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 Ecce Homo [Pv : Bichon]

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MessageSujet: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Sam 17 Déc - 14:46

On pouvait dire que l'Objet avait propagé quelques débats dans leur petite assemblée, bon... ce n'était pas la première fois qu'ils devaient cacher un cadavre, mais c'était bien la première et unique fois qu'ils devaient en cacher un dans cet état. Marius ne semblait pas étonné, mais son apathie le conduisait à voir le monde avec un énorme recul, pas celui d'un sage, mais celui d'un type qui s'en foutait tout simplement. Il croisa les bras, l'oeil fixé sur son esclave, l'air habituellement blasé sur le visage, Marius poussa un soupir. À cet instant... que ressentait-il ? De la fatigue. La journée n'avait pas été de tout repos, et il se retrouvait las d'avoir été pris dans une telle situation, il n'avait pas aussi la moindre idée comment gérer la situation. Brusquement, il avait retrouvé quelqu'un dans sa vie, quelqu'un qui avait besoin de lui, comme Lokhund Krishna. Peu importe, Raseriknulla pouvait toujours servir pour la contrebande, et puis, avec un peu de chance, il lui donnerait une mort rapide. Pas que mourir lentement ne lui disait rien, mais Marius voulait y aller le plus rapidement possible, le reste était une perte de temps. Son cynisme suicidaire allait jusque-là, oui, purement débile pour être qui pourtant n'était pas dépourvu d'un cerveau. Le corps fut finalement dégagé, et laissant la moitié de la bourse sur le comptoir, Marius fit signe à Raseriknulla de le suivre, quittant la taverne qui puait le sang et la sueur. Le jeune homme faisait pâle figure, à côté de son esclave qui devait faire le double de sa taille, et son poids... n'en parlons même pas.

Silencieux, ne jugeant pas utile de parler, Marius déambula dans les ruelles, connaissant le chemin avec une telle exactitude que même ivre et aveugle, il serait capable de le retrouver. Les rues sentaient le cadavre, les immondices, le sang, et ce genre d'odeur qui répugnaient les nobles, mais auxquels Marius était tellement accoutumé qu'il ne les sentait plus ; après tout, c'était bien lui qui dormait auparavant avec un clochard manchot et sourd-muet. Il tourna la tête sur le côté, se dévissant le coup pour apercevoir si derrière le monstre se trouvait des gens capables de les prendre en filature. Cependant, tout était de ce calme macabre, il fronça les sourcils pour reprendre sa route. Depuis un an et demi, il en avait connu des changements, et son état physique, il l'espérait que ce soit le dernier. La fatigue alourdissait tous ses muscles, parfois il lui arrivait de fermer les yeux face à quelques vertiges, ce n'était plus un être humain, c'était un sac d'os qui se laissait pourrir peu à peu, incapable de recouvrer une force morale assez puissante face à la douleur qui grondait sans cesse dans sa poitrine. Raseriknulla avec ses muscles, sa masse, et son air barbare était son exacte opposée, si Marius promouvait toujours la vertu et la morale en voulant museler les pulsions des hommes, l'Objet n'obéissait qu'à lui et ses bas instincts qui le poussait à prendre du plaisir en tuant. Bref... qu'importe au fond, Marius voyait là juste un moyen de mourir, rapidement, sans problème.

Au bout de quelques minutes, les rues se laissèrent écraser par des amas de bois et de pierre, pourris et vieux comme le monde. Les maisons des bas-fonds apparaissaient dans toutes leurs misères, dépravées, dépouillées de toute âme humaine, on avait volé leur orgueil pour y mettre la pauvreté. Les murs hurlaient le vide d'une existence sans but, pendant que la saleté envahissait le moindre recoin. Marius marcha dans une flaque de... il ne savait pas trop quoi exactement, il retira vite son pied pour se concentrer sur une bâtisse qui semblait être sur le point de s'effondrer. De loin, on y voyait qu'une masure abandonnée, aux fenêtres barricadées, bouchées par des épaisses planches de bois qui masquaient à tous la vision d'une véritable société secrète. Marius tourna soudain à droite pour remonter vers la masure, passant dans un endroit assez étroit pour que personne ne voie quelqu'un se rendait dans ce lieu vide. Un peu plus loin, caché par d'autres maisons, on pouvait observer le chemin qui menait au marché noir, et Marius lança un regard blasé à son Objet pour finalement frapper trois coups sur la porte. Un silence se glissa alors, et finalement, il murmura le mot de passe qui changeait régulièrement. Une suite de bruit sourd se fit entendre, une clef fut tournée, et la porte fut ouverte. Nouveau signe de la main, et Marius pénétra dans la veille masure qui depuis un an était devenue son foyer.

La personne qui referma la porte derrière eux n'était rien d'autre que Magdra, qui venait de plus en plus souvent ici s'occuper de "sa" maison. Magdra... c'était une femme qu'on pourrait avoir du mal à qualifier de femme, c'était un être à part entière au regard vert et franc. Elle était bien plus grande que Marius, du haut de son mètre quatre-vingt, c'était ce qu'on pouvait appeler une belle femme, quand on ne connaissait pas sa personnalité. Elle avait des hanches, une poitrine opulente, et une chevelure rousse proche du rouge qui descendait en ondulant sur ses larges épaules. Habillée comme un homme, elle tenait d'une main de fer les contrebandiers, et passait son temps à soit fumer, soit boire, ou sois les deux. Cette fois-ci, elle était train de fumer sa kiseru, son tabac empestait d'ailleurs, et elle lança un regard ennuyé à Marius. Sans même jeter un oeil à Raseriknulla, elle gronda de sa voix de violoncelle :

— Alors le sac d'os, encore en vie ?

Un sarcasme qui ne blessa pas le moins du monde le jeune homme, Magdra lui en voulait toujours pour ses crises, et les différentes tentatives de suicide qu'il avait perpétrées devant elle. C'était sa manière à elle de lui montrer qu'elle s'inquiétait pour lui, après tout, il aurait pu être son fils. Elle referma la porte pour finalement se laisser tomber sur une chaise, elle écarta les jambes et fixa enfin l'Objet. La grande rousse cracha de la fumée, le regard posé, elle bailla avec son arrogance bien à elle :

— Tu peux pas t'empêcher d'ramener les chatons abandonnés que tu croises, hein ?
— Au moins celui-là nous change des handicapés, cracha une voix derrière eux.

Marius lança un regard noir au contrebandier qui dans la cuisine était venu les rejoindre, il grimaça devant l'expression du jeune homme, et Magdra brailla :


— Avec toi, ce qui change pas, c'est la connerie. Va te faire foutre, connard.

C'était trop tard, Marius avait déjà filé en haut, plein de haine et de colère, ainsi que de peine.


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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Lun 19 Déc - 1:57

Marius faisait sa pucelle déçue, et s’enfuit tout aussi tôt, laissant le gros Raseriknulla seul, entre Magdra et les contrebandiers. L’atmosphère était quelque peu tendue, et Raseriknulla semblait mitigé, un peu perdu. Restant dans le ton de l'ambiance, la terrible femme à la chevelure flamboyante s’adressa sèchement à l’objet. Elle lui aboya :

- Et toi, le gros tas puant, t’es qui ? Tu viens d’où ? Et surtout… c’est quoi ton problème ?

Raseriknulla puait, certes, et ayant autant de finesse qu’une brique, il répondit simplement :

- Raseriknulla. J’appartiens au Maître. Lui… petit, mais c’est mon Maître.

Magdra pouffa en une sorte de ricanement moqueur. Elle reprit :

- Raser… quoi ? Nul ? Hein ? Comprends pas c’te langue…
Elle toussa, et continua. En fait, t’es juste con toi ? Bon, t’as l’air balèze, mais concrètement… tu sais faire QUOI ? Tu sembles aussi vif qu’une moule asthmatique et droguée. Alors ? Est-ce que tu sais te battre, ou tu as autant d’efficacité qu’une merde de mouette ? ALORS ? Cracha-t-elle.

- Ah. Je sais frapper fort… tuer, beaucoup. Ca j’aime. Dit-il, en faisant une moue peu ragoutante. Quand Maître ordonne, je tue.

Magdra était partagée entre un léger dégoût et une certaine indifférence car elle avait compris la véritable nature de Raseriknulla. Haussant un sourcil, elle coupa vite court à cette conversation.

- D’accord… un Objet… je vois ça… Et tu vas suivre notre bon Marius comme un brave petit chien à sa mémère ? Fais seulement, imbécile, et tu verras à quel point tu vas rire, si tu arrives seulement à comprendre ce qu’il t’arrive. Maintenant, casse-toi, et va chercher le crâne de piaf qui te sert de maître. Allez tête de nœud, bouge l’horreur qui te sert de cul ! J'en ai marre de ces conneries, alors... BOUGE, histoire qu'un type avec plus de deux neurones m'explique ce qui s'est vraiment passé... merde !


Magdra était franchement gonflée par l’attitude de Marius, et se défoulait sur tout ce qui passait, même lorsqu’il s’agissait d’une monstre aussi épais que la trique d’un Yéti en rut, mais pour une fois, c’était au tour de Raseriknulla de se moquer de la situation. Ils gueulaient tous, râlaient tous, et donnaient tous beaucoup trop d’ordres. Et de quel droit ? Par quelle volonté ? Toutefois, l’Objet continuait de focaliser son attention sur Marius. D’ailleurs, c’était la première fois qu’il entendit son nom. Il l’aimait bien. Et pas seulement parce que Raseriknulla aimait tout ce qui finissait en « us », mais aussi parce qu’il trouvait que le Maître avait un nom de conquérant. Il comptait partir le rejoindre, ainsi, l’ordre de Magdra allait de toute façon être exécuté.

Raseriknulla monta à l’étage, reniflant l’odeur de son Maître. Il le retrouva bien vite. Il était seul, derrière la seule porte sans clef et entrouvert, assis, mélancolique, triste comme une brouette de compost qu’on aurait oublié au fond d’un jardin retourné à l’état sauvage. La raison aurait suggéré à Raseriknulla de se montrer doux avec Marius, mais cette salope de raison était bien loin de toucher la sensibilité de l’Objet, si seulement il en avait une. Ainsi, s’approchant sans discrétion aucune du terroriste, il se planta devant lui, et lui dit :


- Moi… avoir faim, Maître Marius. Moi… avoir peau qui colle beaucoup. J’ai très faim, donne-moi à manger. Je taperai mieux.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Lun 19 Déc - 11:35

Marius releva brusquement la tête et fixa Rarseriknulla, quand ce dernier l'appela par son nom, son vrai nom. Son expression resta impassible, quoique figée, il ne pouvait pas s'empêcher de grincer des dents, et sentir une petite pointe de colère transpercer dans le marasme de chagrin qu'il ressentait. Il ferma le poing ainsi que les yeux pour faire face à la vague de fureur qui l'envahit, seul Mist l'avait utilisé ici, ce nom, et l'entendre de la bouche de Raseriknulla lui donna juste une envie de tout détruire. Il lança d'ailleurs à son Objet un regard noir, méprisant, et il gronda entre ses dents :

— Ne m'appelle pas Marius, oublie ce nom, et contente-toi de m'appeler Léonard, ou Maître. Marius n'existe plus, ici c'est Léonard.

