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 Engagement des négociations

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MessageSujet: Engagement des négociations   Mar 26 Juin - 20:50

Il faisait beau, ce soir-là, et très doux. Le soleil s’abaissait lentement dans le ciel, mais on était encore à quelques heures de la nuit. C’était le temps parfait pour la réception organisée par Druella de Sersan, une aristocrate volubile qui était réputée pour la qualité de ses soirées. Amatrice d’endroits charmants, elle avait dénichée une perle au cœur du quartier du Tchï pour son dîner, un restaurant qui offrait une cour intérieure dans le plus pur style laotien. Avec élégance, le lieu était aménagé avec des fleurs aux parfums subtils, des jeux de roches et un mince filet d’eau qui découpait l’espace artistiquement. Parfois, on trouvait des restaurants beaucoup plus touristiques qui présentaient tellement de couleurs et de senteurs qu’on ne savait plus où donner la tête. Tout était trop chargé, trop décoré, trop… ostentatoire, et presque écrasant. C’était loin d’être le cas ici : visiblement, le propriétaire venait vraiment de la jolie province et s’était efforcé de recréer l’ambiance tamisée et poétique d’une soirée aux lanternes du Khini Lao. Des lanternes, justement, il y en avait, accrochées d’ici et là pour jeter une lumière pastel lorsque l’heure serait venue. Un moulin en papier tournait sous la légère brise qui passait, planté près du cours d’eau. Encore une fois, Druella de Sersan avait réussit son coup et elle se promenait, fière et bavarde, parmi ses invités. Que des grands pontes qu’elle comptait dans ses amis. Elle s’était montrée ravie de voir Erald qui était accompagné de Dalhia Ruviella, une ballerine renommée. Après avoir monopolisé leur attention pendant cinq minutes, elle s’était empressée de les présenter à d’autres de ses connaissances avant de retourner accueillir de nouveaux arrivants. Bref, c’était une soirée pleine de promesses qui alliait l’utile à l’agréable. Le cadre était charmant, il avait la ravissante Dalhia à son bras et il ne devait pas y avoir d’indésirables et tristes individus. Théoriquement. Et puis, il fallait bien avouer que le sénateur du Khini Lao était parfaitement à l’aise dans ce contexte qui lui rappelait les soirs d’été de sa province.

Alors pourquoi cachait-il une grimace intérieure alors qu’ils étaient passés à table ? Leur hôtesse avait fait dresser quatre vastes tables rectangulaires, basses, couvertes d’une nappe blanche tout ce qu’il y avait de plus sobre. Elle avait souhaité servir à la laotienne, c'est-à-dire sans chaises. Les invités étaient répartis autour des tables, confortablement assis en tailleur sur des coussins multicolores. Le mélange donnait quand même quelque chose de bizarre, mais bon, tout le monde avait l’air de trouver ça follement amusant. Erald ne s’en formalisait pas. Le problème ne se situait pas non plus dans les plats que l’on venait d’apporter : créations délicates à base de riz, de multiples condiments et de poissons finement découpés en lamelles, les assiettes que l’on venait juste d’entamer n’avait pas seulement l’air extrêmement appétissante. Des tasses de porcelaine soigneusement peintes contenaient un des plus fameux alcools de la région à l’honneur. Là aussi, tout allait bien.

Seulement, Druella de Sersan avait trouvé l’idée excellente de placer Erald auprès d’un de ses éminents collègues. Avait-elle choisi Anastacia Dragomirow parce qu’elle était jeune et belle et qu’elle cherchait à fiancer son sénateur préféré, dans un élan de zèle en matière d’organisation ? Ou bien s’était-elle simplement dite qu’ils auraient une conversation intéressante ? Erald l’ignorait, mais les faits étaient là. Oh, oui, sa voisine était jeune, pas de soucis. Elle était belle, Erald voulait bien le croire. Elle avait de l’esprit, ça aussi, il le savait. Anastacia aurait été très bien, si seulement il ne s’était pas s’agit de son ex-compagne. Oui, oui.

Il ya une leçon de la vie qu’on ne comprend vraiment que lorsqu’on la vit. N’importe qui, jeune ou vieux, qui ne l’aurait pas expérimenté vous tiendrait toujours ce beau discours qui consiste à croire que s’aimer résout tout. En l’occurrence, avant Anastacia, Erald avait été aussi victime de cette légende. Il n’avait jamais compris qu’un couple puisse se séparer alors qu’il se lamentait d’être éperdument amoureux. Comme dans les histoires, il suffisait de parler, d’accepter les défauts de son conjoint et voilà. Mariage en vue. Mais, hélas, et c’était une expérience assez cruelle, il savait bien désormais que quiconque raisonnait comme ça se fourrait en fait le doigt dans l’œil.

Erald avait rencontré Anastacia, sénatrice de Dargon, à une soirée du même genre que celle-ci. Autre lieu, autre temps, autres plats, autre tenu, même histoire, un petit gala pour régaler le gratin d’Ishtar. Lors des sessions du Sénat, il avait déjà eu l’occasion de croiser le chemin de la demoiselle, toute jeune à l’époque, mais ils ne s’étaient jamais vraiment parlé. Ils s’étaient revus d’autres fois, s’étaient appréciés, et partageant le même goût de l’expérience et de l’aventure éphémère, ils s’étaient mis à se fréquenter de façon beaucoup moins officielle. Finalement, cette amitié mêlée de romance s’était transformée en une histoire bien plus sérieuse qui avait duré deux ans. Deux ans durant lesquels personne ne s’était jamais rendu compte de rien, même si on n’ignorait sans doute pas que les deux sénateurs avaient partagés quelques soirées, il y a longtemps. Bien loin de ces évènements, ils avaient tous les deux été très amoureux l’un de l’autre. En fait, ils étaient pareils sur tous les plans : leur façon de penser, leur politique, leurs valeurs, leurs loisirs –incluant soirées arrosées et séduction à volonté -. En somme, ils auraient du finir par se fiancer, sans doute. Mais il se trouve qu’être aussi proche l’un de l’autre, dans la personnalité et les goûts, est loin d’être un atout dans les couples. On se promet un temps de oui, toujours laisser une marge de manœuvre, la permission de prendre des amants autant que l’autre le souhaite, de se laisser chacun libre de faire ce qu’il veut. Beau programme, en vérité, mais il n’avait pas résisté à deux années, deux petites années. Il y en avait toujours un pour être remonté contre l’autre, être jaloux en faisant semblant de ne pas l’être.

Solution magique ? On en discute et on se réconcilie ? On promet de changer ? De renoncer à cette liberté qui nous tient tant à cœur ? Non : ils en avaient été incapables. Ils avaient essayés, et ça avait lamentablement échoué. Aucun des deux, comme personne, d’ailleurs, n’avaient acceptés de sacrifier une partie d’eux-mêmes pour leur couple. Ce n’était pas l’envie qui manquait, mais ils étaient tous les deux comme ils l’étaient. Aimer son conjoint, même à la folie, est loin d’être suffisant pour vivre ensemble. Il n’y avait qu’une échappatoire à cette impasse étouffante. C’était le mur le plus léger qui s’était détruit : c’était leur relation. Excédé par cette situation, Erald y avait mis fin, conscient que c’était bien mieux pour chacun d’entre eux –du moins, c’était l’excuse qu’il se répétait-. Bien sûr, la volcanique Anastacia ne l’avait pas entendu de cette oreille-là : et depuis, c’était une guerre glaciale. Ils ne s’étaient pas adressé un mot, depuis ce jour là, en dehors de leurs obligations. Anastacia avait mis un point d’honneur à couper tous les ponts, voir toutes les lianes qui la rattachait à Erald. Et assez lâchement, Erald n’avait rien fait pour y remédier. C’était mieux comme ça.

Aussi régnait-il une drôle d’ambiance, à table. Dalhia était plongée dans sa discussion avec son propre voisin de gauche, et privé d’excuse, Erald ne pouvait que se contenter de supporter le silence épais et glacial qui flottait entre lui et son autre voisine. Légèrement tourné vers elle, il essayait de faire bonne figure, son sourire léger aux lèvres. Personne ne leur prêtait attention.

- Comment vous portez-vous, sénatrice Dragomirow ? s’enquit-il le plus poliment du monde.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Mar 10 Juil - 17:09

Le retour d’Anastacia Dragomirow à la Capitale s’accompagnait d’un nouveau titre et d’une invitation à une agréable soirée. Une lettre blanche et parfumée lui avait été transmise par un coursier élégant, au sourire sensuel, qui rapporta une réponse affirmative à Druella de Sersan. La sénatrice, impatiente, avait convoqué ses couturières et exigé un habit spécial pour cette fameuse réception. Elle portait donc un ensemble léger et de couleur pastel, ajusté à la taille et échancré au niveau de la poitrine. Sa longue chevelure épaisse ondulait gracieusement sur ses épaules et son dos, alors qu’un fin maquillage accentuait la beauté de son visage.

La thématique de la soirée, les décorations, l’ambiance paisible et romantique du restaurant lui provoquèrent un certain émoi qu’elle maîtrisait plutôt bien, s’occupant l’esprit par des discussions et des rencontres distrayantes. L’hôtesse la présenta à plusieurs hommes au joli minois, ayant des fonctions diverses et honorables, auxquels Anastacia accorda quelques paroles doucereuses. La native de Dargon avait espéré que cette soirée l’amuse, la divertisse, ou mieux la détende. Après tout, c’était bien sa première sortie en public depuis son retour à Ishtar, depuis sa nomination au rang de sénatrice. Certes, elle ne pouvait plus agir comme simple fille héritière de Dragon, sans responsabilité particulière. Elle devait dorénavant soigner davantage son image et demeurer attentive et posée. Oui, cette réception aurait dû l’émoustiller, et non l’aigrir. Mais ça, c’était de sa faute à lui et à sa vulgaire pimbêche qu’il traînait à son bras.

Elle se doutait bien que cet exécrable individu se pavanerait parmi les convives ce soir, offrant aux femmes des sourires séducteurs et venimeux, emplis de folles promesses chimériques, pendant que ses sombres prunelles les envoûteraient d’un clignement langoureux de paupières. Anastacia Dragomirow s’en doutait bien, comme elle n’était pas surprise de le voir accompagné de l’une de ces poupées de porcelaine. Visiblement, cette conquête semblait aussi sotte qu’aveugle, puisqu’elle ne sentait pas ni ne remarquait le regard glacial et foudroyant que lui dédiait généreusement la sénatrice de Dargon. Celle-ci se ressaisit lentement, se détournant d’eux et se fondant parmi les invités. Non, elle n’était pas jalouse de cette petite garce à la silhouette alléchante, elle se moquait bien que les lèvres humides et les mains chaudes d’Erald Halbrum se baladeraient sur cette chair fraîche et innocente, amère et aigre. Elle s’en fichait. Alors pourquoi était-elle si bouleversée?

Le choc, sans doute. Depuis la rupture, ils n’avaient guère fréquenté les mêmes espaces, ou du moins les mêmes soirées, et ce n’était pas parce qu’elle l’évitait. Pourquoi l’éviterait-elle ? Parce qu’elle avait été rejetée pour la première fois de son existence? Rejetée par un homme qui lui plaisait, qui avait prétendu l’aimer. Elle. Non ces innombrables pouffiasses qu’il bécotait et culbutait allégrement et sans mauvaise conscience. Plongée dans ses pénibles réflexions, la jeune femme ne remarqua la présence de l’hôtesse, Druella de Sersan, que lorsque celle-ci lui agrippa le bras et la conduisit vers une longue table blanche, lui indiquant un coussin où s’asseoir. Puis, un sourire complice flottant sur ses adorables lèvres, elle murmura au creux de l’oreille d’Anatascia qu’elle avait sélectionné pour elle un excellent prétendant. Intriguée, un brin ennuyée, Anastacia la remercia et se figea dès l’instant où, saisie de colère et d’ébahissement, le sénateur du Khini Lao lui-même s’installa confortablement à sa droite, avec son escorte, évidemment.

