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 Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]

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MessageSujet: Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]   Ven 30 Mar - 10:29

    Cette mâtinée débutait mal. À peine avait-il rejoint son bureau que la douce voix d'un supérieur le hélait. Une main sur le dossier de sa chaise, le blond gémit faiblement. Son nom résonna une fois de plus le forçant à se tourner, l'air contrarié. Un signe de main et son corps avança près du bureau de l'homme. Dès qu'il fut à proximité, l'ordre tomba : aller faire un tour chez le médecin légiste, Eugene Crowley, afin de procéder à une petite vérification. Une jeune domestique avait disparu depuis une semaine. Ses parents avaient signalé l'incident à une caserne de quartier mais la mère jugeant que rien ne bougeait, était venue à la caserne centrale. Mettre la main sur une femme de basse extraction ne méritait pas de mobiliser les plus chevronnés. Luthais se garda de protester même si l'odeur de la mort à cette heure de la journée ne l'enchantait guère. Histoire de tâter le terrain, il suggéra une autre hypothèse. Elle était peut-être seulement en fuite dans une autre province. La réplique fut rapide. Cette femme devait se marier à la fin du mois et ses parents n'avaient constaté aucun effet personnel manquant. Nullement dupe de cette manœuvre pour échapper à la tâche, l'homme lui tendit une feuille avec la description puis lui intima l'ordre de partir sur-le-champ. Le jeune homme obtempéra tout en rangeant le papier dans une poche.

    En chemin, il repensa à la disparue. Son employeur devait être tellement attristé que se déplacer relevait de l'épreuve insupportable. Une bonne de perdue, une de retrouvée dans la foulée. Non, tous n'étaient pas ainsi. Dans quelques familles, il y avait au moins un membre du personnel faisant parti des meubles. Mais cela concernait surtout les familles conservant les vieilles traditions. Au lieu de rêvasser davantage, Luthais réalisa que l'adresse du médecin lui était partiellement inconnue. Connaître le nom du quartier ne suffisait pas pour s'y rendre immédiatement. Profond soupir. Il s'imaginait mal retourner à la caserne pour cela. Un homme et un adolescent passèrent à côté de lui discutant de ce qu'ils avaient l'intention de faire aujourd'hui. La rue manquait d'animation et les passants n'étaient pas légion. Pas autant de sources potentielles d'informations qu'au marché mais tant pis.

    D'un pas décidé, il se dirigea vers la première personne aperçue la pressant sans attendre d'une question. L'autre sursauta et s'empressa de répondre comme pour se débarrasser de lui. Pas la peine de dire merci. Le magistrat s'en alla en grommelant. Si les indications étaient fausses, il se promettait de lui remettre la main dessus. Malheureusement, au bout d'une quinzaine de minutes, ses pieds s'arrêtèrent devant la bonne porte. Sa main droite massa son ventre soudainement indisposé. Son corps fit demi-tour pour marcher un peu plus loin dans la rue. Il pourrait dire que le médecin était absent. Ses mains se posèrent sur ses hanches alors que sa tête s'agitait presque frénétiquement de droite à gauche. Aisément vérifiable cette idée. Revenant sur ses pas, il fixa la porte à la recherche d'inspiration. Elle semblait surtout lui confirmer que s'il ne désirait pas un nouvel ennui sur les bras, il avait intérêt à la franchir sans tarder. De toute façon, que craignait-il ? Il y aurait plus de morts que de vivants.

    Dans un élan de lucidité, le jeune homme toqua à la porte mais recula d'un pas à l'apparition d'un homme. Ah un majordome... Un sourire crispé se plaqua sur son visage.

    — Bonjour, je suis le magistrat Kritz, je souhaiterais m'entretenir avec Monsieur Crowley...

    Des précisions inutiles venaient d'être alignées. Il en aurait juré. Le domestique ne cilla pas et se contenta de répondre.

    — Si vous voulez bien me suivre, je vous prie.

    Et Luthais entra tout en combattant une furieuse envie, une fois de plus, de rebrousser chemin.
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MessageSujet: Re: Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]   Ven 30 Mar - 12:21

EUGENE&LUTHAIS
parce que vous trouvez ça beau
vous, peut-être ?



