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 A propos de Baignoire et de Tempura.

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MessageSujet: A propos de Baignoire et de Tempura.    Mer 20 Mar - 21:03


Peu importe le nombre de fois qu’il mettait les pieds dans ce quartier, Ferwin était toujours émerveillé par son exotisme. Il aurait pu passer des heures à errer dans les rues rien que pour admirer les fleurs des cerisiers et se repaître de cette douce odeur d’encens. C’est d’ailleurs ce qu’il avait tendance à faire quand il avait un coup dans le nez, avec une démarche un peu plus chancelante et un air un peu trop ahuri. Il faut dire que Ferwin ne connaissait pas vraiment les fleurs, contrairement aux conifères. Les paysages de sa contrée natale manquaient souvent cruellement de couleurs. Du blanc et du vert les trois quarts de l’année. Autant dire qu’il savait apprécier ce décor polychromatique. Pour les bains, c’était une autre histoire…

« Je n’y suis allé qu’une fois, et ça m’a suffit. Il faudra que j’aie bu plus qu’un verre pour que je vous raconte, c’était plutôt embarrassant. »

On avait peu l’habitude des bains à Überhal. Les rares puits et rivières étaient la plupart du temps gelés, l’eau provenaient en grande partie de neige fondue. Faire bouillir assez d’eau pour remplir ne serait-ce qu’une bassine était déjà une corvée, alors pour une baignoire… La plupart du temps, on laissait juste la neige fondre d’elle-même la journée et on faisait sa petite toilette le soir avec une eau proche de cinq degrés. Habitué à ce rituel depuis son enfance, ces gestes quotidiens ne le faisaient même plus frissonner. Sa première rencontre avec les bains avait été une expérience plus que particulière.

« Mon collègue et moi n’avons pas été tenter notre chance à l’Office. Si nous restons discrets, ils finiront bien par nous oublier. Et puis, vu que le mur est réparé, ils n’ont plus grand-chose à nous reprocher. »

Ils arrivèrent au Lotus Bleu peu après et la salle était comme dans ses souvenirs. Plutôt sombre et remplie de cette odeur d’encens qui le détendait presque autant qu’un bon verre. Il était encore trop tôt pour qu’il en sente les effets, mais il savait que, bientôt, ses épaules toujours crispées se relâcheraient d’elles-mêmes, en même temps que sa vigilance. Même en permission, Ferwin était toujours en alerte : déformation professionnel.

Ils s’installèrent au bar que le Nordique s’étonna de trouver relativement propre. C’était toujours une sensation déplaisante de devoir en décoller ses bras. Ils n’avaient pas de voisins, les autres clients étaient répartis sur les tables près des fenêtres, ce qui leur garantissait une certaine intimité. Ferwin ne sut reconnaitre aucune des personnes attablées, à son grand soulagement. Il avait envie de faire bonne impression. Encore fallait-il pour cela réussir à tenir une conversation, ce qui n’était habituellement pas un problème pour Ferwin. Mais ce soir, il avait la gorge nouée. De quoi pouvait-il bien parler ?

Il peinait à se trouver un intérêt commun avec Aristide : tout art qui ne comportait pas un fleuret ou des katas lui était plus qu’étranger, et même s’il ne critiquait pas la maîtrise technique et la beauté de certaines œuvres, il trouvait parfois les Beaux-arts un peu futiles. Comment certains nobles pouvaient se résoudre à payer un tableau d’eux-mêmes ou de corbeilles de fruits des centaines de pièces d’or le dépassait. C’était surement un point de vue qu’il valait mieux éviter d’exposer à Aristide.

Il doutait que l’artiste soit intéressé par sa vie à la caserne, surtout qu’elle était bien monotone. Il avait bien deux ou trois histoires plus épiques mais comme tout fait de guerre, elles allaient souvent avec des souvenirs d’amis disparus.

Parler politique ? Non. Tu te poses trop de questions, Ferwin. Sois toi-même, ça viendra tout seul.

C’est finalement Aristide qui mit fin à ses réflexions.

« Santé ! Et puisse-t-elle avoir des murs assez solides pour me survivre. Je m’en voudrais d’abimer encore vos œuvres. »

Il ne bût que deux gorgés de son verre. Pas que Ferwin ait des doutes quant à sa résistance à l’alcool, qui remplaçait l’eau et le chauffage à Überhal, mais il devait être capable de tenir la soirée et la journée qui suivrait et quoi de mieux pour décourager Aristide de le resservir que de garder son verre plein ? Les gargouillis intermittents de son estomac lui rappelaient d’ailleurs qu’il n’avait pas mangé, et il se sentait prêt à engloutir un régiment.

« Ca vous dérange si je commande de quoi grignoter ? »

Le serveur revint vite avec une assiette remplie de ce qui semblait être des croquettes de crevettes, façon tempura. Ferwin en avait déjà mangé une ou deux fois et ne se posa pas de question avant de tremper son beignet dans la sauce et de l’avaler d’une traite.

C’est les larmes aux yeux et les lèvres en feu qu’il reposa la queue de la crevette dans le bol prévu à cet effet. Il sentait tout son visage s’échauffer et devinait déjà la couleur de ses joues. Il finit d’une traite son gin, espérant soulager sa bouche. Il obtint le résultat inverse et faillit s’étouffer. La toux qui le traversa finit de lui arracher la gorge. Il devait être beau à voir, le grand-gaillard plié en deux sur le bar à cause d’une crevette. Il entendit ricaner à côté de lui : le barman ou Aristide ? Peu importe, il maudit en pensée le fautif sur autant de générations qu’il arrivait encore à compter dans son état peu reluisant. Une fois sa toux calmée, c’est avec le peu de voix qui lui restait qu’il marmonna :

« Faites attention à la sauce, c’est pire que du piment concentré. »

Il avait pris un coup de chaud. Ferwin essuya d’un revers de la main le reste de larmes encore au coin de ses yeux et la sueur sur son front. Il secoua sa chemise pour essayer de se rafraichir, sentant doucement le feu dans sa cavité buccale s’apaiser.

