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 Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]

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MessageSujet: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Dim 22 Jan - 19:14

[On vient de .]

A la sortie du Palais des Arts, accompagné du jeune Nathaniel Lazarey, Aristide Torchia appela un fiacre. L'un de ceux qui circulaient dans la ville entière servant aux personnes capables de les payer. Se promener à cheval était bon pour la campagne. En ville, il fallait un véhicule plus confortable. Le sculpteur s'installa confortablement et donna l'adresse au cocher, sur un ton qu'on utilise pas pour appeler un chien. Toujours est-ils qu'ils sont bien partis au travers des rues de la ville. Ce n'est qu'à ce moment qu'ils puissent parler tranquillement. Aristide se permit de répondre au jeune homme.

- Qui sait combien de temps je vais vous supporter ? Mais ma patience n'a pas encore atteint ses limites. Ainsi, j'ai envie d'exploiter l'inspiration que vous m'apportez. Ensuite, nous aviserons. Après tout, rien ne m'oblige à vous revoir, si cela s'avérera insupportable, n'est-ce pas ?

Malgré les mots bien choisis, une grammaire parfaite et les manières soignées, Aristide avait quelque chose de vraiment détestable. Mais si Nathaniel n'avait toujours pas trouvé de quoi dominer la conversation, il n'avait rien d'intéressant à dire. Mais son physique jouait en sa faveur. Le sculpteur le voulait à ses côtés, l'essayer comme modèle. Puis, tout de même et malgré les apparences, il n'était pas sourd. Il avait entendu quelque chose qui l'intéressait. Et il n'allait pas laisser passer l'occasion de discuter avec Nathaniel. Quitte à le jeter dehors ensuite, peu importe.

- J'ai également une question, pour ma part. Quelles connaissances exactement désirez-vous affermir ? Et en quelle matière avez-vous besoin de pratique ? Aurais-je un jeune confrère sculpteur en face de moi ? Ou alors un amateur d'art en devenir ?

Ou alors quelqu'un ayant une certaine connaissance de la Terre et des arcanes de la magie des philosophes ? Cela bien sûr n'a pas été dit. A peine sous-entendu. Dans la mesure, où on ne savait jamais qui était son interlocuteur ni qui d'autre pouvait entendre cette conversation. Et ils ne se retrouvèrent en un lieu plus intime et sécurisé : la maison, depuis peu propriété du chevalier. Rien de particulièrement impressionnant. Un quartier propre, éclairé la nuit, réservé aux gens ayant des sources de revenues stables et plutôt avantageux, au-dessus de la moyenne. Si l'extérieur était banal, l'intérieur était un seul gigantesque atelier. Terre, argile, une dizaine d'espèce de pierres, des outils, des croquis, des bouteilles vides,... Rien de glorieux, mis à part quelques oeuvres, surélevées, posées sur des meubles et les piles de livres, émergeant du chaos apparent du sol.

- Entrez, entrez, mon jeune ami. Cela n'a rien d'un salon du Palais des Arts, j'en conviens, mais nous sommes dans un temple dédié à la création et à l'Art. Je n'ai pas encore eu le temps de recréer l'ambiance que je désire obtenir pour mon travail... Mais moi-même, je suis à la Capitale depuis relativement peu de temps. Hum... Puisque nous sommes là et que cela risque de prendre plus de cinq minutes... Puis... vous proposer... Quelque chose... à boire ?

Son discours fut entrecoupé par ses sauts souples entre les objets disposés au sol. Il passa une porte et revint avec une bouteille de vin et deux verres. Il les remplit sur la table, juste à côté d'un lézard sculpté dans de la pierre bleue, émergeant d'un bloc, le bas de ce dernier servant de socle par la même occasion. Enlevant ses lunettes pour quelques instants, Aristide regarda Nathaniel avec attention et fronça les sourcils. Après quelques instants d'observation silencieuse, il ajouta encore :

- Bon, puis-je voir votre torse ?
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Dim 22 Jan - 21:15

Une certaine appréhension teintée d'excitation s'était emparée du jeune Lazarey. Ils étaient sortis du Palais des Arts, les applaudissements crépitaient derrière eux. Ce devait être l'entracte. Nate osa imaginer que ces applaudissements leur étaient destinés. Pensée futile et naïve, imagination débordante. Le jeune homme était un peu ailleurs lorsque Aristide arrêta un fiacre. Il le suivit à l'intérieur par automatisme, son esprit s'évadant vers des contrées dont il n'oserait jamais formuler l'existence de vive voix. Le sculpteur sentait bon, c'était agréable. Ou était-ce l'imagination du blondinet qui était la cause de cette hallucination olfactive? Le mouvement tremblant du fiacre qui roulait sur les pavés inégaux sortit Nathaniel de sa torpeur. Il prit soudain conscience du lieu dans lequel il se trouvait, et où il allait. En y réfléchissant il ne savait justement pas où le fiacre se rendait... Aristide avait donné une adresse au cocher mais le fils Lazarey n'y avait prêté aucune attention. Il posa sagement ses mains sur ses genoux et esquissa un sourire calme.

« J'espère que l'étendue de vos limites est aussi vaste que l'Empire lui-même... Pour ma propre satisfaction, je l'avoue! Mais peut-être que ma patience sera épuisée bien avant la vôtre, qui sait? Rassurez-vous: je lutterais de mon mieux... C'est ce que l'on nous apprend dans ma province. »

L'artiste parlait avec élégance, c'était indéniable. Les mots pris à part avaient une intonation délicieuse. Par contre lorsqu'on les mettait bout à bout pour former une phrase, c'était tout simplement ignoble. Et Nathaniel ne répliquait pas comme il le fallait: par un coup de poing en pleine face. Il pouvait être violent... Mais casser son nouveau jouet arrogant alors qu'il venait tout juste de l'acquérir? Non. Jamais.

« Je ne suis pas sculpteur, rassurez-vous. Je pense que je pourrais essayer de le devenir mais je n'en ai pas envie. Je laisse ces affaires là à des gens plus avisés que moi. Vous par exemple. » Nate avait répondu avec sincérité, le ton qu'il avait employé le prouvait. Toutefois il affichait toujours ce petit sourire insolent. Son regard azur se faisait heureusement plus intrigué, joueur et charmeur. Sans cela Aristide l'aurait peut-être jeté hors du fiacre sans ménagements.

« Je suis à la recherches de... sensations. Et l'art, n'est-ce pas le meilleur moyen d'en avoir? Le problème est que la définition de l'art n'est pas la même pour tout le monde. Mais j'imagine que vous en savez beaucoup plus que moi à ce sujet. »

Flatteries. Nathaniel rentrait dans le jeu de cet artiste mégalo. Jusqu'où cet homme pouvait pousser le vice de l'arrogance? C'était palpitant. Le blondinet poursuivit sa petite explication après avoir franchi le seuil de la maison du sculpteur. Il ne voulait pas trop lui en dire tout en lui en offrant assez pour le satisfaire. C'était un exercice difficile, Nate avait profité des dernières minutes dans le fiacre pour réfléchir à la tournure de ses phrases. Répondant à l'invitation d'Aristide, il avança dans la pièce d'un pas souple et poli.

« Vous devez sans doute savoir que la terre n'a pas son utilité qu'en sculpture! » lança-t-il tandis que son hôte farfouillait dans la pièce voisine pour en revenir chargé d'une bouteille de vin et de deux verres. « Disons que j'ai été élevé dans un climat fantasque et qu'un membre de ma famille s'est amusé à m'inculquer dès mon plus jeune âge certaines théories... pour le moins étranges » ajouta Nathaniel d'un ton prudent, guettant avidement la réaction de son interlocuteur. Il ne fallait pas aller plus loin. C'était peut-être déjà trop... Le jeune homme masqua sa gêne en faisant mine de s'intéresser au lézard sculpté. C'était joli mais sans plus. Rien de trop révolutionnaire. Un travail minutieux qui manquait d'originalité. Une petite pointe de folie...

