gant collait, et ça devenait de plus en plus pénible. Parfois, le garçon examinait la face blanche de Yowski, cherchant dans ses traits une expression susceptible de l'aider à comprendre ce que l'autre cherchait. Lui-même ne ressentait rien, au contraire du Prêtre qui paraissait connaître un véritable bouleversement.

Au bout d'un moment, l'autre cligna des yeux, Numa l'interpréta comme la fin de ce touché désagréable, il retira vite sa main. Serrant les dents, le garçon n'ajouta rien, il constatait béatement que le Prêtre semblait perdre conscience. Il fronça les sourcils, il pensa d'abord que le jeune homme n'avait plus aucun lien avec la réalité. Numa se releva, sans savoir trop quoi faire exactement. Il poussa un soupir, nerveusement, il chercha sa soeur absente de ses yeux ocre. Nami saurait quoi faire, mais elle n'était pas là ! Numa se demanda alors si le Prêtre était mort, il fixait sa face harassée et sans couleurs ; s'il venait de décéder pour une raison ou une autre, Numa avait une idée précise de ce qu'il ferait du corps. Après tout, personne n'avait besoin de savoir qu'il était venu là.

Mordant ses lèvres, le garçon retourna dans son bureau. Il s'était toujours demandé comment fonctionna un véritable coeur humain, s'il était possible de lier ce coeur à ses automates afin de leur donner une conscience plus élevée. Si Numa parvenait à construire un automate suffisamment grand, suffisamment fort, il pourrait enfin cesser de vivre. Il laisserait alors sa création protéger sa soeur à sa place ; plus le temps avançait, plus Numa grandissait, et se persuadait qu'il était indigne de vivre : il était raté, Nami était parfaite. Mourir pour elle, mourir pour créer une chose sans faiblesse, ça serait réparer ses défauts de fabrication. Et s'il pouvait enfin mettre la main sur un coeur humain, il pourrait progresser, et s'enfoncer encore plus dans les ténèbres. Numa sembla l'espace d'une seconde heureux, quand ses doigts rencontrèrent un scalpé. Il n'avait jamais découpé de chair humaine, l'opération serait délicate.


« Le monde tourne, il est à elle. Le monde tourne, il est à elle. Le monde tourne, il est à elle. Le monde tourne, il est à elle.
Un coeur rien que pour son âme. Un coeur rien que pour son âme. Un coeur rien que pour son âme. Un coeur rien que pour son âme.
Il va ouvrir les yeux, et se réveiller. Il va ouvrir les yeux, et se réveiller. Il va ouvrir les yeux, et se réveiller. Il va ouvrir les yeux, et se réveiller.
Le monstre ne me fait plus peur, désormais. »

D'un pas presque joyeux, le garçon se dirigea vers sa victime. Numa fronça les sourcils, puis il se baissa vers le jeune homme. Son index se posa sur la poitrine de Yowski, il cherchait les pulsations de coeur pour savoir où il devrait enfoncer la lame. Toutefois, lorsqu'il leva enfin le scalper vers le Prêtre, il s'aperçut soudain qu'il respirait. Il lâcha l'instrument, il planta ses dents dans sa langue, il s'était trompé. Cette erreur le frustrait grandement ; l'autre n'était pas mort, il était juste inconscient. Mais pouvait-il alors plonger sa main maigre dans son torse pour lui arracher son coeur ? Qui s'en apercevrait à part sa victime ? Ah... mais c'était un Prêtre, ces monstres-là ne se laissaient pas faire. Déçu, le garçon réfléchit pendant plusieurs secondes. L'autre lui avait menti ! Il avait obtenu ce qu'il voulait, et il était encore là ! Le garçon émit un grognement discret, mais féroce.