Mordant sa lèvre d'agacement, brusquement sorti de sa léthargie, Marius se leva et malgré le fait que le monstre faisait le double de sa taille, il le toisa de haut en bas. Il secoua la tête, voyant de nouveau quelques papillons devant ses yeux, et faisant signe à l'autre, il gronda en descendant les escaliers :

— Je ne veux pas de violence gratuite, seuls les animaux et les Inquisiteurs obéissent à ça. C'est simple : tu as faim ? Gagne ta nourriture, en demandant à Magdra — la grande femme rousse — ce que tu peux faire, et elle te donnera à manger. Si je ne suis pas là, ça sera d'ailleurs à elle que tu devras obéir, et ne m'appelle plus Marius, compris ? Ici, c'est Léonard.

Pourquoi avait-il besoin de lui rappeler ça ? Parce que Marius ne voulait pas ressentir cette douleur qui hurlait, à chaque fois qu'on liait le souvenir de Mist à lui. Il descendit les escaliers, et croisant le regard vert de Magdra, il lui lança un regard noir qui la fit sourire. Elle cracha un peu de fumée, un bras soutenant sa poitrine, l'air détendu et brutal à la fois, elle observa le jeune homme se planter devant elle. Provocatrice toujours, elle cracha de la fumée sur son visage, cherchant à le faire réagir, et elle obtint comme réponse un grondement agacé. Poussant un soupir, elle s'éloigna pour vider sa kiseru dans le cendrier, puis elle s'ouvrit une bouteille de cognac qu'elle but directement au goulot. Essuyant sa bouche, elle lança :

— J'étais certaine que ça allait marcher.
— Je ne veux plus entendre ce nom, ici, Magdra.
— Et moi je ne veux plus voir le sac d'os faire ses crises. Tu n'allais pas descendre, donc j'ai donné ça, je te connais assez bien, Léonard. Donc... tu vas arrêter de faire le con, et tu vas me dire ce qu'il s'est passé.

Le jeune homme poussa un soupir, et se laissa tomber sur une chaise, Magdra désigna à l'esclave le morceau de pain qui traînait sur la table. Ce n'était pas le temps de manger, apparemment, et elle voulait d'abord écouter ce que le terroriste avait à lui dire. Collée contre le mur, elle ralluma sa pipe pour avaler de nouvelles bouffées de fumées, ses yeux allaient de Raseriknulla à Marius, alors qu'il résuma, complètement las :

— Je l'ai trouvé dans la rue, en camisole, je l'ai libéré.
— Et le bordel à l'Oeil du Tigre ?
— Le client l'a voulu, j'ai refusé, c'est parti comme ça...

Magdra lâcha un « hum » peu engageant devant les explications du jeune homme, elle jeta un coup d'oeil à l'Objet, l'air de lui dire « tu regardes quoi ? ». Ce n'était pas le genre de personne qui acceptait les contraintes, et elle devait avoir à sa charge une nouvelle personne. Du travail supplémentaire, en gros, comme si s'occuper de cette bande con immature n'était pas déjà assez. Mouillant ses lèvres, elle lâcha simplement au bout d'un moment :

— Alvaro va être content, t'as oublié la règle ? Léonard ?

Le jeune homme haussa les épaules, il n'avait pas envie de répondre, la seule chose qu'il voulait faire, c'était aller déprimer comme il le faisait maintenant depuis deux semaines environ. Il posa ses coudes sur la table, croisant les bras, il ignora les quelques grognements que poussa son ventre, totalement indifférent à sa propre faim. Magdra leva un sourcil, puis tournant la tête vers Raseriknulla, elle gronda :

— Évite que ce petit con tente de foutre sa vie en l'air, toi, sert au moins à ça.

Magdra était la douceur et la délicatesse incarnée, sans faire d'autre commentaire, elle reprit son cendrier pour disparaître dans un coin de la masure. Marius se retrouva donc seul avec l'Objet, il passa ses mains sur son visage pour chasser la fatigue, le toisant encore. Puis, il lui annonça de but en blanc :

— Au fait... je suis contrebandier et terroriste, l'Inquisition me recherche.


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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Mer 21 Déc - 15:27

Le Maître voulait se faire appeler Léonard, Raseriknulla s’en moquait complètement. Enfin, pas tout à fait, mais disons qu’il avait déjà assisté à des lubies bien plus folles et obéi à des demandes bien plus laides que celle-ci. Et pourquoi « pas tout à fait » ? Simplement car l'Objet pensait que seules les choses nommées existent. Ce qui n’a pas de nom, ça n’existe pas, et si on ne sait donner un nom à quelque chose, et bien, c’est que cela n’existe pas non plus. C’est aussi une des raisons qui fait que l’Objet est bien peu sensible aux subtilités du langage et à l’interprétation des sentiments.

Mais concrètement, après être parvenu à faire bouger les os de Marius et avoir entendu Magdra, Raseriknulla était déconcerté. Il allait devoir s’adapter pour vivre auprès des contrebandiers. En plus, c’était contraignant de voir qu’il n’était pas traité en Objet. Il n’avait pas l’habitude de devoir anticiper ses devoirs. Certes, il savait prévoir une réaction, et gardait une certaine intuition, mais il n’avait jamais dû demander son travail, autrefois. Il était aussi étonné que Marius le mette dans la confidence, mais il savait prendre ce qui venait sans se tracasser. Toutefois, il ne comprenait pas l’allusion de Magdra sur le fait de « tenter de foutre sa vie en l’air… ». Il ne comptait pas se laisser mourir, il avait plutôt envie de foutre en l’air la vie des autres, et cela serait encore plus jouissif si Marius lui demandait incessamment. A nouveau, ce dernier était d’une certaine froideur, et surtout, montrait clairement une certaine réticence vis-à-vis de la violence gratuite. Il repensa aux mots de Marius : « seuls les animaux et les inquisiteurs… obéissent… à ça… ». Il était un Objet, il était à la fois au-dessus et pire qu’un animal. Mais qu’étaient les Inquisiteurs ? Se penchant légèrement, grattant avec ses ongles sales sa large bedaine grondante qui était loin d’être remplie, il parla à Marius de sa voix grave et lente. Il tâcha d’articuler clairement.


- Tout ce que tu veux, petit Maître, moi Raseriknulla, et moi… t’obéir. Mais Maître… c’est qui l’Inquisition ? Il te veut du mal ? Je tuerai toutes les Inquisitions du monde si le Maître l’ordonne, et j’empilerai leurs têtes en cadeau… hurk… Et je sais pas ce que c’est « contrebandier » et « terroriste ». Ca être politique ? J’aime pas la politique… ça être… des… parasites. Il faut les tuer aussi.


Il prenait un air grave et intéressé, et en effet, il avait vraiment envie de savoir ce qu’étaient ces étranges monstres qui semblaient tant tracasser Marius. Il devait protéger son Maître à tout prix, et si cela pouvait le rendre un peu plus guilleret, il désirait aplatir les nuisibles.

Ayant à peine fini sa phrase, l’esprit toujours vagabondant, il lorgna sur une bouteille d’alcool à moitié vide, abandonnée dans la pièce, l’air intéressé. Il ne buvait que de l’eau, et rarement, du lait, lorsqu’il avait fait de jolis massacres, il avait droit à des friandises en guise de récompense. Ce qui faisait qu’il n’avait d’ailleurs jamais prit de cuite de sa vie d’Objet. La vitesse à laquelle Magdra s’enfilait cet étrange breuvage sollicitait sa gourmandise, et il regardait avec insistance l’objet inconnu et de convoitise. Il avait très faim et soif, un léger filet de bave pendait le long de sa lèvre pendait mollement, lui donnant un air particulièrement ridicule.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Mer 21 Déc - 20:21

Marius fronça les sourcils devant les paroles toujours prononcées avec maladresse de Raseriknulla, il posa ses coudes sur la table pour fourrer sa tête dans ses bras. Éternellement calme, il ne pleura pas, puisqu'il ne pleurait jamais, il se contenta de pousser un énorme soupir de fatigue. Les bras croisés sur le bois pourri, il releva enfin le menton pour observer le monstre à figure vaguement humaine qui paraissait attendre quelque chose de lui. Que dire ? Il allait devoir parler, et l'idée même de partir dans ses habituels discours politiques et moralistes le fatiguait, il n'en avait pas envie. Pourtant, il devait bien informer l'Objet que la vie qu'il menait était des plus dangereuses. Passant ses mains sur son visage, il se tourna vers lui et lui fit signe de s'asseoir, mais comme Raseriknulla paraissait ne pas trop comprendre le langage gestuel, Marius gronda d'une voix lourde :

— Assis-toi, si tu as faim... tu as du pain là, il désigna d'un geste fatigué du pain rassis qui traînait sur la table, puis une bouteille d'alcool que Magdra avait tristement oublié qu'il prit pour de l'eau. Et là à boire. Soupir, toujours des soupirs, comme pour souligner la vanité de son existence . La politique ? L'Inquisition ? Tu n'as jamais entendu parler de l'Église ? Marius en serait d'ailleurs étonné, si c'était le cas, mais dans le doute, il se lança dans ses explications : l'Église est un ordre cruel qui tente de dominer tout l'Empire en suivant des dogmes vides de sens, et sans le moindre intérêt. Ils croient comme la populace à l'Ombre, et lui voue un culte qui les rend fermer à d'autres formes de Magie. L'Inquisition... c'est une sorte de... soldats, des guerriers si on veut qui exécutent les hérétiques, ceux qui... « Ne sont pas d'accord » avec le point de vue de l'Église. C'est une police secrète en somme, cherchant à tuer ceux et celles qui sont contre la politique d'Uriel d'Arken, l'actuel dirigeant de l'Église. Oui, Marius prenait son cas comme universel, mais il essayait d'être le plus simple possible pour l'Objet. Les terroristes... sont des personnes qui veulent que les choses bougent, on les classe aussi comme des Hérétiques, c'est-à-dire qu'ils sont contre l'Ombre et l'Église. Je suis un terroriste, et je cherche à tuer Uriel d'Arken, enfin je cherchais. Je fais aussi dans la contrebande, en gros je vends toute sorte d'objets volés, nourriture, médicaments, armes drogues, tout ça. Je suis le bras droit d'Alvaro que tu verras plus tard, Magdra — la grande femme rousse — est notre médecin, si on veut. Marius fit une petite pause pour observer le monstre qui était à son service, puis il reprit : si jamais je meurs, attrapé par l'Inquisition par exemple, tu devras obéir aux contrebandiers. C'est le mieux pour toi, tu ne seras pas traître en animal ici, et tu seras logé, nourri, tout ça. Nouveau silence, durant lequel il tentait d'effacer les papillons qui dansaient devant ses yeux, il secoua la tête : et la Politique... hum... c'est : « Qui concerne la société organisée. » Il leva la tête vers le plafond, ennuyé par cette définition qu'il avait pourtant pioché autrefois dans un livre : on pourrait dire que c'est un concours dans lequel les hommes cherchent à montrer qu'ils en ont une plus grosse que les autres. Un combat de poulets, ou de chiens, des conflits. Froncement de sourcil de sa part, puis Marius acheva avec son fatalisme maladif : Nous sommes tous des parasites, Raseriknulla, l'humanité entière doit être purgé, ou être tué.