« Vous... paaaardon? »

Le fils Lazarey fixait Aristide d'un air surpris. Il n'avait pas peur, il n'était pas choqué... L'artiste l'avait juste pris au dépourvu. Et il avait l'air de trouver tout cela parfaitement normal... Craignant de se faire mettre à la porte, Nathaniel acquiesça, toujours un peu éberlué. Il se faisait très rarement surprendre de la sorte. De même qu'il était rarement dans une telle position de faiblesse. Se dénuder à demi face à un inconnu n'avait rien de rassurant. Le jeune homme se pinça brièvement l'arrête du nez avec un petit soupir consterné avant de défaire lentement la chemise qu'il portait. Tout comme son pantalon, elle était de couleur noire. C'était une habitude que Nate n'avait jamais quittée... Et c'était beaucoup plus pratique pour faire son choix dans les échoppes de vêtements ou les étals de tissus à apporter chez le tailleur. La gentille petite vieille qui l'avait pris sous son aile était une ancienne couturière.

Il n'avait pas de veste à retirer, car il n'en portait pas. Un natif des provinces du nord n'a jamais froid dans la capitale. D'un simple coup d'épaules, le blondinet fit tomber sa chemise au sol. Il était tout crispé, fixait le plafond et ses joues étaient écarlates. Il haussa le menton d'un air hautain, ses mèches désordonnées glissant vers sa nuque.

« Alors, quel est votre verdict? » demanda-t-il en se mordillant la lèvre inférieure, le ton le plus neutre possible. « Vous avez de la chance d'avoir trouvé un barbare de Dargon insensible au froid. Les jeunes hommes d'Ishtar trembleraient dans cette situation, j'en suis sûr. »

Il regardait toujours le plafond avec une attention toute particulière mais son petit sourire avait fait sa réapparition.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Dim 22 Jan - 23:12

Ah... Des flatteries. Aristide aimait ça. Aucun doute qu'il en fallait pour nourrir cet ego énorme. Il afficha un sourire satisfait et suffisant durant toute la conversation. Ou presque. La concentration reprenait le dessus, lorsqu'il se focalisait sur le physique de Nathaniel. Un physique agréable à regarder, frais... Il y avait quelque chose qui le vieillissait... Le vécu, sans doute. Aucun doute, Torchia avait vu le plus de choses intéressantes dans sa vie, mais Nathaniel ne sortait pas tout simplement de son bled paumé dans la neige. Il a eu droit à son lot d'évènements insolites et marquants. Qu'importe. Cela donnait de la profondeur tant au personnage qu'à la sculpture qui allait naître de ce garçon. L'artiste la voyait déjà. En attendant, il y avait une conversation à mener.

- Je vois... L'Art seul apporte la vraie satisfaction, exprime la beauté des choses et l'immortalise. Un vrai artiste ne possède-t-il pas le pouvoir de rendre un Empereur éternel ? De faire en sorte que les générations futures connaissaient son visage et son nom ? Si bien sûr. Tu as bien raison de goûter à tous les aspects de la vie, elle n'est là que pour le plaisir, sinon, à quoi bon vivre et ne pas retourner à l'Ombre dans l'immédiat pour le repos éternel ? Personnellement, je veux avoir de quoi me reposer, à ma mort. Celle de mon corps bien sûr, car mon oeuvre me survivra à moi et à tous ceux qui foulent cette terre en ce moment...

A côté de cette conversation qui avait pour but le divertissement de l'un et l'auto-glorification de l'autre, les deux hommes menaient une danse verbale dangereuse. En effet, comment savoir si l'autre est un mage de la terre, sans avouer l'être soi-même ? Aristide avait fait le premier pas, très délicatement. Il n'avait pas envie de salir ses débuts de réputation. Il n'y aurait personne pour protester contre son arrestation, aucun dos derrière lequel se cacher. Nathaniel ouvrit dans la conversation la porte de la Terre. Ah oui ? Pouvait-elle donc servir à autre chose qu'à la sculpture ? Lui, il l'utilisait quasi exclusivement pour cela... Mais c'est vrai que les applications étaient nombreuses. Il avait passé trois jours à agrandir sa chambre à coucher par exemple. Un exercice qui s'avéra délicat et fatiguant.

A moitié nu, Nathaniel Lazarey était là, devant lui, dans toute sa beauté. Un jeune homme très séduisant, aux formes prononcées, nettes, mais fines et délicates. Il ne devait pas très bien manger tous les jours... Mais cela n'importe que très peu. Il voulait connaître l'avis d'Aristide quant à son apparence. L'artiste ne releva même pas l'allusion aux garçons tremblants. Lorsqu'il était d'humeur, il en faisait trembler d'une toute autre façon. Quoi de plus intéressant que de dépuceler un jeune homme, dites-moi ? Rajustant ses lunettes, Torchia se gratta la joue, sans aucune gêne. Sa barbe d'un jour le grattait déjà... Mais il était absorbé... Pour une fois, il fut concis.

- De l'argile.

Il s'en alla ensuite à la cuisine, couper un bloc de cette matière qu'il se faisait livrer en masse. On en voyait des traces sur les murs, au sol, des petites figurines... La masse qu'il prit pesait près de trois kilos, mais cela valait la peine, il avait une idée pour Nathaniel. Il la déposa sur la table et alla se chercher un crayon et un parchemin. Ce n'était pas du parchemin de bonne qualité, mais il en avait beaucoup pour ses croquis et ses notes. Ses multiples lettres pleines de flatteries et de basse servilité, il les écrivait sur des surfaces plus nobles. Le bout du crayon en bouche, il regarda encore Nathaniel.

- Bon... hum... Maintenant : à poil.

Cru, efficace. A la vitesse de l'éclair, il se mit à dessiner le visage du garçon. Celui-ci exprimait la surprise, quelque chose d'extraordinaire. D'un geste de la main, Aristide lui indiqua de ne pas bouger. La ressemblance au final fut relative. Mais l'expression-même très bien saisie. Il suffisait de la fusionner avec les traits de visage du modèle. Contrairement à sa moue de coincé surpris avec un balais dans le cul, la tête allait rester là pendant un moment. Travaillant, Aristide perdait un peu de ses manières de noble. Un vrai connard arrogant, mais aussi un véritable passionné. Sans s'en rendre compte, il passa au tutoiement...

- Bon... J'ai ce qu'il me fallait. Ta tête vaut de l'or, là. Bouge pas, pas besoin de te déshabiller complètement. T'avais parlé des usages à la terre... Tu es donc un fils de paysan ? Ou de fossoyeur ?

D'autres usages à la Terre en vue ? Aristide devait savoir, avant de commencer à travailler.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Lun 23 Jan - 11:52

Avant que le sculpteur ne revienne dans la pièce avec un bloc d'argile de taille raisonnable, Nate en avait profité pour jeter des regards intrigués tout autour de lui. Le désordre régnait, comment Aristide pouvait être présentable tout en vivant dans un tel foutoir? Il y avait des outils, des crayons et des mauvais parchemins un peu partout. Sans parler de la poussière, des blocs de pierre et des traces d'argile. Le blondinet s'attendait à un verdict plus développé de la part de l'artiste, ce dernier s'était pour une fois fait très bref. C'était décevant et intriguant à la fois. Qu'avait-il donc derrière la tête?