D’apparence, le visage d’Anastacia exprimait la sérénité, même si l’œil le plus averti avait compris que cette lueur brûlant dans ses yeux n’était guère de l’amusement ou de la malice, mais plutôt un mécontentement grandissant. Pis, elle sentait poindre en elle une rage acide, une rancœur douloureuse, un appétit insatiable. Cette colère était-elle causée par le désir que son odeur et sa présence faisaient naître dans le creux de son ventre ? Ou bien par tous ces souvenirs oubliés et fanés qui ressurgissaient et s’enclenchaient sous ses yeux? Lorsqu’Erald Halbrum avait mis un terme à leur relation, Anastacia avait senti quelque chose se tordre en elle, se briser et s’annihiler. Avait-elle été amoureuse? Elle se plaisait dans ses mensonges et ses mirages, à se convaincre que non, que ces deux années de baisers volés, d’étreintes fugaces et passionnées, de nuits partagées et secrètes, ne furent qu’un jeu amusant, fascinant. La sénatrice de Dragon, femme désirée et fière de son indépendance, n’osait s’avouer que ses sentiments pour cet homme dépassaient l’entendement. Et elle lui en voulait d’avoir semé en elle des émotions aussi déraisonnées et fougueuses, encore plus que de l’avoir bêtement larguée.

Anastacia détailla un instant la compagne d’Halbrum. Une belle jeune femme, évidemment, qui dialoguait avec un autre homme. Son visage lui était familier, mais elle n’aurait su l’identifier. Ses yeux étaient grands et magnifiques, Anastacia aurait aimé les lui crever avec ses ustensiles. Sa bouche en forme de cœur, quémandant aisément les baisers, incitait la sénatrice à la lui fendre. Non, elle n’était pas jalouse. Elle n’appréciait tout simplement pas cette pitoyable créature. C’était viscéral, tout simplement.

-Comment vous portez-vous, sénatrice Dragomirow?

L’interpellée réprima un rictus déplaisant et, dans un ultime effort surhumain, elle porta son attention sur Erald Halbrum, avec qui elle n’avait pas échangé un seul mot depuis quelques années, sauf si l’occasion l’exigeait. Son regard était calme, l’ombre d’un sourire étirait ses lèvres. Il était bel homme, éblouissant aux yeux d’Anastacia. Elle ignorait quelle attitude adopter. Devait-elle risquer sa réputation et lui planter sa fourchette dans quelque membre masculin ou se dompter et enchaîner la conversation?

-Plutôt bien, monsieur le sénateur, même si les dernières semaines ont été un peu éprouvantes.

Tendant sa main, elle saisit une coupe de vin et s’y trempa doucement les lèvres, ne quittant pas des yeux son interlocuteur. Elle avait l’impression que leur relation datait d’hier, que cette nuit encore, ils se murmuraient des paroles suaves dans une chambre tamisée. Mais ça, c’était il y a longtemps. Lorsqu’elle était plus jeune, plus impétueuse et intrépide. Elle s’était juré de se venger de cet affront, cet abandon. Après tout, on ne se refusait jamais à Anastacia Dragomirow. Et surtout, on ne lui refusait jamais rien.

-Quant à vous, vous avez bonne mine. Serait-ce grâce à cette délicieuse jeune femme qui vous accompagne?

Elle se demandait si sa vue l’avait un peu ébranlé. Sans doute pas. Il avait dû la rayer de sa vie assez facilement, l’espace d’un instant. Ce qui taraudait méchamment son propre orgueil.

-Où avez-vous déniché cette perle?


Sa voix était froide, détachée, comme si la réponse qu’il lui donnerait ne l’intéressait pas tant. Mais comme Erald la connaissait mieux qu’elle ne le souhaiterait, peut-être interpréterait-il cette intonation d’une autre façon. Sans doute sa compagne était-elle l’une de ces personnalités en vogue, s’affairant dans le domaine des arts, ne jouissant pas du privilège d’appartenir à la noblesse, mais dont les nobles aimaient s’entourer. Non, elle ne lui faisait pas une scène. Seulement, c’était plus fort qu’elle.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Mer 18 Juil - 20:52

-Plutôt bien, monsieur le sénateur, même si les dernières semaines ont été un peu éprouvantes.

Elle prit le temps d’attraper sa coupe de vin et d’en boire une gorgée. Plus jeune, Erald se serait certainement tortillé sur sa chaise, trahissant son malaise face à une telle situation. Mais ça faisait bien deux décennies qu’Erald avait appris comment garder contenance dans de pareilles situations, et il se contenta de fixer sur ses traits son air aimable. Mais le regard glacial d’Anatascia le rendait fuyant.

Pour des inconnus, ou entre officiels, un ton détaché était de rigueur. N’importe qui les regardant n’aurait vu que deux sénateurs s’adressant quelques mots polis. Ils le faisaient déjà, il y a longtemps : mais à cette époque, c’était une forme de jeu. Pas un long et accablant reproche. Qu’est ce qu’elle croyait ? Qu’il avait rayé de sa mémoire toutes émotions se rattachant à son nom ? Que ca lui faisait plaisir de la narguer sans qu’elle puisse rien faire d’autre que de répondre civilement ? Sûrement. C’était toujours Erald, le méchant. Lui qui allait voir ailleurs, lui qui avait laissé tomber. Le dernier point était vrai, mais, eh, ils en étaient tous les deux responsables.

Et honnêtement, si c’était à refaire, Erald le referait. L’idée ne l’enchantait pas, loin de là. Les regrets lui restaient en travers de la gorge, mais il avait fait le bon choix. Cela faisait des mois que cette histoire pourrissait, et qu’ils étaient restés ensemble malgré tout, bercés d’illusions. Un moment, il fallait se réveiller et se secouer.

Pourtant, aujourd’hui, alors qu’il l’observait, Erald était déchiré entre l‘envie de la prendre dans ses bras et celle de la tenir le plus éloignée possible. Il regrettait cette situation, regrettait leur entente passée, regrettait de ne plus avoir le droit de la tutoyer, de l’écouter parler de sa vie et de la distraire avec la sienne. Il songeait douloureusement aux baisers qu’il aurait pu échanger avec ses lèvres, disperser sur ses joues, sa gorge, ses épaules, essayait de se souvenir de la texture de ses cheveux et du grain de sa peau tiède. Il aurait souhaité qu’elle lui sourit et qu’ils reprennent comme si rien ne s’était passé, comme si aucune année ne s’était écoulée, comme s’ils se revoyaient tous deux après un trop long voyage. Mais en son for intérieur, Erald savait qu’il se languissait d’un souvenir et que ces cendres ne le remplacerait jamais. C’était même un paradoxe physique. Il aurait suffi qu’il tende le bras pour lui effleurer les contours du visage, mais il n’avait jamais été aussi complètement et irrémédiablement éloigné d’elle. Vouloir ne suffisait pas.

Alors, à la regarder malgré tout, Erald se sentait découragé, voir écœuré. C’était insupportable et c’est pour ça qu’il aurait voulu l’effacer de son champ de vision, ne plus l’avoir sous le nez, à lui rappeler tout ce qu’ils avaient perdu. Même si cela avait été une perte inévitable. C’était drôle, non ? Depuis le temps, Erald avait eu l’impression de l’avoir oubliée, c’est vrai. Il se souvenait d’elle, bien sûr, mais penser à Anastacia ou évoquer simplement son nom ne l’attristait pas comme auparavant. Il pouvait passer des jours sans que son souvenir se rappelle à lui, alors que juste après leur rupture, il ne pouvait s’empêcher de penser ce qu’elle aurait fait ou dit à chaque moment de la journée. Et pas uniquement la première semaine : c’était vraiment difficile de rayer quelqu’un qu’on avait aimé de sa vie. Comme il n’avait plus ces problèmes, et depuis longtemps, Erald avait cru que la blessure avait définitivement cicatrisée. Et voilà qu’il se rendait compte qu’il était absolument incapable de lui parler sans avoir l’impression qu’un cube de glace s’était formé dans sa poitrine.

-Quant à vous, vous avez bonne mine. Serait-ce grâce à cette délicieuse jeune femme qui vous accompagne? Où avez-vous déniché cette perle?

Non, décidemment, ils n’avaient jamais été aussi éloignés l’un de l’autre. Erald se souvenait que cette distance n’avait jamais été un problème lors de leurs déplacements, pas plus le fait que leur relation soit officieuse. Cela ne les avait jamais empêché de se rejoindre dans les soirées, à l’écart de la foule, ou de se rendre l’un chez l’autre pour n‘en partir qu’au matin. Erald laissa donc quelqu’un d’autre parler à sa place, et il s’entendit répondre, toujours cordial :

- Je n’ai pas à me plaindre, en effet. Quant à la personne qui m’accompagne, il s’agit de Dalhia Ruviella, de Talaar. La danseuse principale d’un ballet qui passe actuellement au palais des Arts. Peut-être êtes-vous déjà allée le voir ? Il s’agit du Loup de Frickwitch, c’est une pièce assez connue. Le metteur en scène est plutôt innovant et les musiciens excellents. C’est un bon divertissement pour une soirée. Mais Dalhia est assez renommée, cela fait plusieurs fois qu’elle est de passage à Ishtar. J’ai eu la chance de la croiser il y a quelques jours et je me suis permis de l’inviter à cette réception.

Plus ou moins. Exactement, comme cela faisait déjà quelques années qu’il connaissait la danseuse, il était allée la voir dans sa loge à la fin du spectacle pour prendre de ses nouvelles et profiter de sa présence pendant le court laps de temps où elle résiderait à Ishtar. Plus amie qu’amante, mais tout de même, ils avaient eu l’occasion de passer quelques nuits ensemble. Elle était ravissante, avec son sourire retroussant éternellement ses lèvres, ses yeux malicieux, les courbes alanguies et la descente de sa nuque, qu’il apercevait lorsqu’elle s’attachait les cheveux en lourde tresse. Avec sa peau légèrement cannelle et ses yeux bruns, elle n’avait que peu de rapport avec Anastacia si ce n’était par la taille, leurs formes assez semblables et leur manière sensuelle d’esquisser chacun de leur geste. Mais leur véritable point commun se trouvait sans doute dans leur personnalité respective : les deux jeunes femmes savaient s’amuser et elles ne manquaient pas de vivacité d’esprit. Erakd supportait difficilement les sottes, sauf pour un soir sans lendemain. De toute façon, Anastacia n’avait rien à lui envier : elle-même était toujours aussi belle, peau ivoire, traits sculptés, altière et fière. Surtout, il y avait la cascade de cheveux bruns et épais, qui le fascinait toujours. Ce soir-là, elle portait encore une de ces tenues qui lui allaient parfaitement, et qui aurait été si facile à enlever d’une caresse.

Enfin, il fallait peut-être changer de sujet. Erald aurait préféré ne pas revoir la sénatrice avec une rivale à son bras, même s’il se doutait bien que bon nombre d’hommes étaient passés également dans les draps de la jeune femme. Seulement, lui, il n’en avait jamais fait toute une comédie. Il n’était jamais débarqué hystérique dans sa chambre ou ne lui avait jamais jeté son verre à la figure. Même quand cela titillait sa jalousie, Erald avait l’effort d’aller ronger sa colère ailleurs et de ne pas faire de scène inutile et bruyante. Allez savoir pourquoi, Anastacia ne l’entendait jamais de cette oreille, et c’était toujours pénible. Si elle voulait une relation plus sérieuse, pourquoi ne lui avait-elle jamais proposé ? Erald aurait été prêt à accepter et à laisser tomber toutes ses amantes, voir même la séduction occasionnelle. Mais elle s’était contentée de tempêter et d’afficher son mécontentement en embrassant tous les types qui se présentaient à elle. A ce propos, puisqu’elle lui avait posé la question, il avait bien le droit de risquer la même… Non, pas la peine de rajouter de l’huile sur le feu.

