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 Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]

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MessageSujet: Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]   Dim 4 Mar - 20:42

Ametsi a installé son atelier sous les combles, là où la lumière tombe en piliers de poussière dorée. Croquis épinglés aux murs sans organisation apparente, le sol piqueté de tâches de couleurs, l'odeur de térébenthine qui flotte dans l'air. Et Ametsi qui peint depuis l'aube, pieds nus, blême d'épuisement.

Il a dans le corps l'urgence de se savoir sur la berge d'un fleuve qu'il ne veut pas traverser. Les poumons compressés par la terreur, les doigts serrés sur le pinceau à s'en faire mal, souffle asthmatique et goût de sang dans la gorge. Les cheveux sales, il a encore une fois oublié de manger. Deux jours qu'il s'est enfermé avec sa toile... Il tremble un peu, sans s'en rendre compte. Le trait, lui, reste régulier. Sa main est douée d'une vie indépendante, conquérante quand il est vulnérable, électrique quand il est larvaire. Il se jette à corps perdu dans le travail, des heures durant, jusqu'à ce que ses jambes se dérobent sous lui.

Il veut peindre encore.

Avancer à genoux jusqu'à ses tiroirs à couleurs, mixer les pigments au liant, et soudain c'est la peinture qui jaillit de lui, de ses veines, explose et bouillonne. La peinture qui enserre l'oeuvre inachevée et la change en un coeur énorme, monstrueux. Un organe qu'il ne se savait pas manquant avant d'avoir posé le premier coup de pinceau. C'est un besoin vital de cautériser, qui monopolise son esprit tout entier. Ses yeux pleurent de fatigue, injectés de sang, agressés par les émanations acides, il s'essuie d'un revers de main et balafre son visage de bleu. Peinture de guerre. Mais qui est l'adversaire ? Lui et lui seul, bien sûr. Personne ne monte jamais ici.

Seul.

La peur qui revient comme une vague à cette réalisation, mais différente. Pas celle qui le galvanise, celle qui le poursuit, qui le traque et qui le détruit, qui le laisse gémissant recroquevillé sur lui-même, loque humaine agitée de spasmes. Il appelle, voix croassante, usée de si peu servir :

"Aiko..."

Viens. Protège-moi. Attache-moi. Brise-moi. Baise-moi. Détruis-moi. Vide moi de ma substance, ma peinture, ma fortune, mon rang, mon oeil, ma vie, mon âme, tu peux tout prendre, tout emporter. Je ne me défendrais pas. Mais ne me laisse pas seul.

Maintiens-moi la tête sous l'eau, j'ai peur de reprendre conscience. Garde-moi brisé, agréablement engourdi de souffrance, crucifié sur moi-même. Je t'offre tout ce qui fait de moi un homme sur ton autel, ma Démence.


Aiko lui a tout pris, son oeil droit et sa dignité. Aiko, c'est le bord de la falaise qui s'est éboulé sous ses pieds. Pour ne pas sombrer dans l'abîme, on s'y raccroche. Et Ametsi sort les griffes, enfonce les ongles dans la peau tatouée, cherche à se frayer un passage, à se glisser dans les entrelacs glacés qu'il devine sous ses muscles. Il n'y a pas d'amour, pas de haine, juste une faim dévorante, un vide qui réclame d'être comblé. Il n'a pas plus de force qu'un enfant mais son étreinte a le goût d'un étau. Et sa folie enfonce ses racines sous ta peau, lézard, elle te ronge comme un acide et te digère. Un lierre qui étrangle un chêne.

Détruis-moi.
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MessageSujet: Re: Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]   Dim 4 Mar - 21:46

Quelle sainte madone, sur le corps de son Christ mutilé ! Les mains sont lestes, assurées quand elles soulèvent ce corps de terre, retienne le crane qui part en arrière, se perdent dans les cheveux blonds qui trainent dans la peinture.
Aiko presse contre son sein avec violence, sans retenue. Il étouffe, angoisse. Cercueil dans cette pièce déjà elle-même tombeau.

Mais qui on enterre ?