« Je supporte mieux que ça l’épicé normalement, mieux qu’une fillette en tout cas. Il semble que vous soyez condamné à me voir dans des situations plus embarrassantes les unes que les autres aujourd’hui. J’ai au moins le mérite de vous divertir. Ferwin, bouffon de l’Empereur, à votre service. »


[Un post plus long pour compenser le retard \o/]


Dernière édition par Ferwin Frosberg le Sam 23 Mar - 10:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Jeu 21 Mar - 21:43

[Bieeeen... bieeeeen...^^]

Le sculpteur sourit légèrement. Lui-même avait un certain nombre d'expériences avec les bains. Ce n'était pas un endroit pour exposer ses oeuvres, combien même il soit décoré. Mais s'y rendre avec Nathaniel aura toujours été un plaisir. Un vrai.

- Je m'en doute.

Si ses exploits en termes de jambes en l'air (ou jambes hors de l'eau, dans ce cas) n'étaient pas un sujet de discussion à étaler dans les premières phrases d'une conversation, Aristide supposait que son interlocuteur devait se rendre ridicule assez régulièrement. De fait, son passage, fut-il unique, aux bains a certainement dû être une belle histoire, remplie de gaffes et de rires.

D'autre part, apprendre que personne à l'Office n'allait entendre parler de leur petite aventure était une bonne chose. Le scribe accompagnant le mage de la terre partageait son point de vue, ce qui leur évitait encore plus de problèmes. Et ils disposaient encore d'un terrain "vierge" de tout incident pour dire du bien de la personne du philosophe, celui-ci ayant grandement besoin d'être bien vu. Son caractère n'arrangeait rien de ce côté et ce malgré le fait que quelqu'un comme Cecil de Hartwick soit en théorie derrière lui. L'Office et le Maître architecte (une femme ! une femme à peine capable de déplacer quelques pierres !) avaient l'Empereur derrière eux. Plus que jamais.

Le Tchï était rempli d'exemples d'art provincial. Certes originale, la culture de l'Ouest était néanmoins... Provinciale. Aristide ne pouvait s'empêcher de penser que seule la pensée de la grande et riche Cité Impériale pouvait être digne de son attention de génie de la sculpture. L'Art ne connaissait, pour lui, que les règles du "peuple élu", des impériaux purs et durs, détenteurs du plus grand pouvoir. Ou alors celles de celui qui payait le plus cher. Dans ce cas, on pouvait faire des exceptions. L'argent et le prestige, Aristide était prêt à abandonner beaucoup de valeurs artistiques pour cela...

Le bar s'avéra être plus propre et mieux rangé que le bordel où il eut le plaisir de rencontrer l'ex-sénateur Aleksandr Droski... Le représentant de Gells s'y trouvait pratiquement incognito et finit par porter la belle robe bleue servant d'accessoire fétiche au philosophe. Accessoire sexuel, soyons clairs. D'ailleurs, l'homme à lunettes était clairement d'avis que Ferwin présenterait bien dedans. Ou alors avec un uniforme féminin de la Garde impériale. Cela pourrait être fort intéressant.

Ils trinquèrent, mais le brun fit une grimace, malgré le plaisir qu'il ressentit à boire de l'alcool. Enfin.

- Ce ne sont pas des oeuvres. A peine de grosses pierres que je fais tenir debout. La Nouvelle ville a besoin de maçons, pas d'artistes. Mon talent est non seulement inexploité, mais aussi inutile. Et il meurt petit à petit. - Il s'arrêta dans son élan de complaintes. - Je comprends l'urgence, n'est-ce pas. Sa Majesté commande, j'obéis. Comme tout le monde. Je déplore juste que nous soyons obligés d'en arriver là.

Niveau mauvaise humeur, il ne fallait pas abuser. Surtout devant un garde et avec un sujet aussi délicat que la politique menée par l'Empereur. Ce dernier offrait d'ailleurs une opportunité unique à Aristide. Celle d'avoir son chez-soi unique, neuf, beau. Et peut-être grand. Après tout, des villas naissaient dans la Nouvelle Ville pour les plus importants des réfugiés. A priori, les architectes, les officiers de la garde et d'autres personnes importantes allaient pouvoir bénéficier de logements de qualité... Aristide espérait que les philosophes aussi.

Puis vint l'incident de la sauce piquante. Aristide regarda, amusé. Ferwin était sans aucun doute la personne la plus maladroite qu'il ait pu connaître. Avec une certaine dose de condescendance, mais sans rire, il lui tapota l'épaule.

- En voilà une condamnation bien supportable. S'il n'y avait que ça... Allez, buvez encore. Boire peu est la pire des choses à faire. Autant ne pas commencer.

Aristide remplit encore le verre de son interlocuteur. L'alcool fort n'aidait pas pour les brûlures de piments de l'Ouest, mais à plus grandes doses il rendait les problèmes insignifiants. Il leva encore son propre verre.

- Buvons jusqu'à ce que vous ayez envie de me parler des bains. Et jusqu'à ce que moi, je retrouve l'espoir concernant l'avenir de l'Art dans cette ville.

Un toast quelque peu plus mélancolique que le premier. Le sculpteur vida son petit verre d'une seule traite avec l'aisance inquiétante d'un homme en ayant bu plus que cela était raisonnable au cours des derniers mois. Néanmoins, la boisson restait un plaisir. Et il fallait profiter de cela. Aristide mangea une crevette, évitant soigneusement la sauce. En la mangeant, il lança un regard narquois à son interlocuteur.

- Je suppose que vous venez du nord, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas si malavisé que cela puisque vous voilà à la Cité impériale. J'ignore ce qui vous a motivé, mais ce fut une sage décision, j'en suis convaincu. - Un sourire espiègle. - A mon service ? Vraiment ?
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Sam 23 Mar - 13:03

Ferwin se remettait enfin de ses émotions en même temps qu’il sentait l’alcool embrumer son esprit. Comme tous les gens de sa famille, Ferwin avait un métabolisme rapide : il sentait les effets de l’alcool presque aussi rapidement que s’il se l’était injecté directement par intraveineuse, et ceux-ci se dissipaient vite. Le garde avait donc tendance à être toujours le plus joyeux en début de soirée et le plus sobre à la fin, ce qui faisait de lui l’homme parfait pour soutenir ses camarades tombés aux combats. Au point où il en était, il pouvait bien finir de se mettre minable maintenant : plus vite il boirait, plus il aurait de temps pour dessouler avant le branle-bas de combat du lendemain. Oui, cela semblait être une bonne idée.