Raseriknulla l'aurait entendu un an et demi auparavant, il n'aurait pas eu le même discours. Marius avait changé, il avait grandi, et ne ressemblait plus au gentil idéaliste qui voulait changer le monde. La mort de Lokhund Krishna l'avait bouffé, et le bouffait toujours, sa vision du monde c'était alors noircit. Il pensait désormais que tout n'était qu'une succession de malheur, et que plus jamais il n'allait sourire, la joie avait quitté son corps pour toujours. Oh... peut-être pas au final, car même enfant, Marius n'avait pas été gai, ou expressif. Il était un monstre de justice, comme Raseriknulla était un monstre de barbarie, il se demandait ce qu'il allait pouvoir faire de lui. De toute façon, est-ce que ça avait une grande importance ? La faim ne tarderait pas à avoir raison de lui, c'était sa nouvelle folie qui frappait son crâne, maintenant. La folie de mourir, la folie de la faim, lui qui avait su à quel point c'était terrible de connaître la misère. Il la voulait pour mère, avant que la mort ne vienne le chercher.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Ven 23 Déc - 19:35

Raseriknulla écouta avec une attention toute particulière les paroles de Marius. Il ne comprenait pas tout à fait quels étaient les enjeux de ce conflit entre l’Eglise, l’Empereur, les Terroristes et les autres. Toutefois, il savait que clans et tensions amènent la bataille, et l’affrontement physique en est la solution éternelle. Ça sentait la castagne, cela restait son intérêt principal. Par rapport à la magie, il n’en avait qu’une vague idée. Il avait déjà vu des humains rayonner d’une étrange aura, ceux-là même qui parviennent à distordre la physique. La magie était une chose bien trop supérieure à Raseriknulla, qui comme à l’accoutumée, suivait ses instincts d’animal en s’en éloignant un maximum, telle une bête effrayée par le feu. Il comprenait cependant que l’Eglise était liée à cette étrange aspect de la réalité. En résumé, cela n’était guère prometteur pour l’Objet, un enfant monstrueux de l’esclavage et de l’Ordre établi, tout en étant promesse de violence, et une fois encore, la solution lui sembla l’exécution sommaire de la source du problème.

C’était vraiment beaucoup d’informations. Raseriknulla était assailli d’idées et de concepts inconnus. Bien que résumant tout ça par la volonté du massacre, il réalisait que les humains étaient des êtres particulièrement complexes. Les exemples métaphoriques de Marius le laissaient quelque peu dans le flou, mais l’avaient tout de même bien aidé à un mieux cerner ce qu’il se passait à Ishtar. Et terroriste, c’était un mot qui plaisait beaucoup à Raseriknulla. Cela laissait sous-entendre plein de choses désagréables pour autrui, pourtant tellement plaisantes pour l’Objet. Il repensait au sens du Culte. Est-ce que cela était comparable à ce qu’il ressentait pour son Maître ? Difficile pour lui d’en juger.

Mais, Marius montrait une véritable volonté de l’humaniser. Ca commençait à le gêner. Son Maître avait laissé libre cours à ses pulsions, et pourtant, il ne cautionnait pas l’acte. Etrange… de bacon diront certains. Les motivations de Marius lui apparaissaient finalement brumeuses, et il se prit à s’inquiéter pour son Maître. Celui-ci était faible et amoindrit. Il n’avait pas l’air d’être en bonne santé. C’est en mordant dans le vieux pain sec que Raseriknulla se rendit compte que Marius n’avalait rien. Il ne l’avait toujours pas vu manger. Ce n’était pas par compassion que l’Objet se tracassait sur cet état de fait, mais simplement parce qu’il préférait garder en vie ce petit Maître-ci, et c’était son devoir avant tout. De plus, il savait que ne pas s’alimenter était une torture. Pour lui, son énorme corps réclamait constamment un apport nutritionnel suffisant que pour continuer à s’activer. Et bien qu’ayant des réserves importantes, la faim qui l’avait tenaillée ces derniers jours était à peine apaisée. Il devait manger. Il mâchait avec force et vigueur dans le pain sec. Ses dents broyaient la croute durcie par l’âge et la poussière. Sa salive se mêlait à la mie, il avalait par gros morceaux et le pain pétri de bave dégoulinait par les coins de sa bouche tordue. Il engloutit le pain en quelques bouchées gourmandes et avides, le moindre mouvement de sa mâchoire expulsait les miettes sur la table et le sol.

A peine sa goinfrerie achevée, Raseriknulla se saisit de la bouteille. Il arracha le bouchon d’un coup de dents, et en but cul-sec le contenu transparent. Cela chauffa brusquement sa gorge, lui donnant l’impression qu’elle était en feu, et que ses tripes étaient arrosées de flammes. Quelques instants passèrent, où Raseriknulla prit une mine confuse et crispée, ne disant mot et ne pensant plus. Puis soudainement, il rota bruyamment une vapeur qui aurait dissout vif un rongeur. Sa tête tournait, il reposa maladroitement la bouteille sur la table, la renversant, ce qui la fit rouler et valdinguer au sol, où elle se brisa. L’Objet voyait trouble, et était quelque peu surpris par ce qu’il lui arrivait. Il venait de se prendre une sacrée vodka dans les gencives, et bien qu’étant naturellement très résistant, il n’avait jamais bu une goutte d’alcool. Il était loin d’être immunisé à ce poison aussi bien que Magdra. Il tenta de se redresser, et retomba mollement sur sa chaise, avachi comme un pauvre pantin, hoquetant. Son esprit avait été perturbé par la force du breuvage, et tentant de parler, il baragouina les mots suivants :


- Arh… poli… politique… hips… ça pas bon pour … hommes… Il faut leur faire la peau… tous parasites… pas bon manger parasites… croquent pas sur la dent… ils claquent… claquent… claquent… Son expression orale s’était fortement amoindrie, il continua quelques instants à grommeler des choses incompréhensibles, la bave aux lèvres et le regard vide, puis s’arrêta un instant, pour reprendre d’autant plus fort, mais d’une voix claire : « Je sais que tu n’aimes pas jouer à la puce, Jonathan, mais pourtant, tu dois savoir t’occuper de ton chien. Il ne supporte pas sa deuxième tête, et ça lui gratte la face constamment. Et puis, que dirait ta mère, hein ? Ses yeux goutent la cire froide. Elle qui est si malade, elle tousse, et ça fait pousser les fleurs saucées. Oui, oui ? Pourtant, le haché ne crèvera jamais le jambon. Charcu-cu—cu-cutrie. Hein ? Qu’est-ce que tu en dis Jonathan ? Jonathan ?! Arrête de regarder ce cadavre de chaton et gratte avec moi, s’il te plait. Lentement, sinon tu blesses. Lentement, ai-je dis !»

Raseriknulla nageait en plein délire, il suait fortement, ses yeux convulsaient dans toutes les directions, et il n’arrêtait pas de trembler. Plus inquiétant encore, ses paroles étaient prononcées sur un ton extrêmement clair, articulé et intelligible, comme si ce n’était pas sa propre voix, bien qu’on y reconnaisse son timbre grave. Il semblait s’adresser à Marius, mais après cette déclamation, son corps s’arrêta de trembler, et il s’effondra net, tête la première sur la table pour s’y endormir comme une masse.
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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Sam 24 Déc - 19:24

Raseriknulla était un véritable monstre, Marius en prenait de plus en plus conscience lorsqu'il lui jetait des regards indifférents. La chose dévora sans délicatesse aucune, le morceau de pain rassis qui traînait là, mordant dedans, bougeant sa mâchoire de manière frénétique, au point où ça lui donnait le tournis. Un soupir s'échappa de ses lèvres, comme tant d'autres, tandis que l'Objet avalait, grognait, et se gorgeait d'un pauvre morceau de pain qui n'avait pas demandé un tel sort. Avec lassitude, il songea qu'il y avait toute une éducation à faire là, Raseriknulla se transforma dans sa laideur en un enfant grotesque, à qui il devrait apprendre toute sorte de choses. Dans un premier temps, le jeune homme lui apprendrait à se tenir, les morales humanistes viendraient après. Il frotta son visage de fatigue, tandis qu'il voyait les dents de l'esclave rompre le pain, comme s'il brisait du métal. Écoeuré ? Peut-être, mais pas autant que l'aurait été quelqu'un d'autre. Marius avait vu la silhouette minable de Lokhund en prison, et depuis ce jour, plus rien ne pouvait le choquer.