Il a suffi de quelques voyelles articulées autour d’une consonne, d’une petite tribulation gutturale pour qu’il apparaisse. Lui, reptile, qui tournait impatient derrière ce dernier bastion qui lui résistait. Une simple porte, une simple clef, des toiles immenses aux aspects monolithiques. Effrayantes de verticalité.

Il était déjà là, attendant tout simplement.
Car plus qu’être toujours présent, Aiko n’est surtout …
Jamais Absent.

Aiko dans un couloir, Aiko et son regard, là, installé dans la cuisine. Souriant aimablement. Toujours actif, vif, s’occupant de tout ce qu’Ametsi ne peut pas faire ; remplissant ses taches sans jamais un mot, sans jamais parler, sans jamais rechigner. Implacable machine de ménage, de protection.
Aiko encore, et ses pas qui tournent derrière la porte, la lumière qui s’allume et s’éteint sur son passage.
Aiko et sa carrure qui efface la consistance de celle de son maître.
Lui, et le sourire de ses trente-deux dents.

Et la Bête.
Qui frappe sans réfléchir quand elle sent les ongles se planter dans sa chair.
Grondement sourd, l’hybride se défait de son étreinte caressante. Les phalanges se blanchissent sur la pommette du noble, font saigner quand la peau se fissure entre deux os.

Ametsi est éloigné, d’une grande claque dans la gueule.
Ne t’inquiète pas, je ne t’abandonnerais jamais.

Il y a ce lourd silence de deuil. Une belle petite œuvre oui, Aiko debout dans un coin de la pièce qui examine les traces sur son épaule, et Ametsi, monstre de chair révulsée.
Mais tu saignes ?

Les pas d’Aiko sont lourd dans la poussière dorée, lui, il ne brille pas quand on l’éclaire sous la frondaison des cieux. Non, ça révèle sa sale gueule de ciseau, ses dents en pointe et ses yeux, si bleus, qu’ils n’ont absolument plus aucune expression. Translucide à toute émotion.

Sa main se referme sur le bras faible, soulève sans le moindre souci la silhouette et l’entraine sans ménagement dans le couloir. Ametsi est une joli bannière, un sympathique étendard qu’on aime à promener et l’hybride ne manque pas de se faire Hérault dès que l’occasion se présente.

Il y a quelques de pourri dans cette salle de bain, dans la perfection du carreau bleu, dans la propreté intacte des meubles et dans ce petit sillon qu’Ametsi laisse derrière lui.
Ca flatte les sens d’Aiko.
Ça sent le fer, cruellement.

Il le jette dans la baignoire, le genou fait un bruit creux quand il cogne contre l’émail.

« Lavez-vous maintenant, vous êtes dégueulasse ».

Oh oui, magnifique esclave. Il aime son maitre n’est-ce pas ?
Appuyé sur le mur, Aiko attend, le regard vague vers la fenêtre. La pudeur n’existe pas dans ce monde, on appartient à l’intime quand on rentre dans l’univers d’Ametsi, quand les phobies transforment en créature personnelle. Depuis qu’on a offert à sa conscience d’être le croque mitaine d’une âme égarée, Aiko s’est modelé, transformé pour appartenir à cette volonté.

Comment savoir ce qu’on a été, ce que l’on souhaite, quand n’a jamais existé que la réconfortante existence des coussins en plume, des tissus de taffetas, des couches de luxe et des cris d’horreur.
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MessageSujet: Re: Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]   Lun 5 Mar - 1:12

C'est une explosion de rouge et de noir quand le poing le cueille au visage. Décor qui bascule, kaléidoscope de lumière, les tableaux qui se mêlent et se superposent au plafond. Un instant, il se croit plongé dans une de ses peintures. L'apesanteur ne dure pas. Choc contre le sol tiédie par le soleil. Son coude d'abord, puis son épaule. Un pot d'eau sale se renverse, imbibe de verdâtre son pantalon déjà ruiné, la chemise mal boutonnée. La douleur irradie, sourde. Un pinceau lui rentre dans le flanc mais Ametsi reste couché. Regarde son esclave, son bourreau, son maître, au travers de ses cheveux en rideau.