Il finit son verre en même temps que le sculpteur, sans trop se soucier du motif du toast. Peut-être Aristide avait-il l’alcool triste ? Pour sa part, un bon verre le rendait toujours gai et bavard. C’est sans doute pour cela qu’il ne rechigna pas à évoquer sa vie passée.

« Ouais, je viens d’Überhal. C’est un peu frisquet mais on s’y plait bien. C’est par hasard plus que par désir que je suis arrivé à Ishtar sinon je serais encore au service du Duc. J’avais une petite vie tranquille, il y a pas tellement de brigands de par chez nous. C’est surtout des bêtes sauvages qu’on chasse : des ours, des loups…ce genre de choses. Que ça soit là-bas ou ici, la vie d’un garde est bien plus ennuyante qu’on ne l’imagine. On ne croise pas des terroristes et des meurtriers à tous les coins de rue… »

Il poussa un soupir avant de se remplir leurs verres. Il sirota le sien tout en reprenant.

« Finalement, les seuls moments où l’on devait intervenir dans la population, c’était quand un noble était de passage. Ils sont nombreux à venir chercher leurs femmes chez nous. Et vous verriez dans quel état elles se mettent à chaque fois ! Faut croire que j’étais l’un des rares à n’avoir jamais vraiment rêvé de la Capitale, parce que je peux vous dire qu’à chaque fois que la rumeur circulait dans la Province, le nombre de jeunes gens en âge de procréer doublait autour du château du Duc. Ils arrivaient de partout, et ça donnait de jolis crêpages de chignons parmi ces dames. Des trucs pas beaux à voir… » fit-il sur le ton de la confidence.

« Elles ont un sacré caractère : têtue comme des mules quand il s’agit d’avoir ce qu’elles veulent et toutes douces une fois leurs desseins accomplis. Des vraies sirènes, c’est bien trop facile de se faire avoir ! Elles me manquent presque, tiens. Enfin, tout est dans le presque, je préfère les gens d’ici. C’est bien plus facile de s’extraire de leurs lits sans une bague au doigt. » il rit à son propre trait d’esprit.

Ferwin se sentait nostalgique tout d’un coup. Il n’était pas rentré chez lui depuis deux ans. Deux ans qu’il n’avait pas vu sa mère. Elle ne lui manquait pas tellement, et le garde s’en voulait pour cela. La pauvre Alwin qui l’avait élevé quasi seule et qui devait surement être plus que jamais livrée à elle-même. Elle aurait mieux fait d’aller elle aussi s’attirer les faveurs d’un riche dignitaire plutôt que de se marier avec l’énigmatique Eivind Frosberg.

« Mais je parle trop ! Que je me taise avant que je n’aborde l’histoire des bains ! Je ne pourrais vraiment plus vous regarder en face. Parlons plutôt de vous ! Vous venez d’Ishtar ? Comment vous êtes vous mis à la sculpture ? Vous sculptez avec votre magie de la terre ? Ca doit être joli à voir. »

Une vraie pipelette. Ferwin, si tu poses des questions, laisse donc le monsieur y répondre plutôt que de le harceler, veux-tu ?

« Et je suis sérieux à propos du service, je vous suis redevable pour cet après-midi. Je ne demande qu’à éponger ma dette : les bons comptes font les bons amis, comme on dit. Demandez-moi ce que vous voulez, et je ferai mon possible pour vous satisfaire. »
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Lun 25 Mar - 20:26

L'alcool d'Aristide était, au bon vieux temps, joyeux et, surtout, excitant. Ivre, il était nettement plus susceptible de coucher avec son ou ses compagnons de boisson. Aujourd'hui, il était las et démoralisé, alors le gin n'allait rien lui rapporter de plus que la détente physique et l'oubli.

Ferwin était donc bien un nordique. Un sauvage, de la même espèce que Nathaniel. En plus première chose qu'il mentionnait étaient les ours et les loups... Si Aristide venait de la Province (chose qui lui procurait de la honte auto-infligée), il n'a jamais connu ce genre de désagrément liés à la faune locale. Sa Province natale était plutôt paisible et accueillante. Le sculpteur écouta son interlocuteur raconter sa vie. Il prit un verre d'avance sur lui lorsqu'il fut question des femmes. Pour Aristide, elles ne pouvaient être que des clientes ou des modèles. Mais il ne leur trouvait rien de séduisant en soi. Au contraire, leurs manières l'exaspéraient souvent et il avait toujours plus de mal à communiquer avec elles. Son nez se plissa en signe de désapprobation et d'une certaine forme de dégoût.

Mais le sujet changea de lui-même. Enfin, du fait de Ferwin, sans que le brun n'ait à intervenir. Il sourit.

- Je suis né à Fintasy. Mais comme toute Province, c'est là un coin trop étroit pour un esprit tel que le mien. - Grand soupir nostalgique. - Avant que ces mécréants ne fassent exploser la moitié de la ville, j'étais un génie respecté. J'ai accompli plusieurs oeuvres majeures pour la famille Hellwig... Un projet titanesque était en cours pour sa grâce le Marquis de Hartwick... Et me voilà en train de travailler comme un serf à ramasser les morceaux de ce que d'autres ont cassé.

Voilà, l'arrogance d'Aristide revenait toujours sur le tapis, à un moment ou un autre. Son vis-à-vis ne connaissait sans doute pas le luxe du monde réservé aux artistes ayant de si puissants protecteurs. Aristide lui-même n'était qu'en train de percer lors de la chute des Bas-Fonds. Mais sa gloire était assurée... Là, elle chancelait. Elle était pour le moins retardée.