L'odeur de mort avait régné, souveraine, et le corps de son ami avait été brisé par la cruauté humaine. Il se demanda soudain si c'était ce qui était arrivé à Raseriknulla, puisqu'il ne voyait pas la lueur d'une humanité civilisée dans son regard de bête, Mist en avait été dépouillé, quels sévices et horreurs ce corps horriblement musculeux avait subis ? Il leva un sourcil quand brusquement, Raseriknulla se saisit de la bouteille pour la descendre d'un coup, c'est en percevant le rot de l'Objet que Marius se rendit compte que ce n'était pas de l'eau. L'odeur empestait, et éternua quand soudain, l'autre se mit à tenir un discours qu'il ne comprit pas. Le jeune homme se redressa lentement, les coudes pliés sur la table, il examina la figure transformée par la Vodka de son esclave, alors que ce dernier cracha une tripotée de mots... de façon trop claire, contrairement à la façon dont il parlait habituellement. Les sourcils froncés, perplexe, il ne chercha pas à l'interrompre, enregistrant chaque mot, eh bien ! Ce monstre pouvait-il donc avoir un passé ? Qui était ce... Jonathan ? Il bougea les yeux, cherchant à arracher sur la face hideuse du monstre une réponse à sa question, mais dès que Marius ouvrit la bouche, il le vit tomber dans le sommeil. Poussant un autre soupir, il jeta un coup d'oeil agacé à la masse avachi sur la chaise, puis sans un mot, il se leva. Bon sang... qu'est-ce qu'il allait faire de lui ? Marius tourna la tête vers Magdra qui revenu avec du pain et du jambon, lui lança un regard blasé, du menton, elle désigna la masse de muscle et grogna :


— M'dit pas qu'il a bu... ?
—... Si.

La grande rousse émit un grognement énervé, pourtant elle ne fit pas la moindre réflexion sur la situation. Se contentant de poser dans une assiette le pain et le jambon, elle s'alluma sa pipe pour avaler calmement une bouffée de tabac. Elle pointa son index sur la nourriture, Marius haussa les épaules en réponse, complètement déboussolé par le monstre qu'il commandait à présent. Il examina les traits fatigués de Magdra, qui elle aussi l'observait, attendant qu'il s'exécute à l'ordre muet qu'elle venait de lui donner. Secouant la tête, le jeune homme murmura :

— Je n'ai pas faim.

En réponse, son ventre émit un grognement significatif, il se raidit pour mieux s'enfuir en haut. Magdra jura entre deux bouffées de tabac, en le laissant pourtant monter se coucher. Marius avait besoin d'un peu de calme, et de repos surtout. Son estomac grondait toujours, répondant de façon grotesque au rythme de ses pas sur le plancher de la masure. Il claqua la porte derrière lui pour se laisser tomber sur le lit, un lit froid, aux draps sales et bouffés par les puces. Il le jeta un peu plus loin pour se rouler en boule. La tête enfoncée dans l'oreiller, il ferma les yeux, oubliant si la nuit était déjà tombée, ou bien si c'était le soleil qui s'était levé, il avait besoin de dormir. Comme d'habitude, Marius sentait le vide l'envahir, pas le vide qui apaisait l'âme, mais celui qui l'accablait péniblement. Quand il essayait de tomber dans le sommeil, comme maintenant, il sentait ce vide douloureux l'envahir. Des semaines auparavant, il y avait eu un autre corps, chaud et bien vivant qui s'était tenu derrière lui, roulé en boule dans les couvertures. Un corps silencieux, dépourvu de parole, et qui pourtant le rassurait par sa chaleur, et sa présence. À présent, Lokhund Kirshna mort, Marius devait dormir seul, comme si cette proximité n'avait jamais existé. Pourtant, la trace, la courbe de la silhouette de Mist était encore dessiné sur le lit, incapable de disparaître.

Le sommeil paru le prendre, oui « paru » seulement, car lui-même ne savait plus ce que c'était de dormir. Ses nuits étaient des suites d'angoisses qui survenaient, le blessaient, et repartaient quand il s'était donné en spectacle. Là, derrière lui, le jeune homme avait la sensation qu'il n'y avait rien, le vide, un abîme noir qui attendait un mouvement maladroit de sa part pour l'attraper. Le vide et le froid, l'absence de la chaleur de Lokhund Krishna, ça le bouffait. Lentement, les tourments vinrent l'attaquer avec virulence, fonçant sur lui, l'attrapant, le serrant, l'étranglant, et il commença à souffrir. Sa respiration était faible, sa gorge paraissait broyée par la main d'un monstre, tandis qu'il sentait le vent glacial s'engouffrer dans ses vêtements, juste derrière lui. Sa poitrine se soulevait violemment, ses mains se crispèrent sur lui-même, tandis que son estomac se retourna de violence. Et brutalement, un bras décharné tomba sur lui. Un bras qu'il regarda dans son délire, qu'il regarda lui arracher la peau pour la lui voler, et la mettre sur ses os nus, il ne pouvait rien faire, il ne pouvait même pas lutter. Les ongles s'enfonçaient dans sa poitrine, le griffant pour essayer de lui arracher sa chair fine et blanche, puis le bras solitaire glissa sur son ventre, là où sa cicatrice mainte fois rouverte se montrait. Le bras grimpa dessus, vaillant, hargneux, malade, et s'enfonça à travers sa peau pour cette fois-ci désirer lui voler ses organes. Marius étouffa une plainte douloureuse, agité dans son rêve.

En bas, devant l'immense corps de Raseriknulla, Magdra avait posé ses coudes sur la table et les mains jointes, elle examinait la brute de son oeil vert. Un chauve tout aussi grand qu'elle, mais efflanqué se contentait de fixer le sol, c'était Alvaro au regard de serpent. Une longue chemise de toile d'un bleu sale tombait sur ses hanches qu'on pouvait deviner inexistantes, c'était un squelette qui avait le paradoxe d'être vigoureux. Son nez d'aigle, ses lèvres fines, son regard de criminel n'inspiraient pas confiance, pourtant c'était « quelqu'un de bien », du moins quand entraient ses intérêts. Magdra lui lançait parfois un coup d'oeil irrité devant son silence, sans pour autant émettre le moindre son. On pouvait dire qu'Alvaro était intrigué par la créature que Léonard avait ramenée ici, et il en voyait l'utilité. Magdra, elle, toujours indifférente au monstre, capable de le traîter comme elle traitait les hommes de cette maison, elle mouilla ses lèvres. Puis un hurlement semblable à celui d'une bête blessée déchira le silence, Alvaro se replia sur lui-même, tandis que la grande rousse ferma les yeux pour lâcher avec langueur
:

— Ça recommence.

Et d'en haut, elle pouvait percevoir le tonnerre sourd d'une bagarre, elle garda un stoïcisme à faire peur à un moine. Elle ne bougea pas, elle se contenta de crisper ses doigts, la mâchoire crispée, elle s'entêtait à garder les paupières closes. Ni elle, ni Alvaro ne montèrent tout de suite, ils savaient déjà ce qu'il se passait. Après une suite de plainte rauque, ils l'entendirent. Ils entendirent Marius foncer comme un cheval au galop sur la fenêtre pour y donner avec toute ses forces un coup de poing violent, qui la brisa pour la quatrième fois en deux semaines.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Mar 27 Déc - 20:31

Terreurs nocturnes, les revoilà, les mangeurs de silence, ceux qui sucent la raison et croquent dans la faiblesse. Ils flottaient autour de Marius, dardant de leurs sourcils, pointant de leurs doigts tranchants, menaçants sans cesse. C’était ceux qui vivent dans les armoires des enfants, sous les lits, et finissent par mourir avec l’âge. Toutefois, quand ils revenaient pour les hommes faits, ils étaient encore pires. Vivant des angoisses, des tracas, des soucis quotidiens et des terreurs profondes, ils déchiraient leurs proies jusqu’à ce que complètement folles, elles succombent. Ce n’était plus des cauchemars, car ceux-ci peuvent se guérir avec le réconfort. C’étaient des atrocités qui ruinent même ce qui a déjà été brûlé.

Au-delà du rêve, quand notre subconscient est vomi par nos douleurs.

Raseriknulla s’était endormi. La machine s’était éteinte, déconnectée par les effets de l’alcool. Cela en était presque comique. Un monstre pareil abattu par une si petite bouteille, au poison si délicieux. Il était petit, tout petit, tellement petit dans sa grosse et abominable tête que sa chair était bien trop énorme pour un esprit si réduit, si étriqué, si vide de passions et d’espoirs. Certes, Raseriknulla avait une âme, bien entendu, c’était un être vivant, après tout. Et malgré ses réflexions proches d’un bloc de calcaire, il avait une conscience, enfouie sous une alchimie maléfique et odieuse, ne respectant rien. Les scientifiques étaient les pires violeurs, ils pouvaient pénétrer le conscient et le subconscient d’un être, changeant toutes ses valeurs, ses envies, et plus terrible encore, ses besoins.
Raseriknulla avait besoin d’extrême, de sang, de violence et d’infamie. Et sa toute petite, riquiqui tête de piaf lui faisait croire qu’il en était heureux. Heureux... quel drôle de mot, ici, drôle comme un géant endormi... Et avec l’alcool, il rêvait. Cela avait agi sur lui comme de l’eau poisseuse dans des circuits électriques, comme si le spiritueux avait, l’espace d’un instant, arrêté cet odieux mécanisme d’esclavage qu’on lui avait infligé. Chose impossible bien sûr, ce n’était qu’une erreur momentanée, un moment d’impossibilité le ramenant vers une raison absurde, et pourtant, il avait parlé comme avant, comme s’il était son ancien lui, cet homme presque trop idéaliste pour son époque impitoyable et barbare, ce jeune naïf trop vigoureux. Lorenz.

Et il rêvait… Des tableaux étranges se succédaient. Il était plongé dans une cathédrale de chair, comme si des tonnes de viande furent posées sur des ossements gigantesques. Cela ronflait d’un bruit énorme, caquetant, il était dans l’œsophage d’un chien crevé, non, l’instant d’après, un plaine verdoyante, d'un vert aveuglant, avec une maison suspendue à un mur couvert d’insultes gravées, qui riait en lui hurlant d’arrêter de gratter. Un raclement, un autre, comme un bruit trop sourd, qui faisait saigner ses oreilles, et il les voyait, tous, réunis autour de lui. L’homme à l’œil gigantesque souriait, il était satisfait de sa chose. Il lui avait déchiré les muscles, étirés les tendons, et avait rajouté des masses supplémentaires, choses vivantes qu’il partagera toute sa vie d’Objet. Un homme aux longs bras tordus vint le chercher, le plia dans un paquet, et le rangea sur une armoire. C’était un très bel Objet, mais il prenait la poussière. Alors, la boite se brisa, et en tombant du haut de l’Eglise, elle déversa un torrent sanglant, dévorant, trop monstrueux que pour être cessé, jusqu’à ce qu’un homme triste pourfendit d’un éclair ce chaos souillant.