Visage baigné dans une flaque de lumière, la peinture bleue comme une rature, il regarde. Le sourire qui accroche le soleil déclinant, les yeux glacés, la peau qui absorbe la lumière au lieu de la réfracter, la silhouette en forme d'éclipse. La main rugueuse, ni chaude ni froide, comme du papier ou du cuir qui se referme sur son bras. Ametsi voit tout, s'en imprègne, se l'approprie. Il le peindra peut-être.

Il a mal. Il est vivant.

Il se laisse trainer, ses pieds effleurant à peine le sol quand Aiko accélère son pas. Ça goutte de la couleur sur son passage. Pastels un peu sales sur les lattes du parquet. Il faudra sûrement nettoyer les sols. L'esclave prend un virage brutal, Ametsi heurte le chambranle de la porte et y laisse une trace violacée, comme un bleu.

Il se fait poupée de chiffon entre les mains d'Aiko. Un jouet à torturer à l'envie. Et docile, tellement docile. Quand on le jette dans la baignoire, quand la douleur pulse dans son genou, il ne crie même pas, tout juste un "ah" étouffé. De l'air brutalement expulsé de ses poumons, presque l'appel d'un oiseau. Sauf qu'un goéland qui n'a jamais volé n'a pas plus d'importance qu'un poulet de batterie.

Et le vouvoiement qui sonne comme une mauvaise plaisanterie. Comme une insulte.

Aiko ne vouvoyait pas, au pensionnat. Il crachait un "toi" qui giflait la fierté aristocratique, un "tu" qui crachait au visage du peuple et de ses airs d'importance auto-satisfaite. Ce "vous" c'est un rappel renouvelé de sa mutilation. C'est Aiko, mais plus vraiment. Il est amputé, plus profondément que son maître et son oeil aveugle. On a muselé son esprit, castré son âme. Ametsi en pleurerait s'il était capable de pitié.

"Tu." corrige-t-il, machinalement.

Mais Aiko fera à sa guise. Comme toujours. Ametsi se déshabille. Pas de pudeur, pas de faux-semblants. La timidité est réservée à ceux qui sont encore désirables. Lui offre en pâture aux voyeurs sa misère, avec une simplicité qui la rendrait presque intolérable. Le corps d'Ametsi n'est qu'un amalgame de tissus et de nerfs, une coquille vide et fonctionnelle. Aiko fait partie de lui, de toutes façons. Ses marques, bleus, griffures, brûlures marbrent son corps, il a laissé sa trace sur chaque centimètre carré. Déjà, Ametsi ne s'appartient plus vraiment.

Fais-moi mal comme avant, Aiko. Ramène-moi à l'époque où nous étions entiers. Où nous n'avions pas besoin de cette coexistence parasitaire. Au moins pour un instant, fais-moi croire que je suis normal.

L'eau remplit peu à peu la baignoire, sûrement trop chaude, mais qu'importe. Genoux ramenés sous le menton, Ametsi laisse le niveau monter. Son coeur bat fort dans sa poitrine, frappe ses côtes comme des coups de buttoir. Son oeil ne se détache pas un instant du visage dur de l'hybride. Guetter le retour de l'étincelle qui est partie. En vain.

Il enfonce sa tête sous l'eau.

Songe à la carpe d'Aiko.
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MessageSujet: Re: Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]   Mar 6 Mar - 19:16

C’est drôle, dans cette posture Ametsi ressemble à un goéland trempé. Ses bras maigres repliés sur ses genoux et la blondeur éteinte de ses cheveux qui flottent dans l’eau. Tout contraste ; avec une violence de lendemain de cuite, entre Aiko et son maître. Aussi fort qu’il est faible, aussi sain qu’il est épuisé. Chaque tendon apparent brûle les yeux, esquinte l’âme. Parfois, quand il se terre dans un coin, le noble n’est rien de plus qu’un soupir.