- Si vous le désirez, je peux vous offrir ma loge pour la prochaine représentation, préféra- t-il proposer.

Il avait vraiment l’impression de se faire disséquer par ce regard furieux qui le transperçait de part en part. Y aurait-il eu un mur entre eux qu’il le sentirait toujours, lourd de reproches, de colère, voir même de haine. Pourquoi est-ce que ça devait se passer comme ça, alors qu’il avait envie de lui prendre la main et de lui demander comment ça allait vraiment ?
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Mar 31 Juil - 4:22

C’était tout simplement par politesse si Anastacia avait demandé des précisions sur l’identité de l’inconnue, et non par intérêt ou jalousie. La sénatrice n’espérait pas non plus une réponse aussi détaillée comme lui fit l’honneur Erald Halbrum. Sans doute prenait-il un malin plaisir à lui souffler les mérites de sa compagne, la narguant de ses qualités et prouesses. Le regard d’Anastacia se rembrunit alors que ses doigts effilés se crispèrent sur la coupe de verre et que ses prunelles incandescentes dévisagèrent longuement et minutieusement la danseuse Dalhia Ruviella. L’impression de la connaître se confirma. En effet, Anastacia avait admiré le talent de cette odieuse femme dans quelques pièces fort divertissantes, justement aux côtés du sénateur de Khini Lao.

-Non, je n’ai pas encore eu la chance d’assister à l’une des représentations de la pièce, avoua Anastacia d’une voix chaude, portant à nouveau son attention sur son interlocuteur. Une danseuse de ballet, vraiment, vous avez toujours su bien vous entourer, monsieur le sénateur.

Ses lèvres se pincèrent, puis se détendirent, alors que ses yeux se rivèrent sur les invités, observant ses hommes et ses femmes qui partageaient de brefs et insipides instants, gloussant et minaudant. Elle croisa le regard coquin de l’hôtesse, Druella de Sersan, qui lui dédia un clin d’œil complice. Manifestement, cette réception n’était pas aussi agréable qu’Anastacia l’aurait souhaité. Entre la rage qui lui réchauffait les sens et le désir malsain de céder à ses impulsions honteuses et cruellement délicieuses, la jeune femme ne parvenait guère à tenir ses idées au clair. Elle aimerait bien secouer et gifler le sénateur, question d’ébranler, voire de fissurer, son air impassible et détendu, comme elle mourait d’envie de glisser ses doigts entre les siens et de se blottir contre lui. Toutes les insultes et les larmes ravalées depuis la rupture menaçaient d’exploser, de la ridiculiser. Certes, lorsqu’Erald lui avait annoncé sa décision, le sentiment d’abandon et de désespoir qu’avait alors ressenti Anastacia s’était accompagné de cris et de vociférations, avant qu’elle ne reprenne ses esprits et disparaisse, confuse et embarrassée.

N’étant pas le genre de femme à s’apitoyer sur son sort ni même à reconnaître la portée de ses émotions, Anastacia n’avait pas jugé bon de donner libre cours à sa peine, seulement à sa frustration. Depuis, si le souvenir de cet homme lui revenait en mémoire, une certaine amertume lui serrait la gorge, lui piquait le cœur. Le temps avait pansé la plaie, atténué la douleur et remplacé son absence par un vide glacial et farouche, mais l’ombre de cet homme demeurait dans son champ de vision, silhouette fugace et tenace. Il hantait ses nuits, parfois, amant nocturne et fantasmagorique, naissant de ses songes et de sa faiblesse. Mais comme elle avait d’abord refusé d’admettre la nature profonde de ses sentiments à l’égard d’Erald, elle niait encore aujourd’hui qu’il lui manquait. Son corps lui manquait, ses lèvres si douces, ses mains si adroites. Mais sa société, sa voix et son rire, sa vivacité et son humour lui manquaient tant, sinon plus. Il avait été un ami et un partenaire, un complice et un confident. Rien de tout cela n’existait dorénavant.

- Si vous le désirez, je peux vous offrir ma loge pour la prochaine représentation.

Surprise, la jeune sénatrice braqua son regard bleuté sur Erald Halbrum, la bouche entrouverte, le teint pâle. Puis, une légère rougeur colora ses joues pendant que ses paupières se plissèrent de méfiance, que sa mâchoire se contracta sous l’effet de la colère et que ses jointures blanchirent d’emportement. Cette proposition était, en réalité, bien alléchante pour quiconque, bien aimable de la part d’un sénateur, mais venant du sénateur de Khini Lao lui-même, elle apparaissait aux yeux d’Anastacia comme une moquerie, un crachat sur leur passé commun. Sans doute voulait-il se montrer courtois, sachant que son ancienne amante adorait les ballets, le théâtre, tous les arts de scène. Mais il agissait comme si rien ne s’était véritablement passé, n’affichait aucun ennui ou malaise quelconque, ce qui était particulièrement embêtant sinon blessant. Seulement cet éternel regard pétillant, ce sourire léger et charmant. Même si une ombre survolait ses traits tirés.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Anastacia n’avait jamais été capable de lire en cet homme, ce qui l’avait agacée et séduite par la même occasion. Jamais il ne s’emportait, toujours présentant un aspect calme et serein et une voix assurée. Néanmoins, à son grand damne, elle l’avait toujours senti sincère, bien plus investi qu’elle-même dans leur relation. Peut-être aurait-il tout abandonné pour leur bonheur à tout deux, chose qu’Anastacia, à l’époque, refusait d’accepter. Quelle sotte avait-elle été. Jeune et stupide. La native de Dargon chassa ses sombres pensées d’une nouvelle gorge de vin épicé. Non, elle avait mûri depuis le temps, réalisant de plus en plus, avec une netteté cuisante et un remords mordant, que la cause véritable de la séparation avait été provoquée par sa propre faute, son étourderie et son caractère volcanique. Mais ce genre de pensée absurde, elle le balayait de son esprit assez rapidement.

-C’est très aimable à vous, sénateur, murmura-t-elle doucement, le dévisageant longuement, un coude appuyé sur la table, le menton dans la paume d’une main, un sourire naissant sur les commissures des lèvres, et c’est avec plaisir que j’accepte volontiers votre proposition. J’ose espérer également que vous me ferez l’honneur de votre compagnie.

Si elle avait été avisée, elle aurait dû décliner l’offre. Si elle avait été plus réfléchie, elle ne l’aurait au moins pas invité à se joindre à elle. Cela avait été impulsif, décontenançant même pour elle, mais dans cette situation, alors que deux sénateurs discutaient poliment, c’était plutôt normal qu’Anastacia profite de sa société. D’ailleurs, elle devait dissocier l’homme qu’elle avait fréquenté de celui qu’elle côtoierait dans la vie politique de la Capitale. Ce qui n’était pas une chose aisée.

-Cette distraction se fait mieux à deux, non ?

L’idée de se retrouver dans une loge privée, à la lumière tamisée, voire éteinte, auprès de ce bel homme ne lui plaisait guère, ou peut-être trop. L’ambiance serait probablement très tendue, certainement insupportable. Et pour leur propre bien, limiter les contacts serait vraisemblablement la meilleure attitude à adopter. Mais Anastacia avait rarement été prudente et sage, toujours encline à prendre les décisions les plus audacieuses et dangereuses. La jeune femme ignorait si elle espérait une réponse affirmative ou négative, mais dans le cas comme l’autre, elle souffrirait d’un certain mécontentement.


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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Sam 18 Aoû - 19:59

Une succession d’expressions passa sur le visage d’Anastacia, tour à tour méfiante, dubitative, furieuse puis hésitante. C’était assez divertissant à observer. Elle devait sûrement se demander s’il se moquait encore d’elle, à tous les coups. Mais cela avait été une question spontanée, surgissant naturellement au détour d’une discussion sur les derniers spectacles et ballets à la mode entre deux nobles, et d’autre part, Erald savait qu’Anastacia avait toujours été amatrice de ce genre de divertissements. Etaient-ce pour ces raisons que, finalement, elle accepta ? Car ce fut avec un calme exquis et un sourire ravissant qu’elle répondit, surprenant Erald qui s’attendait à la voir se braquer une énième fois :

- C’est très aimable à vous, sénateur, et c’est avec plaisir que j’accepte volontiers votre proposition. J’ose espérer également que vous me ferez l’honneur de votre compagnie. Cette distraction se fait mieux à deux, non ?

Qu’est ce qu’Erald pouvait opposer à cette demande ? Pas grand-chose. Il se donna quelques secondes pour réfléchir en attrapant encore une fois son verre, pour y boire une gorgée, le regard perdu dans les reflets du liquide velouté. N’importe quel sénateur, sauf occasion plus importante encore, aurait saisit cette chance de passer en tête à tête quelques heures en compagnie d’une autre éminente personnalité. Une chance pour nouer des alliances ou les renforcer, ou pour mieux connaitre le fond de la pensée de ses ennemis. Dargon était une province importante, sa sénatrice nouvelle, en quête de soutien et de repères. Le Khini Lao s’efforçait d’avoir toujours des relations paisibles avec les autres parties de l’Empire. Erald devait accepter, pris à son propre piège. C’était loin d’être une perspective désagréable, et il aurait tout de suite saisi l’occasion si une autre sénatrice le lui avait proposé. Alors…

- Vous avez parfaitement raison, dit-il sur le même ton. Et je serai ravi de me joindre à vous, disons… vendredi soir prochain ?

Il jeta un coup d’œil à Dalhia qui s’était retournée pour mieux suivre leur conversation. Celle-ci confirma la date d’un battement de cils et d’un léger assentiment de la tête. Et bien, voilà qui était fait. Il y avait encore une petite chance pour qu’ils ne trouvent pas de date commune pour accomplir ce projet, mais Erald s’était engagé et ne pouvait plus revenir sur sa parole. De toute manière, cela aurait été mentir que d’affirmer qu’il n’était pas curieux de voir comment cette soirée prochaine se déroulerait. Connaissant Anastacia, il savait qu’elle n’était absolument pas du genre à se dégonfler à la dernière minute, et qu’elle était sûrement désireuse de faire ses preuves en tant que sénatrice. Elle viendrait. Mais que ferait-elle, une fois dans la loge ? Parviendrait-elle à n’aborder que des sujets strictement professionnels ? Ou céderait-elle à la tentation de l’assassiner discrètement une bonne fois pour toute ? Ces interrogations suscitaient un amusement certain chez Erald, et il sentait qu’il avait plus cédé à la tentation du pari que de faire un choix purement stratégique. Et puis, ce serait également l’occasion de voir s’il était possible ne serait-ce que de renouer publiquement avec la jeune femme. A défaut de se supporter sur le plan personnel, peut-être pourraient-ils se trouver un terrain d’entente politique. Ce serait un début, car Erald ne pouvait s’empêcher d’espérer un statu-quo, à défaut d’une réconciliation. Au moins, arranger les choses, même s’il refusait catégoriquement d’essayer de la séduire à nouveau. C’était tentant, mais il ne le désirait pas. Ils avaient tout deux fait une croix là-dessus, tout deux changés. La sénatrice de Dargon n’avait plus rien à voir avec la toute jeune femme débarquée de province, encore inexpérimentée. Elle avait mûrie. La preuve, elle n’avait pas cherché à lui jeter son verre à la figure depuis le début du repas, et n’avait pas laisser échapper une seule fois une parole venimeuse. Seul son regard trahissait ses véritables sentiments à l’égard de son voisin, à coup de pics de glace et d’éclairs.

