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 La Divine Comédie de Marius.

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Á mon cerveau regretté

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MessageSujet: La Divine Comédie de Marius.   Mar 18 Oct - 20:54

J'étais rien. Techniquement aussi mort qu'on pouvait l'être. Sans âme, même.
Et puis non.

C'était plus brutal qu'un réveil. J'étais sur le dos, dans une sorte de matière spongieuse, avec un corps. J'ai hurlé ma surprise d'exister. Puis j'ai regardé autour de moi. J'aurais pas dû.

J'étais dans une sorte de... bateau gigantesque, en production humaine. J'entends par là que la matière spongieuse dans laquelle je me vautrais étais un subtil tapis d'entrailles fraiches et suintant de sang. C'était solide par en dessous, mais du coup je préférais pas savoir comment. La figure de proue hurlait des choses, et bien que je ne comprenne pas la langue qu'elle parlait, la signification me parvenait parfaitement aux oreilles : « vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir ». C'est joyeux.
Les alentours étaient un fleuve recouvert de brume épaisse à la couleur malsaine. Un coté était une falaise à pic d'où des corps maigres tombaient du ciel couvert de nuages rouges et de tonnerre, et l'autre une rive avec une ville gigantesque en ruine. Je voyais à l'accueil un genre de sculpture de dame peinte en vert, qui tendait un flambeau, mais dont il manquait la tête. Après j'avais trop mal à la tête, j'ai arrêté de regardé. Ce paysage n'avait pas de sens.

Une créature étrange aux jambes de bouc avec des cornes sur la tête vint me voir. Elle parla là encore une langue inconnue, mais je comprenais quand même ce qu'elle disait.

- La malédiction de Babel n'a pas touché les enfers, misérable damné ! N'ai pas l'air si surpris.

Ce qui n'avait là encore aucun sens. Je me contentais de le regarder d'un air poli. Je venais de mourir, pas grand chose pouvait m'étonner. Je regardais les autres passagers sur le bateau, ils avaient l'air de souffrir la mort. Moi non. Je me sentais euh... comme un cadavre. En effet, je respirais pas, mon cœur ne battait pas et j'étais blanc comme un cul avec des cernes sous les yeux dans lesquels on aurait pu loger une mandarine pour la nuit. La définition même du cadavre.

- Tu ne souffres pas de la séparation d'avec ton âme, mortel ? Il ne reste de toi que ton seul esprit et tu ne ressens pas mille douleurs au delà de ce que tu peux endurer ?

Je fis non de la tête. On m'avait arraché la mienne au moment de ma mort, je vois pas pourquoi j'aurais mal trente six ans après la guerre. Le truc (je sais pas ce que c'est) avait l'air bien emmerdé, et c'est pas évident quand on est une grosse bête avec la peau rouge et des cornes sur la tronche, mais l y parvint tout de même. Il alla voir un autre garde chiourme - ils avaient l'allure de cette engeance maléfique, la façon de se poster près des autres morts – et ils discutèrent entre eux. Ensuite ils s'envolèrent avec leurs grosses ailes membraneuses. Pendant ce temps la figure de proue hurlait « ronge toi avec ta propre rage ! » et moi j'attendais en silence.

J'approchai d'une femme à l'allure curieuse, qui ne portait pas de robe mais un tissu bleu curieux qui ressemblait à de la toile autour de ses jambes et une veste en cuir très bizarrement taillé. Son vêtement du haut portait l'inscription « Carpe Diem », mais bizarrement je comprenais le sens de cette phrase écrite dans un alphabet curieux. J'écrivis sur mon ardoise – bizarrement j'avais mon ardoise, mais pas ma langue – une question. Quel était cet endroit ?

- L'enfer ! Nous expierons ici nos pêchés ! Nous traversons le Léthée ! Seul Charon peut le traverser, et le voyage est à sens unique !

Cette femme était vraiment très bizarre, déjà je suis sûr que les gens normaux n'ont pas un anneau dans le nez, mais bref. Expier ses pêchés... je lui demandais des explications.

- Nous payerons pour nos crimes de notre vie de mortel pour l'éternité ! C'est ainsi qu'Il l'a voulu !

Je lui ai demandé qui était ce « il », mais là elle s'est mise à couiner partout et à se rouler en boule. Payer une fois mort les crimes de son vivant, quelle drôle d'idée...
Là dessus un être est arrivé. On pouvait le louper, il était tellement beau que ça faisait mal aux yeux. Et hideux à la fois. Et il était fou. Il n'avait pas encore ouvert la bouche, pas encore parlé qu'on savait qu'il était fou à un extrême jamais vu jusque là. Les autres se sont mis à se rouler en boule ou à joindre les mains pour murmurer des trucs. Moi je bougeais pas. Plus rien à foutre, j'étais mort. L'être vint vers moi, et c'est seulement maintenant que je notais les ailes blanches, dont les plumes étaient en vrac comme sur un oiseau crevée, et un peu boueuse en bas. Le fou me regarda longuement en souriant d'un air malsain, puis il me caressa le menton. Je me contentais d'un regard poli.