Et quelque part, dans le lointain, ça fait vibrer l’hybride.
Ca déclenche de longues vibrations le long de la colonne, qui s’étourdissent dans la trame de ses reins. La faiblesse lui tire de lents sourires, complaisants et attendris. Quand Ametsi pleure, Aiko sent remonter des vieux souvenirs même s’ils ne sont jamais précis. Une sorte de matière sur laquelle se hisser.
Quand Ametsi pleure.

Il n’y a pas de larmes dans ce bain coloré de bleu, rien d’intéressant, rien de significatif. Que du revu, du toujours saisi.
Depuis cinq mois, Aiko a compris qu’au hasard de sa folie, le gamin attendait quelque chose de lui.
Sans qu’il ne veuille vraiment savoir quoi.
Ce genre de choses ne l’intéresse pas. Depuis des mois, il n’y a qu’une chose qui compte. Lui et le miroir.

Depuis de longues minutes, Aiko a observé son dos dans la coiffeuse d’angle. Il a tâté du doigt les fines cicatrices qui se sont dessinées, étiré un peu la peau autour des plaies pour les ouvrir plus.
L’hybride déteste cette horreur, ce sang infect. Hélas, dans la verticalité des petites striures se dessinent le contour d’un peu de chair rosie.
Ça ne fait pas vraiment mal, en fait, c’est qu’il y a autre chose d’inquiétant.

Ametsi est un rêve. Un putain de rêve qui accroche la réalité. Son aura, cette espèce de fumée qu’il dégage, le transforme en créature démente, à moitié chimérique. Aiko ne sait jamais si l’être en face de lui existe vraiment où s’il s’agit du prolongement de l’appartement.
Un être de briques cassées et de mortier à l’eau.

Il n’a pas relevé le tu. Bien sûr que non. Même s’il le pouvait, il sentirait sa bouche se tordre pour articuler le « vous » qu’on semble attendre de lui. Dans son dos, plus que la bête, les occlusions de son esprit, les liens serrés qui le maintiennent dans un état qu’il ne comprend pas, et qu’il ne peut même pas regretter.

Alors, il s’attèle à la tâche. Assit près de la baignoire, désormais, une brosse dans la main, il saisit une main d’Ametsi et l’en débarrasse de sa peinture, docilement, avec une gentillesse oppressante. Une main, puis l’autre. Les phalanges dans l’eau, il recueille en coupe pour l’appliquer sur le visage, fait couler l’encre bleue, dénature les peintures de guerre sans un mot. Ametsi se laisse faire bien sur.

Puis quand vient le tour du dos, Aiko attrape très silencieusement la paille de fer qui sert à récurer la baignoire, la pose sur la peau et commence à frotter. Doucement, de plus en plus fort jusqu’à ce qu’Ametsi se mette à trembler dans son récipient violet.

« Là. Shhht. C’est un prêté pour un rendu »


Il lui souffle presque dans l’oreille, tout proche, tout caressant alors qu’il lui éclate le dos au papier de verre.
Ponce, ponce. Haha.
Ça t’enlèvera peut-être ta sale gueule Ametsi, de te virer ta peau par petites plaques, hein ?

Terminé. Il jette la paille dans la flotte, elle fait un bruit de carpe en rentrant dans l’eau.

« Je m’ennuie quand vous vous croyez artiste. Si je vous revois encore dans cette pièce quand je n’ai rien à faire, je vous éclate les doigts dans votre chevalet. D’accord ? ».
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MessageSujet: Re: Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]   Mer 7 Mar - 0:17

En apnée, les yeux clos, Ametsi se rêve carpe. Corps puissant qui glisse dans l'eau, les écailles luisantes et froides. Le silence. La pensée lente, minérale, qui s'échappe à peine formulée, oubliée aussi vite qu'elle est venue. Le calme. Le vide. La solitude acceptée, désirable même. Ça serait plus simple, tellement plus simple. Ah. C'était comme ça, avant, non ? Serein. Il ouvre les yeux, recrache un peu d'air. La silhouette d'Aiko se découpe sur le bleu céramique. Son cher pécheur et ses hameçons.