- Mes parents étaient des hérétiques, comme je l'ai moi-même été jusqu'à ce que sa très gracieuse Majesté n'en décide autrement. Ils m'ont enseigné le peu qu'ils savaient, j'ai perfectionné mes connaissances moi-même. Mais le talent ne s'apprend pas, mon cher ami. - Aristide ponctua ses propos de son index droit, décollé du verre qu'il tenait encore. - La sculpture est l'Art ultime, le plus durable ! La musique et le théâtre sont éphémères. L'écriture demeure fragile. La peinture est riche de couleur, mais sa délicatesse et sa platitude la rendent inférieure à la beauté naturelle et l'immortalité inébranlable d'une pierre sculptée. Le comte Ulrich Hellwig vivra éternellement, jeune et beau, grâce à mon art.

Le meilleur ami du Haut Prêtre assassiné et l'un des hommes les plus puissants de la Capitale avait fait objet d'un cadeau de la part de sa petite soeur. La jeune marquise commanda à Aristide une réplique de son frère bien-aimé. Et elle l'a bien sûr obtenue. Le marbre blanc rendait à merveille la beauté à la fois froide et sauvage du Sénateur.

Les deux hommes ont encore bu. Aristide but à la santé de cet homme magnifique qui lui servit de modèle à son insu. Un idéal de force et de beauté. Puisse le Sénat retrouver rapidement ses fonctions pour que le comte revienne vivre à la Capitale. Le sculpteur ne put réprimer un frisson de désir, en repensant à Ulrich. Ce dernier personnifiait la force, le succès et la noblesse. Le tout dans un seul corps d'exception.

- Et bien sûr que c'est joli, comme vous dites, à voir.

C'était bien plus que cela. Mais il fallait le sentir pour le comprendre. Un non-initié ne pouvait saisir le nirvana que la communion avec un élément pouvait procurer. Un autre sujet fut abordé. Aristide sourit en regardant son interlocuteur lui assurer qu'il était prêt à éponger sa dette. Cette fois, le philosophe remplit les deux verres au maximum, vidant ainsi la bouteille. Sa main libre, alla se poser sur l'épaule de Ferwin.

- Vous êtes bien aimable. Il y aurait sans doute quelque chose que vous pourriez faire pour m'aider dans ma situation, que vous avez sans doute déjà comprise comme étant déplorable. Buvons. - Et un autre verre de vidé. - Je vous serais gré si vous pouviez rédiger un rapport officiel quant à ma collaboration avec la Garde de sa Majesté. Cela m'aiderait sans doute un peu à échapper à ma misère...

Si peu de choses, au final...
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Ven 29 Mar - 21:37

Aristide avait manifestement confiance en ses capacités, sans doute un peu trop au goût de Ferwin mais, l’alcool aidant, il en riait plutôt que de s’en agacer. Discrètement bien-sûr ! Les lèvres camouflées dans son verre quand un sourire devenait trop difficile à contenir. Le garde n’était pas d’un naturel moqueur, mais l’artiste semblait être une exception. Et puis, son vis-à-vis avait déjà bien assez ri à ses dépends aujourd’hui, c’était à son tour maintenant.

Il écouta d’une oreille le récit d’Aristide, ponctuant son monologue de « Hmm » intéressés. Il avait bu un verre de gin en trop pour être encore capable de se focaliser sur une conversation au sujet aussi complexe -ennuyant- que l’éloge de la sculpture. Sa dissertation manquait surtout de détails sur la magie de la terre qui, bien que tolérée maintenant, possédait encore ce côté interdit et mystérieux et rendait Ferwin plus que curieux. Bah, chacun ses secrets !

Il écouta la requête d’Aristide avec plus de sérieux, la main sur son épaule le poussant à la concentration. Un rapport ? Pourquoi pas ? Il pouvait très bien s’arranger avec Miyagi pour faire en sorte que la responsabilité des incidents de l’après-midi incombe au criminel : dans le feu de l’action, on avait bien du mal à distinguer qui bousculait qui. Il doutait cependant de l’importance de ce rapport sur l’attribution des nouveaux appartements, puisque cela semblait être l’objectif de l’artiste. Il lui fit partager sa pensée et ajouta :

« Vous n’avez jamais eu d’appartement à vous ? Je veux dire, rien qu’à vous, tout seul. J’ai jamais vécu seul : je suis passé de la maison familiale aux dortoirs militaires. Je pense pas que j’y arriverai : cuisiner, nettoyer, tout ça…Même si j’avoue qu’un peu d’intimité parfois, ça me tenterait bien…Mais en même temps, la solitude…Bref ! C’est pas comme si j’en avais les moyens, de toute façon ! Mais je ferai ce que je pourrai pour vous faire passer en haut des listes d’attente. »

L’idée d’un chez-lui avait déjà traversée la tête de Ferwin plusieurs fois, surtout dans les moments les plus difficiles de la promiscuité imposée par les dortoirs : partager sa bassine d’eau pour la toilette, se faire réveiller au milieu de la nuit par les ronflements d’un camarade, l’absence totale de vie privée…Mais c’était en même temps cette promiscuité qui lui avait permis de tisser des liens, d’avoir des personnes d’importance, chose qu’il doutait de pouvoir reproduire sans l’aide de quatre années de cohabitation. Il en venait même à redouter la solitude et la séparation avec ses rares amis de peur de voir disparaitre ces sentiments si précieux et nouveaux.

Pourtant, le chemin qu’il entendait prendre allait dans ce sens : il allait les laisser derrière lui. Allait-il enfin connaitre le manque de quelqu’un ? Il était presque pressé de partir pour savoir et en même temps terrifié par l’idée. Ce n’était pas une émotion qu’on appréciait. Mais surtout, et s’il ne ressentait rien ? Si ces quatre années n’avaient été que chimères et qu’il était tout simplement incapable d’aimer? Un être froid comme la glace, voilà ce que tu es, Ferwin.