Eugene porta la tasse de thé à ses lèvres et en prit une gorgée avant de la reposer sur la table devant lui. Ses yeux se posèrent sur la lippe tremblante et les prunelles rougies de la femme en face de lui qui tentait de boire son thé sans en renverser sur ses jupes tant ses mains s’agitaient. L’homme à côté d’elle se tenait bien droit mais les poches sous ses yeux indiquaient qu’il n’avait pas dormis depuis très longtemps. « Vous… vous m’assurez qu’il sera comme avant ? » fit alors la voix brisée de la femme. Eugene s’arma de son sourire le plus compatissant mais préféra ne pas poser sa main sur celle de la belle éplorée comme il aurait eu tendance à le faire avec d’autres clients, songeant que son rang ne lui permettait pas d’être aussi familier avec une femme de cet acabit. Après tout, l’épais rubis qui ornait son cou blanc, son maquillage et les soieries onéreuses qu’elle portait signifiaient bien qu’elle appartenait à un tout autre monde. Eugene n’était que Vicomte et ses clients avaient souvent tendance à l’oublier et à le prendre pour un simple petit bourgeois. « Je vous le promets, dit-il alors d’une voix douce. Votre fils sera aussi resplendissant qu’il devait l’être de son vivant. » Un sanglot secoua les épaules de la jolie noble qui préféra reposer sa tasse de thé plutôt que de se bruler. Son époux se racla la gorge et se leva. « Bien. Nous comptons sur vous, Monsieur Crowley. » Eugene hocha la tête et l’homme passa un bras autour de la taille fine de sa femme pour l’aider à quitter le petit salon dans lequel il les avait accueillis. Il les raccompagna jusqu’à la sortie, suivi de près par Erik qui leur ouvrit la porte et les salua poliment.
Le médecin légiste soupira et passa une main dans ses cheveux avant de se tourner vers son majordome qui semblait attristé. « Oui, moi aussi je préfère quand ce sont des vieillards ou des ivrognes, » dit-il à l’homme à son service avant de prendre la direction de son laboratoire. Il y régnait une étrange odeur. Celle des corps en putréfaction était masquée par un mélange de formol et de bougies au fort parfum mentholé. Mais cette odeur convenait parfaitement à Eugene qui, à vrai dire ne la sentait même plus. Il y avait trois cadavres dans la pièce. Celui d’un vieil homme que personne ne semblait connaître, un qu’on lui avait apporté dans la matinée et sur lequel il n’avait pas encore eu le temps de se pencher mais qui, à première vue, allait être très difficile à remettre en état – voire impossible. Et enfin, le cadavre d’un enfant de cinq ans. Le petit avait des cheveux auburn qui avaient sûrement été aussi brillants et soyeux que ceux de sa mère. Son visage était d’une pâleur fantomatique et un bandage imposant entourait son crâne. L’enfant – Dickon de son prénom – avait fait une chute impressionnante du poney qui lui avait été offert pour son anniversaire et était resté alité pendant une semaine, pris de fièvres terribles et espérant guérir d’une blessure grave à la tête. Malheureusement, cette fois-ci la mort n’avait pas été clémente et avait pris le garçon cette nuit, alors que sa mère le veillait une fois de plus.

Eugene s’approcha de la table sur lequel reposait le corps menu de Dickon. Ses doigts fins s’emparèrent du bandage rougis qui enserrait sa tête et entreprirent de le défaire. Le jeune homme se mit alors à fredonner une berceuse qu’il avait déjà entendu Rosaline chanter en faisant la cuisine tout en préparant le corps du garçon. Il l’ouvrit délicatement et entreprit de retirer les organes internes qui risquaient d’accélérer la décomposition du corps de l’enfant. Lorsqu’il commençait à travailler, Eugene avait tendance à perdre la notion du temps. Son but était de faire en sorte qu’aux yeux de ses parents, Dickon ait simplement l’air endormis. Masquer les ravages de la mort sur le corps humain, faire disparaître la terrible plaie qui l’avait tué. C’est un coup frappé à la porte qui l’interrompit dans son travail. Il venait d’achever de retirer les organes internes de l’enfant et l’avait proprement recousu avec du fil de soie. « Oui ? » fit-il avant de s’approcher d’un bac d’eau afin de se nettoyer les mains. Erik pénétra dans la pièce, suivi d’un jeune homme blond qu’Eugene ne connaissait pas. Il nota néanmoins l’uniforme et s’essuya les mains à l’aide d’une serviette avant de s’avancer. « Le Magistrat Kritz souhaite s’entretenir avec vous au sujet d’une disparition, Monsieur, » signala le majordome. Eugene fronça légèrement les sourcils puis hocha la tête en signe d’assentiment. « En quoi puis-je vous aider, magistrat ? » demanda Eugene avant de saisir un pot qu’il s’empressa d’ouvrir avant de le tendre en direction du jeune homme.