Narcisse cannibale. Chaque pièce de la maison compte au moins un miroir, même l'atelier. Aiko n'y rentre pourtant pas. Ou rarement. Mais il est toujours là, lové dans un coin du crâne de son Maître. Petite tumeur de haine tiède, parfois si ténue qu'il l'oublierait presque. Sans vraiment en être capable. Fracasser son esprit fragile contre Aiko, ses angles et ses arrêtes, c'est presque une drogue. Personne d'autre ne saurait le disséquer de le sorte. Peler couche après couche chaque prétention, chaque défense, lui arracher méthodiquement sa raison. Aiko cesse d'observer son dos pour se rapprocher de lui. Peut-être a-t-il deviné son reflet, vivant à travers l'oeil d'Ametsi.

Le peintre remonte à la surface et tend la patte pour se faire laver.

Docile, toujours. Il ferme les yeux quand il faut fermer les yeux, penche la tête quand il faut pencher la tête. Il laisse l'hybride le décrasser comme on nettoie les vitres. Avec soin, sans affection. Ça ne veut rien dire. Il n'y a pas de langage secret, pas de signifiance cachée. C'est un geste automatique, ça n'est pas Aiko. Une machine de chair qui prend en charge un invalide. Un masque qu'on lui a cloué au visage.

Et la douleur qui revient, sans prévenir, au moment où il est le plus abandonné. Dos qui se cambre, corps qui s'arcboute, refuse d'accepter la sensation du fer qui mord la peau. Un début de lutte, pas longtemps. Ametsi dompte sa rébellion et se soumet aux mains d'Aiko, une fois de plus. Les jointures blanchies sur les rebords de la baignoire, il serre les dents à se les casser, change le hurlement animal qui voudrait sortir en simples sanglots.

Chair et coeur éclaté, étalé à la vue, il ne cache rien. C'est obscène, cette défaite volontaire et assumée. Regarde-moi, j'ai mal. Pour toi. Les larmes coulent et il ne cherche même pas à les essuyer, à les cacher, toutes ses forces mobilisées dans la domination de ses réflexes de défense, leur annihilation. Subis. Les arabesques rouges se mêlent à la peinture en suspension dans l'eau brûlante. Violet. C'est la couleur d'Aiko plus que toute autre, la couleur des hématomes, des martyrs et de la soumission. Leur couleur.

Il reste prostré un moment quand l'éponge abandonne sa chair. Quand il se redresse pour sortir de la baignoire, il manque de déraper sur ses jambes flageolantes. On croirait voir un fantôme, amaigri comme il l'est, meurtri, les cheveux épars et l'oeil injecté de sang. Il y a peut-être un peu de vrai là-dedans.. Le fantôme de l'homme qu'il aurait dû être, qu'il est parfois.

"Je peindrais toujours."

Ça n'est pas un défi mais un simple constat. C'est presque un rendez-vous. Une promesse. D'accord. Fais ce que tu veux, si ça peux te ramener. S'il en était capable et qu'Aiko l'exigeait, oh il obéirait. Mais arrêter de peindre, c'est arrêter de respirer. Il frotterait ses moignons contre la toile pour peindre avec son sang, si on lui coupait les mains. Non, Aiko, tu n'es pas encore capable de tout m'enlever. Même pas capable de me tuer pour de vrai, pour de bon. Pas tant que tu restes muselé... Reviens.

Ametsi se sèche tant bien que mal, tressaillant chaque fois que ses muscles tirent un peu trop sur la peau arrachée, chaque fois que la serviette frotte la chair à vif. Absent comme si ce qui vient de se passer allait de soi.

"J'ai faim."

Et soif. Et envie de dormir. Le corps reprend ses droits, la tempête se calme, la folie laisse place à l'épuisement. Sa toile doit être finie, alors. Il remontera peut-être plus tard dans les combles, voir à quoi elle ressemble. Il a oublié. La peinture suivante a déjà commencé à poindre dans son esprit, à prendre sa place. Mais cette toile-là, il la gardera pour lui. Comme tous les portraits d'Aiko. L'hybride lui-même ne les a jamais vu, cachées sous un drap sombre dans un coin de l'atelier. Peut-être qu'il les lui montrera quand il sera "revenu".
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MessageSujet: Re: Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]   Lun 19 Mar - 8:52

Ah, ce serait beau à en pleurer. Sans nul doute oui. Qu’Aiko transformé se reconstruise dans la rotondité de ta pupille morte. Un simple regard, rien de plus. Il faudrait à l’hybride se plonger à loisir dans les eaux vaseuses que tu lui offre, ce baigner au Styx et espérer en arracher les lambeaux de sa mémoire meurtrie.