De nouveau, Erald se sentit curieux. Maintenant qu’il s’était habitué à la surprise de se retrouver nez à nez avec son ancienne amante, il était habité par cette envie, qu’il avait du partager avec son frère ainé et que son père trouvait détestable, de tester les limites, de jouer un peu. Ca lui donnerait l’occasion de vérifier si Anastacia avait bel et bien grandi depuis la dernière fois. Il n’avait jamais résisté devant ce regard de tigre furieux. C’était comme s’amuser d’un chat en le faisant courir après un reflet de lumière insaisissable. C’était très facile pour quelqu’un de calme de titiller une personnalité plus excessive que la sienne. Anastacia était réputée pour ses éclats volcaniques, et lorsqu’ils se fréquentaient, Erald n’avait jamais pu s’empêcher de la taquiner pour ces raisons là. Aujourd’hui, la situation était bien différente, et il ne se serait pas permis de s’amuser à ses dépends, même gentiment. Il était juste poussé par l’envie de voir, de mesurer l’effet des années écoulées. Il reposa donc tranquillement son verre et demanda poliment :

- Avez-vous déjà eu l’occasion de goûter à la cuisine laotienne, sénatrice ? On dit souvent qu’elle n’a pas la richesse des parfums du celle du Lo-Thyn, mais elle n’en demeure pas moins réputée pour sa délicatesse. Essayez ce plat-ci, par exemple, proposa-t-il en désignant une assiette composée d’un ensemble de plusieurs poissons et de légumes en lamelles. Avec les différentes salaisons, c’est particulièrement fin. Je pense que vous apprécierez.


Sans doute la connaissait-elle déjà, cette cuisine, pour avoir accompagné Erald dans ce genre de restaurants quelques années plus tôt. Mais officiellement, comme ils se fréquentaient à peine, elle n’était pas censée maîtriser parfaitement l’art de la gastronomie au sens du Khini Lao et encore moins celui du maniement de ses couverts particuliers, si difficiles à maîtriser pour les habitants des provinces plus centrales.

- Attendez, laissez-moi vous montrer comment utiliser les baguettes, ajouta-t-il donc dans son sourire le plus charmeur.

Et sans attendre sa réponse ou ses protestations, il passa son bras derrière les épaules de la jeune femme pour attraper sa main et l’aida à positionner ses doigts en conséquence le long des deux instruments de bois peints, pouce et majeur accolés, l’index maintenant la deuxième baguette pour former une pince propre à saisir les aliments. Erald sentait quelques mèches brunes et leur parfum musqué chatouiller son nez, et cela réveillait quelques vieux souvenirs troublants. Ce n’était pas désagréable, songea-t-il non sans un grain de malice en arrière-pensée.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Mer 12 Sep - 19:07

- Vous avez parfaitement raison. Et je serai ravi de me joindre à vous, disons… vendredi soir prochain ?

Anastacia le dévisagea longuement, dissimulant son étonnement et son agacement par un sourire charmant et un gloussement satisfait. Cependant, ses prunelles flamboyantes révélaient bien plus qu’elle ne l’aurait souhaité. Le sénateur du Khini Lao aurait pu facilement refuser une telle proposition par un simple prétexte, se désolant du peu de temps qu’il pourrait lui accorder par exemple, et sans doute cela aurait-il mieux valu pour sa sécurité. D’un autre côté, la jeune femme se doutait des raisons qui l’avaient poussé à accepter. La curiosité et le jeu. Tout comme elle. Erald Halbrum et elle partageaient des intérêts communs, qui les avaient d’abord rapprochés. Tester les limites de l’autre, s’amuser à ses dépends. Seulement, peut-être étaient-ils tous deux intrigués par la possibilité de passer une soirée avec l’autre, curieux quant au déroulement et au dénouement. Voilà en fait une occasion parfaite pour déterminer si leur relation devait se limiter au plan strictement professionnel, ou si leur histoire passée n’était plus d’actualité. Mais Anastacia en doutait. Peut-être avait-il réussi à s’émanciper du souvenir de leur regrettable amour, mais ce n’était malheureusement pas son cas à elle. La sénatrice le réalisait de plus en plus avec un certain embarras.

-Vendredi soir prochain ? répéta-t-elle en plissa les paupières, mimant la réflexion, buvant elle aussi une gorgée de vin pour se gagner un peu de temps. Et comme rien n’était déjà planifié, elle voyait mal pourquoi elle devrait décliner l’offre. Cela me convient. Seriez-vous assez gentleman pour passer me chercher ?

Comme il en avait l’habitude auparavant. Anastacia le gratifia d’un nouveau sourire, observant attentivement l’échange de regard entre Halbrum et sa coquette invitée, tentant d’étouffer la jalousie qui menaçait de l’emporter. Elle inspira profondément et se composa un air paisible et amusé, songeant alors, avec un peu de panique, à ce vendredi soir prochain. Elle n’irait pas jusqu’à le séduire une deuxième fois, ce n’était pas le but. Mais la seule évocation de cette soirée engendrait chez elle une certaine nervosité comme un sentiment plutôt désagréable, ou tout à fait délectable, dans le creux de ses reins. Ce qui l’ennuyait, ou l’agaçait, c’était que, comme tous deux demeuraient des individus imprévisibles et coquins, tout ou rien pouvait modifier une anodine soirée en cauchemar. Elle haussa les épaules, cherchant à évacuer de telles pensées de son esprit. Elle se concentra sur la musique, la clientèle, les hommes. Voire sur la tache de vin qui salissait la nappe et la mouche qui se promenait autour. Tout, sauf sur Erald Halbrum qui reportait son attention sur elle, l’invitant à goûter aux nombreux plats laotiens qui jonchaient la table.

Anastacia fronça les sourcils, prise au dépourvu, inquiète également de la tournure des évènements. Un coup d’œil furtif et troublé en direction du sénateur lui confirma son pressentiment. Une lueur habitait les prunelles sombres et envoûtantes de son ancien amant, cette même lueur qui pétillait lorsque monsieur le Comte éprouvait malice et amusement. Celle-là même qui se remarquait dans les yeux d’Anastacia lorsque celle-ci souhaitait éprouver ses pauvres victimes et jouer avec elles. Un frisson la parcourut. Ne laissant rien paraître de son malaise et de la colère grandissante, Anastacia feignit la surprise et l’émerveillement lorsqu’elle prit une bouchée du plat proposé par le sénateur. En effet, c’était délicieux. Absolument succulent, comme elle l’annonça au sénateur. Et si celui-ci se rappelait bien, c’était bien l’un des repas préféré d’Anastacia… du temps où ils avaient coutume de dîner régulièrement ensemble.

- Attendez, laissez-moi vous montrer comment utiliser les baguettes,
ajouta-t-il tout à coup, d’un ton sérieux, mais exhibant un sourire incroyablement séducteur auquel les femmes ne résistent pas, encore moins Anastacia.

Sourire qu’il lui réservait pour l’amadouer ou l’apaiser, ou encore pour obtenir des faveurs tout à fait indécentes. Interdite, la native de Dargon le regarda se rapprocher d’elle, glisser un bras ferme et musculeux autour de ses épaules de façon à saisir ses mains et les manœuvrer vers dextérité. Son propre cœur fit un saut périlleux dans sa poitrine, se débattant avec une frénésie douloureuse, alors que son sang se figea, sa salive se tarit et ses mains tremblèrent. La chaleur du corps d’Erald Halbrum la fit frémir, son souffle dans son cou éveilla en elle des désirs violents et des intentions meurtrières. Il lui montra comment utiliser les baguettes, baguettes qu’elle lui aurait plantées dans les yeux s’il n’y avait pas autant de monde dans la pièce, ou dans son sexe si précieux. Du coin de l’œil, elle remarqua que l’hôtesse les observait avec satisfaction, planifiant déjà le mariage et les noces. En fait, ils n’attiraient pas seulement l’attention de Druella de Sersan, mais de quelques hommes et de femmes. Anastacia se rembrunit, puis inspira, cherchant à retrouver le calme. Mais c’était bien difficile avec ce corps appétissant qui se pressait contre elle, avec ce parfum masculin et capiteux qui lui emplissait le nez et titillait ses sens, avec cette envie palpitante qui se développait ici-bas. S’il ne faisait pas plus attention à lui, monsieur le Comte pourrait bien se retrouver étalé sur cette table et subir le courroux d’Anastacia de Dargon. Mais il désirait jouer, alors pourquoi pas?

-Serait-ce votre méthode pour séduire les femmes, monsieur le sénateur? Susurra-t-elle, la taquinant, simulant une certaine gaucherie dans la manipulation des baguettes alors qu’elle y était depuis longtemps habituée. Je dois avouer que c’est plutôt plaisant.

Elle tendit son visage vers celui de l’homme et lui offrit un sourire subtil, concupiscent, mais ses yeux froids et sévères manifestèrent sa rage et sa haine. Anastacia aimerait bien mordre ce sourire charmeur, gifler cette joue délicieuse, lacérer cette peau blanche et doucereuse, agripper cette chevelure fauve et en arracher des poignées ou bien l’attirer à elle… et ne plus le laisser filer. Ses lèvres s’étirèrent, voraces et cruelles. C’est avec une fausse maladresse qu’elle enfouit ses baguettes dans une assiette et saisit péniblement une bouchée qu’elle approcha de ses lèvres puis, se ravisant, elle la dirigea vers celles d’Erald Halbrum.

-Et ce plat, monsieur le Comte, comment est-il ? L’apprécierais-je? Oh attendez, je vous ai sali.

D’un doigt sûr et lent, elle effleura la bouche du sénateur, enlevant délicatement la sauce qu’elle goûta, d’une manière sensuelle, sans quitter sa proie des yeux.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Jeu 4 Oct - 13:12

-Vendredi soir prochain ?

Anastacia avait cette amusante façon de recourir aux mêmes stratagèmes qu’Erald pour gagner un peu de temps. Tous les politiciens finissaient tôt ou tard par comprendre qu’en cas d’hésitation, il fallait à tout prix gagner du temps et ne pas abandonner à leurs adversaires une victoire facile. Souvent, dans les situations tendues, prendre quelques secondes pour respirer suffisait à clarifier des pensées confuses et reprendre la main, pour peu qu’on se montre d’un aplomb éhonté. Ce n’était pas une attitude si difficile à acquérir lorsqu’on était issu d’une aristocratie imbue d’elle-même. Le manque de confiance était un défaut que les nobles laissaient aux individus de plus basse extraction qu’eux. Elevés dans la conviction qu’ils étaient issus d’une matière plus raffinée, autant de corps que d’esprit, les jeunes dignitaires n’avaient aucun mal à forger une haute opinion d’eux-mêmes qui frisait l’arrogance et leur permettait d’affirmer n’importe quoi avec la plus grande assurance. Ils savaient tous pertinemment qu’ils vivaient dans une société de la représentation. Tout ce qui comptait, c’est ce qu’on parvenait à faire croire aux autres et la capacité à garder pour soi tout ce qui pouvait constituer une faille dans ce visage lisse et souriant que l’on affichait. Des années d’éducation puis de pratique parachevaient ce que des valeurs solidement ancrées dans leur milieu social commençaient. Un enfant devait se comporter comme ses parents le plus tôt possible. Erald se rappelait avec amusement d’un repas où la petite fille de son hôte, cinq ans tout au plus, s’appliquait à imiter le visage réservé de sa mère. Elle y mettait beaucoup de sérieux et de gravité, comme si la vie de ses parents en dépendait, même si elle ne pouvait s’empêcher de bailler à s’en décrocher la mâchoire dès qu’elle voyait que personne ne lui prêtait attention. Après, dans le monde des adultes, il y avait des gens plus ou moins doués, et des méthodes que l’on retrouvait de temps à autre. Avaler une gorgée de son verre ou un morceau de son plat, par exemple, donnait une bonne raison pour ne pas regarder son interlocuteur quelques secondes. Quelques secondes bien suffisantes pour prendre une décision, en général.