« L’odeur de la mort peut être fort déplaisante, ceci vous aidera à l’oublier un peu. A mettre sous votre nez, » dit-il avec un mince sourire. Lui-même n’utilisait plus tellement cette mixture. Le formol et les bougies mentholées l’aidaient à supporter l’odeur des corps en décomposition. « Tu peux nous laisser, Erik, » signifia-t-il à son majordome sans se départir de son sourire. L’homme s’inclina légèrement puis quitta la pièce, laissant le magistrat et le médecin légiste seuls dans le laboratoire étrange du second. « Une disparition, a dit Erik. J’ai vu passer beaucoup de corps, mais j’ai bonne mémoire, si jamais la personne que vous recherchez s’est retrouvée ici, je ne doute pas que nous la retrouverons. »

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MessageSujet: Re: Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]   Ven 30 Mar - 20:06

    Le bruit de leurs pas résonnait dans chaque pièce. La décoration, le type de pièce passée, il était incapable d'en donner les moindres détails. Par contre, une odeur de propre les accueillait sur leur passage, signe de l'entretien impeccable des lieux. Cependant depuis le départ de l'entrée, plus que le ménage, le dos du domestique était la seule chose qui accaparait son attention. L'homme gardait les lèvres closes et prononcer un seul mot semblait déplacer. C'était dans cette atmosphère presque pesante qu'ils évoluaient. Elle était probablement en réalité moins oppressante que celle produite par son imagination. Leur arrivée devant une porte poussa Luthais vers une nouvelle préoccupation. Ses mains gantées se levèrent au niveau de son torse alors que son pouce gauche massait la paume droite. Pris par le trac et au pied du mur, son corps s'immobilisa à un mètre de son guide. Une voix s'éleva puis la porte s'entrouvrit laissant une odeur singulière se faufiler hors de la pièce. À l'intérieur, les effluves taquinaient ses narines qui regrettaient déjà l'air frais. La respiration coupée pendant quelques secondes, ses yeux balayèrent le laboratoire. Une bien mauvaise idée. À la vue d'un bac d'où dépassait une masse indescriptible luisante de sang, son estomac se retourna. Ses jambes le maintenaient tant bien que mal alors que son teint devenait plus pâle qu'à l'accoutumer. Les corps fraichement tués le jour-même ne l'incommodaient pas tout comme ceux s'apprêtant à être rendus à l'Ombre. Mais ici, la peur et l'écoeurement jouaient avec l'angoisse de la fin.

    La question d'Eugène fut clairement occultée par son esprit chamboulé. D'un air perdu, il se saisit du pot après avoir ôté un de ses gants. Murmurant, quand même, un merci. Fort déplaisante, un euphémisme si on voulait son avis. Dans une grande inspiration, ses poumons s'emplirent de ce nouveau parfum. La sensation de revenir à ses sens redonna un peu de couleur à ses joues néanmoins il ne lui manquait plus grand chose pour finir par terre. Il renifla à nouveau la mixture pensant la garder simplement sous son nez tout en exposant la raison de sa visite. Et il le fit. Aussi sérieux que Luthais pouvait en avoir l'air, il écouta l'homme. Son cœur hésita entre l'espoir et la résignation. Qui plus, retrouver prenait un autre sens dans la bouche du médecin.

    — Hm oui... ( De sa main libre, il prit son papier ) Il s'agit d'une femme, 20 ans, mesurant environ 1m64 et de corpulence moyenne. Cheveux châtain clair et yeux marrons. En signe distinctif, une tâche de naissance se trouve dans son dos. ( Ses doigts se crispèrent sur la feuille. ) Ses parents ont attendu deux jours avant de signaler sa disparition, ce qui donne environ 9 jours.

