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 Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?

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MessageSujet: Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?   Dim 6 Nov - 14:24





C'était seulement la troisième nuit qu'elle passait à la caserne et elle avait encore du mal à s'y faire. Chaque matin elle s'était réveillée en se demandant ce qu'elle faisait là, où elle se trouvait et pourquoi. Ses réflexes défensifs la faisait se recroqueviller sur son lit, le regard planté vers la porte de sa cellule, les lèvres relevés sur ses canines, attendant l'intrus qui l'avait enfermée là. Puis, elle reprenait ses esprits, se souvenait de cet officier particulièrement malpoli qui lui avait fait signer les papiers de son enrôlement ainsi que de ce médecin frileux qui lui avait fait passer les premiers examens médicaux de sa vie. Elle n'était pas prisonnière, elle n'avait pas été violentée. Sa cellule était en fait ce qui lui servait de chambre à la caserne centrale. Les bleus sur ses avant-bras et son ventre n'étaient que les marques de ses entraînements passés. Elle n'avait jamais réellement manipulée une épée, trop lourde, trop lente et trop ostentatoire à son goût. Elle préférait les coutelas, les poignards, ou mieux encore les poings et les griffes. Les coups qu'elle prenait à l'épée, elle les rendait au combat rapproché. Autant les soldats aimaient se battre contre elle dans le premier cas, autant ils fuyaient comme des mauviettes lorsqu'elle leur proposait l'autre alternative.

Elle sourit, et étira ses muscles congestionnés sur la couchette qui lui servait de lit.
Elle avait encore fait le même rêve. Depuis qu'elle avait mis les pieds dans la capitale, il revenait toutes les nuits. Elle courait. Pas comme une femme, comme une louve, car c'est ce qu'elle était; une louve au pelage rouge, dont les yeux dorés fixaient le chemin qui s'ouvrait sous ses pattes. Elle courait, la gueule ouverte après une proie qu'elle n'arrivait jamais à attraper. Soudain, le couvert des arbres s'ouvrait sur un ciel clairsemé d'étoiles. La lune l'hypnotisait, l'envoûtait et alors qu'elle allait tendre le cou pour émettre un ululement que seul les siens étaient capables de reconnaître, la lune se divisait en deux yeux jaunes qui la fixaient, transperçaient son esprit de part en part et l'obligeaient à retrouver la sécurité de la forêt.

Elle éclaboussa son visage avec l'eau glaciale qu'on avait posé dans la cuvette au coin de sa cellule. Sentir le froid sur ses paupières, sur ses joues lui rappela son pays natal. Elle s'habilla en silence. Les fourrures couvrirent bientôt sa peau translucide et elle huma le parfum suave de bête sauvage qui s'en dégageait.
Elle n'avait pas faim aussi passa-t-elle devant le réfectoire et la file de soldats en armes qui attendaient leur repas, sans un regard. Son ventre émit pourtant un grognement capricieux qu'elle prit soin d'ignorer. Ce qu'on servait ici n'était pour ainsi dire pas ce à quoi elle avait été habituée...

Elle contourna les baraquements pour se rendre sur le terrain d'entraînement. A cette heure matinale, ils étaient peu nombreux les soldats qui avaient déjà commencé à se battre. Certains traînaient nonchalants le long des enceintes, la mine laiteuse de ceux qui ont trop bu la veille, d'autres étaient avachis contre le chambranle des baraquements et fixaient le sol, admiratif, sans doute pour les mêmes raisons. Aucune épée n'était sortie de son étui. A vrai dire seuls quelques archers avaient installé leurs cibles à l'extrémité ouest du terrain et s'exerçaient à mettre un maximum de flèches dans le rond central.
Pour Iekaterina c'était la discipline la moins noble de l'art du combat. Comment pouvait-on trouver une quelconque fierté à tuer un adversaire à cinquante pieds de son ennemi? Et ce de surcroît avec un équipement qui n'avait rien de naturel. Elle méprisait profondément les archers, mais pour pouvoir les battre en combat singulier, il faudrait bien un jour qu'elle apprennent leurs techniques. Cette simple idée lui donnait envie de vomir, mais tout bon soldat se doit de connaître son ennemi dans ses moindres détails et qu'importe s'il devait passer des heures à les observer.