Jonathan n’existait pas. Il n’avait jamais existé. Lorenz, lui, n’existait plus. C’était un pauvre clébard écrasé sous une gigantesque semelle d’acier. Des chœurs se faisaient entendre au loin, se mêlant à des rires. Une vitre brisée, des morceaux tombaient sur ses cheveux. Ça le démangeait, et en grattant, il se coupa le cuir chevelu, mais rien n’était vrai. Raseriknulla se réveilla. Son instinct d'Objet l'avait alerté, son Maître était en danger.

Marius était devenu fou, ou bien l’était-il déjà ? Sans doute était-ce toujours le cas. Une vigueur nouvelle envahissait l’Objet. Il se redressa vivement, l'ordre se répétait : son Maître était en danger. Il devait tuer les intrus, les éliminer, absolument, il le fallait. Renversant la table et la chaise, il bondit et courut vers l’étage, bousculant Magdra et Alvaro, qui s’exclamèrent. Ses yeux étaient rougeoyants de la cuite, et l’Objet haletait comme un phoque, la langue à moitié pendante au dehors de sa bouche immonde, et les veines palpitantes. Il hurla :


- Naaon ! Pas… le… Maître !


Il déboula dans la pièce vide comme un bélier sur la porte d’un château. Il n’y avait plus rien dans la chambre, sinon Marius et sa détresse, la main sanglante. L’Objet fondit sur l’homme, le prenant dans ses énormes bras. Il était enragé, il voulait tuer, broyer et pisser sur la gueule de ceux qui ont fait du mal à son Maître. Ils allaient le payer, payer de leurs vies, et ils seront satisfaits de mourir, les pauvres crétins, car il allait leur faire du mal. Ça allait être sale et bien trop douloureux. Raseriknulla était programmé pour ça. Eliminer ce qui nuit à son maître. Tous tous... ils ne survivrait pas...

Il serrait Marius, blessé, dans ses bras, cherchant les intrus, les responsables de tout cela. Il était complètement enragé, la morve coulait de son nez et ses yeux étaient larmoyants. Il tremblait, et émettait un ronflement enragé d’une colère sans nom. Il était prêt à recevoir quiconque oserait défier sa force aveugle. Il berçait Marius dans ses bras sans s'en rendre compte, le protégeant comme un rempart de chair purulent face au monde.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Mer 28 Déc - 21:34

La main plantée dans la vitre, le sang souillant les éclats de verre, le jeune homme avait froncé les sourcils quand il perçut... cette sorte de cri effrayé. C'était comme un réveil, brutalement, Raseriknulla venait de le tirer de la crise. Il ne bougea pas, pantois, débile, la main blessée, et écouta les martèlements des pas de l'Objet. Trop déconcerté pour avoir mal, il referma lentement le poing pour se tourner vers le monstre qui lui sauta dessus pour l'écraser dans ses bras. Ses os éclatèrent contre l'énorme poitrine de la chose, il eut la sensation terrible qu'on était en train de verser sur sa peau de l'acide, tant la douleur qui le prit fut puissante et grandiose. Un craquement déchira le silence, et Marius serra les dents devant la brûlure qui explosa dans son épaule, une nouvelle nausée débuta. L'odeur de sueur et de crasse qui parfumait Raseriknulla était un véritable supplice pour ses narines, il secoua la tête, même si broyer dans les mains de l'Objet, le nez collé contre ses muscles déformés qu'il devinait rigide comme du métal, il leva sa main blessée pour toujours... il ne sut pas exactement, il étouffait en réalité, et sa préoccupation première était de retrouver son corps avec les os à peu près intacts, ou encore respirer une bolée d'air frais, au lieu du parfum aux immondices de son Objet. Il donna une petite tape dans ce qui ressemblait vaguement au visage, et il gronda, ou plutôt Marius essaya d'articuler, la respiration coupée par la force colossale de la chose.

— Lâche-moi, de suite... mon bichon.

Une fois que le terroriste retrouva le contact avec le plancher poussiéreux, bouffé par les vers, et grinçant de sa chambre, il prit une grande inspiration. L'espace d'un moment, il avait senti des aiguilles percées des poumons, et elles revenaient à la charge, pendant qu'il s'efforçait à retrouver son souffle. Il lui fallut plusieurs secondes pour tenir correctement debout, le monde tournait de temps en temps autour de lui, et c'était à chaque pénible de faire face à des vertiges de plus en plus violents. Frottant son visage, le corps frappant avec véhémence sa poitrine, il leva les yeux sur Magdra qui avait vu la scène, son oeil vert était équarquillé devant tout ce grotesque cirque. Puis, elle trouva du regard sa main pleine de sang, des éclats de verre étaient plantés dedans, certains s'étaient même brisés. Marius, lui, s'assurait juste de retrouver l'impression d'avoir un corps. Raseriknulla était réellement une chose effrayante, à la force d'un ours, et qui avait failli le tuer dans... son étreinte. Loin d'être dégoûté par ça, plutôt indifférent, le jeune homme parvint à retrouver l'air, et levant la main vers ses yeux, il inspecta les éclats. Lentement, avec sa nonchalance, Marius prit entre ses doigts le verre pour l'enlever d'un petit coup sec, tout en marmonnant :

— Ne recommence plus ça, je te l'ai déjà dit.

Même si Marius voyait que son esclave obéissait à des lois primaires, il était loin d'envisager qu'il put avoir peur pour lui, et que poussée par un élan de protection, il s'était précipité pour l'écrabouiller dans ses bras. Grimaçant, le jeune homme jeta un regard lassé à sa main souillée de sang et de verre, il arrivait à peine à bouger les doigts, à chaque fois la douleur se pointait, et lui faisait croire que sous sa peau, on avait enfoncé un crochet et qu'on tirait avec, tirait jusqu'à ce que chacun de ses ligaments ne se déchirent. Il remua un peu les épaules, une sensation de lourdeur dans le dos, quand il grogna une injure. Mouillant ses lèvres, laissant sa main blessée retomber contre son corps, il toucha son épaule droite en émettant un autre grognement agacé. Il n'osa pas la bouger plus, le visage crispé de souffrance, la mâchoire serrée, il poussa un soupir. Prostré dans un coin, Alvaro gardait sa méfiance, il se contentait donc de fixer la fenêtre cassée avec une expression mesquine et radine sur sa figure blême, Magdra s'était déjà rapproché. Coinçant sa bouteille sous le bras, il attrapa sans la moindre douceur la main blessée du jeune homme, et observant en détail l'ampleur des dégâts, elle haussa un sourcil en le sentant se raidir, dès qu'elle touchait son avant-bras droit. Sans le lâcher, elle toisa de haut en bas, et de bas en haut Raseriknulla. Magdra affichait un air patibulaire, la bouche tordue dans une grimace énervée, elle échangea un regard avec Alvaro, et soupira :

— Bah... ça manquait de testostérone ici, elle poussa un soupir. Pourquoi faut-il toujours que je serve de bonne ? La prochaine fois, si tu pouvais lui foutre le cerveau dans le bon sens, ça m'aiderait plus qu'une épaule déboîtée.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Sam 7 Jan - 21:35

La haine était retombée, la violence s'était essoufflée. Raseriknulla n’avait plus besoin d’être violent. Son maître était en sécurité, il n’y avait aucun monstre pour le menacer, si ce n’est lui-même. Un instant après avoir écrasé Marius, l’Objet fut pris d’une violente migraine, comme si son cerveau tentait de s’évader par tous les pores de son crâne. C’était un mécanisme de « protection ». Il s’était trouvé un nouveau Maître ; il en était psychologiquement et biologiquement lié jusqu’au bout. Certes, la science de ses concepteurs était une des plus vastes d’Ishtar, mais nous reviendrons sur ce problème en temps voulu. Toujours est-il que, Raseriknulla ressenti un vertige formidable, qui lui donna l’impression qu’on le blessait de l’intérieur. Cette virulente réaction avait été pensée en cas de rébellion du morceau de viande sanguinaire à l’encontre de son propriétaire. Douloureux et efficace, comme un collier en permanence autour du cou.

De fait, Marius était blessé, son épaule déboitée. Magdra allait probablement remettre tout cela en place... sans trop de douleur. Elle fit signe à Raseriknulla de dégager. Mais ce dernier ne bougea pas d’un iota. C’est lorsque Marius lui ordonner d’aller au panier qu’il sorti de la pièce, inexpressif et muet comme une tombe. Ses tempes ne battaient plus, et il était cerné par un tas d’émotions incompréhensibles. Il se passait des étranges choses ces derniers temps. Trop dur pour la tête de Raseriknulla… il alla dormir.



Presque une semaine passa. Avant de partir, Marius ordonna à Raseriknulla d’aider les contrebandiers à leurs corvées jusqu’à son retour, le laissant livré à Alvaro et Magdra, avec l’obligation de leur obéir.

Encore blessé, les déchirures de sa chair suintant en permanence et puant une odeur de cadavre, la première réaction des leaders fut de récurer la brute, histoire de faire cesser les migraines que leur causait son odeur infecte. Il fut tout d’abord lavé, on lui fit enlever sa camisole déchirée et pourrie, et il fallut trois solides gaillards pour parvenir à le maîtriser pendant qu’on l’aspergeait d’eau tout en le récurant avec une serpillère. Ce grand moment, comparable au récurage d’un mammouth galeux, fut suivi par les soins qu’on lui dispensa. Il fut pensé et rafistollé, cela coûta un os en bandages et en onguents, mais les contrebandiers parvinrent à recouvrir les plaies du géant pour qu’elles ne s’infectent plus. Finalement, on lui fila une veste recousue à la va-vite, et un pantalon trop court, qui devinrent ses nouvelles guenilles, bien que toujours plus présentables. Au moins, il ressemblait à un paysan, et plus à un rescapé de l’asile. Il n’était pas devenu un nouvel homme, mais cela permettait de le rendre plus aisément présentable. L’odeur de moisi ayant disparue, laissant place à l’odeur de sueur, plus naturelle.