- Cela me convient. Seriez-vous assez gentleman pour passer me chercher ? avait fini par demander Anastacia qui était sans doute parvenue à une solution.

Voici que le destin d’Erald était scellé. Les deux sénateurs ne pourraient que se plaindre, le moment venu, de leur propre bêtise et de leur entêtement. Contre un haussement d’épaules qui convenait bien à une soirée dans une taverne misérable, Erald avait troqué un assentiment de la tête beaucoup plus aristocrate avant de se lancer dans son opération de pseudo-séduction.

Il la voyait tendue, prête à tout et absolument pas dupe de son comportement. Mais avec une admirable maîtrise d’elle-même, la jeune femme accepta de goûter ce qu’Erald lui proposait. Elle improvisait dans un rôle d’ingénue non initiée qui la rendait encore plus charmante que d’ordinaire. Mais lorsqu’il l’enlaça sous un prétexte de politesse, elle se laissa surprendre. Peut-être avait elle cru qu’Erald était trop sage pour oser la toucher. Elle se raidit, mais sans se dégager. Sans voir son visage, Erald sentait d’ici les ondes de colère qu’elle ne tarda pas à émaner, ce qui le fit d’autant plus sourire tandis qu’il manipulait avec douceur ses mains. Pendant un bref instant, alors qu’il résistait fermement à la tentation de déposer un baiser sur le cou tout proche, il la cru prête à lui renverser son assiette sur le visage. Mais tout son corps finit par se détendre, et elle murmura, mutine :

-Serait-ce votre méthode pour séduire les femmes, monsieur le sénateur? Je dois avouer que c’est plutôt plaisant.

Elle tourna son visage vers celui d’Erald. Même si son regard lançait toujours des éclairs meurtriers, elle avait retrouvé son masque de candeur et n’entendait pas rester en arrière. Entrant dans son jeu, elle fit mine de vouloir goûter un autre plat et tendit la bouchée prélevée vers Erald, faussement hésitante. Sa main fit une embardée quand le sénateur l’accepta et elle étala un peu de sauce sur ses lèvres.

-Et ce plat, monsieur le Comte, comment est-il ? L’apprécierais-je? Oh attendez, je vous ai sali.

Elle entreprit d’enlever la sauce de son index, lentement, innocemment. C’était une caresse plus légère qu’un rapide baiser, mais indéniablement troublante. Autrefois, elle aurait été pleine de promesses délicieuses et encore aujourd’hui, Erald sentit son désir s’enflammer. Lorsqu’Anastacia le regarda avec un air angélique, tout en s’appliquant à se montrer incroyablement séduisante, il lui concéda la victoire. Oui, elle avait vraiment mûrie et elle savait désormais parfaitement se jouer des émotions de son ancien amant, aussi bien qu’il le faisait avec les siennes. Il y a encore quelques mois, elle se serait laissée gagner par sa colère et lui aurait fait regretter son geste d’une manière beaucoup moins subtile –et moins torturante- qu’elle ne venait de le faire. Erald la considéra avec beaucoup d’affection, et son sourire se fit plus sincère à son égard. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une sorte de fierté devant ce changement, et de la trouver étrangement attendrissante. Durant ces quelques secondes où ils se regardèrent bien en face, Erald laissa tomber ses manières d’étranger séducteur pour la considérer comme s’ils étaient seuls et non pas en train de se donner en spectacle. Il en devint presque sérieux. Puis il se détourna et reprit avec légèreté :

- Vous m’avez percé à jour, madame. Mais je m’incline devant les vôtres qui sont bien plus redoutables.

Il la lâcha, mais non sans avoir joué une dernière fois en pressant imperceptiblement son bras, d’un frôlement plus appuyé qu’il n’était nécessaire. Satisfait de la plaisanterie, il décida qu’il était temps de faire abstraction de la présence de la jolie sénatrice à ses côtés et de s’intéresser également à ses autres voisins, qu’il ne fallait pas non plus négliger. Peut-être qu’à la fin du repas, il parviendrait à la convaincre de venir discuter avec lui à l’écart : mais la connaissant, elle allait sûrement se trouver un soupirant avec qui elle s’éclipserait dès la fin de la soirée.

- Vendredi, je passerais vous chercher en début de soirée, conclut-il en reprenant leur précédente conversation comme si rien ne c'était passé.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Ven 28 Juin - 13:59

Le léger contact sembla ébranler le comte, dont les sombres prunelles émirent un éclat fugace qu’Anastacia reconnut sans peine. Elle-même devait se maîtriser pour masquer le désir qui brûlait le creux de ses reins ou la satisfaction qu’elle ressentait devant sa victoire. Pourtant, un sentiment d’amertume et d’agacement l’empêchait d’émettre une seule parole. Elle observa, fascinée et incertaine, le changement qui se produisit sur les traits d’Erald, alors que son sourire charmeur et destructeur se dissipait au profit d’une expression plus douce et intime. Il la regardait comme si personne autour ne leur portait attention, alors que bien des regards curieux se tendaient vers eux, comme s’ils se tenaient reclus dans l’une de leur chambre. Et elle le dévisageait avec intensité, cherchant en vain à lire ses pensées. L’espace d’un instant, d’un court moment, la musique et les rires s’évanouirent, seul demeurait audible le battement rapide de son cœur. Erald ne jouait plus, elle le savait et cela l’intriguait, voire l’inquiétait. Peut-être avait-elle franchi les limites. Serait-ce possible? Sa nervosité et son malaise se mêlèrent à sa curiosité. Elle ne trouva aucune réponse dans les yeux de son compagnon, lesquels l’attirèrent imperceptiblement. La jeune femme amorçait un mouvement subtil lorsque le Comte se détourna.

-Vous m’avez percé à jour, madame. Mais je m’incline devant les vôtres qui sont bien plus redoutables.

Plus redoutables, certes, mais ses méthodes étaient à double tranchant. Peu importait si les conséquences retombaient sur elle, tant et aussi longtemps que son adversaire en ressentait les effets mordants ou déclarait forfait. Sa sœur lui avait déjà reproché ce comportement, cette manie de trop s’investir. Au final, Anastacia en paierait le prix. Cette dernière ignorait si elle était satisfaite de son échange avec Erald. L’arrière-goût amer dans sa bouche refoulait son plaisir, ainsi que la pression sur son bras qui résultait du touché du sénateur. Curieusement, la colère d’Anastacia avait diminué. Oh, sa rancœur était toujours présente, mais son envie de mutiler ce joli minois à l’aide de l’une de ces bougies disposées sur la table n’était plus aussi impérative, quoique tentante. Elle se permit néanmoins un léger sourire et se trempa les lèvres dans sa coupe de vin. Le breuvage la revigora et lui permit se recomposer.

-Ce vendredi donc, reprit-elle d’une voix douce, arborant un sourire à la fois coquin et espiègle, effleurant doucement la main de son ancien amant. Je meurs d’envie d’y être. J’ai cru comprendre que les femmes s’ennuyaient très peu en votre compagnie, et vous avez sans doute l’une des meilleures loges pour bien jouir du spectacle.

Elle but à sa santé avant de lui tourner le dos, engageant la conversation avec sa voisine de table. Du coin de l’œil, elle perçut leur hôtesse, Druella de Sersan, les observer encore quelques instants avant de se plonger dans une conversation avec un bel homme d’âge mûr, assis près d’elle. Anastacia aurait deux ou trois mots à lui dire à la fin de la soirée sur ses projets d’entremetteuse. Soupirant, la jeune sénatrice goûta à une autre assiette. La nourriture était exquise, sans conteste, et ravivait de vieux souvenirs à la fois douloureux et agréables. Bien qu’elle fît mine d’accorder que très peu d’attention à son ancien amant, sa présence se démarquait par le son de sa voix modulée et par la tension qui demeurait tangible. Il la surprenait de temps à autre, le considérant de biais, silencieuse et pensive.

Ces soirées mondaines avaient été plaisantes à l’époque où Anastacia ne se préoccupait que de son plaisir et de sa jeunesse. Les invitations se multipliaient, la musique, le vin et le sexe devenaient ses habitudes quotidiennes. Son père avait été réticent à l’envoyer à la Capitale, connaissant sa fille, mais l’opportunité de lui faire connaître les lieux et les gens avait été bien plus alléchante. Elle avait été insouciante, impétueuse. Seuls Erald et Arisha étaient parvenus à tempérer les pulsions et la fougue qui animaient Anastacia Dragomirow, bien que son ancien partenaire ait alimenté chez elle un appétit vorace et une convoitise excessive. Encore aujourd’hui, la proximité d’Erald Halbrum réussissait à éveiller chez elle tout un éventail de sentiments, passant de l’agressivité au calme froid, à travers la curiosité, l’amusement et le désir.  Lorsqu’elle avait été nommée sénatrice de Dargon, elle avait su que son chemin rejoindrait celui du sénateur du Khini Lao. Anastacia avait imaginé leur première rencontre, mais aucun de ses scénarios ne correspondait à l’instant présent. Certes, l’émasculer n’avait été qu’un simple fantasme éphémère. Et après tout, s’avoua-t-elle à regret, la perte du membre de monsieur le Comte serait une bien triste chose.

Les tables furent desservies, et de jeunes femmes en jolie robe à la coupe du Khini Lao vinrent offrir le thé et le dessert. Certains invités s’étaient déjà remis sur leurs pieds, discutant et buvant leur vin. Anastacia s’excusa auprès de ses voisins de table et se redressa, allant rejoindre des connaissances postées près des fenêtres du restaurant. Il s’agissait de femmes de la noblesse avec qui elle avait partagé quelques soirées amusantes et festives lors de ses premières années dans la Capitale. Elle ne demeura pas longtemps avec elles, les quittant pour un autre groupe, saluant des visages familiers, échangeant quelques paroles avec des hommes qui apparaissaient sur son chemin. Quelques-uns lui susurrèrent des propositions attrayantes qui la firent sourire. Certes, elle avait bien envie de se trouver un partenaire avec qui terminer la nuit mais, curieusement, le seul homme qui lui plaisait en ce moment était celui qu’elle méprisait. Son attention était souvent attirée par la silhouette aux larges épaules d’Erald Halbrum et par celle de la belle artiste qui pendait à son bras. Anastacia se caressa doucement les lèvres du bout des doigts, une lueur étrange brillait dans ses yeux d’un bleu glacé. Ils avaient l’habitude, Erald et elle, de se retrouver en fin de soirée et de quitter les lieux ensemble. Oh, elle ne souhaitait pas revenir chez elle accompagnée du sénateur. Seulement, elle se sentait un brin nostalgique… et envieuse de cette catin insignifiante. Ce qui n’améliora pas son humeur ni son envie de jouer. Elle attendit de croiser le regard d’Erald et s’éclipsa à l’extérieur de la pièce, empruntant le trajet qui menait vers une petite cour intérieure. Avec un peu de chance, il la suivrait.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Dim 7 Juil - 14:34

Quand le visage d’une aussi belle femme se trouvait à quelques centimètres du sien, Erald éprouvait toujours quelques difficultés à ne pas se laisser hypnotiser par la soie douce d’une bouche toute proche.  En l’occurrence, il ne s’agissait pas des lèvres de n’importe qui et Erald se souvenait de toutes les fois délicieuses où il avait eu l’occasion de les embrasser et d’enlacer le corps qui allait avec.  Avec un soupir intérieur, il ferma brièvement les yeux pour se dérober à toutes tentations.  Quand il les rouvrit, Anastacia s’était recomposé son visage de sénatrice rôdée à la séduction et avait repris leur conversation avec son ton mielleux habituel :

-Ce vendredi donc. Je meurs d’envie d’y être. J’ai cru comprendre que les femmes s’ennuyaient très peu en votre compagnie, et vous avez sans doute l’une des meilleures loges pour bien jouir du spectacle.