« Bon... hum... Maintenant: à poil. »

Ccc... Comment?! Plait-il?! C'était une requête tellement simple..! En moins de cinq minutes, le fils Lazarey s'était fait surprendre par deux fois. Les gens suivaient généralement une certaine logique... Ils étaient vraiment trop prévisibles. Cette fois-ci, le blondinet ne dit rien, il se contenta de fixer le sculpteur avec beaucoup de stupeur et un brin de fureur aussi. A quoi il jouait..? A quoi il jou... Non en fait c'était trop drôle. Nathaniel se mordait l'intérieur des joues pour ne pas éclater d'un rire hystérique. Aristide lui avait ordonné d'un seul geste de rester dans la même position et il lui avait obéi, incrédule. L'arrogant perdait peu à peu toute sa superbe, il était absorbé par son travail. Le blondinet était fasciné par les gestes souples et assurés qu'il exécutait sur la surface du parchemin. Il ne pouvait pas voir le croquis qui était en train de naitre sous les doigts d'Aristide... Il se retenait difficilement de se glisser à côté du sculpteur pour lancer des regards avides sur le parchemin noirci. Le noble reprit la parole, Nate s'accorda enfin une pause, laissant brutalement retomber ses épaules en une longue expiration. Il s'apprêtait à faire quelques pas lorsque son interlocuteur lança une nouvelle injonction... Le fils Lazarey reprit précipitamment sa place, les joues un peu rouges. Il voulait voir ce croquis! Il fit une petite moue suppliante, sauf que l'autre ne le regardait pas. Il poursuivait son interrogatoire, ses questions en apparence anodines détournèrent l'attention de Nathaniel, il reprit un air plus sérieux.

Il n'avait pas oublié qu'Aristide avait fait mention de l'Ombre quelques minutes plus tôt, au détour d'une tirade consacrée à sa propre gloire. En bon ex-noble et futur Philosophe, Nate croyait au pouvoir de l'Ombre... Mais il n'y adhérait pas. Il avait vu cette chose une fois, une seule fois, cela lui avait amplement suffi. Il aurait préféré ne pas assister à ce spectacle. Le sculpteur était-il un fervent partisan de l'Église? Difficile de savoir sans prendre de gros risques. Le jeune homme soupira et passa une main lasse contre sa nuque. Il était songeur, il en oubliait presque de jouer le jeu du petit con désinvolte.

« Je suis fils de Baron... Mais je ne suis pas Baron. Et vous savez sans doute que les nobles aiment jouer avec le feu, ils n'ont souvent que cela à faire en général. Ma grande sœur s'était passionnée pour la lecture et la pratique de certaines choses inhabituelles. Ça ne l'a pas vraiment aidée le jour de sa mort... Ce n'est pas faute d'avoir essayé pourtant. Elle ne faisait pas le poids, c'est tout. »

C'était douloureux de parler de Katarìna. Mais plus pratique de décharger les tords sur elle que sur lui-même... Nathaniel pensait s'en être bien sorti, il s'excusait intérieurement envers sa sœur, le regard fixé sur la table d'Aristide. Un peu désorienté, le blondinet posa ses mains sur ses hanches dans le but de se déshabiller... Il se reprit à temps.

« Ah oui, inutile de tout enlever c'est vrai... Ma tête vaut de l'or..? Hé, si cela peut vous enrichir, tant mieux pour vous... Mais pourquoi m'avoir demandé de retirer ma chemise? »

Le fils Lazarey n'était pas intéressé par l'argent. Il s'était repris, sa voix avait retrouvé cette petite intonation d'assurance un peu déjantée. Il souriait, satisfait de la tournure des évènements.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Lun 23 Jan - 16:16

Les mains douces d'Aristide étaient posés sur le bloc d'argile, lui-même posé sur un meuble qui n'avait rien à faire si loin du mur. Mis à part servir de piédestal pour le travail d'un sculpteur, bien sûr. D'impatience, il pianotait sur la masse encore informe qui allait être sienne et former ce que lui seul allait lui ordonner. Une oeuvre intéressante s'annonçait... Mais la conversation d'abord. La survie du philosophe-sculpteur devait passer avant sa passion. Sans quoi, il fonçait droit dans un mur avec "Mort aux hérétiques" écrit dessus. Et ça, ça ne valait aucune somme d'argent, ni aucune statue, si grandiose soit-elle.

C'est également pour cela qu'il parlait de l'Ombre. Cette dernière était dans son vocabulaire car elle faisait partie de la culture de l'Empire. On jurait par l'Ombre, on retournait à l'Ombre, on la servait, on méditait pour communier avec. C'était banal. Et la maîtrise de la Terre ne s'accompagnait chez Aristide de rien de spirituel. Certes, il méditait pour sentir encore mieux les matières qu'il manipulait, mais il avait une vision très instrumentale de la magie. Tous cherchaient une vérité, un but, une ascension mystique. Torchia se contentait très bien de l'argent. La foi, les idéaux et la vérité ne se mangent pas, sans parler de donner de la défense ou de la richesse matérielle.

Un Baron ? Fils cadet... ou carrément déchu, s'il ne porte pas le titre. Déshérité peut-être ? Aucune importance. Sa soeur était clairement une magicienne de la Terre et Nathaniel a dû faire ses premiers pas avec elle... Pour ce qui lui était arrivé, Aristide n'avait pas besoin de dessin, il fit subir cela à ses parents. Il faut collaborer avec le système, si on veut être heureux. Une vie ne suffit pas pour changer le monde et goûter au bonheur. Alors il faut choisir entre les deux. Lui, il avait choisi il y a longtemps. Le sculpteur toussota puis secoua la tête, son regard passant de l'argile, au garçon et au croquis...

- Bon, je pense que je vois un peu ton histoire. Je ne veux pas connaître ta vie, elle ne m'intéresse pas. Et Tu ne m'étonnes pas avec ce que Tu dis. Ca te dit un truc que tout a émergé de l'Ombre ? Ce n'est pas pour rien que ce sont les noirs qui ont aidé l'Empire à se construire. Ils sont plus forts, c'est un fait avéré, pour quiconque ouvre ses yeux de temps à autre.

Plutôt lâche dans l'âme, Aristide n'a que rarement eu besoin de se battre. Généralement avec des ivrognes dans les bars de la ville, sans plus. Il respectait la force des gens qui avaient plus de pouvoir que lui. Par peur, bien sûr, puis aussi pour ne rien perdre du jour, où le système voudrait bien de lui dans les plus hautes sphères de la vie. Sa famille avait les siècles de noblesse en poche, il lui suffisait juste... juste... de s'enrichir, d'être important. Pour le moment, il était un insecte, à peine différent d'un simple citoyen... Il était juste un peu mieux habillé. En plus de tout, il méprisait tous ces gens qui voulaient du mal à l'ordre établi. Un ordre qui n'avait pas complètement fermé ses portes pour Aristide Torchia. Ce dernier lança un regard profondément blasé à Nathaniel.

- Au figuré. Je parlais de l'expression ridicule de ton visage. Les gens pourraient payer pour voir ça. Et ils le feront, une fois que j'aurais fini ça... - Il se retroussa les manches et attaqua l'argile avec ses mains. - Je ne crois pas que Tu vas être très surpris. Je ne souhaite pas par contre qu'il y ait une méprise. Je n'ai rien d'un hérétique imbécile, je suis un artiste, doté d'un talent qui dépasse la compréhension des hommes. Je vais créer une oeuvre d'Art. Nous pouvons discuter de ce que Tu veux, mais il ne faut pas que Tu bouges, est-ce compris ?

Et il entreprit de façonner l'argile qui bougeait selon ses gestes. Sans hésiter à se salir les mains, Aristide travaillait nettement plus avec sa volonté qu'avec ses doigts. Une silhouette, ou la moitié supérieure de celle-ci, émergeait lentement de son travail. Elle était fine, avait probablement les cheveux plutôt longs. Elle semblait effectivement en mouvement. Elle tendait un bras vers l'avant, comme pour désigner quelque chose de ou comme si on l'avait figé dans un instant de course ou de surprise. Mais on ne voyait pas encore son visage, ni ses traits. Elle était encore particulièrement floue et vaguement délimitée. ouvrant un tiroir du meuble, Aristide en sortit plusieurs outils en bois, piques, couteaux, scalpels. Rien de tranchant, bien sûr...