    Un bon moment. De quoi diminuer drastiquement les chances de survie dans les cas les plus graves. Son assurance avait quitté sa voix. Elle se permettait de trembler exposant une émotion dont il n'était pas fier. Les masses de chair se distinguaient nettement plus loin d'eux. La curiosité prenant le relai, le jeune homme s'approcha du plus petit corps. Sa bouille enfantine aurait attendri n'importe qui. Ses parents avaient sans doute espéré un bel avenir comme si une bonne étoile devait veiller sur lui. Son visage se tourna mais se figea devant un autre spectacle. Un pas en arrière. Deux pas en arrière. Ses lèvres s'étirèrent dans une grimace pleine de dégoût. En toute sincérité, le jeune homme n'avait pas pris la peine de vérifier la nature exacte de la forme causant sa réaction. Et cette idée ne lui effleurait même pas l'esprit.

    — Je... Je m'en remets à vous... Monsieur Crowley.

    Première et dernière fois qu'il mettait les pieds ici. Un haut-le-coeur l'agita sans prévenir. Prenant appui contre le mur le plus proche, un de ses avant-bras s'y posa puis son front se pressa contre le tissu de son uniforme. Un gémissement plaintif quitta sa gorge. Il ne détestait pas, il haïssait son supérieur. Dans un murmure, oubliant la présence de l'homme, Luthais souffla.

    — Comment peut-on faire...

    Pour s'habituer à ça. Il espérait un regain de courage, car ils n'en auraient peut-être pas fini après la réponse du légiste.
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MessageSujet: Re: Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]   Sam 31 Mar - 14:06

Rares étaient les personnes qui avaient déjà eu l’occasion de pénétrer dans cette pièce. Hormis lui-même, il n’y avait qu’Erik et Rosaline qui osaient mettre un pied dans son laboratoire. Et encore, la vieille femme supportait difficilement la vue des cadavres et préférait envoyer Erik lorsqu’elle avait quelque chose à dire à son jeune maître. Ses clients ne venaient jamais dans cette pièce, Eugene préférant leur épargner l’odeur et la vue des cadavres présents dans cette pièce. Il y était habitué, après tout, cela faisait plusieurs années qu’il faisait ce métier et la mort ne l’avait jamais dégoûté. Néanmoins, il comprenait parfaitement que le magistrat se sente mal à l’aise. Le pauvre était devenu tout blanc en pénétrant dans le laboratoire et Eugene lui avait immédiatement proposé de mettre sous son nez une mixture composée de plantes fortement parfumées. Un mélange de clous de girofles et d’autres épices, s’il se souvenait bien. Le jeune homme sembla reprendre un peu de couleur et cela tira un mince sourire à l’embaumeur, il n’avait pas vraiment envie que Kritz tourne de l’œil dans l’exercice de ses fonctions, cela serait embarrassant pour le pauvre magistrat qui de toute évidence, n’avait aucune envie de s’attarder ici.
Eugene croisa ses bras devant son torse et attendit la réponse du magistrat qui ne tarda pas à venir. « Hm oui... Il s'agit d'une femme, 20 ans, mesurant environ 1m64 et de corpulence moyenne. Cheveux châtain clair et yeux marron. En signe distinctif, une tâche de naissance se trouve dans son dos. Ses parents ont attendu deux jours avant de signaler sa disparition, ce qui donne environ 9 jours. » L’embaumeur fronça les sourcils et chercha dans ses souvenirs. Ces neuf derniers jours, il n’avait pas reçu énormément de corps. Une vieille femme de noble naissance, quelques ivrognes, le petit garçon dont il s’occupait avant que Kritz n’arrive et le cadavre qu’il n’était pas encore parvenu à identifier. On lui avait apporté ce matin, apparemment, on l’avait retrouvé dans une ruelle et à l’odeur qui s’en dégageait, cela faisait un bon moment qu’il s’y trouvait. Eugene grimaça, il espérait pour les parents de la demoiselle qu’elle ait plutôt fait une fugue, quelque chose du genre, et qu’elle n’était pas la masse informe posée sur la table de son laboratoire.