Erald s’autorisa un léger rire :

- Voici une réputation à double-tranchant que je me garderais bien de confirmer. Vous verrez par vous-même, mais je suis certain que ma présence ne sera qu’un simple complément au plaisir du ballet.

Comme elle levait son verre pour clore la conversation, Erald fit de même avant de se préoccuper des invités assis en face de lui. Dalhia, la jolie ballerine, s’était depuis longtemps détournée des anciens amants et s’occupait des autres voisins du sénateur en bavardant d’une voix douce.  Grâce à ses bons soins, Erald pu facilement participer à la discussion et consacra le reste du repas à laisser trainer une oreille attentive à ses interlocuteurs quand il ne dispensait pas quelques bons mots. Néanmoins, il restait songeur. La présence d’Anastacia lui avait rappelé un entretien qu’il avait eu quelques jours plus tôt avec Zacharias Flash, la jeune fripouille qui lui servait d’informateur.  Comme le jeune homme avait été complètement soul, il n’y avait pas eu grand-chose à tirer de cet échange mais Zacharias avait cependant abordé un point qui concernait de très près  la jeune femme : la mort de sa sœur ainée, quelques mois plus tôt. A cette époque –quand le Sénat avait été victime d’un attentat -, c’était Arisha qui était sénatrice de Dargon ; et Erald n’avait plus aucun contact avec Anastacia.  Ne souhaitant pas la perturber d’avantage,  il s’était contenté de lui adresser un bref courrier officiel pour exprimer ses condoléances. Il avait amèrement regretté de ne pas pouvoir être plus présent à ces moments difficiles, mais il n’avait pas eu le choix. Leur rupture était trop fraîche.  Le plus terrible dans cette histoire, c’était qu’Arisha Dragomirow n’était même pas morte à cause de l’explosion ; elle avait été assassinée dans son bureau quelques minutes auparavant. Cela, Anastacia devait certainement être au courant, et Erald, connaissant le tempérament de la jeune femme, savait qu’elle avait du enquêter de son côté afin de venger sa sœur.  Où en était cette enquête ? Erald l’ignorait. Mais lui aussi s’était penché sur cette affaire, et Zacharias lui en avait soufflé un élément essentiel.  Le sénateur n’était pas encore très certain de ce qu’il allait faire de cette information.

La table finit par être débarrassée et les convives se levèrent afin de profiter du jardin. Erald tendit galamment son bras à Dalhia et l’entraina vers d’autres personnalités à qui il voulait toucher un mot. Il entrapercevait parfois la sénatrice de Dargon, tout aussi occupée que lui à participer aux mondanités.  Connaissait-elle le nom du meurtrier de sa sœur ? Et savait-elle ce qu’il était advenu de lui ? Erald n’avait toujours pas percé les motivations derrière cet assassinat, mais il se doutait que le tueur n’avait pas agit à son propre compte.  Dès lors, même si l’Eglise s’était occupée de lui, il n’en restait pas moins des zones d’ombres protégeant les vrais coupables.  Peut-être que si l’expérience de vendredi s’avérait concluante et qu’Anastacia se montrait prête à reprendre une relation cordiale avec Erald, le sénateur aborderait ce sujet avec elle. Mais de toute évidence, il était encore trop tôt pour ramener l’ombre d’Arisha entre eux.  Sa décision arrêtée, Erald s’autorisa un coup d’œil vers la jeune femme brune. Il la trouva à l’autre bout du jardin, près d’une petite porte qui menait plus bas. Elle se tenait bien droite, le menton en avant, et surtout, elle avait son regard de saphir glacé planté dans le sien.  Elle le fixa quelques secondes avant de se détourner et d’emprunter la porte, dans une invitation assez claire. Curieux, Erald attendit néanmoins quelques minutes, puis s’excusa auprès de Dalhia et des autres participants à  la conversation. Il se glissa à la suite d’Anastacia et parcourut quelques mètres de chemin dallé. Ce dernier menait à une petite cour aménagée en jardin de rocailles, qu’il parcourut des yeux avant d’arrêter son regard sur Anastacia.

Que pouvait-il lui dire ? Spontanément, il l’aurait taquiné sur tous les soupirants qui étaient venus rôder auprès d’elle depuis le début de la soirée : mais cela aurait été d’assez mauvais goût dans un contexte de retrouvailles d’ex-amants qui avaient passés leur temps à se chamailler à ce sujet.  D’un autre côté, si elle s’était éloignée en l’invitant à la suivre, cela devait signifier qu’elle était prête à discuter d’une façon plus ouverte qu’en début du repas.

A une autre époque, s’éclipser ainsi d’une réception avait été monnaie courante. Erald et Anastacia se retrouvaient à l’écart, dans un jardin ou une pièce éloignée. Il l’attrapait par la taille, elle posait ses doigts sur sa nuque, ils s’embrassaient. C’était les prémices d’une deuxième soirée bien plus amusante que la première.  Aujourd’hui, il se tenait à une distance respectueuse et se méfiait plus particulièrement de ses ongles.  Un coup de griffes était bien vite arrivée, et Anastacia avait peut être juste envie de passer ses nerfs sur quelqu’un.

- Commencerais-tu à t’ennuyer ? demanda-t-il tranquillement en laissant tomber le vouvoiement trop poli et distant de tout à l’heure.  C’est toujours plus animé qu’au Sénat, pourtant, quoique tu sembles t’investir plus que moi dans les débats. La fonction de sénatrice te va bien, par ailleurs.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Dim 7 Juil - 22:52

Anastacia patienta, les mains jointes devant elle, le regard braqué vers le ciel. Le petit jardin était à découvert et une brise nocturne, fraîche et revigorante, lui caressa le visage et la gorge. Elle ne se demanda pas si le sénateur du Khini Lao la suivrait, elle se doutait bien que sa curiosité le pousserait à la rejoindre. Non, elle s’interrogeait plutôt sur les raisons pour lesquelles elle voulait discuter avec lui sans une audience indiscrète. En somme, la jeune femme n’avait rien à lui dire ou peut-être souhaitait-elle l’affronter en un tête-à-tête privé et voir comment ils réagiraient l’un envers l’autre. Du moins comment elle, elle réagirait; Erald avait toujours su mieux se maîtriser qu’elle-même. Et s’ils devaient passer la soirée ensemble vendredi prochain, Anastasia devait s’assurer qu’elle pouvait lui parler et se tenir près de lui sans lui sauter à la gorge. Elle réprima un soupire découragé.

Une ombre aux larges épaules se découpa à l’entrée du jardin, qui fit bientôt place à Erald Halbrum. Il se tenait en retrait, hors de sa portée. Anastacia se permit un sourire malicieux, mais ne prononça pas une seule parole. Une impression de déjà-vu la rendit un brin nostalgique. Mais rien n’était comme autrefois. Anastacia ne s’avancerait pas à sa rencontre, ne se blottirait pas contre son torse alors que les mains de son amant lui effleureraient le dos et la nuque. Le silence persista, sans être véritablement déplaisant, jusqu’à ce que son compagnon le rompe.

-Commencerais-tu à t’ennuyer? s’enquit-il, d’une voix douce. C’est toujours plus animé qu’au Sénat, pourtant, quoique tu sembles t’investir plus que moi dans les débats. La fonction de sénatrice te va bien, par ailleurs.

Les sourcils de la sénatrice eurent un imperceptible froncement. Elle releva le ton plus familier et intime d’Erald, qui signifiait probablement que le masque poli et distant avait disparu. Même sa voix sonnait différemment, moins veloutée et plus tendre. Anastacia hésita. Devait-elle l’imiter et s’exposer à lui? Pourquoi l’avait-elle entraîné jusqu’ici si ce n’était pour profiter de leur solitude? Les compliments du sénateur lui ravirent un sourire de gratitude bien avant qu’elle ne puisse l’intercepter. C’était probablement le premier vrai sourire qu’elle lui accordait depuis la rupture. Et cela la troubla.

-Arisha faisait une excellente sénatrice, se contenta-t-elle de répondre après un long silence. J’essaie d’honorer sa mémoire comme je peux. Notre père serait mort de honte si je ne devais pas remplir mes fonctions correctement… et j’ai toujours été plus emportée que toi sur bien des aspects.

La barre était haute, en réalité. Son père le lui avait clairement fait savoir. Arisha accomplissait ses devoirs avec précision et sérieux. Quant à Anastacia, elle avait toujours évité les corvées fastidieuses au profit du divertissement et du plaisir personnel. Pourtant, elle réalisa qu’elle aimait bien son nouveau titre et les lourdes charges ne lui paraissaient plus aussi pénibles, mais elle était beaucoup trop critique envers elle-même. Elle se comparait constamment à Arisha, dont le meurtre lui revenait trop souvent à la mémoire. C’était injuste. Elle n’aurait pas dû mourir. Et Anastacia regrettait que l’assassinat de sa sœur favorise ses propres ambitions.

La jeune femme dut se recomposer rapidement, sentant son air glacé et détaché se flétrir. Elle ne voulait pas se montrer faible devant le sénateur, pas parce qu’ils avaient vécu une histoire ensemble… Seulement, personne ne devait la voir désespérée et faible. Après tout, elle avait une réputation et un orgueil à préserver. Dommage pour toi qu’Erald te connaisse comme s’il t’avait façonnée lui-même, lui susurra une voix mesquine. Anastacia chassa cette vilaine pensée, ainsi que le soudain et désagréable besoin de s’ouvrir à quelqu’un, à lui. Lorsque l’on conserve trop longtemps des émotions enfouies en soi-même, elles menacent d’éclater d’un moment à l’autre. Et la jeune sénatrice réussissait avec peine à contenir l’explosion. Elle préférait quand cela implosait à l’intérieur d’elle-même, même si les dégâts s’avéraient parfois… dévastateurs.

-Je ne m’ennuie pas
, répondit-elle à sa première question, une ombre survolant ses traits. Seulement, on dirait que tout était plus plaisant avant.

Avant sa nomination au rang de sénatrice et la mort de sa sœur, avant la rupture avec Erald et les discordes que cela avait entraînées. Tout avait été plus plaisant et inconscient lorsqu’elle était plus jeune et fréquentait de nombreux amants. Tout avait été bien plus plaisant lorsqu’elle était amoureuse d’Erald Halbrum. Chaque soirée amenait des sorties, des festivités et des spectacles, chaque nuit apportait des nouveautés et des vices délicieux et chaque matin une brève séparation tumultueuse. Était-ce cela vieillir, perdre le plaisir dans les anciennes pratiques? Peut-être Anastacia aurait-elle mieux apprécié la soirée s’il n’y avait pas eu Erald. Elle amorça un bref haussement d’épaule, indécise. Curieusement, elle était contente de le revoir et satisfaite de ne pas s’être compromise, même si dans ses veines palpitait une sourde colère.

-Tu n’as pas vraiment changé, Erald, ajouta-t-elle doucement, plongeant ses yeux froids et bleutés dans les siens, soudainement très consciente des pas qui les distançaient l’un de l’autre.