- Et maintenant... Donnons-lui tes traits ridicules. La nudité semble te poser un problème qui se reflète délicieusement bien sur ton visage de rustre de campagne gelée. Néanmoins, je dois avouer que ça aurait pu être nettement pire, Tu as eu de la chance. Non seulement d'être tombé sur moi, mais en plus d'être arrivé en vie à la Capitale...

Le sculpteur lui parlait sans vraiment le regarder, il ne lançait que des coups d'oeil sur lui, le reste de son attention passait du croquis à l'oeuvre en cours de route. Il semblait quelque peu détaché de la réalité générale. Après tout, la création n'était-elle pas la plus importante ?
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Lun 23 Jan - 19:35

Nathaniel ne saisissait pas le sens des paroles d'Aristide à propos de l'Empire et de la prétendue force des noirs. Mais il ne releva pas le sujet, trop heureux de ne pas avoir à s'étaler sur sa vie privée. Le sculpteur prétendait voir l'histoire du blondinet, ce dernier craignait qu'il n'interprète les choses de travers... Mais cette peur n'était pas forte au point de vouloir déballer la vérité, toute la vérité. Le noble croyait peut-être que Nate avait tué sa sœur de ses propres mains... Et que c'était la raison pour laquelle il avait perdu le titre de Baron. Si c'était vraiment le cas, aurait-il poursuivi la conversation comme si de rien était? Et puis il l'avait dit lui même: il se fichait complétement du passé de Nathaniel. Ce qui semblait plaire à l'artiste, c'était sa présence au milieu du salon, chemise défaite, les gestes figés.

Le fils Lazarey était atrocement fasciné. Cela faisait plusieurs fois qu'il se faisait rembarrer, ignorer... Aristide le traitait comme une belle plante verte dotée de parole. Et Nate ne répliquait rien.

Une question lui brûlait les lèvres. Il la conserva bien au chaud dans un coin de sa tête, pour plus tard. Lorsqu'il n'aurait plus rien à dire ou lorsqu'il faudrait esquiver une conversation gênante.

Le blondinet acquiesça d'un air décidé avant de garder religieusement la pose. Ce n'était ni naturel ni confortable mais son attention fut bien vite détournée par le travail du sculpteur. Ses doigts caressaient l'argile plus qu'ils ne la pétrissait. Laissant son regard errer sur la matière qui prenait lentement forme, Nathaniel se sentit vaciller. Il avait brusquement trop chaud. Il se décida à parler pour rompre l'impression étrange qui l'assaillait.

« Je ne suis ni un artiste ni un hérétique... Je n'ai pas choisi. Je ne peux pas me retirer les connaissances de la tête. J'ai bien essayé un jour. Mais c'était pire, tout revenait avec plus de force et encore plus de sens. Oui c'est cela, j'essayais de fuir et tout prenait sens... »

Dans certains cercles de la noblesse, utiliser l'Ombre à toutes les sauces était à la mode. Nate avait toujours pris soin d'éviter de mentionner cette puissance... Non par humilité mais plutôt par convictions. Il ne voulait pas pratiquer l'Ombre ou la vénérer bêtement comme certaines bonnes femmes le faisaient. Alors il ne la nommait pas, sauf en cas d'extrême nécessité. Elle était là, c'était une force non négligeable tant sur le plan spirituel que physique... Mais il ne voulait pas en accepter la souveraineté. Sa sœur lui avait toujours dit que l'Ombre n'était pas seule. Que la Terre prévalait sur tout le reste. Ce sont les discours et les expériences qui forgent l'éducation... Nathaniel ne se posait pas de questions. Il avait été élevé dans l'amour de la Terre, il n'y avait pas à tortiller. Cette voie là lui convenait parfaitement, il ne se sentait pas capable de changer brusquement de cap alors qu'un quart de sa vie s'était déjà écoulé. Et puis, c'était eux qui l'avait tuée.

Aristide revenait à la charge avec quelques commentaires désobligeants. Il était temps de lui poser cette fameuse question. Le fils Lazarey secoua doucement la tête et fixa le sculpteur d'un air intrigué. Il souriait encore, avec cependant moins d'éclat qu'à l'accoutumée. Sa patience commençait-elle à flancher?

« Dites moi monsieur Torchia, ne vous a-t-on jamais frappé à cause de vos paroles? Savez-vous que vos offenses en énerverait plus d'un? Néanmoins, je dois avouer que cela aurait pu être pire » déclara-t-il doucement en reprenant partiellement les mots de l'artiste. « Vous avez eu de la chance, le hasard a placé sur votre route le seul type le plus stupide de toute la capitale. Un type assez stupide pour vous en redemander... Au lieu de vous claquer la porte au nez ou quelque chose de plus violent... Que sais-je. »

Pendant tout ce temps, il avait gardé sa position avec application. Après avoir tenté de clouer le bec de son interlocuteur, Nate reprit sa désinvolture habituelle, il y ajouta même une petite moue d'excuse pour mieux faire passer son discours. Il n'avait pas oublié de se rabaisser un peu pour ne pas paraître trop arrogant. Inutile de rivaliser avec le noble à lunettes. Et puis, il le pensait vraiment. Se laisser utiliser de la sorte par l'artiste, c'était tout simplement débile... Et humiliant. Mais qui donc le saurait, à part les deux hommes présents dans le salon? Nathaniel se délectait du rôle qu'il avait obtenu dans la pièce piquante qui était en train de se jouer. Ce n'était pas glorieux, ce n'était pas conventionnel... C'était justement là où résidait tout l'intérêt.

« J'aimerais connaître les raisons qui vous ont poussé à affirmer que j'avais eu de la chance de tomber sur vous. Que m'auraient donc infligé les autres... » - cette fois-ci, le jeune homme mima l'effroi - « … un discours sans intérêt, sans audace? Des réflexions polies mais hypocrites? »

Le blondinet perdit son air stupide et observa Aristide avec un éclat nouveau dans le regard.

« Mmmh oui au fond vous avez sans doute raison... J'ai eu de la chance d'être tombé sur vous. Pour l'instant... » souffla-t-il plus pour lui même que pour le sculpteur. A force de discuter, le fait d'être à demi nu ne le dérangeait presque plus. Quelques rougeurs lui montaient encore au visage de temps à autre.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Lun 23 Jan - 20:36

Alors que la statuette de Nathaniel commençait à ressembler à son modèle, planté au milieu de la pièce, la discussion se poursuivait. D'abord, les paroles du jeune homme confirmèrent les pensées d'Aristide : c'était bien là un jeune hérétique, sans doute peu talentueux ou n'ayant pas eu le temps d'achever vraiment sa formation. Mais il disait avoir reçu une part de l'enseignement. Sans nul doute, la moitié de ce qu'on lui a appris était à oublier. Ceux qui se faisaient choper n'enseignaient pas les bonnes choses. Et si nombreux étaient ceux à être plus puissants que Torchia, aucun n'avait son approche si peu "philosophique" de la vie.

La seule façon d'oublier toutes ces sottises de philosophe idéaliste et aveuglé par les livres écrits par des gens vivant uniquement entre quatre murs sales, était de les remplacer par de nouvelles connaissances. Brièvement coupé dans son élan artistique, le sculpteur haussa les sourcils, leva la tête et regarda Nathaniel par-dessus ses lunettes. Encore une fois, son arrogance servit de filtre à paroles. Pratique, non ?

- Est-ce là une offense de te dire la vérité ? Tu le reconnais Toi-même. Non content d'être stupide, Tu aimes souffrir... En voilà une ânerie propre aux gens qui ne savent pas tenir leur langue et, par conséquent détruisent leur vie. Et celle des gens autour par la même occasion. Crois-moi, je sais de quoi je parle. D'ailleurs, tes propos au sujet de la violence corroborent mes dires : Tu es un rustre de Province.