L’embaumeur allait prendre la parole lorsque le magistrat pâlit un peu plus – si c’était possible – et sembla sur le point de vomir. Il le vit s’appuyer sur le mur le plus proche et sa respiration se fit un peu plus laborieuse. Eugene s’approcha du jeune homme et s’adressa à lui le plus doucement possible : « Si cela peut vous rassurer, je n’ai moi-même pas l’habitude de voir ce genre de choses. Si vous voulez, je peux demander à Rosaline de vous préparer une petite décoction qui apaisera votre estomac. Je ne sais pas d’où elle tire ces connaissances, mais elles sont particulièrement efficaces. » Après tout, ce n’était pas tellement dans son intérêt que le magistrat tombe dans les pommes ou rende le contenu de son estomac sur le sol de son laboratoire. Et puis il devait bien l’avouer, voir le pauvre homme dans un tel état lui faisait mal au cœur. Pourquoi ses supérieurs l’avaient-ils envoyé lui s’il était aussi mal à l’aise en présence de cadavres ? Soit Kritz masquait bien ses appréhensions, soit ses dirigeants étaient plus que sadiques.
Eugene laissa échapper un léger soupir et se rapprocha du cadavre en très mauvais état sur lequel il n’avait pas encore eu le temps de se pencher. « J’espère ne pas avoir à vous apporter de mauvaises nouvelles, magistrat. Je n’ai eu aucun cadavre de jeune femme ces neufs derniers jours, seulement des vieillards et des ivrognes. On m’a bien apporté cette… personne, ce matin, » dit-il en désignant la masse informe. Les membres avaient pris des angles étranges, le visage était complètement tuméfié et impossible à reconnaître. Les cheveux avaient été arrachés par poignées et le reste du corps était couvert de bleus et de lacérations. Le peu de vêtements restants étaient en lambeaux, laissant apercevoir un corps qui avait peut-être eu la chance d’être agréable à regarder auparavant. « La taille semble correspondre, ce qui me laisse penser qu’il s’agit bel et bien d’une jeune femme, néanmoins j’ignore s’il s’agit de celle que vous recherchez, » ajouta-t-il avant de se pencher au-dessus du cadavre. Il observa une des dernières mèches de cheveux encore attachées au crâne mais la crasse empêchait de distinguer correctement la couleur. Un nouveau soupir franchit la barrière des lèvres d’Eugene qui entreprit de soulever une paupière du macchabée.

De toute évidence, la pauvre victime était décédée dans de terribles souffrances car ses yeux étaient complètement révulsés. Le contraste entre le visage couvert de plaies et de bleus du cadavre et les globes blanc de ses yeux avait quelque chose d’effrayant. Il n’y avait rien de beau dans ce genre de mort. Il ignorait ce que la jeune femme avait précisément subit, mais de toute évidence, elle avait croisé la route d’un malade. « Une tâche de naissance dans le dos, vous m’avez dit ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils. Délicatement, il entreprit de retourner le cadavre. Là, il se saisit d’une paire de ciseaux et découpa le tissu, vestige de ses vêtements. Il dut forcer un peu pour retirer les lambeaux de lin, le sang ayant coagulé depuis un petit moment, tout était accroché aux plaies. Il batailla quelques secondes puis rapprocha une source de lumière afin d’observer correctement.
Eugene observa minutieusement chaque parcelle de peau. Malheureusement, tout son dos était couvert d’ecchymoses noires et de plaies qui avaient commencé à se nécroser. A vrai dire, il était incapable de dire s’il y avait une tâche de naissance sur le dos de cette femme, où que ce soit. Contrarié, il s’écarta et reporta son regard sur le magistrat qui n’avait pas l’air d’aller mieux. « Je suis désolé, je ne peux affirmer que c’est votre disparue, mais je ne peux pas non plus être sûr que ce n’est pas elle. Ce n’est pas avec si peu de signes distinctifs que je saurai la reconnaître. De toute manière si elle n’a pas décidé de partir de son propre chef, après neuf jours je pense que c’est un cadavre que vous retrouverez. Et si vous ne la trouvez pas, on me l’amènera forcément. Néanmoins… on m’a apporté ce cadavre ce matin, et vu l’état avancé de décomposition, je dirais que cette personne est morte depuis environ quatre ou cinq jours. Après une première observation, j’ai l’impression que certaines blessures sont plus anciennes que d’autres, qui que ce soit, le fou qui a torturé cette pauvre âme ne s’est pas contenté de le faire une seule journée. »