Mais ce soir, il n’avait pas envie de penser à tout ça. Il se sentait bien, le gin et la sauce piquante avaient pris soin de faire fondre son iceberg de corps. Peut-être que s’il buvait encore, son cœur finirait par dégivrer lui-aussi ? Qui ne tente rien…

Alors qu’il finissait son verre à grande gorgée, la porte s’ouvrit avec fracas, laissant entrer une dizaine d’hommes déjà un peu éméchés. Un serveur accouru pour les placer au fond de la salle où ils s’installèrent bruyamment dans des grincements de chaises et des éclats de rire. Ferwin reconnut parmi eux Shinya, un cousin germain de Miyagi, devenu parfois un peu plus. Il aimait surtout boire avec lui : Shinya était l’un de ses rares camarades de boisson à connaître son métier et à ne pas en être affecté pour autant. En effet, la plupart des gens avait tendance à changer radicalement d’attitude envers Ferwin dès qu’ils apprenaient ses fonctions. Le Garde n’avait pas de mal à comprendre pourquoi : qui a envie de se mettre minable aux risques de raconter tous ses vilains secrets à un agent de la loi ? Le Nordique avait donc pris l’habitude de taire son statut et de surveiller ses paroles, même aviné. Mais avec Shinya, il pouvait être lui-même. Peut-être pourrait-il arriver à la même chose avec Aristide ? Sauf qu'ils n'étaient pas du même monde...

Ils se saluèrent d’un geste de la tête et d’un sourire avant que l’Asiatique ne rejoigne le reste de son groupe. Il paraissait étrangement jeune parmi eux, lui et sa petite vingtaine au milieu de trentenaires. Bah ! Ferwin n’était pas sa mère. Tant que Shinya restait loin des emmerdes, il pouvait faire ce qu’il voulait de sa vie.

Avec leur arrivée, le niveau sonore du bar semblait avoir monté de quelques décibels, le rendant plus animé.

« Le bruit ne vous dérange pas ? Vu comme ils sont partis, les chansons paillardes ne devraient plus tarder… »



[J'introduis plein de PNJs pour mettre un peu de piquant \o/ (parce que j'aime les PNJs <.<) Fais-en ce que tu veux, de même pour Shinya ! Dramatique ou humoristique, je prends tout !]
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Mar 2 Avr - 15:59

Le sculpteur grimaça. Lui aussi a surtout connu la maison familiale ou alors celle qu'il partagea avec Nathaniel... Posséder une demeure rien qu'à lui serait une expérience... Eh bien digne des nobles qu'il voulait tant égaler. Le peu qu'il ait pu avoir, une maison louée grâce à l'or de la famille Hellwig, eh bien il ne put s'empêcher de le regretter. Son atelier, ses affaires, pratiquement tout fut parti en fumée. Il mit un petit temps à répondre.

- Très peu de temps. J'ai vendu les biens de la famille pour venir ici. Après, j'ai presque tout perdu dans l'explosion des quartiers populaires. J'y avais mon atelier. Maintenant, je ne vis que chez sa grâce le marquis de Hartwick. C'est là un homme remarquable, mais je donnerai cher pour reprendre ce qui était à moi.

Il ne fallait pas rêver. Aristide, depuis longtemps incapable d'entretenir un domestique, faisait appel aux services de nettoyeuses itinérantes et mangeait toujours à l'extérieur, n'ayant chez lui que de l'alcool. Il déléguait également une partie des tâches ménagères à Nathaniel. Autrement, lui-même n'y faisait rien. Sa fierté et son arrogance l'en empêcheraient à tous les coups de toute façon. Ferwin l'assura de son soutien. Ce n'était là qu'une maigre consolation, mais peut-être cela ferait-il la différence entre lui et un autre. A moins qu'un quelconque bureaucrate se contente de tirer au sort pour déterminer qui aurait droit à quelle demeure au sein de la nouvelle ville... Là, les chances de tous étaient identiques. L'artiste espérait néanmoins que ce n'était pas le cas.

Pensif, il but encore une bonne gorgée.

- Mhmm... Merci.

La chaleur se répandait dans son corps, le détendant, sans encore l'engourdir. A une autre époque, il serait peut-être inquiet d'avoir développé une telle résistance à l'alcool. Mais tant que le gin constituait sa seule échappatoire de cette réalité désagréable, il n'en avait cure.

- La solitude est indispensable à la méditation et à l'art. Même mon apprenti ne peut sans cesse m'accompagner. Mais le pire c'est bien le manque de temps et de forces... Ce travail m'épuise au-delà de toute réserve. Depuis un an, je suis dans l'incapacité totale d'oeuvrer pour l'Art ! C'est là une frustration inimaginable...

Des gens, que son interlocuteurs semblait connaître, sont entrés, bruyants et encombrants. Le magma sonore de la pièce augmenta en densité, alors qu'Aristide poussait une sorte de vague grognement au travers des dents. En effet, les nouveaux venus ont décidé de transformer l'ambiance, plutôt supportable et propice à la conversation, en quelque chose de... vulgaire et barbare. Aristide se pencha vers Ferwin pour lui faire savoir ce qu'il en pensait.

- Si. Il semblerait que vos fréquentations ne sont pas les meilleures qui soient. - Le sculpteur sourit. - Vous n'êtes pas en service, n'est-ce pas ?

Il déposa son verre et s'appuya contre le comptoir, dos au bar, face à la salle. Dans le fond, la fête battait son plein. On criait, on chantait, on levait des chopes et des bouteilles. Aristide renifla, affichant une moue de dégoût. Il frappa dans les mains. Le bruit se perdit dans le brouhaha général et fut suivit de tintements de verre brisé. Verres à alcool et bouteilles se brisèrent. Il se félicita d'avoir développé ce don à manipuler cette matière fragile... Bien qu'il soit dépité de s'en servir de la sorte... Toujours était-il que la surprise et le "malheur" d'autrui l'amusèrent sur le coup. Il sortit deux pièces d'argent et les déposa sur le comptoir.

- Venez, sortons avant que ça ne dégénère ici.