Il se remit à travailler, après avoir contemplé ses outils à la recherche du meilleur. Il attaqua donc les yeux avec celui qui avait la pointe la plus fine. Le regard de la statue tendait effectivement vers celui de Nathaniel. Encore le nez... Une opération délicate, c'était là un élément du visage qu'il était aisé de gâcher. Et Aristide ne pouvait commettre d'erreur. Il était le plus grand sculpteur de tous les temps. Le monde l'ignorait simplement, voilà tout. Là, le sculpteur regardait plutôt son dessin, plutôt que le modèle. Pourtant, c'était bien à ce dernier qu'il s'adressait en continuant à prodiguer ses multiples conseils sur la vie. Et la mort qui guettait toujours les philosophes imprudents...

- Bien sûr que Tu as eu de la chance. Profiter des expériences de quelqu'un qui n'a pas à se cacher et qui sait comment survivre aisément dans ce monde est toujours bon. Ce n'est pas avec des idéaux dignes des enfants de cinq ans que Tu traverseras la vie, petit.

Il se remit à peaufiner des détails. Il manquait encore moult éléments, comme les cheveux bien faits, quelques traits du visage. Mais le torse et les mains étaient finis. La statuette reposait sur la ceinture du pantalon de Nathaniel, cela mis à part, le garçon était nu sur sa représentation. Continuant à travailler, il laissa le silence planer, traitant effectivement le jeune homme comme une partie du décor. Après avoir fini les oreilles, il se gratta la tempe avec son outil, salissant son visage par la même occasion d'un trait gris-brunâtre et reporta son regard de derrière le verre sur Nathaniel, redécouvrant son existence.

- En fait, Tu poursuis une éducation quelconque ou Tu comptes demeurer inutile à ce monde pour la fin de tes jours ?
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Lun 23 Jan - 22:34

L'ambiance était pesante pour le fils Lazarey. Il avait tenté une petite attaque, sans succès. Les réflexions coulaient sur Aristide telle l'eau sur le dos d'un canard. Elles glissaient sur lui sans faire de dégâts puis retombaient dans les profondeurs. Nathaniel était partagé. Il en avait assez de l'air hautain que noble arborait la plupart du temps. Et d'un autre côté... Le challenge était toujours aussi tentant. Le spectacle délectable. Si une partie de lui-même était sincèrement blessée par les remarques d'Aristide, l'autre moitié adorait les recevoir et les oublier aussitôt dans l'impatience de découvrir comment l'arrogant allait s'en sortir. Il avait l'oreille très sélective... Et il savait bien tourner les choses en sa faveur. Un peu trop bien même...

« Vous êtes donc né et avez grandi dans notre belle capitale? » demanda doucement le blondinet d'un ton badin. Si l'artiste était issu d'Ishtar, il serait intéressant de voir jusqu'à quel point il allait s'en glorifier... Et si ce n'était pas le cas, ce serait encore plus drôle de le voir se dépatouiller pour garder son égo intact.

Aristide reprit son ouvrage là où il l'avait laissé. Ses gestes étaient toujours aussi harmonieux, souples... C'était quasi hypnotique. Nathaniel préféra – une fois encore – regarder ailleurs. Il ne comprenait pas pourquoi il était incapable de le voir à l'ouvrage sans être... gêné. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais eu l'occasion de ressentir. Ou trop peu pour s'en souvenir. Le jeune philosophe avait envie de détaler loin de cette ambiance capiteuse tout en désirant en respirer les arômes jusqu'à l'étouffement.

« Je suis vierge de tout idéal... » répliqua vaguement Nate en fixant les paumes dansantes du sculpteur. Le silence s'était de nouveau installé, Aristide apportait encore plus d'attention aux détails de la statuette. Combien de minutes s'écoulèrent? Le fils Lazarey ne se sentait plus très bien. Il n'avait pourtant pas encore goûté au vin que le noble avait apporté à leur arrivée... Le silence fut enfin brisé mais cette étrange impression ne se dissipait pas.

« Je ne fais rien de ma vie, je vous l'ai déjà dit » répondit Nathaniel d'un ton brusque avant de se diriger à grandes enjambés vers la fenêtre la plus proche de lui. Les mains fébriles, les mouvements désordonnés, il peina un peu pour déverrouiller la fenêtre. Il se jeta à moitié dehors, plié en deux contre le rebord, il sentait ses côtes l'élancer et ses hanches protester... C'était sans importance. Sa tête et ses épaules dépassaient largement la distance raisonnable que l'on prenait en s'accoudant à une fenêtre. La pointe de ses orteils touchait encore le sol. Il suffisait de le pousser pour le faire tomber vers l'extérieur, ou de le tirer... Pour le ramener à la maison raison.

« Désolé, je... je... »

En fait, il ne savait même pas comment expliquer ce qu'il se passait car il n'en avait aucune idée. Espérant que cela dissipe son malaise grandissant, il se contentait de prendre quelques inspirations d'air nocturne, l'air frais et doux des nuits mouvementées d'Ishtar...
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Mar 24 Jan - 0:23

Aristide n'écoutait que d'une oreille, préoccupé avant tout par sa création. Néanmoins, la question, légitime par ailleurs, de Nathaniel arriva jusqu'à lui et fit en sorte qu'il s'arrête. Il contempla d'abord son croquis, représentant un Lazarey schématisé, mais doté d'une moue tout à fait sublime. Ensuite il enleva ses lunettes et regarda son oeuvre de près. Il s'approchait du résultat voulu... Se grattant la pointe de son nez en trompette (et la salissant forcément), il répondit :

- Non. - L'instant d'après, il travaillait à nouveau, mais cela n'arrêtait pas ses paroles. - Tu te doutes bien que le monde aurait le temps de voir et reconnaître mon génie si cela avait été le cas. Je te l'ai dit, je suis à la Capitale depuis peu. J'ai eu le malheur de naître à Fintasy, une contrée certes civilisée, mais qui ne bénéficie que très peu de l'aura formidable d'Ishtar. Ma famille toute entière était composée d'hérétiques imbéciles, mais les rares personnes dignes d'intérêt dans cette région ont reconnu mon Art. Une fois que j'ai laissé une empreinte digne de ce nom dans ma Province natale, j'ai pu monter jusqu'ici et faire profiter à la Capitale de mes talents. Après tout, c'est ici que je trouverai le plus de personnes dignes et capables de contempler mes oeuvres...

Qui a dit qu'il allait être embarrassé ? Aristide ne s’aplatissait (et il le faisait avec beaucoup d'efficacité) uniquement devant plus fort que lui. Quelqu'un qui n'était pas en position de ternir sa réputation et qui ne pouvait le payer n'avait aucune emprise sur sa façon d'agir. Ou très peu, dirons-nous. Nathaniel lui plaisait, il était un modèle des plus beaux à voir et à reproduire... Il se pourrait qu'il soit également un bon amant. Mais cette pensée lubrique fut reléguée au second plan, faute d'espace disponible : l'Art prenait toute la place.

Vierge de tout idéal ? Joliment dit. Il y avait de l'espoir pour ce garçon, bien qu'en partie Aristide tournait déjà la chose en négatif : Nathaniel n'était plus un enfant... Et malgré cela, il n'avait donc aucune idée sur le monde ? Normalement, il aurait dû au moins se forger une opinion propre... Misère. Peu importe la raison, le garçon finit par désobéir et se précipita vers la fenêtre. Même le bruit du verrou n'alerta pas le sculpteur, plongé dans son travail. Il ajustait les derniers détails, tels les sourcils, formant chacun un arc grotesque, pour rendre justice à l'expression de surprise du modèle. Mais lorsqu'il voulu comparer les deux Nathaniel(s), le vrai n'était pas immobile à sa place, mais se penchait pas la fenêtre...

- Bon sang, Tu ne vas pas rendre ton repas par ma fenêtre, j'espère ? - Aristide alla vers lui et tira son invité par la ceinture, laissant la fenêtre ouverte, au cas où. - Bon, Tu ne sais manifestement pas écouter et encore moins obéir à un ordre simple. Mais jusqu'à présent, je suis satisfait de ce que j'ai fait de Toi. Tu veux voir ?