Finalement, il songea qu'il se déciderait sur le sort du Prêtre, une fois que celui-ci aura renoué avec la réalité. Numa se baissa, il lui prit le bras de ses mains tremblantes, il essaya de le soulever. Laborieusement, le garçon tira le Prêtre jusqu'à un fauteuil. Il ne le porta pas réellement, il le traîna sur le sol. Il n'avait pas assez de force, malgré le corps cadavérique de sa (possible) victime. Il le laissa choir dans le fauteuil, puis il tenta de se rappeler ce que son mentor aurait pu lui dire sur ce genre de situation. Numa n'était pas médecin, et à vrai dire, s'il s’y connaissait en médecine, ça concernait surtout les différentes façons d'empoisonner quelqu'un. L'adolescent abandonna Yowski quelques secondes pour monter dans la cuisine, il revint avec un verre d'eau sucrée qu'il mit sous le nez du malade, attendant que celui-ci manifestât un signe de vie, ou non.

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MessageSujet: Re: Lorsqu'une une tornade rencontre un volcan   Mar 3 Déc - 4:38

Yowski s'était perdu. Quelque part entre la réalité et le sentier secret des Ombres. Il avait chaud, mais son sang lui glaçait les veines. C'était soudainement comme si son cerveau poussait pour s'échapper sous son crâne, si bien que la douleur lui fit oublier ses sens. À un moment, il avait perdu connaissance. Son esprit détaché encrait à jamais l'image bouleversante de l'Ombre du gamin en sa mémoire.

Lorsque finalement il reprit conscience, son mal de tête revint au galop. Il sentait la sueur imbiber ses vêtements des lourds tissus noirs. Les formes étaient brouillées, le sol refusant de tenir en place. Ses mains tremblaient plus que jamais, au point où elles semblaient avoir développé leur volonté propre. Pourtant, la seule chose à laquelle Yowski arrivait à penser était le tableau étrange qui lui restait de l'expérience. Pourquoi des lueurs? L'Ombre était... une ombre. Ce fut comme une pièce de mécanique qui s'enclencha.
Une ombre. L'ombre était l'absence de lumière! Mais alors, pourquoi lorsqu'il la percevait, c'était sous forme de couleurs et de lumières? Il agrippa sa tête entre ses mains, crispant des dents et retenant un hurlement qui ferait certainement plus de mal que de bien dans sa condition.

Le jeune prêtre avait l'habitude de souffrir. Les nuits de désintoxications avaient probablement été le pire type de torture auquel un individu pouvait survivre. Et pourtant, cette fois-ci semblait plus terrible encore. Heureusement que sa chevelure était trop courte pour être agrippée, car il aurait certainement arraché ses cheveux par poignée. Ses ongles compensaient en s'enfonçant vicieusement sous la peau fragile de son crâne, extirpant des gouttes écarlates.

Il caressa un instant le désir de frapper sa tête contre une surface, faire taire la douleur définitivement.

Au bout de plusieurs minutes, il rassembla assez de contrôle pour ouvrir les yeux à nouveau. Il fuit accueilli par un gamin plus terrifié que jamais. Il força sa respiration sifflante à se calmer. Préférant détourner le regard pour l'instant, ses yeux tombèrent sur un reflet argenté sur le sol. Son regard se focalisant finalement, il distingua la forme lugubre d'un scalpel abandonné à quelques mètres.

Le gamin avait amené un scalpel. Avait-il eu l'intention de le tuer pendant son inconscience? Sa remise rapide l'avait surpris, le stoppant dans son élan? Yowski réalisa brusquement qu'il était assis sur une chaise plutôt que dans son habituelle position défensive au sol. Il était exposé et n'avait aucune arme sur lui. Car bien que la plus part des prêtres gardent avec eux une arme, Yowski avait trop de mauvais souvenirs associés aux lames pour en prendre une volontairement.

Il devait reprendre l'avantage, sinon il allait finir enterré dans un coin de jardin. La douleur n'étant plus qu'un bruit de fond persistant, il bondit hors de son siège. Dans un même mouvement, il agrippa un poignet du gamin pour le projeter contre le mur et, sans s'arrêter, il envoya valdinguer le scalpel dans l'autre direction sous un meuble. Il se retourna, dos au mur, pour faire face au gamin.

«-Tu voulais me tuer. » Fut sa seule explication qu'il offrit.
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