L’embaumeur soupira une énième fois et se nettoya les mains. « Je suis désolé, mais je crains que cela puisse concorder. D’un autre côté, je ne souhaite pas détruire les espoirs des parents de votre disparue sans être sûr de moi. Si vous le souhaitez, je peux faire venir les hommes qui me l’ont amenée, ils en sauront peut-être un peu plus, » proposa-t-il sans quitter le magistrat du regard.
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MessageSujet: Re: Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]   Lun 9 Avr - 17:13

    Son corps se retourna dans un mouvement lent. Le dos cherchait dans la présence du mur, un soutien supplémentaire. Des mèches blond vénitien se mêlaient aux cils masquant légèrement son regard. Il était rassurant de savoir que cette ignominie n'était pas monnaie courante mais était-ce le déchainement d'un ou plusieurs hommes ? Un frémissement l'enveloppa en pensant qu'ils se trouvaient quelque part dans la ville et recommenceraient. Pour de l'argent, pour le plaisir ou par curiosité. Ces morts composaient, eux aussi, la réalité de la cité. Des morts de chien dont personne ne parlait. Leur vie, leurs relations, ils emportaient en secret chaque fragment de leur histoire. Et celui les accueillant une dernière fois se tenait là. Luthais s'interrogeait sur le nombre de cadavres passant ici dans une semaine. Combien en voyait-il en une année ? Non, c'était un point qui ne méritait pas d'être soulevé. Le menton relevé en direction du médecin, il ne savait si sa proposition tenait de l'amabilité ou de la gentillesse.

    ― Ce... serait bien volontiers.

    
Son regard suivit l'imposante silhouette de l'homme tout en implorant l'Ombre d'une bonne nouvelle. Cependant avec les paroles de monsieur Crowley, l'avancement de l'affaire se présentait mal. Rien ces derniers jours... Etait-elle séquestrée quelque part tout simplement ? Luthais prit soin de fixer uniquement le légiste, le souvenir du corps précédemment aperçu le mettant mal à l'aise. Il attendait sans un mot pendant que l'homme poursuivait sa tâche. La suite lui redonna un peu d'espoir. Mais s'accrocher à un détail relevait de l'idiotie. Ishtar comptait bon nombre de femmes de cette taille. Un soupir presque résigné lui échappa. Toujours à la même place, le jeune magistrat attendit si bien que pour tuer le temps, il se mit à détailler l'endroit. Pendant cette attente, où les minutes paraissaient interminables, le laboratoire subit une observation en règle, des bacs vides aux fioles munies d'étiquettes aux noms peu évocateurs en passant par les instruments rangés avec grand soin. Une affirmation confirmant la tâche interrompit une seconde son observation. Ses yeux bifurquèrent sur la mixture que sa main tenait encore. Contrairement à la réalisation prenant forme dans sa tête, les constatations du médecin n'étaient pas réjouissantes. On ne pouvait rien déterminer avec l'incertitude. Peut-être pouvait-il trouver d'autres informations. 



    ― De quels éléments supplémentaires auriez-vous besoin ?

    Il reposa la mixture sur une table. Une tâche, simple au premier abord, se compliquait. S'il retournait à la caserne, il devrait le faire en toute discrétion. Au vu de sa chance actuelle, il pouvait même finir nez à nez avec les parents de la victime. Sans corps, l'incertitude menait à des comportements singuliers. Combien de fois sa mère s'était-elle précipitée au devant d'une vieille femme croyant voir sa propre mère ? La dépouille aurait rendu la mort évidente sans la rendre pour autant acceptable.



    ― Il est probable que leur espoir ne soit plus que celui de faire leur deuil.



    Sa main libre passa dans ses cheveux les ramenant en arrière. Ses doigts se crispèrent avant de relâcher les mèches. En dépit de ses paroles, il n'arrivait pas à se décider entre être optimiste ou ne penser qu'au pire. Il contenait aussi son envie d'en apprendre davantage. Ce qu'il pourrait facilement faire en acceptant la proposition d'Eugène. Mais c'était gênant. Son arrivée l'avait déjà interrompu dans son travail. Certes les morts avaient le temps mais quand même. Tout en se frottant la nuque, le blond souffla.

    ― Cela m'aiderait mais j'abuse suffisamment de votre temps…

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MessageSujet: Re: Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]   

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Parce que vous trouvez ça beau vous, peut-être ? [ Eugène ]

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