Elle entreprit d'abord de courir un peu pour désengourdir ses muscles. Les regards vides des soldats présents la suivirent machinalement tandis qu'elle enchaînait trois tours complets du terrain d'entraînement. Quand les archers se trouvaient dans son angle de vision, elle observait consciencieusement leurs techniques, leurs façons de planter les pieds dans le sol, de tenir l'arc et de tendre la corde à l'extrême sans qu'elle ne rompe. Cela ne manquait pas d'élégance, mais restait très guindé. Leur dos était trop droit pour elle qui aimait l'avoir rond, leur bras trop tendus, et leurs gestes trop empruntés quand elle les aimait rapides et brusques.
Lorsqu'un groupe de soldats lourdauds fit son apparition sur le terrain, elle cessa de courir et s'assit derrière la ligne des archers sur la poutre de bois qui délimitait l'extrémité de leur piste. Elle en choisit un au hasard. Un blond aux yeux verts, plutôt svelte, qui touchait le centre de la cible huit fois sur dix. Et elle se mit à étudier sa posture et ses gestes, faisant abstraction des premiers éclats de voix qui exhortait à saisir une épée et à se battre en homme!



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MessageSujet: Re: Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?   Mar 8 Nov - 14:49

    Encore une longue et triste journée ordinaire pour Kyle. Triste dans le sens où le soleil n’était pas au beau fixe, il se cachait timidement derrière d’épais nuage gris aujourd’hui. Pour le coup, il regrettait Frickwitch, certes on y voyait le soleil moins souvent mais au moins, les arbres cachait les nuages, surtout quant il était aussi déprimant que ceux-là. Aujourd’hui, pas de patrouille de programmé, mais pas de jour de repos non plus, il était en quelque sorte d’astreinte à la caserne et l’activité du jour, c’était l’entrainement général. Beaucoup avait un peu bu la veille, la seule méthode universelle connu par les militaires pour tromper l’ennui. Mais lui évitait, l’alcool diminuait les réflexes et le champ de vision, des handicaps lourds pour un archer. Non, il avait plutôt été le genre à se coucher relativement tôt pour profiter d’une nuit complète. Le temps était froid ce matin-là, il allait devoir se procurer rapidement des effets plus chaud, peut-être ce soir prendrait-il le temps d’envoyer une lettre à sa mère et sa sœur, la seule famille qui lui restait dans sa province. Celles-ci seraient sans doute plus qu’heureuse de lui confectionner quelque chose de chaud. Comme quoi, avoir un père qui vous a obligé à fréquenter les cours du prêtre du village ca aide.

    Levé assez tôt, lui, il profita du repas au réfectoire, au moins, les commis de cuisine préparaient des trucs mangeables ici. Mais ca lui manquait un peu son passé de chasseur, la satisfaction de profiter d’un repas qu’on a bien mérité en traquant soi-même l’animal. Une fois qu’il se sentit repus, frais et dispo, il alla rejoindre les autres archers sur le terrain d’entrainement. Il n’était pas spécifiquement le meilleur de la garde et il avait encore trop de réflexes de chasseur, alors il n’hésitait pas à échanger avec les autres qui profitaient bien en retour de ses connaissances.

    Les séances de tir commencèrent. Pour l’instant, il faisait du fixe, tirant lentement et ajustant ses coups. Ce n’était que les fondamentaux mais il était bon de les réviser de temps en temps pour ne pas laisser apparaitre de mauvaises habitudes lorsqu’il se battrait à pleine mesure. Il touchait huit fois sur dix, pas terrible ce matin, à cette distance sur une cible immobile. Il bailla un petit coup, il aurait du moins mangé pour la peine. Fort heureusement, un de ses collègues l’interpella, ce qui le réveilla.

    Hé Kyle ! Plutôt que de faire ces trucs là, tu pourrais nous refaire le coup que tu as fait à ton arrivée, tu sais, avec le mannequin d’entrainement ? Essaie sur celui-là.