Elle n’avait pas prononcé son prénom à haute voix depuis bien longtemps. Il roula sur sa bouche, dégageait une saveur onctueuse et amère. Autrefois, elle le désignait toujours par l’un de ses titres honorifiques et réservait son prénom pour les moments les plus intimes. Cela revêtait à ses yeux une proximité et une affection particulières. Elle avait toujours préféré que seules les personnes qu’elle estimait le plus puissent l’appeler par son prénom.

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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Lun 8 Juil - 23:14

Le charmant sourire qui naquit spontanément sur les lèvres d’Anastacia surprit agréablement Erald, qui ne pu que lui en renvoyer un à son tour. Il avait été tout à fait sincère dans son affirmation. Le Sénat avait besoin de membres dynamiques, avec la volonté d’aller au fond des choses et d’atteindre ses buts. Et de la volonté, Anastacia n’en manquait pas, évidement. Elle obtenait toujours ce qu’elle souhaitait, avec une rapidité admirable. D’autre part, l’expérience de l’arène politique réelle avait façonné et ciselé les talents latents de la jeune femme en la matière. Quand elle était arrivée à la capitale, il y a quelques années, Anastacia était pleine d’éclat, curieuse et intelligente. Mais elle était également inexpérimentée, capricieuse et impatiente comme une enfant. Des traits de caractère qui lui avaient joués des tours en de maintes occasions. L’apprentissage sur le tas, les conseils de ses amis proches et sa vivacité d’esprit avaient aiguisés sa méfiance dans un premier temps, mais l’exercice des fonctions de sénatrice avait achevé sa formation politique. Lorsqu’on était Sénateur, on n’avait pas de remparts : il fallait se lancer à corps perdu, mû par ses propres décisions, dans le jeu des alliances. Bien évidement, on recevait des conseils –autoritaires- de la part des dirigeants de la province dont on était issu. Des instructions, des orientations à suivre. Mais souvent, le sénateur devait avoir recours à son unique habilité pour obtenir gain de cause et saisir les bonnes opportunités. Erald avait pu voir au fil des mois comment Anastacia se débrouillait en la matière, et il avait été secrètement satisfait de la voir s’épanouir autant et si rapidement. Loin de céder aux facilités ou de ne pas prendre ses responsabilités, elle avait mis tout son cœur à l’ouvrage. De la même façon qu’Erald avait été fier des progrès qu’elle avait faits en joute sentimentale, il était heureux de ceux réalisés dans l’art de la politique. Ce n’était plus la fille –certes flamboyante et particulièrement séduisante- à peine sortie de l’adolescence d’il y a cinq ans, mais une jeune femme accomplie, en pleine possession de tous ses moyens. Et actuellement, plus attirante que jamais, avec son sourire qu’elle essayait de retenir. Erald sentit une chaleur qui n’avait rien à voir avec les gestes aguicheurs du début de repas se diffuser dans sa poitrine. Sans doute aurait-il été encore plus amoureux d’elle aujourd’hui qu’au début de leur relation, s’il n’y avait pas eu la rupture entre les deux. Sans doute parce que lui aussi avait vieillit et que s’il appréciait toujours la spontanéité rafraîchissante d’une fille de vingt ans, il avait appris à rechercher un peu plus que ça.


-Arisha faisait une excellente sénatrice, finit par répondre Anastacia d’une voix neutre. J’essaie d’honorer sa mémoire comme je peux. Notre père serait mort de honte si je ne devais pas remplir mes fonctions correctement… et j’ai toujours été plus emportée que toi sur bien des aspects.

Aah, les pères et la fratrie. Voilà un sujet qu’Erald connaissait très bien, songea-t-il avec amertume. En tant que cadet à l’ombre d’un frère déshonorant mais néanmoins brillant, il ne pouvait que parfaitement comprendre ce que ressentait Anastacia. Au moins n’avait-il pas pris la place de son frère à sa mort ; George n’avait jamais été destiné à la diplomatie. Il aurait du reprendre le titre de comte du Khini Lao à la mort de leur père, et gérer paisiblement son domaine en amassant tranquillement influence et richesse. Eventuellement, belliqueux qu’il était, il aurait été chevalier ou quelque chose comme ça. Quant au caractère, Erald avait toujours été plus terne que son aîné. Plus discret, moins bravache : en somme, le mal-être d’Anastacia au sujet de sa sœur, transparent dans ses paroles comme dans son visage sombre, était parfaitement clair pour Erald. Il se rappelait d’Arisha, toujours élégante et intègre : il l’avait apprécié comme collègue et comme amie bien avant de faire la connaissance de sa sœur. C’était en outre une excellente politicienne.

-Je ne m’ennuie pas, reprit Anastacia dans un haussement d’épaules. Seulement, on dirait que tout était plus plaisant avant. Tu n’as pas vraiment changé, Erald.

Elle avait encore ce regard direct et inquisiteur, qui aurait donné des papillons au ventre d’un Erald adolescent et qui obligeait l’Erald d’aujourd’hui à se remémorer toutes les bonnes raisons pour lesquelles il avait rompu avec elle, ne lui avait plus parlé depuis presque deux ans et ne voulait surtout pas céder à la tentation de ces prunelles de sirène. Le vin doux du Khini Lao, auquel il était pourtant habitué, avait traitreusement embrumé la partie censée de son esprit et affuté celle sensorielle. C’était assez drôle, en fait, de la part d’un natif de la région qui connaissait parfaitement l’effet retors des spiritueux de la province et de la part d’un type qu’on surnommait « l’Ivrogne » dans les bas-fonds de la ville. Oh, Erald aurait pu ingurgiter beaucoup plus d’alcools –et de forts, cette fois-ci- avant de sombrer dans un véritable état d’ébriété qu’il ne connaissait, fort heureusement, que rarement. Ce n’était pas ces quelques verres ridicules qui auraient pu émousser sa raison d’un centième ; il était bien trop habitué. Seulement, il était beaucoup plus facile de se laisser entrainer quand on était grisé.

- Non, pas tant que ça, en effet. Peut-être que si je me laissais pousser la barbe, on verrait plus la différence, dit-il sur le ton de la plaisanterie, pour rompre le charme qu’elle lui jetait inconsciemment –ou pas ?-. Je suis désolé pour Arisha, ajouta-t-il plus sérieusement. Vraiment.

Il était sincère. De toute façon, il devait être un des rares membres de ce cercle très fermé des individus ayant perdu leur unique frère ou leur unique sœur. Il n’était pas ravi qu’Anastacia l’ait rejoint : cela faisait maintenant longtemps que George avait été assassiné, mais Erald se rappelait parfaitement de la souffrance causée par cet évènement –une souffrance qui perdurait envers et contre tout-. Ce n’était pas quelque chose dont il parlait souvent à cœur ouvert, même aux gens qui lui étaient très proches. Il était difficile d’ignorer que les Halbrum avaient perdu leur plus brillant rejeton et qu’Erald Halbrum, sénateur célibataire goûtant aux plaisirs de la capitale, se retrouvait avec une nièce sur les bras, mais il était encore plus difficile d’obtenir de lui ses sentiments profonds à ce sujet. Pourtant, Anastacia avait été l’une des rares personnes à en avoir un aperçu, lors de fins de soirées trop longues et fatiguées ou de matins dérobés, dans une villa à l’écart de la ville.

Brusquement conscient de ce qu’Anastacia pouvait ressentir, et regrettant les mètres ridicules qui les séparaient, Erald avança de quelques pas.

- Tu n’as rien à craindre pour sa mémoire. Tu te débrouilles très bien.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Sam 13 Juil - 19:36

-Non, pas tant que ça, en effet. Peut-être que si je me laissais pousser la barbe, on verrait plus la différence, proposa Erald, amusé.

Cette réplique, aussi ridicule et insignifiante puisse-t-elle être, détendit l’atmosphère, soutirant de la gorge d’Anastacia un léger rire cristallin. Malgré elle, toute la colère qu’elle avait ressentie au début du repas se dissipait lentement, filait entre ses doigts. Une lueur espiègle dans les yeux, une pointe de malice dans le sourire, la sénatrice étudia minutieusement le visage de son compagnon, glabre et finement sculpté. D’un doigt, elle se tapota la lèvre inférieure, comme elle le faisait lorsqu’elle était songeuse.

-Même si une barbe naissante pourrait bien te faire, je suppose. Non, j’avais espéré que ton affection pour l’alcool endommage ta silhouette, mais malheureusement tu parais toujours aussi bien.

Si elle devait boire autant que lui, elle ne bénéficierait pas à l’instant d’une taille de guêpe. Anastacia se surprit à lui témoigner de la reconnaissance pour ce petit moment de détente, étonnée qu’il puisse encore la divertir par ses paroles futiles. Non, il n’avait pas tant changé, du moins d’après ce qu’elle percevait. Pensive, elle se demanda s’il la comparait à la personne qu’elle était cinq ans plus tôt, et si elle l’impressionnait. Le regard d’Erald s’assombrit, redevenant plus sérieux.

-Je suis désolé pour Arisha. Vraiment.

Ces mots l’émouvaient plus qu’elle ne le désirait. Un nœud se forma dans sa gorge et elle dut patienter quelques minutes avec de reprendre contenance, fixant intensément le dallage à ses pieds. Elle accepta ses condoléances par un mouvement de la tête, incapable d’émettre une seule parole. La jeune femme se doutait bien que sa voix trahirait ses émotions. Peu après la mort d’Arisha, Erald lui avait envoyé une lettre exprimant ses regrets, reprenant les mêmes paroles qu’il venait de prononcer, mais sur un ton plus officiel, moins intime. Il n’y avait eu aucune évocation de leur passé commun, seulement des mots de réconfort d’un homme qui avait vécu une catastrophe similaire et expérimentait le même chagrin. Pourtant, Anastacia avait conservé cette lettre, enfouie dans un coffret contenant tous ses objets les plus précieux. Lorsqu’Erald se rapprocha, réduisant à chaque pas la distance sécuritaire qui les séparait, la jeune femme dut se contrôler pour ne pas lui saisir la main ou se jeter à son cou. Malheureusement, un obstacle dur et froid derrière elle l’empêchait de reculer.

-Tu n’as rien à craindre pour sa mémoire. Tu te débrouilles très bien.

S’il continuait sur cette lancée, mielleux et sincère, la sénatrice ne manquerait pas de rougir comme une pucelle. Malgré tout, il suscitait encore chez elle des réactions puériles qu’elle préférait taire, voire éviter, notamment cette désagréable agitation dans son ventre qui lui soulevait le cœur. Au sénat, il la regardait d’une drôle de façon, un léger sourire aux lèvres, comme s’il éprouvait une certaine fierté face à quelque chose qui échappait complètement à Anastacia. Elle réussit néanmoins à lui sourire.

-En effet, grâce aux conseils d’un homme avisé que j’ai connu par le passé, ajouta-t-elle, douce et posée. Il me parlait régulièrement de ses fonctions, ça et d’autres choses, et comment il leur survivait. J’ai pu les suivre à l’occasion, ou les adapter selon mes besoins.

C’était sa façon à elle de le remercier de son temps passé à lui expliquer les complexités du métier de sénateur, ce qui avait peaufiné son apprentissage politique. Certes, son père avait sollicité les meilleurs précepteurs de Dargon pour s’occuper de l’éducation de ses filles, mais rien ne l’avait préparée à ce qu’elle allait devoir affronter en tant que membre du Sénat. Elle dévisagea méticuleusement Erald, comme si elle le voyait pour la première fois. Non comme l’homme qu’elle avait un jour aimé, mais comme le sénateur qu’il était, celui qu’elle côtoyait dans la vie publique et politique. Une bonne alliance entre leur province respective, comme de s’attacher l’homme comme allié, serait grandement profitable et bénéfique. Pouvait-elle cependant surmonter ses propres réticences? Sans doute, pour le bien de ses fonctions. Seulement, voilà, elle craignait que ses anciens sentiments, qui la hantaient déjà, ne la terrassent une seconde fois.