- Hum... le quantique a chié dans la colle là. Ce n'est pas un fils d'Adam, il ne fait pas parti de Son plan... fascinant. Quelqu'un viendra le chercher, mais je veux... qu'il reste là. C'est rigolo. Je vais aller narguer le suicidaire avec, l'agiter sous son nez pour le motiver, j'aimerais bien en avoir deux comme ça... deux qui échappent à la Loi.

Le fou me pris le biceps et j'ai ressentit une impression de vitesse colossale.
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MessageSujet: Re: La Divine Comédie de Marius.   Mer 19 Oct - 15:00

Ce fut un sommeil lourd et pénible que subit le jeune homme, car couché contre la terre, soumis aux caprices du vent, victime de l'éclat ardent du soleil, sans couche, il dormit une nuit de torture. La tête persécutée par un marteau, il ouvrit péniblement les yeux, malheureusement toujours vivant, et ce fut avec un soupir de déception qu'il se releva. Égal à lui-même, égal à son drame, Marius était couvert de son sang et de terre, son visage avait perdu de l'éclat, tout comme son regard. On n'avait pas l'impression de voir un jeune homme de vingt ans, mais d'un vieillard qui aurait collé la peau d'un gamin sur la sienne pour cacher son âge, mais qui ne réussissait pas malgré tout à berner le monde. Il passa une main dans ses cheveux sales et gris, puis il resta à genoux devant le bouquet de violettes que le grand homme avait laissé là, certes peu approprié pour un cadavre. Il gratta la terre avec ses ongles, et mordant ses lèvres, il étouffa un autre cri, et à sa grande surprise, une voix curieuse lui répondit. Étonné, il fronça les sourcils, reprenant brusquement son visage impassible, il tourna la tête dans toutes les directions pour en chercher la source.

Et le silence revenu, Marius pensa qu'il avait tout bonnement rêvé. Il ne bougea pas plus, quand un autre cri vint le surprendre, il en tomba à la renverse, et cherchant son poignard, il le retira de sa botte pour se rétablir. Tendu, il chercha la source de ce cri animal, effrayant, mais qui ne lui donna nulle peur. Mordillant les lèvres, il vit alors une forme sombre derrière les tombes, le soleil était en train de se lever, et pourtant, il voyait juste une chose à quatre pattes bondir derrière les pierres tombales. Il s'approcha lentement, tout lentement, raide de stress, oubliant soudain la mort de son ami, et la douleur qui avait explosé dans son coeur. Il serra les dents, et brutalement, la chose sauta sur lui, Marius se baissa et roula à terre. Il sentit une griffe pénétrer son bras, et retenant un cri de souffrance, il planta sa lame dans l'épaule musculeuse du fauve. Il parvint à rouler sur le côté, et l'animal sur ses pattes arrière émit un autre hurlement, mais s'arrêta face à un loup qui derrière Marius gronda. Il balaya l'air de sa queue et fixant le jeune homme, comme s'il interdisait au lynx de toucher à sa proie, il ouvrit grand sa gueule et hurla sa colère au ciel.

Marius recula de quelques pas, la mâchoire crispée, il fut poussé par une volonté qui n'était pas la sienne, son poignard en moins, il tourna sur ses talons et fonça sur une forêt qui apparaissait brutalement derrière le cimetière. Il força sur ses jambes, et accélérant le pas, il s'engouffra dans un sentier. Derrière lui, il pouvait percevoir les cris des deux bêtes le poursuivre, pourchassé, il n'osa pas se retourner de peur de contempler la distance les séparant se réduire. Cependant, un autre grognement le surprit, et il fit l'erreur de regarder derrière lui ; Marius vit bien les deux bêtes sauvages le poursuivre, mais le loup s'arrêta pour bondir sur le lynx et le mordre dans le cou. La bête tomba à la renverse, elle donna un coup de griffe dans l'oeil du loup, mais ce dernier ne tarda pas à se gorger de son sang. Marius resta ébahi, au point où il s'arrêta pour contempler la scène. Grave erreur, car retrouvant toute l'attention du loup, il recula, il recula, il recula jusqu'à ce que son pied rencontre le vide. Il ne poussa pas de cri, en fait, il lui sembla qu'il venait de perdre la voix, il se contenta de lever les bras au ciel, les yeux grands ouverts comme un fou pour sentir le sol l'attirer jusqu'à lui.