Mais ce poisson ne se baigne pas dans ce genre de flaque.
Il n’existe, dans ta peur, dans ta faiblesse, rien qui puisse faire surgir le disparu, renaitre l’inanimé. Les complaintes appuyées que tu lances sans cesse en sa direction ne servent à rien, il ne voit que la peur quand tu te voudrais reflet, miroir ami. Les longs silences que tu sers, comme autant de coupes, ne sont que des ustensiles sur lesquels la bête se repose pour mieux te mordre.

Te lacérer.

Et quand il regarde cette peau morte, Aiko ne voit rien d’habituel. Belle petite mnémosyne qui se cache dans les recoins de ta chair.
Ametsi ne sera jamais un miroir, pas assez brillant, trop lisse pour sublimer les aspérités qu’Aiko recherche.
Le noble est une peinture, c’est un autre reflet, trop parfait, trop polissé, trop travaillé par les couches successives d’ocre, de blanc, de lavis et de sang.
Et Aiko le hait pour ça.
Viscéralement.

Et il hait la peinture qui se maquille dans cette pièce, dans cette encadre qu’on lui cache et qu’on lui déguise. Tous les jours, il est dragon forcené derrière la porte, suintant au cœur. Il attend, lourd comme une pierre, qu’on l’appelle, qu’on le supplie de se présenter.
C’est le seul moyen de gagner contre la peinture.

Même si Aiko lui arrachait les doigts avec les dents, Ametsi continuerait de peindre.
Il continuerait de façonner des mondes entiers, de se foutre de sa gueule d’incomplet.

Incapable de savoir que là-haut, derrière cette porte qu’il abhorre il y a lui. Souriante mécanique.
Bien plus de miroirs. En réalité, bien plus profond qu’un simple portrait.


Alors quand Ametsi ressert la même rengaine, donne des ordres, Aiko se tord encore. Il ne veut pas servir, les houlements de sa colonne se bloquent dans ses nerfs pour l’en empêcher. Il ne faut pas.
Mais la silhouette d’Ametsi, les doigts qui effleurent la peau froide quand il arrache la serviette teintée vermeil.

C’est toujours la même chose, un grand coup de massue derrière la tête qui le fait plier à genoux.
Ca hurle à l’intérieur, ça coulisse autour des os, ca grince.
Les dents d’Aiko s’entrechoquent quand il avance machinalement vers la cuisine.
Le noble le suit.
Tout le temps, derrière.
Ça fait longtemps que l’hybride ne cherche plus le challenge, ce n’est plus la peine de lui courir après ; le noble est un boomerang. Il revient …

Toujours exactement à sa place.

Pareil sur la table de bois froid de la cuisine. Le soleil perce à peine dans la persienne, colore la pièce de poussière jaune, découpe ses rayons en lances vulgaires.
Il sert, un bol, un peu de céréales, du lait et des vitamines dans un verre teinté.

Puis il s’assoit en face, en faisant grincer la chaise et croise les mains devant lui.


« Dans ce cas-là, il faut que vous peignez selon MES souhaits. JE VEUX être là quand vous peignez. »


Autrement dit, je veux pouvoir t’enfoncer tes pinceaux sous les doigts quand tu deviens autre chose que mon passe-temps. Je veux pouvoir, sans cesse, te rappeler à la réalité. Toujours.

« De toute façon, vos toiles sont laides. Même l’hypocrite de la galerie les jette quand vous avez le dos tourné. Je dis ça pour que vous le sachiez, ce n’est plus la peine de produire des trucs pour lui ».
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Part of being sane, is being a little bit crazy. [Aiko]

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