Il put ainsi se mettre au travail pour les contrebandiers. L’Objet passait ses journées à déplacer des caisses, à empaqueter des colis, à déplacer les meubles des inventaires, à creuser des trous et des galeries pour diverses raisons, à alimenter la cachette en bois, en gros, toutes les tâches ingrates demandant muscles, endurance et répétition. Raseriknulla n’avait pas besoin d’user de son mental, et c’était très bien pour lui. Il compensait son besoin de violence par l’effort physique, ce qui donnait aux observateurs l’impression que l’Objet se tuait constamment à la tâche. Alvaro se montrait assez aimable avec lui, et Magdra toujours aussi méprisante, toutefois, Raseriknulla s’en foutait complètement : étant parfaitement incapable de saisir la subtilité d’un regard toisant ou d’un petit compliment gentil. Il était une machine organique, et c’était tout ce qu’il lui fallait, un travail dur et de quoi verser sa sueur. Pas besoin de remerciement, il ne se plaignait jamais, et son seul coût conséquent était la quantité de nourriture qu’il devait ingérer pour être rassasié. Alvaro s’en frottait les mains, il tenait là la recrue parfaite. Efficace, et à l’obéissance plus loyale qu’un soldat bien entraîné, tout en étant doté d’une force brute bien pratique pour le travail. Il regrettait toutefois que l’Objet ne soit pas pourvu de plus d’autonomie et de sensibilité, et vu le potentiel de destruction qu’il représentait, il fallait constamment garder un œil sur lui.

Mais bientôt, Marius allait revenir.
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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Ven 13 Jan - 0:18

Bientôt, une question explosa dans son crâne, une question qui n'avait pas de réponses, et qui lui donna une angoisse indescriptible.

Honnêtement, qu'est-ce qu'il foutait sur terre ?

C'était ça qui lui serra la gorge, et c'était à cause de ça qu'il avait passé une nuit entière à boire pour finir par s'échouer en plein milieu de la cathédrale. Et malgré les deux jours suivant passés à vagabonder à gauche et à droite, le jeune homme n'avait pas pu effacer du crâne de l'Église les blasphèmes qu'il avait crachés cette nuit-là, ils continuaient de lui brûler la gorge, au point de lui donner l'envie de vomir. Plus faible que jamais, sentant tout le poids du monde lui briser les épaules, Marius n’avait erré, encore et encore, fantôme d'un gamin qui avait eu trop de rêves, dont celui de bien faire. Les bonnes actions ne sont pas toujours à faire, la preuve, il avait perdu Lokhund Krishna, et il s'enfonçait dans sa souffrance. Puisque pleurer ce mort-là, c'était tout ce qu'il lui restait à faire. L'esprit malade, le coeur empoisonné par la peine, il n'avait pas prêté attention aux ombres qui se couchaient sur les murs, lorsqu'il revint à la masure. Incertain de ses pas, Marius ne réfléchissait plus tellement, il était même incapable d'évaluer les distances, car son corps le faisait trop souffrir. Ce qu'il voyait, ce n'était pas des formes distinctes, mais des taches noires qui sans cesse dansaient devant ses yeux, de plus il avait encore cette désagréable impression que son cerveau servait d'enclume à un marteau. La main posée sur le mur, les jambes tremblantes, il avait avancé, puisqu'avec souffrir, c'était tout ce qu'il pouvait faire. Son esprit ne cherchait plus à établir des pensées cohérentes, tout n'était qu'un balbutiement de songe, ses rêves le quittaient, et il espérait tomber, raide mort, à chaque instant. Les autres ? Et alors les autres ? Ce n'était que des silhouettes vaguement connues qu'il rencontrait parfois, rien n'avait d'importance de toute façon. Pourquoi les gens mourraient-ils ?

Oliver ne lui avait pas donné sa réponse, il ne trouvait plus rien de tangible, à quoi bon vivre si toute existence était vaine ? Les lèvres pincées, les joues creuses, il ressemblait juste à squelette, empaqueté dans des vêtements trop grand, et qui marchait, parce que c'était tout ce qu'il était en mesure de faire. Et encore ! Sa main restait posée contre la pierre, ses ongles griffaient le mur, car déjà, il se savait incapable de faire un pas sans ce support. Et une ombre passa devant lui, une ombre humaine, pas celle d'un oiseau. Tout d'abord, Marius l'écarta de son crâne, l'éventualité qu'un ennemi puisse le prendre en filature ne naissait pas dans son esprit, occupé comme il était à ressasser encore et encore la mort de Mist. Cependant, quelque chose comme l'intuition, sa méfiance qu'il avait développée depuis qu'il s'était lancé dans cette aventure, lui ordonna de se retourner. Lentement, il secoua la tête pour jeter un regard derrière lui, il vit un pan de cape se cacher derrière un mur. Il poussa un soupir, sans montrer plus d'inquiétude que ça, mourir ? C'était ce qu'il voulait. Se battre ? Se battre... ça l'emmerdait, ça, par contre. Marius avait tout de même conscience qu'il avait perdu ses forces, et que ce n'était pas en ayant des taches noires devant les yeux qu'il pourrait atteindre d'un carreau d'arbalète l'Inquisiteur qui le suivait. Comment le savait-il ? Bah ! N'était-il pas lui-même le cadet des De l'Ombrage ? Ceux qui depuis des siècles offraient à l'Église des enfants, utilisés comme chair à canon ? Il ne reconnut cependant pas son frère Job, car ce n'était pas le même pas, et d'après sa maigre connaissance de son frère, Marius savait que ce dernier était encore plus discret et silencieux que lui, un véritable serpent cachant sous un regard glacial un fanatisme éblouissant de connerie. Merde. Il allait devoir faire des efforts, et il n'était vraiment pas motivé à ça.

Tordant sa bouche dans une grimace grotesque, le jeune homme se détacha bientôt du mur pour chanceler en face, heureusement qu'il connaissait la Capitale comme sa poche. Sa mémoire fébrile pourtant, le mena jusqu'à dans une vieille maison abandonnée, bouffée autrefois par les flammes, et par là... il trouva sous un meuble qu'il peina à déplacer une bouche d'égout. À croire que tout le destinait à prendre la fuite par là ! C’était sans doute son prénom, qui voulait ça. Il se cassa joyeusement la figure plus qu'il ne descendit, la jambe douloureuse, il parvint tout de même à semer l'Inquisiteur. Personne, hormis les contrebandiers et Iraïd connaissait ces souterrains, ils étaient les seuls à pouvoir s'y aventurer sans se perdre. Durant ce voyage aux pays des excréments de l'urine, trop habitué à ces odeurs pour en être écoeuré, Marius réapparut dans la cave de la masure, l'endroit même où il avait séquestré Mist. Un pincement au coeur, il referma la bouche d'égout derrière lui, et poussa une vieille commode pour la masquer. Mordant sa lèvre, poussant un soupir de lassitude, il se laissa tomber sur les marches des escaliers, crevé comme jamais. Sa tête lui était douloureuse, comme le reste de ses membres, et il serait volontiers resté là si Marcoh n'avait pas eu la bonne idée de descendre prendre quelques pièces. Étonné par la présence du jeune homme, le contrebandier avec sa fausse bonne humeur habituelle lui demanda ce qu'il avait fait, et Marius résuma le tout par :


— Un Inquisiteur m'a pris en filature, il doit rôder dans les Bas-Fonds.

Un silence se jeta entre les deux hommes, durant lequel Marius parvint à se relever, laissant Marcoh à sa stupeur, il remonta à l'étage. Visiblement, Magdra s'était absentée avec les autres, et il restait le monstrueux Raseriknulla. Marius alla s'asseoir près de la table, ordonnant d'une voix faible à Marcoh de lui chercher l'Objet. Un coude sur le bois pourri, il frotta ses yeux, fouillant dans son crâne à la recherche d'une idée, mordant ses lèvres, et maudissant le destin de lui foutre autant de merde sous les pieds. Apparemment, Zacharias avait bel et bien lâché l'emplacement de la Masure à Uriel, et le jeune homme devait faire face à une nouvelle situation chiante. Parce que non, le terroriste ne ressentait ni stress ni peur, ça le faisait tout simplement chier de devoir se dépatouiller encore une fois pour faire face à l'Église. Grattant la table de sa main de libre, l'autre occupée à masser son front, il poussa un soupir et tenta de trouver une solution. Ils pouvaient se cacher ici, certes, mais savoir qu'un Inquisiteur farfouillait ici et là, l'agaçait trop. Quand Raseriknulla arriva avec Marcoh, Marius leva enfin le nez vers lui, et d'une main fatiguée, il se pencha pour tâter à l'aveugle sa botte, et retrouver le poignard qu'il cachait toujours dedans. Croyant avoir un début de solution, il lâcha :

— Un Inquisiteur nous veut du mal, Raseriknulla, je veux que tu...

Mais un bruit dans une pièce du haut le fit taire.


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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Dim 26 Fév - 2:39

Raseriknulla flaira l’air ambiant. Il ne sentait que la poussière dans ses narines, et les odeurs de vieilles boiseries et des divers muscs des personnages qui l’entouraient. Un bruit étrange avait retenti. Le plancher de la pièce du haut craquait sous le poids d’un objet inédit. L’attention de son Maître se dirigeait vers la source de la nuisance sonore, et instinctivement, il se dirigea vers l’escalier qui menait à l’étage. Entrant dans une des réserves, il vit qu’une caisse pleine de ferrailles avait été renversée, elle gisait, morte pour de bon, pourfendue par les lois de la gravité.

Le beau plancher pourri avait été griffé par la maladresse d’un intrus sans manières, qui se permettait de venir fouiner dans les environs, et qui avait la malséance de se faire stupidement remarquer. Apparemment la chute des vieilles casseroles innocentes avait été provoquée par l’attachement entre un morceau de la cape du roublard et un morceau de ferronnerie qui dépassait de son rangement trop vaillamment. Les étranges lois de la physique ayant provoqué la dégringolade finale. Comme quoi, la cape, c’est classe, mais peu pratique.

Ainsi, Raseriknulla n’eut pas trop de mal à remarquer l’Inquisiteur, accroupi, un genou à terre dans le coin de la pièce, qui semblait pester contre son infortune, l’air dépité, et sa cape déchirée entre les doigts. Il aperçut alors l’Objet. De sa main directrice, il sortit une courte lame effilée d’une vitesse surprenante. Raseriknulla n’en était pas trop impressionné, il savait que l’homme sombre ne parviendrait pas à le toucher, car il l’aurait aplatit avant. C’était un mauvais calcul, l’Inquisiteur ayant les réflexes d’un serpent, il avait déjà balancé sa dague de jet vers lui avant même que Raseriknulla n’ait fait le moindre pas. La dague s’enfonça dans la chair du monstre, qui grogna de déplaisir.