Aristide s'empara de la bouteille, encore remplie à un bon tiers et lança un dernier regard au coin de la salle. Les fêtards irrités se cherchaient un coupable et les serveurs accouraient pour constater les dégâts. Il valait mieux être ailleurs qu'ici, cela ne faisait aucun doute. De son autre main, il tira Ferwin dehors et s'appuya contre le mur de l'établissement, profitant de l'air frais, dans le soir. Le Tchï n'était pas trop mal éclairé ce qui le rendait assez agréable. Le brun inspira profondément.

- Ne sommes-nous pas mieux ici qu'à l'intérieur ?
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Sam 6 Avr - 21:53

« Je n’en connais qu’un, et c’est celui qui se tient le plus correctement. »

Enfin, ça restait à voir puisque Shinya ne semblait pas en reste niveau alcoolisation. Il était d’ailleurs entrain de vider son verre cul-sec, le reposant avec fracas sur la table sous les rires de ses compatriotes.

« En service ? Non, pourquoi ? »

Il n’eut pas à attendre très longtemps sa réponse. Ferwin bondit sur sa chaise en portant par réflexe sa main à la garde de son épée, restée à la caserne avec son uniforme. Il constata stupéfié les dégâts, semble-t-il causés par ce simple claquement. C’est toujours aussi ébahi que le garde suivit Aristide à l’extérieur. Il croisa le regard de Shinya, dont la manche de chemise était trempée d’alcool. Les sourcils de l’Asiatique se froncèrent et ses lèvres encore ouvertes sous la surprise se pincèrent. Il semblait cependant être le seul à les avoir remarqués et Ferwin savait qu’il tiendrait sa langue, même si le Nordique était bon pour une longue séance d’explications à leur prochaine rencontre.

L’air frais du Tchï le sortit de sa torpeur et il se tourna vers Aristide, passant de l’ahurissement à la colère.

« C’est vous qui avez fait ça ? Vous êtes fou ou quoi ? Vous auriez pu blesser des gens ! C’est un miracle s’il n’y en a pas d’ailleurs, des blessés ! Et si quelqu’un avait été entrain de boire quand vous avez décidé de tout faire exploser, sur un coup de tête ? Sans parler en plus des frais pour l’aubergiste ! Juste parce que des gens font du bruit dans un bar, vous décidez de lui faire mettre la clé sous la porte ? Vous avez vraiment de la chance que je ne sois pas en service et que je vous sois redevable parce que j’ai au moins une demi-douzaine de raisons pour vous inculper ! »

L’adrénaline qui passait dans ses veines semblait finir de dessouler Ferwin. Il s’obligea à expirer profondément pour essayer de calmer sa colère. Il avait élevé la voix, chose qu’il faisait rarement, et il commençait à attirer un peu trop l’attention sur eux. Il décontracta ses poings qu’il n’avait pas souvenir avoir serrés et reprit d’une voix plus douce.

« Et à défaut de penser aux autres, pensez au moins à vous ! Imaginez ce qu’il se serait passé si on vous avez remarqué ! Les mages de la terre n’ont pas vraiment une très bonne presse, je ne pense pas que ça aurait gêné la bande du fond de vous faire apprécier la haute estime qu’ils ont pour vous. Et torchés comme ils étaient, je ne veux pas imaginer jusqu’où ils seraient allés. »

Ferwin avait les bras croisés, et il se retenait de pointer un doigt accusateur sur Aristide pour appuyer ses propos. Il n’en avait pas conscience, mais il ressemblait plus que jamais à son père dans cette position, sauf qu’il n’était pas entrain de gronder un enfant mais un homme adulte de surement plus de dix ans son ainé. Un homme qui avait bien besoin de prendre le sens des responsabilités. Sous l’agacement, il en oubliait même le titre de noblesse de son interlocuteur. Sans doute s’en mortifierait-il plus tard mais, pour l’instant, il avait des remontrances à finir.

« J’espère que c’est l’alcool qui vous a fait croire que c’était une bonne idée ! Mais quand on a des pouvoirs comme les votre, il faut savoir se poser des limites. Parce qu’un jour, ça sera peut-être pas le gentil Ferwin qui vous prendra sur le fait, mais un Inquisiteur ! Et je ne pense pas que la pendaison aille très bien avec votre train de vie. ! Donc gardez vos tours de magie pour votre art à l’avenir ! »

Il retint de justesse un « Humf » offusqué et se contenta de reprendre sa marche sans trop se soucier du chemin emprunté et de si l’artiste le suivait ou non. Il commençait à entendre beaucoup trop de cris depuis l’intérieur du bar, il valait mieux déguerpir au plus vite d’ici.
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Mar 9 Avr - 21:14

Ferwin n'appréciait pas l'humour d'Aristide, cela était une évidence. En bon serviteur des forces de l'ordre, il lui fit la morale. Tant le sculpteur était capable d'écouter sa propre voix pendant des heures, tant les discours des autres, surtout moralisateurs, l'ennuyaient vite. Et il avait retenu avoir en face de lui un simple soldat et qui, en plus, lui était redevable. Il transpira la condescendance pendant tout le temps de parole de son interlocuteur, se perdant dans ses propres pensées et vidant, peu à peu, la bouteille.

Parfois, haussait-il les épaules ou se permettait un petit "pfff" en direction de Ferwin. Mais surtout, il souriait légèrement et s'imaginait Ferwin nu. Cette technique est réputée guérir le trac. Elle aida ce soir à surmonter l'ennui de toutes ces longues phrases. Rendu encore plus gai par la blague qu'il venait de faire et par l'alcool bu durant ces quelques minutes, le brun courut après le nordique pour le rattraper et marcher à sa hauteur. Gesticulant avec sa bouteille en main, Aristide répondit enfin.

- Tu es mignon, lorsque Tu es en colère. Ne t'en fais pas pour moi, j'ai l'habitude d'être plus prudent que cela. Mais ça fait un an que ne je me suis pas un peu amusé. Je suis certain que Tu me comprendrais, si on te forçait à construire des murs toute la journée pendant un an !