Aucune importance, Aristide faisait déjà tourner le torse du garçon d'argile pour qu'il voit son original pour la première fois. Il était parfaitement surpris, pris au dépourvu et magnifique dans son ridicule. Il tendait une main vers l'avant, figé pour toujours dans une incertitude impressionnante.

- Même un esprit aussi jeune et inexpérimenté que le tien devrait voir l'excellence de ce travail. J'ai encore pensé à l'un ou l'autre effet plus particulier... Mais cela n'est pas nécessaire en ce moment, je garde cela pour plus tard. - Il leva son verre, le salissant avec des boueuse de ses doigts. - A notre rencontre finalement fructueuse, jeune homme. Vous pouvez vous rhabiller.

Aristide donna une petite tape vaguement amicale dans le dos encore nu de Nathaniel. Il reprenait son air et son rôle de noble aussi, ainsi que le vouvoiement. Déposant son verre vide, à côté de la toute fraîche et humide statue, il posa la question :

- Alors, n'auriez-vous pas envie de vous rendre utile à plus long terme ? Apprendre quelque chose d'utile et profiter de cette superbe occasion qui s'offre à vous... Celle de travailler avec moi ?

D'accord, d'accord : les questions...
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Mar 24 Jan - 10:49

Nathaniel ne connaissait pas Fintasy... Il ne pouvait donc pas étayer ou réfuter les propos d'Aristide à propos de sa petite gloire en province. Pourtant, Nate avait voyagé pendant une année entière avant de se fixer au cœur de la capitale. Il était passé près des terres natales du sculpteur sans trop s'y intéresser. Ses voyages se décidaient par instinct, par caprice. Il n'avait pas évité Fintasy par snobisme. Les provinces étaient indéniablement d'un tout autre genre que la capitale mais le fils Lazarey n'en était pas réduit à considérer comme méprisable tout ce qui n'était pas issu d'Ishtar.

Quand a son opinion sur le monde... Nate n'était pas un fervent serviteur de l'Église et il s'amusait du style lubrique de la noblesse de la capitale. Pour tout le reste, le jeune homme s'en fichait. Il n'avait pas envie de se mêler à la politique, la mort de sa sœur lui avait donné une très bonne leçon.

Si Aristide le touchait encore et le secouait en arrière de la sorte, Nathaniel n'était pas sûr de pouvoir garder son repas très longtemps. Il répondit à l'invitation du sculpteur en hochant légèrement la tête d'un air tremblant. Bien sûr qu'il voulait voir! Qui ne voudrait pas voir? S'il avait trop chaud les secondes précédentes, le confronter à sa propre image lui fit l'effet d'une douche froide. La ressemblance était sans appel, c'était lui, c'était bien lui... Figé dans une expression qu'il avait eu très brièvement, une expression qu'il n'aurait pu voir en temps normal. Un sentiment qu'il aurait pu oublier très rapidement, remplacé par d'autres, encore et encore... A présent cette expression était figée dans l'argile et Nate pouvait l'observer sous tous les angles.

Il était face à sa propre incertitude. Le blondinet lança un regard triste sur sa propre effigie avant de s'en détourner. Il remit sa chemise sans se faire prier, tournant le dos à l'artiste pendant plusieurs minutes. Il refermait lentement son vêtement, il n'était pas pressé. Il voulait profiter de ce moment de pseudo-solitude, libéré du regard d'Aristide, de ses gestes trop beaux pour être honnêtes, de sa statuette qui le narguait. Lorsque le noble avait souligné sa satisfaction par une tape amicale, Nathaniel avait retenu un tressaillement. Il s'était empressé de se détourner, histoire de passer à autre chose.

Puis vint le temps des propositions. Intrigué, le fils Lazarey était revenu face au sculpteur. Un "pourquoi pas" lui brûlait les lèvres, spontané, enchanté. Mais il ne dit rien, se contentant de fixer la statuette qui le représentait. Il se mordillait les lèvres, son hésitation était palpable. Quels étaient les enjeux? Il l'avait dit lui même, il ne faisait rien de sa vie... Et il était toujours aussi curieux de voir jusqu'où pouvait aller le comportement arrogant d'Aristide. S'il y avait quelque chose derrière cette suffisance, une faiblesse peut-être, une histoire grandiose, qui sait? Nate s'approcha de la table et se mit à caresser le lézard sculpté d'un air pensif. Il explorait les courbes de la pierre avec une lenteur toute calculée.

« C'est d'accord. Après tout, je n'ai rien à perdre... » Il s'anima un peu plus et lança un sourire tordu à son interlocuteur: « Il y a un contrat à signer, des clauses à respecter? »
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Mar 24 Jan - 20:54

Nathaniel hésitait, alors que la réaction la plus naturelle devrait être une joie et une reconnaissance éternelles... Que pouvait-il donc espérer de mieux dans la vie que vivre et étudier avec le plus grand sculpteur de l'histoire ? Par la même occasion, il allait jouir de la sagesse infinie de son aîné. Sans parler d'un toit stable au-dessus de la tête et des conseils pratiques pour survivre avec un don tel que la maîtrise de la Terre. Et, en dépit de tous ces avantages, le jeune homme semblait hésiter. Cela dit, il n'hésita pas bien longtemps. Il sortit de sa torpeur visible et posa une question sensée. En effet, si, sur un coup de tête de l'un comme de l'autre, ils devaient partager leurs vies, il fallait que cela se passe convenablement. Aristide ajusta ses lunettes sur son nez.

- Inutile de signer quoi que ce soit. Mais nous nous devons d'être d'accord sur certains principes qui me semblent évidents. Cela dit pour un jeune imprudent et barbare, je me dois de les énoncer clairement, histoire qu'il n'y ait pas de confusion par la suite. - Charmant comme d'habitude, mais il parlait sur un ton un peu moins prétentieux. Aristide se rendait compte qu'il invitait là ce jeune homme plein d'inspiration à entrer dans sa vie. Il était vraiment crucial que ça se passe bien. - Je suis ton maître, Tu es mon apprenti. Tu dois faire ce que je te dis de faire et je t'apprendrai tout ce que je parviendrai à faire entrer dans ta belle tête blonde. Absolument tout. Et on vit ensemble, ce qui veut dire qu'on se protège mutuellement. Ce n'est pas bien rose dehors tous les jours, Tu vois ?

Un discours un peu plus humain que les précédents, Torchia ayant fait un effort pour se montrer... amical ? Bon, c'est vrai que certains de ces principes étaient d'une évidence enfantine, mais il valait mieux clarifier tout cela. Un modèle, un apprenti... Un serviteur. Mais plus un simple barbare, tout juste bon à servir de décoration : un jeune philosophe, mage de la Terre en devenir. Aristide devait y voir un futur allié. Puis... Un vrai maître dans un domaine a toujours au moins un apprenti, c'est l'essentiel même. Alors autant en avoir un avec une apparence agréable et un talent de philosophe.

S'installant dans un fauteuil, après avoir déposé au sol la statuette d'une jeune fille qui l'occupait, Aristide fixa à nouveau Nathaniel. Regardant par-dessus ses lunettes, il se demandait ce qu'il pouvait bien avoir oublié. Ah bien sûr ! Un détail technique et pratique, mais il ne fallait pas laisser planer de doutes à ce sujet :

- En fait, au fond du couloir, à l'étage, il y a une chambre inoccupée. Après un petit nettoyage, elle sera tienne. Tu peux emménager au plus vite. Ah et je suis curieux de voir ton niveau en matière de magie. Fais-moi une démonstration de tes talents, petit.