Raseriknulla chargea l’Inquisiteur, qui se jeta sur le côté. La pièce était exiguë, celui-ci retomba gauchement contre une étagère. Il se fit mal, se cognant un os contre un des montants du meuble, ce qui l’engourdit juste assez pour que Raseriknulla puisse avoir l’allonge suffisante pour le saisir par le col, le remmenant brutalement à lui, pour l’expédier aussitôt d’un violent coup de boule. Propulsé par le choc, l’Inquisiteur fut balancé sur les ferrailles au sol, où son corps se meurtrit avec violence sur le relief désagréable. Ce n’était pas létal, mais atrocement douloureux. L’inquisiteur sentait que quelques-uns de ses os avaient étés brisés. Ricanant, Raseriknulla s’approcha de l’infortuné, et il l’enfonça dans le tas de débris avec son énorme pied. Sa victime gueulait, il adorait cette sensation de supériorité physique. Mais l’Inquisiteur était coriace, sortant une seconde dague de sa manche, il l’enfonça généreusement dans le pied de l’Objet. Qui leva de suite son pied, et tomba sur son séant de surprise, déséquilibré par l’homme qui tentait de se relever.

Raseriknulla n’aimait pas qu’on résiste aussi bien à ses coups. L’infiltré dégaina une troisième lame, bien plus longue cette fois-ci. Celle-là, elle risquait de faire plus que démanger l’Objet. Son propriétaire était mal en point, mais il outrepassait la douleur que pour pouvoir enfoncer d’un coup d’estoc l’estomac du géant. Peine perdue, Raseriknulla avait compris comment l’Inquisiteur bougeait, et c’est d’une esquive précise et d’un moulinet de bras vigoureux qu’il évita l’homme et lui brisa le dos d’un coup qui aurait défoncé une porte en bois massif. La subtilité, l’Objet était du genre à l’éviter.

Jeté au sol, une fois de plus, l’Objet s’assit tout simplement sur le fouineur, et le tourna face à lui pour bourrer son visage de coups de poings. L’homme cria de douleur, il hurlait d’une voix brisée, qui s’effaça pour de bons lorsque ses dents s’enfoncèrent dans ses propres gensives. Lorsque le visage de l’Inquisiteur fut réduit à l’état de pulpe, Raseriknulla s’arrêta, et tâcha d’extraire de sa chair les deux dagues qui y étaient plantées. Ses poings étaient ensanglantés. Il aimait ça. Il y avait une odeur de transpiration épaisse et de peur, il aimait ça aussi.
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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Lun 27 Fév - 23:40

Et c'était avec son habituelle indifférence qu'il l'observa, ce monstre de muscle puant qui d'une main énorme faisait de l'Inquisiteur une poupée de chiffon. Il haussa un sourcil, puis l'autre quand Raseriknulla enfonça ses poings dans la gueule de son adversaire, il gardait son poignard dans la main, et ses yeux neutres bougeaient en fonction des mouvements de son esclave. Il ne grinça pas des dents, il ne détourna pas la tête, devant cette véritable boucherie, et contrairement à l'autre contrebandier, il ne prenait pas peur devant tant d'humanité écrasée entre les bras puissants de l'Objet qui presque avec plaisir, réduisait l'ecclésiastique à l'état de petite chose. Pas un être humain, une chose. Le sang gicla sur le plancher sale de la masure, se mélangeant à la poussière, il ne tarda pas à répandre autour de lui une odeur de mort et de pourriture. La sueur et le sang ne lui donnèrent même pas l'envie d'éternuer, et le jeune homme contempla le corps qui ne ressemblait plus à rien de leur ennemi. Il frotta son nez, respirant à plein poumon ce parfum de mort, celle que l'on ne pouvait pas saisir avec ses narines, mais celle qu'on pouvait capter sans la sentir. Cette odeur sans arôme, qui laissait une impression terrible, après qu'un homme ou une femme ait rendu l'âme.

D'un pas chancelant, non pas à cause de la crainte et du dégoût, il s'avança vers le cadavre et le poignard toujours dans la main, il posa ses yeux sur la face déformée par la douleur et les coups. La tête penchée sur le côté, la bouche ouverte, comme s'il essayait de voler au corps les derniers instants qu'il avait vécu, pour comprendre sa douleur et ses intentions, Marius posa un genou à terre pour toucher le mort. Par réflexe, et par attachement sans doute, il vérifia la couleur des yeux et des cheveux de l'Inquisiteur, il avait peur de retrouver là le cadavre d'un de ces frères, et poussa un léger soupir en voyant que ce n'était pas le cas. Il se releva alors, et tendu comme la corde d'un arc, il échangea un regard entendu avec Marcoh. Faisant signe au monstre qui lui servait d'esclave, cette montagne de muscle, cette chose aux larges épaules qui pourrait lui briser les os en l'effleurant simplement, Marius tira le corps pour le faire asseoir contre le mur.

Le contrebandier prés de lui fondit aussi sur l'Inquisiteur, et il tâta sa poitrine à la recherche de quelque chose. Marius aussi, fouillait le cadavre, après tout... une fois mort, ce dernier n'aurait certainement plus besoin du pendentif en or qui pendait à son cou, ou encore de ses lames qu'il avait usées contre Raseriknulla. Marius lui enleva sa chemise de bonne étoffe, décidé à la vendre, et garda dans un coin une des lames, au cas où lui-même en aurait besoin. Pillait-il un corps ? Dans sa vision des choses, pas vraiment, il faisait preuve — selon lui — d'un sens pratique en privant l'Inquisiteur de ces honneurs-là. Il poussa un soupir en tombant sur la bourse de cuir, malheureusement peu avare en or et la rangea dans sa poche, puis quand il termina son vol, il frotta sa tête et gronda :


— Ils ne sont pas censés nous trouver, la masure est un endroit sûr...

L'homme aux cheveux bruns grogna en réponse, et arrachant à l'Inquisiteur sa ceinture, il fit bouger le corps du bout de son pied pour le retourner. Marius examina Marcoh agir, l'odeur de mort à présent sur lui, il jeta un regard agacé à Raseriknulla. Sans ressentir de la colère contre son esclave, il se demandait surtout ce qu'ils allaient pouvoir faire avec le cadavre. Si Magdra avait été présente, ou même si Marcoh avait été d'une humeur moins embrumée de fureur, le jeune homme était certain qu'on lui aurait proposé de découper l'homme pour avoir quelques morceaux de viande gratuitement. L'idée qu'Alvaro fut capable de penser ceci lui effleura l'esprit, et l'amusa en un sens, le grand chauve avait un don incroyable dans tout ce qui concernait sa radinerie et Marius n'aurait pas été étonné de l'entendre proposer ça.

Du reste, il s'écarta et fixant l'Objet, il serra les dents. Il avait là un monstre incroyable, capable de déchirer le cou d'une vache avec ses dents, et il considéra cette chose énorme et dangereuse comme une arme susceptible de lui être bien utile plus tard. Et alors qu'il allait ouvrir la bouche, Marius se raidit brusquement, quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'allait pas, et il n'aimait pas ça. Former pour être Inquisiteur, il devinait facilement que pour ce genre de missions, on n’aurait pas envoyé un seul homme. Le plancher grinça de nouveau au-dessus de leur tête, il mordilla ses lèvres. Marcoh l'avait visiblement entendu aussi, et lentement, le calme tranquille de la masure se transforma en un calme terrible. Ce n'était pas des rats qui couraient au-dessus de leur tête, et ce n'était pas l'air qui brusquement, éteignit les bougies. Le noir tomba sur eux, et Marius n'aimait pas ça. Il toucha le mur, pour s'assurer de cette présence, et il écouta, comme il ne pouvait pas voir. Il écouta ce pas silencieux, marcher en haut, et entendant du mouvement vers sa droite, il gronda :


— N'allume pas la lumière, surtout pas. Et sur un ton plus bas, il ajouta : il y a un Prêtre.

Il ne le savait pas, il le sentait. Il les connaissait trop pour ne pas écouter son intuition, et quand le pas silencieux s'arrêta, Marius marcha à sa rencontre. Dans un monde aveugle, il avança vers l'endroit où se trouvaient probablement les escaliers, en se cognant souvent et quand il posa enfin un pied sur la marche, il s'arrêta face à un homme qui se trouvait tout en haut des escaliers. Mordant sa lèvre, il ne voyait pas son visage, ni son corps, il pouvait juste imaginer sa silhouette imposante qui l'écrasait. Et il eut à peine le temps de rouler sur le côté, que le Prêtre l'attaqua. Les ténèbres régnaient certes en bas, mais en haut, il y avait assez de lumière pour permettre à l'homme d'utiliser les ombres.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Mer 30 Mai - 23:11

Le pouvoir du Prêtre prenait sa force dans les ombres de l’étage. Raseriknulla se précipita entre son Maître et l’escalier, formant un mur vivant de son corps. C’est alors que la forme ténébreuse frappa ; c’était une étrange sensation que d’être blessé par la magie. Il fut sonné, broncha et se prit une seconde claque qui lui gifla à sang le visage, le sonnant et lui faisant voir trente-six étoiles. Ça, il n’avait pas aimé du tout. Le Prêtre était vif, presque autant que l’Inquisiteur malchanceux, et cela n’allait pas être un combat facile. Raseriknulla était blessé, engourdi et ses muscles le chatouillaient de l’intérieur. Tout ceci l’énervait encore plus. Ses poings se crispèrent, et il sentit ses propres ongles cassés et durcis s’enfoncer dans ses paumes tellement il serrait fort de rage.

De son côté, le Prêtre ne se cachait plus. Profitant de sa position en hauteur et de sa ligne de vue directe sur le monstre, il se concentra pour renvoyer une vague d’ombres sur Raseriknulla, qui encaissa assez mal cette méthode de combat peu conventionnelle. Le géant tomba à la renverse, entraînant avec lui une autre étagère, dont les brocs s’écrasèrent en un tintamarre sur le sol. Même pour cette brute, c’était affreusement douloureux. Des morceaux durs de son corps avoir étés cassés. Ses cheveux graisseux lui collaient le visage, et les croûtes de ses blessures piquaient jusqu’à l’en rendre fou.

Couvert d’ecchymoses, se relevant avec peine, le Prêtre ne tarda pas à balancer un nouveau maléfice à Raserik’, qui commençait à se lasser de ce jeu-là. Il fonça, tête baissée, et s’aida de ses mains, pareil à un gorille rasé, pour avancer plus vite sur la distance d’escalier qui le séparait de sa cible. Le sort le frappa de plein fouet, entrant dans sa chair comme une lame immatérielle qui le déchirait de l’intérieur. Faisant fi de la douleur, il continua sa lancée sur le Prêtre qu’il plaqua brutalement au sol. Encore essoufflé de l’usage de son pouvoir, le Prêtre tenta de baragouiner quelque chose, mais Raseriknulla ne lui en laissa pas le temps. Il lui écrasa violemment la mâchoire, faisant croquer entre-elles les dents de l’infortuné. Cela faisait un « sprotch » de plus pour sa collection de coups de poings sanguinaires.