    Si ca peut vous faire plaisir les gars…

    Kyle respira lentement et profondément, il devait se remettre bien en condition, ce qu’il faisait depuis tout à l’heure était mauvais, sans saveur, il ne pouvait pas encore avoir tous les réflexes du soldat alors il laissa parler le chasseur. Avec vitesse et dextérité, sa main attrapa la flèche dans son carquois. Kyle était un excellent archer, capable de tendre, viser et tirer en une fraction de seconde et d’enchainer les flèches. En à peine quelques instants, le mannequin en armure se prit plusieurs flèches, toutes logés dans les interstices, un véritable adversaire en armure n’aurait pas fait trois pas. Kyle ne faisait qu’un avec son arc, il en tenait un depuis avant même de savoir marcher, tirer était aussi naturel que de respirer sur lui. Pour le moment, il était resté un petit peu trop en mode chasseur, rapidement il arma une nouvelle flèche et bandit son arc en se tournant vers sa cible. Il s’arrêta aussi sec, la flèche ne partit jamais. Il braquait de son arc une jeune femme assise sur la clôture. Une nouvelle sans doute, il ne se rappelait pas d’elle et pourtant, elle ne passait pas inaperçue. Les femmes avec une telle crinière rousse n’étaient pas légion. Elle était belle, à sa façon, elle n’avait pas la beauté qu’ont les femmes habituelles, non, elle avait ce petit quelque chose de sauvage et pur dans le regard, vraiment étrange. Kyle baissa son arc alors que son collègue inquiet venait lui parler.

    Y’a un souci Kyle ?

    Non… rien… c’est idiot… j’ai cru sentir la présence d’un loup.

    Faut te détendre mon vieux… T’es plus dans les forêts de Frickwitch, tu ne verras pas de loups dans la capitale.

    Oui, il avait raison, pourtant, il aurait juré en avoir sentie un, il les connaissait assez bien, du moins, ceux des forêts de Frickwitch. Il garda le regard posé un instant de plus sur cette femme un peu étrange et alla vers le mannequin pour récupérer ses flèches…
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MessageSujet: Re: Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?   Mar 8 Nov - 22:47





Le prédateur reconnaît le chasseur: son rival.

Iekaterina ne perdit pas une miette de la scène qui se déroula sous ses yeux. Son instinct la poussa à respirer de même que l'archer. Lentement et profondément. Son corps se figea dans l'expectative. La tension palpable fit frissonner sa fourrure comme si elle n'était plus un simple accessoire mais partie intégrante de son être. L'animal en elle se réveillait. Un grondement sourd montait de sa gorge qu'elle retint juste à temps pour ne pas être entendue. Lorsque la première flèche partit, sa pupille n'était plus qu'une mince fente noire, fixée sur la cible. En quelques secondes à peine, le mannequin avait été tué une demi-douzaine de fois. Son souffle se fit plus rauque; l'archer n'était pas un simple soldat, à ses yeux de louve, il représentait bien plus désormais.

Sans doute était-ce pour ça qu'elle ne broncha pas quand la flèche s'orienta dans sa direction. Le prédateur ne peut montrer au chasseur que ce dernier a réussit à prendre l'ascendant.
Les pupilles d'ébène reprirent instantanément leur forme naturelle et fixèrent l'inconnu. Elles devaient surtout n'exprimer aucune émotion. Ni la hargne du loup, ni l'intérêt du bon soldat, ni même le respect qui, quelque part, venait de s'ajouter à l'équation et rendait les choses plus complexes.

Il baissa son arc, la dévisageant à son tour, manifestement perturbé par un soupçon naissant.
Le chasseur reconnaît lui aussi le prédateur quand il en voit un. Mais sous les traits délicats d'une jeune femme qui pourrait déceler ceux d'un loup? Personne; même le chasseur ne pourrait s'en tenir qu'à des soupçons.

Elle le regarda s'éloigner pour récupérer les flèches qu'il avait planté dans le mannequin un peu plus tôt. Ses mains agrippèrent la clôture en bois, et elle lança ses jambes en avant pour atterrir sur le sol avec souplesse. Plus loin derrière elle, les premiers sons d'un combat à l'épée résonnèrent. Le cri du métal frappant le métal la fit grincer des dents mais elle ne jeta pas pour autant un coup d'oeil par dessus son épaule. Elle avait bien mieux à faire ce matin-là...