Oui, pour tout professeur il est essentiel de connaître le niveau de l'élève, n'est-ce pas ? Dans le cas d'Aristide et de Nathaniel, il était encore plus important de voir ce que le cadet savait faire. Leur vie pouvait dépendre de sa discrétion et de sa facilité à maîtriser la Terre et autres éléments qui en sont directement issus. Pour l'art, l'anatomie, la sculpture, la cuisson de l'argile ou d'autres détails du genre, le sculpteur ne s'attendait nullement à un prodige. Mais s'il est déjà en mesure de mouvoir la matière selon sa volonté, avec plus ou moins de précision, on ne part pas de rien. Et ça, c'est un plus. L'artiste prétentieux pourrait se demander ce qui lui avait pris de faire une proposition pareille à ce gamin... Mais il partait du principe que quelque chose d'aussi spontané devait avoir une raison. Son orgueil lui rendit service : son instinct d'artiste ne pouvait le tromper, après-tout. Non content d'être beau et d'avoir des bases en magie, Nathaniel possédait des mimiques tout à fait splendides... Le torse d'argile occupé à sécher sur la commode n'était probablement que la première d'une longue série des représentation du jeune Lazarey.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Mer 25 Jan - 0:55

« Je suis ton maître, Tu es mon apprenti […] Et on vit ensemble, ce qui veut dire qu'on se protège mutuellement. »

Plait-il? C'était écrit en petits caractères tout en bas du parchemin? Quelle partie surprenante! Le jeu prenait une tournure que Nathaniel n'aurait jamais osé imaginer. Ils se connaissaient depuis... Trois heures à peine? Le cours des évènements était étourdissant, irréel. Mais d'un autre côté, tout cela paraissait tellement approprié, presque naturel. Nate n'avait plus le temps pour la réflexion. Il avait déjà accepté la proposition d'Aristide, il s'était porté volontaire sans se soucier des conséquences qui allaient en découler. Il approuva en hochant la tête, les traits attentifs et sérieux. La situation n'était pas propice aux petits commentaires ironiques. Le blondinet devait trouver un arrangement avec sa logeuse actuelle, elle l'avait si gentiment pris sous son aile... Il allait devoir la laisser maintenant? Le fils Lazarey n'avait pas imaginé que la collaboration dont parlait Aristide pouvait s'étendre si rapidement jusqu'au partage d'un logement. L'artiste prenait des risques... Et Nathaniel encore plus. En misant tout sur cette nouvelle alliance, il pouvait tout perdre.

Il n'y avait aucun mal à essayer... En joueur expérimenté, Nate se sentait capable d'assurer ses arrières en cas d'urgence. Il allait quitter sa petite vieille en lui racontant une partie de la vérité, et si le moindre problème se posait, il pourrait toujours trouver refuge chez elle. En espérant qu'elle ne soit pas rancunière...

« Vous proposez souvent aux inconnus de s'installer chez vous? » demanda Nathaniel d'un ton amusé, le regard en coin. Il ne voulait pas avoir l'air de refuser mais c'était plus fort que lui, il voulait comprendre comment l'artiste raisonnait, ce qui le poussait à faire une telle proposition.

Toujours debout près de la table, le fils Lazarey se sentit rougir en réponse à la requête du philosophe. Il voulait une petite démonstration de son savoir faire. Par où commencer?

« Je... Je connais tout de la théorie. Concernant la pratique, je n'ai pas eu le temps d'avoir... De... Enfin vous comprenez! Alors je me suis exercé seul. Sans maître, c'est un peu voué à l'échec... Néanmoins j'ai bien quelque chose à vous montrer. »

Le jeune homme jeta un regard fébrile autour de lui. Il ne voulait pas toucher à une trop grande surface, déplacer quelque chose de trop imposant. Il en était capable, mais c'était le meilleur moyen pour mourir sous une explosion de décombres. Lorsqu'il s'exerçait sur une masse plus grosse que son poing, son pouvoir était incontrôlable. Il avait essayé deux fois avant d'abandonner, trop effrayé par le risque de se blesser mortellement. Nate ferma les yeux, attentif à tout ce qu'il pouvait ressentir. Il y avait tellement de matériau exploitable dans cette pièce..! C'était grisant. Le blondinet ne se laissa toutefois pas distraire. S'il se montrait trop mauvais, Aristide pouvait bien retirer son offre...

« Hum. »

Un bloc d'argile informe avait attiré son attention, ni trop gros ni trop petit, il n'avait jamais été travaillé. Nathaniel le fit émerger du désordre environnant d'un petit geste de la paume, ses doigts souples accompagnant le mouvement. Il sentait la puissance de la Terre contenue dans le bloc d'argile et l'apprivoisa en douceur pour finalement se l'approprier. Ce n'était qu'un emprunt, la Terre pouvait à tout moment reprendre ses droits. Le blondinet se tourna vers Aristide pour voir sa réaction. Face au visage et aux mains salies du sculpteur, il eut une nouvelle idée. Il s'avança près du fauteuil en laissant flotter l'argile à quelques centimètres au dessus de ses deux paumes ouvertes en un geste d'offrande. Nate avait fixé son regard sur le bloc de terre, il souriait à demi d'un air satisfait, content. Il oubliait peu à peu la présence de l'artiste pour ne se concentrer que sur la Terre.

« Attendez... » murmura-t-il d'une voix distraite en posant le bloc d'argile sur une caisse proche du fauteuil. Il lâcha un petit soupir de soulagement, heureux de ne plus avoir à exercer son pouvoir sur la masse de terre qu'il avait choisie. Le bloc était petit, mais le garder en suspension au dessus de ses paumes avait nécessité pas mal d'efforts.

Le fils Lazarey posa un genou au sol pour être à la même hauteur que son maître. Il fit totalement abstraction de sa présence dans le fauteuil, se concentrant uniquement sur les traces d'argile plus au moins épaisses qu'il avait sur le visage et sur les mains. Nathaniel laissa courir ses doigts près de ceux d'Aristide... Il n'y avait aucun contact entre eux, le jeune homme était soigneusement penché sur son ouvrage, quelques mèches blondes lui tombaient devant les yeux. A l'aide de petits gestes souples il laissa l'argile se détacher des mains du noble pour flotter quelques centimètres plus haut. Lorsque la quantité de poussière ou de résidus de terre était suffisante, Nate réorganisait le tout en boulettes informes qu'il réunissait au bloc d'argile qu'il avait transporté quelques secondes plus tôt.

Ses gestes étaient un peu moins assurés, légèrement tremblants. Mais il y a encore de la terre là, sur le nez, le front et une petite trace sur la joue..! Serrant les dents pour combattre la faiblesse, le blondinet se redressa et poursuivit son ouvrage. Sans toucher une seule fois Aristide, il fit plusieurs fois danser ses doigts près de ses tempes, sur la courbure de son nez et au coin de la joue. Satisfait de sa maîtrise, euphorique par la sensation que la magie de la Terre lui procurait, Nate était toujours concentré sur son exercice. Il ne prêta aucune attention au sculpteur et ne s'excusa pas avant de se pencher vers lui.

Il y avait la Terre, il n'y avait que la Terre.

Il souriait et se mordillait les lèvres nerveusement, essayant de pousser l'effort encore plus loin.

Puis il n'y eut plus rien à enlever. Le visage et les mains d'Aristide étaient aussi propres qu'avant. Toujours absorbé par la Terre, Nathaniel s'était penché pour récupérer le bloc d'argile légèrement alourdi. Il se sentait soudain très las, sa connexion avec la Terre s'éteignait à toute vitesse. Le fils Lazarey prit le bloc entre ses mains et le posa sur la table avec des gestes tremblants, près du verre de vin qu'il n'avait toujours pas bu. Il se retourna face au sculpteur, en quête de son approbation.