Entre déclarations d'ivrogne en manque d'expériences sexuelles intéressantes et doléances d'un artiste avec une carrière reléguée au second plan par un Empereur qu'il n'a jamais vu et des terroristes qu'il a toujours méprisés, Aristide était en forme. Il laissa la bouteille s'écraser, vide, sur les pavés. Le bruit attira les regards de quelques passants qui ignorèrent le duo après un bref coup d'oeil. A cette heure, dans un quartier connu pour sa vie nocturne, il ne fallait pas s'attendre à grand-chose d'autre que des fêtards.

Au fur et à mesure qu'ils avançaient, Aristide observait son compagnon de ce soir avec de plus en plus d'insistance et d'idées en tête... Nathaniel devait passer la nuit dehors, probablement. Sans doute allait-il se saouler de son côté et ne reviendrait qu'au petit jour. Voire même se retrouveraient-ils tous les deux au chantier. Cela impliquait deux choses : s'il avait envie de poursuivre cette soirée, il ne fallait pas compter sur son apprenti. d'ailleurs, il ne fallait pas compter sur lui pour quoi que ce soit; par contre, cela signifiait aussi qu'Aristide était le seul maître de leurs appartements communs pour cette nuit.

L'artiste posa une main sur l'épaule du garde pour l'arrêter et le pousser un peu à lui faire face. Ils étaient dans une rue assez fréquentée, surtout de nuit. Bars et restaurants tournaient à pleins régimes. Personne ne faisait attention à eux deux. Ensuite, il se fit comprendre de son mieux, avec une phrase d'accroche vieille comme le monde.

- Puis-je faire quelque chose pour que Tu ne sois plus en colère contre moi ? - Un sourire. Aristide se rapprocha de lui pour pouvoir lui parler presque directement à l'oreille. - Aurais-Tu envie de venir avec moi ? Je pourrais te faire visiter mes appartements actuels. Je pense que nous y avons encore une bouteille, cachée dans un coin.

Aristide baissa la tête, méditant à plusieurs choses n'ayant aucun rapport entre elles à la fois. Ah, les joies de l'alcool et de la fatigue. Sa main, sans qu'il ne sen rende compte glissait lentement sur le torse de Ferwin, y dessinant de petit cercles. Il se posait des dizaines de questions à la minute et imaginait une tonne de scénarios du futur sans aucune cohérence pour quelqu'un de sobre. Puis il sourit, releva la tête et ajusta ses lunettes.

- Ce serait la première fois que j'aurais droit à une escorte. Même sans uniforme.
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Sam 13 Avr - 20:31

Ferwin marchait de plus en plus vite, essayant à chaque fois de distancer Aristide qui avait eu la mauvaise idée de le poursuivre. Le garde n’était pas un homme violent de nature, mais il y avait une limite à sa patience. Surtout quand on se moquait clairement de lui. L’alcool qu’il avait encore dans le sang, bien qu’il eût presque fini de dessouler, ne l’incitait pas au calme ; il avait vraiment envie de lui en coller une. Il s’obligea à reprendre ses exercices de respiration, fermant les yeux quelques instants.

Essaye d’être compréhensif, Ferwin. Compréhensif, oui, compréhensif. Il tenta de s’imaginer à trimer pendant un an à construire des murs, une pelle et de l’enduit plein les mains, son uniforme au placard. Un boulot épuisant et rébarbatif, loin des rushes d’adrénaline. Il voulait bien admettre que ça devait être difficile et frustrant. Mais de là à risquer la vie d’une dizaine d’innocents… Difficile, oui, difficile.

« Ce n’est pas un jeu ! Si vous voulez vous amuser, allez dans un bordel, au casino…Mais pas dans un bar pour égorger des gens avec des morceaux de verre ! Comment est-ce que vous pouvez prendre ça aussi légèrement ? Ca me dépasse… »

Il aurait surement continué sa tirade si l’ivrogne qu’était devenu Aristide n’avait pas décidé de laisser tomber sa bouteille juste à côté de ses pieds.

« Faites attention, enfin ! Vous êtes déçu de n’avoir tué personne au bar et vous vous en prenez à moi maintenant ? Vous êtes vraiment dangereux quand vous buvez ! Vous devriez arrêter de vous mettre dans un tel état en sachant ça ! »

L’artiste ne semblait pas le moins de monde impressionné par ses remontrances, si tant est qu’il l’écoutait. Ferwin poussa un soupir…

« Et puis, vous savez quoi ? C’est pas mon problème. Maman Ferwin rend son tablier. Faites des conneries si vous voulez mais comptez pas sur moi pour vous aidez. »

Gentil Ferwin commençait à en avoir sérieusement sa claque et accéléra encore un peu plus le pas. Il était rodé depuis le temps dans l’escorte d’ivrogne et il supportait plutôt bien la tâche normalement, même avec ses amis à l’alcool mauvais (il avait une bonne raison pour les assommer, ceux-là). Avec ses amis. La subtilité était là, car malgré toutes les craces qu’ils pouvaient faire une fois bourrés, Ferwin savait qu’ils avaient bon fond et qu’ils s’en mordraient les doigts le lendemain. Il n’en était pas si sûr pour Aristide.

Une main sur son épaule interrompit sa fuite et il fut plus que tenter de repousser l’aristocrate pour reprendre son chemin.

Il lui fallut tout son sang-froid pour ne pas laisser son poing vagabonder vers la joue d’Aristide lorsqu’il chuchota à son oreille, les relents d’alcools envahissent ses narines, le souffle moite sur sa peau le faisant par réflexe s’écarter. C’est la main un peu trop baladeuse sur son torse qui finit par le faire craquer : il repoussa violemment son vis-à-vis et recula d’un bon mètre en arrière.

« Ca va pas ? Non, merci, sans façon. » fit-il avec une moue à moitié dégoutée.