Lorsqu'il fut de nouveau à sa hauteur, au lieu de s'adresser à lui, elle recula et s'éloigna en direction des autres archers. L'un après l'autre, elle passa derrière chacun d'entre eux. Elle devait vérifier que dans le rangée, aucun d'entre eux n'était meilleur chasseur que lui.
Elle reniflait en silence leurs odeurs respectives ce qui faisait à peine frémir son nez. Le premier sentait la catin bon marché, le second sentant le savon, bon marché lui aussi. Enfin le troisième avait une odeur étrange, une odeur qui la surprit d'abord tant elle ressemblait à celle d'un loup et elle faillit d'instinct retrousser les babines comme elle l'aurait fait en face d'un de ses congénères. Mais les iris dorés distinguèrent sur le col de son veston un poil pâle et rêche qui ne pouvait pas être un poil de loup. Un sourire ironique flotta sur son visage un instant: la vie ici, entouré d'étrangers et d'odeurs saugrenues la rendait plus faible, moins réactive; cette odeur était celle d'un chien, elle aurait dû le savoir. Rien à signaler de ce côté là donc.
Elle fit demi-tour vers l'archer qu'elle avait repéré depuis le début. Sans doute était-ce l'odeur lointaine qu'il exhalait... Un parfum qu'elle ne connaissait que pour avoir traversé les forêts des plaines orientales mais celui-ci ne ressemblait pas à ceux dont elle se souvenait, il était plus profond, plus dense.

Sa voix émit d'abord un grondement comme si elle ne savait plus parler, seulement grogner. Puis un son rauque finit par s'échapper de ses lèvres:
" J'aimerais comprendre comment un chasseur peut tuer sa proie à six reprises en si peu de temps et à cinquante pieds de distance. "

Elle ne releva même pas qu'au lieu d'avoir employer le mot "archer", elle avait préféré celui de "chasseur". Elle ne releva pas non plus l'oubli des formules de politesse ou les regards des autres archers braqués sur elle.
Elle était le prédateur, il était le chasseur.
Chacun parlait la langue de l'autre, sans vraiment la comprendre.



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MessageSujet: Re: Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?   Mer 9 Nov - 22:10

    C’était une femme, une simple jeune femme à la chevelure de feu. Et pourtant… sa présence à elle seule suffisait à décontenancer Kyle. Elle avait quelque chose de vraiment étrange. Depuis qu’il savait qu’elle trainait dans la cour, il avait le sentiment qu’un prédateur aux aguets trainait par ici. C’était depuis qu’il avait sa démonstration de tir. Sans le savoir, il avait réveillé l’instinct de louve de la jeune femme et son attention était braquée sur lui. C’était étrange, un peu effrayant mais en même temps étrangement familier… il y avait pas mal de loup dans les forêts de Frickwtich, un environnement que cet animal adore, il lui est facile d’y vivre en paix dans la brume et entre les arbres. En plus, avec le gibier abondant, ils ne manquaient pas de quoi manger. Seulement, ils étaient très sauvages et agressifs. Les chasseurs comme lui servaient aussi à en réguler la population pour que le partage du gibier entre eux soit plus équitable. Et puis même si ca ne se mange pas, le loup est pratique, ne serait-ce que par sa graisse utile pour pas mal de chose ou bien évidemment, sa fourrure chaude. D’ailleurs, vu qu’il avait envoyé une lettre pour demander à sa mère et sa sœur de lui faire parvenir des effets plus chauds, il était fort probable qu’il y en ait en grande partie à base de fourrure de loup des forêts de Frickwitch.

    Bref, il avait l’impression d’être revenu quelques temps en arrière. Mais bon, il avait rapidement découvert que les prédateurs à deux jambes pouvaient être bien pires. Pour un peu, il regrettait les loups, eux au moins ne font pas trop de coups tordus, soit ils évitent, soit ils attaquent. Il sentit ce regard sur lui qui diminuait alors qu’il ramassait ses flèches, son collègue lui dit quelques mots avant de se retirer pour vaquer à ses occupations, le laissant seul. Enfin pas tant que ca, la jeune femme était revenu vers lui, très près. S’il n’avait pas ses yeux pour lui certifier que c’était une jeune femme, il serait vraiment persuadé d’être en présence d’un loup. Celle-ci lui adressa la parole, d’une voix étrange, féminine mais en même temps basse et grognant. S’il n’avait pas eu ses réflexes de chasseur, il croirait avoir à faire à une fille un peu folle, mais sans doute devait-elle l’être un peu…

    Il lui suffit de tenir un arc depuis qu’il est petit, s’entrainer encore et encore et mener une vie de chasseur… jusqu’à faire de son arc l’extension de son bras et de ses flèches l’extension de sa volonté. Jusqu’à ce que l’archerie devienne pour lui une fatalité absolue.