C'est à ce moment là qu'il réalisa ce qu'il venait de faire. Il masqua son trouble en saisissant brutalement son verre pour l'avaler d'une seule traite.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Mer 25 Jan - 10:36

- A tout te dire, c'est la première fois. Et je reconnais que, pour un observateur extérieur, cela pourrait apparaître comme de la folie, de l'imprudence ou encore comme la marque de mauvaises intentions à ton égard mais il n'en est rien. Tu es encore jeune et manifestement ignorant de beaucoup de choses de ce monde, mais je te vois comme un défi. Celui d'assurer ton éducation et de créer des oeuvres à ton effigie, jusqu'à ce que l'inspiration me fasse défaut. Et cela n'est pas près d'arriver.

Voilà, exprimé clairement, le point de vue d'Aristide Torchia. Encore une fois, face à Nathaniel, il pouvait se lâcher et être sincère. Son sentiment de supériorité le lui permettait. Ensuite, ils en arrivèrent au sujet très intéressant de la magie. Les paroles du jeune homme n'ont produit que peu d'effet sur le chevalier, installé dans son fauteuil. Il secoua juste la tête, air désapprobateur sur le visage. Le temps que son nouvel apprenti ne trouve son morceau d'argile, il exprima son point de vue, tout à fait unique, sur la magie de la Terre.

- La théorie se résume à bien peu de choses. Tout est dans la pratique, dans la volonté. Les vaines théories qu'on enseigne aux jeunes de nos jours ne sont qu'un piètre support pour des idéaux d'égalité et de révolution à la noix. Je veux du mouvement...

Et on ne peut dire que le sculpteur soit déçu de ce qu'il vit au final. D'abord nerveux, Nathaniel parvint à assurer ses gestes, à contrôler une boule de terre... Bien. Au moins, il était certain que le garçon avait effectivement un don. Ensuite, et ce malgré des efforts considérables, il réussit un tour de force intéressant. Et pour le moins sensuel. Le sculpteur apprécia beaucoup les gestes fluides du jeune homme et sa façon de faire. Bien sûr, si Aristide frappait dans ses mains, toute la poussière le quitterait immédiatement, accompagnée de toutes les traces possibles et imaginables. Il maîtrisait très bien ce tour-là, faute d'une garde-robe suffisamment grande pour se changer trois fois par jour. Mais il était agréable de voir ce que le jeune homme inventa pour faire ses preuves... C'était très bien. Et cela éveilla également ce sentiment plus physique chez l'artiste : Nathaniel était un beau jeune homme et s'il devait effectivement habiter avec lui, l'issue était très prévisible. Un de ces quatre matins, ils allaient se réveiller dans le même lit. Mais ne précipitons pas les choses.

- Bien... Bien... - Aristide hocha la tête. - Je suis agréablement surpris. Tu as du talent, je ne me suis pas trompé, Tu feras un excellent apprenti, j'en suis certain. Je vois que Tu t'épuises vite... Mais ne t'en fais pas, c'est normal au début. On travaillera cela à deux.

Désormais propre, satisfait et content de son choix en matière d'apprenti, Aristide se leva et remplit les deux verres. Nathaniel avait besoin de s'asseoir. Il ne manquait plus qu'il tombe sur l'une des statues de son nouveau professeur ou casse quelque chose. Il l'invita à prendre sa place d'un geste de la main et lui tendit son verre. Levant le sien, il sourit et lança un bref "A ton entrée à mon service" et but une belle gorgée. Ensuite, il enleva ses lunettes, attachées à une petite chaîne en argent et les rangea dans sa poche. Il s'appuya contre le mur proche et regarda le jeune homme qui a déboulé dans sa vie en lui demandant son avis sur la boisson à choisir au bar de l'Opérâthre... Il avait bien fait de le recueillir. Avoir un allié en ce bas monde qui connaît nos secret pouvait s'avérer utile.

- Bon... Tu as encore envie de savoir quelque chose ? Ou alors Tu es trop las pour cela et Tu désires monter pour dormir ? A cette heure, sortir dans les rues de la ville n'est pas la meilleure des idées qui soit. Pour ma part, je ne compte pas encore me coucher.

Le petit avait gagné un peu d'estime du maître des lieux. Au moins assez pour que le terme de "barbare" ne revienne pas à chaque phrase de l'artiste. Il devenait un peu plus humain avec ce gamin. Sans doute y avait-il beaucoup de travail devant eux, même s'il se disait vierge de tout idéal, il ne pouvait l'être avec une soeur qui donna sa vie pour ses principes, face à l'Eglise. Il devait encore croire à quelques idioties concernant ce monde, si désabusé soit-il. Mais cela allait être plaisant. Il est toujours agréable d'apprendre qu'il n'y a que peu de règles à respecter dans la vie et qu'elles conduisent tous à un plaisir et un bonheur toujours plus grand et durable. Nathaniel Lazarey avait parfaitement la tête du gamin qui allait s'accommoder de pareils principes. Ceux de son nouveau maître.
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MessageSujet: Re: Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]   Mer 25 Jan - 12:34

Nate attrapa le verre d'une main hésitante. Il avait envie de le boire d'une seule traite celui-là aussi, mais puisque l'artiste portait un toast à leur alliance, le blondinet se retint et trempa doucement ses lèvres dans le vin. Il ne fallait pas lui donner de raison supplémentaire pour utiliser l'expression "rustre de la province" à toutes les sauces. Le jeune homme se laissa glisser dans le fauteuil sans se faire prier, Aristide avait été assez aimable pour le lui proposer. De la gentillesse ou juste l'inquiétude du désordre causé par un garçon qui s'évanouit dans son atelier? Nathaniel ne se perdit pas trop longtemps dans cette réflexion. Il avait d'autres sujets plus importants à traiter. Comme par exemple le fait qu'il...

« Tu as encore envie de savoir quelque chose? »

Le fils Lazarey releva la tête vers le sculpteur. La fatigue se lisait sur ses traits, ses mains serraient nerveusement son verre.

« En temps normal ce n'est pas une petite sortie nocturne qui m'aurait fait reculer. » Un fin sourire s'étala sur ses lèvres. Sa voix était un peu molle sans être totalement dénuée de sa petite trace ironique habituelle. « Mais là je crois que ce serait me jeter directement dans la gueule du loup... Ils peuvent faire ce qu'ils veulent... Et je n'ai pas de questions. Je crois qu'elle viendront en temps voulu et puis là... J'crois que je vais rester là. Dans le fauteuil. Un peu... »

Nathaniel ne se sentait pas de taille à se relever et grimper au premier étage. La partie n'avait pas été de tout repos, il se sentait faible physiquement et moralement... Toutefois cela n'entachait pas son enthousiasme. Il porta son verre à ses lèvres et le finit d'un seul coup. Ce n'était pas la manière la plus élégante de boire, mais de cette façon le vin lui montait directement à la tête... Et ça l'empêchait de penser trop clairement. Ce qui l'arrangeait parfaitement en cet instant. Nate envoya valser ses inquiétudes, ses questions et ses désirs. Il fallait isoler chacun de ces sentiments pour y voir clair, tâche peu aisée en temps normal, totalement vaine dans l'état comateux du jeune homme. Il posa prudemment le verre par terre, assez loin de lui puis se tortilla dans le fauteuil pour pouvoir poser sa joue contre son bras. Il fixait Aristide à travers le rideau de mèches blondes qui pendouillait devant ses yeux.

« Vous n'allez pas dormir? Vous n'avez pas besoin de dormir..? Que faites vous de vos journées d'habitude... »

Le jeune homme essayait de lutter contre le sommeil. Le repos était crucial pour un philosophe. Ces derniers temps ses nuits étaient agitées. Il avait rêvé à plusieurs reprises de sa sœur, dans la cave... Pour se réveiller d'un seul coup, affolé et désorienté.

La silhouette de l'artiste se faisait de plus en plus imprécise. Qu'est-ce qu'il disait?

« Merde... » souffla Nathaniel avant de fermer complétement les yeux, prostré dans une position étrange dans le fauteuil.
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Maison Torchia - Acte I : Hippopotame vert [PV Nate]

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