Ferwin n’était pas prude, il était même plutôt rodé dans les choses de la vie. S’il avait considéré coucher avec Aristide cette après-midi, ça avait été plus par désespoir que par réelle envie. Ce n’était pas le fait de baiser avec un inconnu qui dérangeait le garde, il pratiquait cette activité assez régulièrement. Avec son joli minois, il avait même l’embarra du choix, d'où le fait que Ferwin ait des standards élevés. Et dans son état, Aristide avait accumulé tellement de tues-l’amour que Ferwin n’était pas certain de pouvoir réussir à la lever, malgré une bonne semaine d’abstinence.

Déjà, il était un peu trop vieux. Ferwin aimait bien les hommes matures, mais pas trop quand même. Il manquait de muscles aussi, Ferwin baisait pas des brindilles. Il aimait bien s’agripper à des biceps bien dessinés et s’appuyer sur des dos larges. Et il y avait aussi ses lunettes. Et son odeur. Et le fait qu’il avait eu envie de l’assommer quelques minutes plus tôt. Enfin, cette rage pouvait facilement se transformer en appétit sexuel mais Ferwin n’était pas d’humeur.

Se rendant tout de même compte qu’il n’avait pas vraiment pris de pincettes pour rejeter les avances d’Aristide, il essaya de mettre un peu d’eau dans son vin, passant une main dans ses cheveux et évitant de croiser son regard, gêné.

« J’ai eu une longue journée, je suis fatigué. Et c’est pas comme ça que je voyais notre relation, je préférerais que ça reste platonique. Enfin, euh…Si vous voulez, je peux vous raccompagner jusqu’en bas de chez vous, mais j’ai assez bu comme ça. Et vous aussi. Alors, on ferait mieux d’aller dessouler tout seul, chacun dans notre lit. Voilà. »
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MessageSujet: Re: A propos de Baignoire et de Tempura.    Mar 23 Avr - 11:00

Il serait un mensonge de dire qu'Aristide avait dessaoulé par miracle. Mais il resta figé un long moment, avant de cligner des yeux à répétition. Ce n'était pas du tout la réaction à laquelle il s'attendait. Avait-il trop l'habitude de Nathaniel et d'autres hommes (relativement) faciles à conquérir ? Même un sénateur se trouva attiré par sa personne, alors pourquoi faire d'autres efforts ? Et là, il se retrouvait face à un refus. Pas même un refus gêné, timide et délicieux qu'on pouvait à souhait transformer en un accord, avec un baiser et une caresse. Non, c'était là un refus net et catégorique.

A vrai dire, le sculpteur n'en croyait pas ses oreilles. Il recula de quelques pas devant les paroles, mais aussi l'expression faciale de son interlocuteur. Son esprit, légèrement brouillé par l'alcool, cherchait une solution. Rapidement, il vit qu'il ne s'agissait guère d'un jeu... Alors que faire ? Se mettre en colère ? S'en aller ? S'excuser ne faisait pas partie de ses options, son arrogance ne lui permettait même pas de l'envisager. Puis... Il n'était pas en tort. Sa façon de jouer n'avait rien de si dangereux. Finalement, après réflexion, le cours de ses pensées dériva et il baissa la tête. Quelque chose lui disait, à tort, qu'il avait été rejeté à cause tout ce qui lui était arrivé. La faute était du côté de ses travaux forcés, ses oeuvres détruites, sa réputation mise au placard par un enchaînement d'événements qui échappaient à tout contrôle. Son piètre titre ne valait rien s'il n'avait pas quelque chose à côté. Et il savait qu'il n'avait pas grand chose.

La mâchoire serrée, il demeura là, immobile, plongé dans ses pensées noires et tentant de retrouver ses rêves de célébrité et de richesse. Tout dépendait de cette maison. Il en avait besoin. D'une maison à lui... De richesse personnelle, d'un lieu de travail et de calme. Sans cela, même des gardes issus du peuple se permettaient de lui parler... Comme cela.

Ferwin le sortit néanmoins de sa torpeur, tentant de se rattraper. Il était vraiment adorable à se justifier. Mais les faits étaient là. Aristide lui adressa un long regard aussi triste qu'empli de colère. De colère contre le garde, contre lui-même et contre le monde entier qui avait décidé de ruiner une année de sa vie et qui continuait de lui faire du tort, comme si la reconstruction de bas-fonds n'avait pas été suffisante pour l'humilier. Au bout de quelques secondes, il parvint à desserrer les dents.

- Ce n'est rien. Rentrez, je suis sûr que vous avez mieux à faire, je connais mon chemin. - Il laissa passer un instant, tentant de bien choisir ses mots. - Retournez donc d'où vous venez et prenez du repos. Après tout, on devra remettre nos chaînes demain et continuer à servir l'Empire, n'est-ce pas ?

D'un pas traînant, Aristide reprit sa route, les mains dans les poches. Son attitude trop arrogante lui avait probablement coûté un petit allié dans sa lutte administrative. Mais cela n'allait certainement pas lui servir de leçon. Au mieux, son humeur massacrante le pousserait à rester discret quelques jours. Jusqu'à ce qu'il fasse ce genre de bêtise à nouveau. Qu'importe. Il était amer d'avoir à s'humilier. Un autre noble aurait obtenu n'importe quoi d'un simple soldat patrouillant les rues... Le sculpteur était loin de ce pouvoir, ainsi s'en alla-t-il, distribuant des coups de pieds aux objets inanimés sur son chemin comme les caillasses et l'une ou l'autre bouteille, trouvées sur son chemin.

Le nordique pouvait bien faire la fine bouche. Morose, le brun n'était certainement pas séduisant... Mais son estime de lui-même n'avait pas été entamée de beaucoup. Ce n'étai qu'un vulgaire échec passager, dû à sa situation économique. Son statut allait lui être rendu. Lorsque la Capitale toute entière ne parlera que de ses oeuvres en verre, les barbares du peuple n'auront plus qu'à se taire et baisser la tête ! Son poing se serra dans sa poche, alors qu'un sourire de rêveur éméché se dessinait sur son visage. Voilà, c'était bien ça. Tout irait mieux, dès que la machine bureaucratique de l'Office impérial se rendra compte de son existence.

[Je pense que nous pouvons clore ici. Sauf si Tu désires poursuivre Aristide ^^']
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