    Pas de politesse, des mots simples, des questions et des réponses, pas de fioritures. Si certains la dirait malpolie et pas sympathique, Kyle dirait plutôt qu’elle est sauvage et pure. Ca avait l’air d’être le genre de femme à aller droit au but, sans se soucier du reste. Mais puisqu’il l’intriguait et qu’elle lui posait des questions, il pouvait bien en faire de même, vu qu’elle l’intriguait lui aussi.

    Et moi… j’aimerais comprendre comment une jeune femme fait pour me rappeler aussi aisément la présence des loups comme ceux que j’ai connus dans les profondes forêts de Frickwitch.

    Il ne l’avait jamais vu ici auparavant, une nouvelle recrue sans aucun doute mais qui l’intriguait. Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Autant de questions qu’il comptait bien élucider rapidement…
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MessageSujet: Re: Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?   Ven 11 Nov - 15:31





L'extension de sa volonté...
Il était difficile pour elle de comprendre qu'une simple arme comme un arc, construit de toute pièce par l'habileté humaine puisse devenir l'extension de sa volonté. Même si elle maniait avec adresse poignards et autres lames courtes, elle n'avait une confiance absolue qu'en ses propres atouts: ses poings, ses griffes et ses crocs. Concevoir qu'un homme fasse de son arc l'extension de son bras relevait davantage, à ses yeux, d'une supercherie, d'un vague artéfact pour masquer une lacune plus primitive.
Elle soupesa le chasseur devant elle et se demanda en son fort intérieur qu'elle était la faille qu'il tentait de cacher. A première vue, elle ne pouvait le deviner. Et cela l'embêtait, car la plupart du temps, son instinct la renseignait rapidement sur les failles de ses adversaires. Ne pas trouver cette faille allait à l'encontre soit de son instinct de prédateur, soit de ses théories concernant les archers. Dans les deux cas, elle était certaine d'être dans le vrai.

Elle n'écouta que d'une oreille la question qui suivit, et sans pour autant l'éluder, elle y répondit de façon totalement allusive.
" Sans doute est-ce les fourrures que je porte, ou bien tout simplement que votre province vous manque. Nous sommes à Ishtar, il n'y a de loups ici que les hommes... "

Le chasseur était meilleur qu'il n'y paraissait. Ou alors c'était elle, la louve, qui perdait de ses capacités d'adaptation au sein de la capitale. Elle ne pensait pourtant pas avoir fait de faux pas. A l'avenir, elle devrait faire plus attention... Si lui, simple chasseur, l'avait presque démasquée, qui sait ceux qui aurait pu lire ses intentions sans l'ombre d'un doute?

Là n'était pas la question pour le moment, d'autres plus importantes lui venait à l'esprit et elle ne savait pas vraiment par où commencer. Elle devait les poser sans que cela paraissent trop suspect; son rôle de soldat consciencieux l'y aiderait sans doute.
Un éclat de voix la sortit de sa réflexion. Derrière elle, sur le champ d'entraînement, une jeune recrue s'était effondrée sur la terre battue. Manifestement, un idiot de première classe avait voulu rouler des mécaniques devant ses camarades. Résultat son adversaire inexpérimenté perdait son sang à même le sol; une longue estafilade pourpre barrait ses vêtements poussiéreux au niveau des côtes. L'équipe médicale n'allait pas tarder à arriver, mais le nouveau ne pourrait certainement plus servir dans la garde impériale.
Iekaterina nota en son for intérieur de flanquer une rouste à l'imbécile qui avait voulu jouer les gros bras la prochaine fois qu'elle le croiserait. S'attaquer à un faible avait toujours été une hérésie à ses yeux...

Son regard se porta à nouveau sur le chasseur.