Toujours sur le Prêtre, il finit par s’assoir à califourchon sur lui, le bloquant entre ses cuisses massives, l’attrapant par le col d’une main, et le frappant de l’autre. Il écumait et s’exclamait :

« Alors, on fait le mal… le mal… le malin-hein ? dit-il, en frappant en rythme le visage de l’ecclésiastique. Qui rigole maintenant, hein ? Qui a mal maintenant, HEIN ? » Le visage de l’infortuné Prêtre prenait une tête d’un violet foncé. Du sang coulait abondamment de sa bouche, et Raseriknulla comptait bien le frapper jusqu’à ce qu’il en crève. Quelle véritable saloperie que cette magie de lâche. Ca le dégoutait, toute cette bande de folles déguisées lui donnait envie de leur vomir tous dessus jusqu’à ce qu’ils en fondent. Et il frappait, frappait, frappait…
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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Jeu 31 Mai - 23:32

La confusion régna dans son esprit, un instant, Marius ne sut pas si exactement son adversaire l'avait touché. Son épaule avait juste rencontré le plancher, et il lui fallut deux secondes pour se rendre compte que l'autre l'avait raté. Il frotta ses yeux, il observa les réactions de Marco, qui avait poussé un sifflement impressionné. Dans l'obscurité, le jeune homme put toutefois distinguer l'énorme silhouette du monstre se jeter sur le Prêtre. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, embrouillé, et il ne percevait que les mouvements de leur lutte. Il tâtonna le sol, à la recherche de son poignard, mais il ne rencontra que le cadavre de l'Inquisiteur. Il entendait les cris de Raseriknulla, ainsi que la voix du Prêtre qui se brisait.

Frustré de ne pouvoir rien faire, soudain rendu furieux par ce qu'il se passait, Marius émit un grognement agacé. Tout ceci était la faute de Zacharias Flash, cet informateur minable, motivé par l'argent qui l'avait trahi, précipitant la mort de Mist, puis la détresse de Marius qu'on connaissait que trop bien. La colère perça son chagrin coutumier, un puissant élan de colère qui se dirigeait vers l'albinos, cette sombre merde à qui il avait donné un toit, et de la nourriture ! Quand Marius le retrouverait, car ça sera le cas; il lui arracherait ses petits yeux rouges avec ses ongles, et lui enfoncerait son poing dans sa figure pâle, jusqu'à se briser les os.

Dans le noir, Marius discerna les Ombres qui se jetaient sur Raseriknulla, il devinait plus qu'il ne voyait l'intensité du combat, occupé à haïr Zacharias Flash. À cause de lui, un Inquisiteur et un Prêtre étaient venus ici, et cela — au moins — lui donnait une excellente raison de le tuer. La Masure, les Bas-Fonds lui appartenaient, et l'Église n'avait pas à mettre un pied sur son territoire. Marius se releva, il trouva du regard Marco qui murmurait d'une voix lourde des mots incompréhensibles, Marius devinait la peur qui explosait dans le ventre du contrebandier. Un bruit de fracas résonna brusquement, Marius sursauta, et avança maladroitement vers les escaliers, il n'apercevait plus l'ombre du Prêtre, dévoré par celle bien plus grosse de Raseriknulla, dont la rage était démesurée. Il posa un pied sur une marche, une main sur la rambarde, il observa l'Objet déversé une colère violente sur le Prêtre, dont les hurlements frappaient ses oreilles, et allaient jusqu'à briser ses tympans. C'est bon ! Ils avaient compris qu'il ne passait pas un moment agréable ! Pas besoin de surenchérir !

Le jeune homme grimaça, quand il crut comprendre que l'Objet venait d'exploser la tête du Prêtre sur le plancher, Magdra allait râler, et le forcerait certainement à nettoyer tout ça. La mâchoire crispée, il écouta le discours décousu de son Esclave, soulagé d'être débarrassé du gêneur. Il monta une à une les marches, jusqu'à Raseriknulla qui incapable de tempérer sa fureur, frappait encore et encore le Prêtre de son énorme poing. Marius poussa un soupir.


— C'est bon... arrête... de suite, mon Bichon.

Décidément, le jeune homme peinait à s'y faire, ce surnom ridicule qui était le Mot d'Ordre qui contrôlait le monstre.

— Éloigne-toi.

Le terroriste se rapprocha du cadavre, éclairé par les rayons du soleil, dévoilant ainsi sa face écrabouillée et ensanglantée. Même lui, qui avait déjà vu un bon nombre d'horreurs ne put se retenir le dégoût qui monta dans sa gorge, il inspecta longuement le nez enfoncé, éclaté, la mâchoire brisée, les os broyés qui transperçaient à quelques endroits la peau. Celle-ci pendouillait sur le côté, il dégagea du bout de sa chaussure la main du Prêtre, et il se pencha pour tenter de lui arracher sa bague en argent, ce qui se solda en un cuisant échec. Il se tourna vers Raseriknulla, dont les blessures n'étaient pas jolies à voir, et lui désigna Marco, ce dernier ne bougeait plus.

— Va le voir, il essayera de te soigner.

Il passa une main dans sa chevelure grisâtre, un autre soupir s'échappa de ses lèvres minces, il regarda le cadavre longuement. Bon... eh bien... que faire ? Marius avait deux cadavres chez lui, ceux de deux ecclésiastiques, et il devait trouver le moyen de s'en débarrasser. Le sang s'était infiltré dans le bois, en plus, et ils auraient dû mal à l'effacer, cette trace de leur crime. Il mouilla ses lèvres, puis il donna un coup de pied dans le corps pour le faire rouler, et le contempler se fracasser sur les marches des escaliers, jusqu'à atterrir en bas. Zacharias Flash n'aurait certainement pas droit à de tels honneurs, quand Marius lui tranchera sa petite gorge insolente avec son poignard. Il rejoignit les autres en bas, et après avoir fouillé le macchabée, il reprit son poignard abandonné dans un coin de la pièce.

La bague en argent l'intéressait, mais le doigt était trop gonflé pour qu'il parvienne à l'enlever simplement. Marius s'assit sur le sol, la main du mort dans la sienne, il tenta de passer la lame sous la bague, sans succès. Il érafla la chair, et essaya plusieurs fois sans y parvenir. Assis en tailleur, il se servit de son genou comme table improvisée, et lentement, il se mit à couper l'annulaire du Prêtre. L'os ne céda pas toutefois face à la lame, alors il creusa la chair tout autour de la bague pour finir par l'enlever. Il tira jusqu'à ce qu'elle glisse du doigt, et il la rangea dans l'une de ses poches. Il se redressa, puis il gronda :


— Il nous reste plus qu'à descendre les cadavres dans la cave. Là, on pourra accéder aux égouts, on verra ce qu'on peut faire.

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MessageSujet: Re: Ecce Homo [Pv : Bichon]   Jeu 13 Juin - 19:58

Raseriknulla ne comprenait généralement pas grand-chose. Plus exactement, il avait une très bonne perception de son environnement, mais ne faisait pas d’effort cognitif suffisant que pour rentabiliser à cent pour cent son attention. Par exemple, si couper un doigt était un geste  des plus barbares, cela indifférait l’esclave. Quand Marius a dépouillé les cadavres, il l’avait bien vu, mais pas compris.

D’ailleurs, pourquoi s’embêter à faire mal à un mort ? La notion de valeur resta longtemps un concept abscons pour lui.

 
Toutefois, à peine ces considérations philosophiques germaient dans sa tête, qu’il les avait déjà oubliées. Il avait un nouvel objectif, et ça, il aimait bien. Les objectifs. Clair, simple, il fallait virer les deux zouaves qui avaient tenté d’agresser son précieux Maître.
 
Ravalant sa bave, frottant sa sueur, il saisit les cadavres, en lança un sur chacune de ses épaules musclées, tels des sacs de pommes de terre, et descendit vers la cave, Marius lui montrant le chemin. C’était moche, il était encore une fois taché de sang, à croire qu’il ne pouvait que maculer ses sarreaux, tel un enfant qui aime un peu trop les flaques de boue.

Le passage vers les égouts était bien planqué, comme à peu près tout d’important ici. En gros, comme tout ici. Un problème se posa toutefois, Raseriknulla était trop gros que pour passer, surtout avec les deux corps.

Marius, un peu dépité, lui fit un signe de la main vers la sortie. Faisant appel à une réflexion surprenante, Raserik’ balança les deux corps par l’entrée, et se baissa pour ne point heurter son crâne épais contre un linteau moins dur que celui-ci.

Les égouts puaient. Imaginez : une soupe géante, constituée d’eau de pluie, dans laquelle vous auriez vidé vos poubelles, et avec les déjections de trois générations par-dessus. Raseriknulla n’aimait pas ça. L’odeur du sang et de la peur, c’était sympa. L’odeur des égouts, moins. Mais le Maître avait demandé quelque chose, quelque chose qu’il ne pouvait pas refuser…

Marius resta dans la planque, et fit signe à Raseriknulla d’aller se débrouiller. Ce dernier commença à s’éloigner, cherchant un endroit pour couler sans trop de problème les deux individus. Il sentit une matière molle et couinante sous ses pieds. Il y avait vraiment beaucoup de rats par ici. Ses mollets commençaient à le chatouiller. Il se pencha pour gratter de ses ongles sales les piqures de ses jambes. Malheureusement, un des corps glissa et tomba dans le canal central de l’égoût, dans un grand « plouf » spongieux. Ça en faisait déjà un de moins à planquer.

 
Raseriknulla se demandait s’il y avait des gens qui vivaient dans les égouts. Il se dit que s’il y avait effectivement d’autres habitants que les rats,  ceux-ci ne devaient pas être embêtés par la magie. Cependant, ça puait trop, et jamais il n’aurait pu faire sa vie dans les égouts. En plus, y’avait pas de Soleil. Il n’avait pas besoin de beaucoup de lumière pour se repérer, mais il aimait bien la chaleur. Le sang était chaud, c’est aussi pour cela qu’il l’aimait bien.
 
Après s’être débarrassé du second cadavre, Raseriknulla retourna auprès de son Maître. Ce dernier l’envoya panser ses plaies, et lui faire prendre un bain, car il était aussi sale qu’infesté de puces.

Raseriknulla obéit, il était prêt à tout pour le Maître, et il était prêt à recevoir les ordres.
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Ecce Homo [Pv : Bichon]

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