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 Le Créateur n'est-il pas la vraie poupée ? (PV : Diane)

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MessageSujet: Le Créateur n'est-il pas la vraie poupée ? (PV : Diane)   Lun 15 Avr - 18:25


« Des yeux, partout. Des yeux, partout. Des yeux, partout. Des yeux, partout.
Et des voix. Et des voix. Et des voix. Et des voix.
Elles sont distinctes, ces voix.
Quoi ? On me parle. Quoi ? On me parle. Quoi ? On me parle. Quoi ? On me parle.
Je ne veux pas. »

Numa posa un oeil craintif, devant la horde de visages levés vers lui. Poudrés, femmes comme hommes, montraient un intérêt poli à ce qu'on racontait près de lui. Cachées derrière leurs éventails, les dames roucoulaient entre elles, et jouaient des hanches pour feinter leur impatience. Leurs cannes dans les mains, les hommes gardaient le silence, et s'empêchaient de taper du pied, tant le discours sonnant à côté du garçon était ennuyeux. Et il fallait le voir, celui qu'on osait nommer génie, celui dont la silhouette se faisait dévorer par celles des autres. Il fallait le voir trembler, au bord de l'évanouissement, raide et nerveux. Il fallait apprécier sa face boutonneuse, ses cheveux blonds-Vénitiens qu'il avait maladroitement peignés, ainsi que sa tenue. Il n'avait pas défait la cape, celle-ci recouvrait ses frêles épaules. Ses bottes à lacets avaient été rageusement cirées, mais elles témoignaient encore de sa race inférieure. Dans son ridicule, le garçon avait essayé l'élégance, mais elle ne lui rendait pas ses efforts.

On aurait dit un pantin, exhibé en place publique, dans le pur plaisir de rire du grotesque. Il était trop chétif, ses membres trop secs pour inspirer le charisme. Et personne ne l'avait entendu parler. Depuis le début, alors qu'on vendait ses mérites, le garçon n'avait pas ouvert la bouche. Sa lèvre tremblait, mais elle restait collée à l'autre, fermement décidé à ne rien dire. Coincé entre une femme et un homme, l'adolescent peinait à vivre. Il était éloigné de la foule, il étouffait pourtant. Ces yeux le fixant étaient terribles ; ils le brûlaient de l'intérieur, comme s'ils pouvaient percer sa peau blême, et pénétrer chacun de ses nerfs pour mieux le découvrir. Ne pas se contenter de le mettre nu : déchirer sa chair, lacérer ses muscles, jusqu'à ce qu'on puisse toucher du regard ses os. Pouvaient-ils lire dans les âmes ? Numa avait déjà assisté à cela, les Aristocrates avaient quelques dos d'empathie, allaient-ils goûter ses dangereux secrets ? Sa haine pour Houle, et son amour inconditionnel pour sa soeur jumelle ?


— Rien ne peut arrêter son talent, rien ne peut arrêter son esprit ardent. Mes amis, j'ai pu voir ce qu'était le génie ; ce garçon l'incarne. Un jour, il créera la vie.

Numa avala péniblement sa salive, il n'écoutait pas, c'était la même chose, tout le temps. Néanmoins, les sons vomis des nobles bouches lui égratignaient l'oreille. Il se savait juger, il savait que bientôt on le pousserait dans la fausse aux lions, et qu'il ne pourrait pas lutter contre leurs vils grognements : « et quel âge as-tu, petit ? Oh... » Numa tenait à peine sur ses jambes, il voulait s'enfuir. Toutefois, le garçon dans son mutisme avait conscience que ce serait mal vu. On exigeait sa présence, jusqu'au bout ; qu'importe qu'on lui cause mille souffrances, il était le spectacle, et il devait honorer son public.

Parfois, il jetait des regards vers la porte, le désir de s'y faufiler le pourchassait, mais sa présence écrasante l'empêchait de respirer. Cette femme à qui il devait tout : sa renommée grandissante, le salon de sa soeur, et ses persécutions. Du haut de ses quarante ans, elle imposait autant qu'un homme du gouvernement. Sa longue chevelure noire était retenue dans un chignon bien travaillé, sa tenue d'un violet foncé mettait en avant ses formes. Elle comprimait son ventre dans un corset, et elle se tenait droite, fière. Ses longs ongles rouges ressemblaient aux serres d'une harpie, Numa en était horrifié. Combien de fois avait-il cru qu'elle les lui planterait dans les orbites ? Un jour, elle lui avait griffé le bras, et l'avait fait saigner. Depuis, il avait peur d'elle, autant qu'il avait eu peur de sa mère autrefois. Et en plus, elle lui faisait faire des choses bizarres, et il n'aimait pas.


— Allez Numa, remercie-les, ils sont tous ici pour saluer ton talent.

Le garçon sursauta, elle venait de lui adresser la parole. Il devait lui obéir, sinon, elle le tuerait, ou pire : elle reprendrait le salon de Nami. Songeant à sa soeur, son coeur s'emballa, il se laissa submerger par une douce chaleur. Nami devait être contente de lui, alors le courage avala un morceau de sa honte. Numa fit un pas, tremblant, prêt à se jeter dans la gueule des monstres, puis il fit une courte révérence. Ses mains gantées tremblaient, pourtant, il tenait bon. La tension grimpait dans tout son corps, pourtant il ouvrit enfin la bouche :

— M...m...m... merci.


Et rien d'autre. Il détestait quand elle s'amusait de son bégaiement. Numa ferma les yeux, refusant de contempler la surprise et la déception se peindre sur les visages poudrés ; quand on percevait sa voix chevrotante, le dégoût venait ternir son talent. Bientôt, la foule se dissipa, sa « bienfaitrice » le quitta, et elle rejoignit l'un des nombreux groupes qui s'étaient formés. Rapidement, Numa se retrouva seul ; personne ne consentit à lui donner plus d'attention. Ce qui le soulageait : il aimait que le monde l'oublie parfois. Il se précipita sur son dernier automate qu'il prit soigneusement dans ses bras ; ça ressemblait à une poupée de porcelaine, elle était blonde, et habillée de rouge. Contre sa poitrine, l'objet ressemblait à un animal blessé qu'un enfant dans sa générosité volerait pour en prendre soin, et contre la joue froide de la chose, le coeur de Numa battait fort. Il disparut vite des regards pour aller se cacher dans un couloir, éloigné des invités, il pouvait enfin souffler. Il passa ses doigts sur ses yeux humides, il n'arrivait pas à arrêter de trembler, alors il finit par tomber contre le mur.

L'automate toujours contre lui, Numa tentait de se rassurer ; Nami n'était pas là, il était seul, et elle lui manquait horriblement. Cette poupée mécanique, le garçon l'avait fait à l'image de sa jumelle, il lui caressait distraitement les cheveux. Puis son index glissa sur la joue de la chose, comme il avait tant de fois voulu le faire sur celle de sa soeur, mais pour sa plus grande déception, la seule sensation qu'il posséda fut le froid. Quand il fut enfin plus ou moins calmé, Numa posa la poupée sur le sol, il la fixa intensément. Enfin, il toucha l'arrière du crâne, et la poupée se mit à marcher vers lui. Elle le salua d'un geste de la main, ses énormes yeux bleus examinant le monde, elle déclara d'une voix dénuée d'humanité :


— Je suis Amie, enchantée.

« Et c'est Nami que je veux. Et c'est Nami que je veux. Et c'est Nami que je veux. Et c'est Nami que je veux. »


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« Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant »
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