" Quelle serait la meilleur façon pour un soldat de la garde, ne maniant pas l'arc, d'arriver à tuer un archer ennemi? "

Elle marqua une pause, essayant de se remémorer la façon qu'avait le chasseur de se tenir lorsqu'il tirait ses flèches. La main tenant la corde masquait la carotide, l'arc le visage. A part au lancer de couteau, elle avait du mal à voir comment un archer pouvait être tuer par quelqu'un d'autre qu'un archer.

" Et les archers sont-ils habiles au combat rapproché? Leur arc n'est-il pas une gêne dans la fluidité de leur mouvement? "

Elle observait le chasseur avec un intérêt grandissant. Malgré le mépris des premiers instants, elle se rendait peu à peu compte que la distance était certes synonyme de lâcheté, mais également d'immunité.



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MessageSujet: Re: Comment un archer tue-t-il un ennemi à cinquante pieds de distance?   Lun 14 Nov - 22:29

    La jeune femme n’était pas comme lui. Pour Kyle, il était aussi naturel de tenir un arc que de respirer, il était l’extension de sa volonté, de son bras. S’il ne maniait pas la lame, c’était celle qui constituait la pointe de ses flèches qui parlait pour lui. Chaque tir était signé en quelque sorte. Et il fallait autant d’habileté pour loger un tir précis à l’arc que pour manier une lame ou une lance. Ce qui était naturel pour l’un ne l’était pas pour l’autre mais c’était sans doute cette diversité qui faisait leur force. Kyle posa une question à son tour, elle était plutôt simple et directe, comment cette femme faisait-elle pour lui rappeler tant le loup. Bien sûr, elle éluda la question par quelques réponses un peu philosophiques, pour un peu, il aurait même pu croire qu’elle se moquait de lui.

    Allons allons, je sais bien que l’on dit que parfois, l’homme est un loup pour l’homme. Mais vous… je vois plein de personnes qui portent de la fourrure de loup… mais jamais encore de personnes qui me donnent l’impression d’être face à un loup…

    Puisqu’on en était sur les questions intimes, enfin façon de parler, il pouvait bien se permettre de la cuisiner un petit peu lui aussi, elle se l’était cherché après tout, c’était elle qui avait engagée la conversation en premier avec lui. Plus loin, on pouvait entendre des bruits de combats et des cris de douleurs, encore un qui avait voulu jouer les gros bras. Kyle soupira de lassitude, certains étaient stupide parfois. Lui encore s’en sortait bien, après le numéro du mannequin criblé de flèches le jour de son arrivée, personne ne l’avait embêté, on avait trop peur de finir en passoir. Les gardes allaient donc se trouver amputé de deux membres. Le premier s’il était trop blessé pour reprendre le service et le second pour avoir fait le con, les supérieurs n’allaient pas laisser passer ca aussi facilement, il y avait des consignes strictes concernant les combats d’entrainement. La jeune femme s’intéressa de nouveau à lui. En fait, elle s’intéressait aux faiblesses des archers, à leurs capacités en combat rapproché. Etrange, les réponses à ses questions, elle devrait les connaitre, elles étaient logiques. Il n’était pas trop fan à l’idée de révéler ses faiblesses à tous le monde, une réaction logique. Mais il fit cependant taire ce qu’il pensait être de la fierté mal placé, après tout, ils étaient dans le même camp, si elle connaissait ses faiblesse, elle pourrait le couvrir à l’avenir.

    Les archers sont des combattants à distance, ils ne sont pas fait pour le corps à corps, l’arc n’est pas fait pour ca. De plus, la mobilité nécessaire pour atteindre les bon points de tirs et manier l’arc avec aisance nécessite de ne pas s’encombrer d’une protection trop lourde, ce qui les rend vulnérable. Le seul moyen pour un archer de survivre est d’être assez doué pour clouer son adversaire avant qu’il ne l’atteigne. Le seul moyen d’atteindre un bon archer, c’est par surprise, à revers, ou en le submergeant de cibles. C’est une technique de combat comme une autre, elle a son utilité, ses avantages et ses faiblesses.

    Par contre, il se demandait bien de quelle manière, elle se battait elle, quelque chose lui disait que c’était très près du corps et sans doute très sauvage, ca l’intriguait même fortement. Alors il n’hésita pas à poser la question.

    Et vous jeune dame qui avait l’air d’une louve, comment combattez-vous ?

    Oui, car dans tout ca, ils avaient un peu oubliés de faire les présentations ces deux idiots…
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