-Il m’a été d’une aide précieuse et j’ose espérer qu’il m’assistera encore, dans quelques circonstances.

Elle se demandait si elle pourrait encore le séduire, par simple curiosité malsaine, mais cette éventualité s’avérait beaucoup trop risquée pour sa propre personne. Peut-être parviendrait-elle à lui voler une dernière nuit, un ultime réveil. Ou tout simplement poursuivre les jeux innocents du repas à plus long terme.

-En échange de mon appui ou de ma coopération, évidemment.

On lui avait dit de ne jamais se fier à quiconque, encore moins aux membres du Sénat. Elle ne les connaissait pas encore très bien pour se faire une idée bien précise d’eux, ni une opinion arrêtée. Tout était différent lorsqu’elle considérait le sénateur du Khini Lao. Deux ans de fréquentation étaient suffisants pour apprendre à bien connaître une personne, les détails de sa vie, et à découvrir quelques pensées et sentiments tenus secret. Curieusement, Erald bénéficiait encore de la confiance d’Anastacia. Si elle devait nouer une alliance, ce serait d’abord avec le sénateur du Khini Lao.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Mar 30 Juil - 23:31

Elle avait rit.  Cela tira à Erald un sourire et un élan de satisfaction. L’humour avait beau être une technique de charme éculée, c’était toujours efficace pour réchauffer les conversations ; et Erald préférait de loin une Anastacia souriante à une Anastacia distante, sur n’importe quel plan. L’espièglerie qu’ils partageaient autrefois revint dans les prunelles de la jeune femme, tandis qu’elle répondait sur le même ton :

-Même si une barbe naissante pourrait bien te faire, je suppose. Non, j’avais espéré que ton affection pour l’alcool endommage ta silhouette, mais malheureusement tu parais toujours aussi bien.

Cet instant  de légèreté  fut cependant vite effacé par la mention d’Arisha.  Evidement, son décès pesait toujours sur sa sœur qui se rembrunit et garda le silence un certain moment, seulement capable de hocher la tête en réponse aux paroles d’Erald.  Le sénateur ne regretta pas de s’être un peu avancé : sans s’imposer auprès d’elle –il savait qu’un tel geste aurait été déplacé et embarrassant-, il pouvait lui témoigner sa sollicitude. Il n’avança pas plus, conservant le dernier mètre qui les séparait, et attendit patiemment qu’Anastacia reprenne contenance. Lorsqu’elle releva la tête, elle avait réussit à y raccrocher un sourire.

-En effet, grâce aux conseils d’un homme avisé que j’ai connu par le passé. Il me parlait régulièrement de ses fonctions, ça et d’autres choses, et comment il leur survivait. J’ai pu les suivre à l’occasion, ou les adapter selon mes besoins. Il m’a été d’une aide précieuse et j’ose espérer qu’il m’assistera encore, dans quelques circonstances. En échange de mon appui ou de ma coopération, évidemment, ajouta-t-elle.

Erald fut touché par ces paroles. C’était bien plus qu’il n’avait pu attendre de leur première conversation depuis qu’ils s’étaient séparés. Cela signifiait-il qu’une relation amicale pouvait de nouveau se bâtir ? Avec les dernières phrases de la sénatrice, il était enclin à y croire : elle joignait au plan personnel celui professionnel, fondations solides pour une amitié puisque cela les amèneraient forcément à travailler régulièrement ensemble.  Il lui adressa de nouveau un sourire, mais prit le temps de réfléchir quelques secondes. Bien évidemment, il lui offrait son aide en toutes circonstances. Cela avait toujours été le cas malgré la fin de leur liaison, et cela le resterait.  Au Sénat, c’était légèrement différent. Erald n’appuierait la province de Dargon que si cela servait celle du Khini Lao. De toute façon, il savait qu’Anastacia faisait exactement la même chose de son côté. En tant que sénateurs, c’était bien normal : néanmoins,  une alliance plus approfondie restait quand même à réfléchir. Erald se lança dans les quelques calculs et pronostics auxquels son travail l’avait habitué. En général, il avait toujours une carte des jeux politiques en cours gravée dans sa mémoire, la plus actualisée possible. Cela ne lui prenait qu’une seconde à la faire réapparaitre mentalement et à voir les conséquences qu’entrainaient diverses projections.  Oh, les intérêts de Dargon allaient souvent dans le même sens que ceux du Khini Lao. Pour autant, les deux provinces pouvaient avoir des motivations très différentes les unes des autres, ne serait-ce que parce que la situation des habitants était loin d’être la même. Au Khini Lao, région douce et tempérée, florissante commercialement, la pauvreté n’existait presque pas.  Dargon était beaucoup plus rude ; son climat glacial obligeait ses habitants à ne compter que sur eux-mêmes pour survivre. Ils avaient toujours été plus indépendants, et étaient désormais avides de redorer leur blason.  Sur le plan des volontés politiques, Erald et Anastasia soutenaient volontiers l’Empire et le rôle qu’il jouait dans la société. Ils partageaient un certain goût pour la science et ses progrès : tous les deux surveillaient de près l’actualité de ce domaine et étaient des mécènes notoires. Mais Erald était sans doute plus ouvert –plus laxiste ?- que l’implacable jeune femme.  Depuis la mort d’Arisha, il savait qu’elle nourrissait une haine fervente pour les anarchistes alors que lui-même en connaissait.  Elle était facilement extrême dans ses prises de positions, quand Erald était toujours mesuré.  Il ne souhaitait pas se faire entrainer dans une escalade de mesures radicales qui aurait pu fragiliser ses relations avec ces esprits plus ou moins libres.  Les accès d’autoritarisme d’Anastacia se heurtaient à la ferme condamnation de l’usage de la violence chez Erald.  

Quant à leurs ambitions propres… Erald avait bien vu qu’Anastacia avait changée et affuté son esprit. Mais jusqu’à quel point ? Il la soupçonnait de toujours s’emporter et se lancer aveuglement  dans la réalisation des entreprises qui la touchaient émotionnellement. A quel point son désir de venger la mort d’Arisha la guidait dans ses actes politiques ? Et elle était ambitieuse, très ambitieuse. Elle l’avait toujours été beaucoup plus que lui. Elle pouvait s’imaginer impératrice ; lui serait satisfait, à la mort de son père, de nommer quelqu’un d’autre au rang de sénateur du Khini Lao et de retourner dans sa province d’origine pour la gouverner le plus tranquillement du monde. Sans doute était-ce pour cette différence plus que tout autre que leur couple n’avait pas marché : Anastacia n’aimait déjà pas s’attacher à quiconque, alors, se retrouver épouse d’un petit comte alors qu’elle pouvait espérer une alliance bien plus prestigieuse…

- Il faudra que tu me présentes cette perle rare, lança-t-il avec gaieté.  J’aimerais être aussi bien entouré que toi.

D’un revers de la main, il balaya la plaisanterie :

- Tu sais bien que ça sera le cas. Je ne pourrais pas te tourner le dos si tu avais besoin de moi : mais honnêtement, je crois qu’au Sénat, tu es désormais tout à fait capable de voler de tes propres ailes et d’assumer tes choix.  Je ne manquerai pas de te suivre si ces derniers conviennent aux miens.  Mais nous aurons tout le loisir d’en discuter en profondeur vendredi ; ce soir, à une heure aussi tardive, je n’ai pas vraiment l’esprit à cela.

Il jeta un coup d’œil au ciel ; les dernières lueurs du soleil s’estompaient dans un profond bleu gris ouaté qui laissait présager une nuit particulièrement nuageuse. Peut-être était-il temps de quitter la réception.
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MessageSujet: Re: Engagement des négociations   Sam 10 Aoû - 13:51

« … Mais nous aurons tout le loisir d’en discuter en profondeur vendredi ; ce soir, à une heure aussi tardive, je n’ai pas vraiment l’esprit à cela. »

Anastacia, plutôt que de suivre le regard du sénateur, se contentait d’observer un silence pensif, fronçant légèrement ses fins sourcils. Elle profita de ce court répit pour l’examiner attentivement, sans qu’il ne le remarque. Ses paroles ne l’avaient pas étonnée, ni déçue. Curieusement, elle s’était attendue à ce type de réponse. Le sénateur du Khini Lao n’avait rien à gagner en refusant une telle possibilité, mais tout à perdre si l’alliance l’entraînait dans les dédales obscurs des projets ambitieux de sa collègue. Elle savait pouvoir se fier à lui dans certains domaines, peut-être arriverait-elle à lui soutirer quelques informations… confidentielles. Sans doute espérait-elle que leur titre politique les rapproche un peu, afin qu’elle apprenne à connaître une autre facette de cet homme. Anastacia souhaitait se détacher de l’amant qu’il avait été, rompre avec toutes ces émotions étouffantes qui affluaient en elle. Colère. Confusion. Désir. Mais leur intensité lui permettait justement de conserver sa force, de la décupler.

-Bien sûr… même si j’espère que nos discussions porteront sur des sujets plus… divertissants, répondit-elle d’une voix douce et amusée.

La jeune femme redoutait presque leur prochain tête-à-tête. Certes, ils étaient seuls à l’instant même, mais des éclats de voix leur parvenaient de la salle de réception. Et tout se déroulait… plutôt bien, à sa grande surprise. Seulement, se distancer des autres pour quelques minutes n’avait rien à voir avec une soirée complète en sa compagnie. Une palpitation anxieuse lui étreignait le cœur. Leurs précédentes conversations, sur la mort de sa sœur et sur le plan politique, lui avaient empêché de bien se concentrer sur ses souvenirs, sa rancœur. Et comment devrait-elle se comporter lors de leur rendez-vous? Comme elle se conduit avec les autres hommes? Charmante, mielleuse, voluptueuse? Lentement, elle secoua sa tête, comme pour chasser ses pensées.

Ses pieds s’ébranlèrent, réduisant le peu de distance qu’Erald avait maintenue entre eux deux. Sa main se déposa avec délicatesse sur le torse chaud de l’homme, les doigts se crispant légèrement sur son vêtement. Un sourire fugace soulevant les commissures de ses lèvres. Ce simple contact lui procura un frisson agréable.

-Si je me souviens bien, la nuit vous apportait d’autres… préoccupations. Nous nous sommes que trop attardés ici, et vous avez une charmante compagne qui doit se morfondre pendant votre absence.

Son sourire devient rapidement malicieux. La main se délogea. Et Anastacia le dépassa, prenant bien soin de le frôler au passage. Alors qu’elle parvint à la sortie du jardin, la sénatrice s’immobilisa.

-Je vous souhaite une agréable soirée, monsieur le sénateur, ne m’oubliez pas vendredi.

Sur ces mots, la sénatrice de Dargon s’engouffra dans le corridor du restaurant, rejoignant les invités et l’hôtesse. Elle s’excusa auprès de celle-ci, prétextant une certaine fatigue avant de s’éclipser à l’extérieur. Le vent frais lui balaya le visage et les épaules découvertes. La faible luminosité lunaire se reflétait sur sa peau d’albâtre. Anastacia Dragomirow n’accorda aucun regard en arrière, sachant pertinemment que si elle se détournait ne serait-ce qu’un peu… ses pas la mèneraient vers un sentier glissant qu’elle préférait éviter.
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Engagement des négociations

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