Cependant, il ne le rencontra pas et fit une chute interminable. Il ferma les yeux au bout d'un moment, replié contre lui-même, l'air claquait contre ses joues, le froid pénétrait ses poumons, et une sorte de calme l'écrasa, tandis qu'il tombait dans le néant. L'éternité passa-t-elle alors dans cette chute ? C'est ainsi que Marius le vit, et dans un dernier cri de souffrance, le jeune homme s'écrasa enfin contre le sol. Il grimaça tout d'abord, et ne bougea pas durant de longues minutes, les yeux à demi-ouvert, il respirait péniblement. Il n'osait pas bouger, car la peur de la souffrance le clouait sur le sol, un sol bien étrange par ailleurs, trop chaud pour être humain, trop visqueux pour être de la pierre. Finalement, Marius se mit sur ses coudes quand une présence se fit entendre, il n'y avait rien malheureusement. Etait-il pris d'une hallucination ? Il ne pouvait pas le dire, mais il trouva devant lui, une immense porte qui semblait commencer des profondeurs de la terre pour se terminer jusqu'au ciel. Fronçant les sourcils, le jeune homme se rétablit sans regarder ce qui vivait sous ses pieds, il inspecta un long moment la porte de chêne, et lut une langue, qui n'était pas la sienne dans un murmure :


— Par moi l'on va dans la cité dolente, Par moi l'on va dans les Meaux éternels, Par moi l'on va parmi la gent perdue. Justice a mû mon noble créateur ; m'ont érigé la puissance divine, La Suprême Sagesse et le Premier Amour. Rien avant moi ne fut crée qui ne fût éternel, Et je dure éternelle. Vous qui entrez, laissez toute espérance.

« Laissez toute espérance ? » Ça tombait bien, il n'en avait plus.

Et incertain, Marius poussa la porte.


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MessageSujet: Re: La Divine Comédie de Marius.   Sam 22 Oct - 9:03

La créature bizarre me tenait toujours le bras en serrant cruellement. Je tirais pour me dégager en enlever les doigts mais... je n'avais aucune prise sur lui. Le griffer, le frapper... c'était pas comme si il était plus fort que moi physiquement, c'est comme si j'étais fait d'air. Sauf que je l'étais pas, mes pieds laissaient des traces dans la poussière, j'avais un poids dans le monde. Mais lui non. On aurait dit... qu'il était là pas totalement. Physiquement. Genre il agissait pas dans les mêmes dimensions.
Oui moi aussi j'ai mal à la tête.

Il semblait regarder quelque chose en contrebas de la falaise où nous nous trouvions. Il y avait une porte énorme, qui donnait sur un chemin entre les falaises. L'homme – enfin ça aurait pu être une femme aussi, difficile à dire – regardait en contrebas un tout petit petit point. Puis il me serra encore durement le bras et sauta. Il ne volait pas, il se contentait d'aller où il voulait de la façon la plus rapide, et les ailes déployées n'étaient là que pour le charisme.
Nous n'allions pas vers le petit point, mais un peu plus loin sur le chemin, face à un spectacle... immense. J'en oubliais tout, que j'étais mort, que j'avais peur, et me concentrais uniquement sur cette vision. Un cône à l'envers gigantesque composé d'anneaux était devant moi. Et quand je dis gigantesque, c'était gigantesque. Pas seulement grand, ni énorme ni... mais plus que ça. Regarder au fond me faisait pleurer les yeux, je sais pas, on aurait pu s'attendre à ce que le monde ait une mauvaise carte graphique et qu'il y a du brouillard au bout de quelques centaines de mètres, mais non, je voyais jusqu'au fond du trou avec une résolution parfaite.

Le cône à l'envers était composé d'une série d'anneaux qui tournaient, et vers plus bas – vachement plus bas – se trouvait la ville en ruine. On dirait euh... New York, quoi que ça puisse être – je sens que la compréhension intuitive va vite me casser les couilles – qui se fait digérer par un trou du cul gigantesque – ouais parce que le coup des anneaux qui tournent et palpitent hein. J'ai les yeux qui pleurent et mal à la tête.

L'être se tourne vers le chemin désolé, je fais de même. Sur les cotés y a des gonzes en train de comater, mais ils ont tellement l'air d'être... incrustés, depuis si longtemps, qu'ils donnent l'impression de faire parti du paysage aussi au même titre que les cailloux. Mais j''aperçois au tournant du chemin.... Marius ! Marius est là ! Et au même moment, l'être bizarre me lâche et se met à hurler des trucs incohérents vers le « ciel » - en fait c'est que du feu, un gros tas de feu en l'air, ça fait pleurer les yeux ça aussi je préfère pas regarder – et à faire des bras d'honneur en sautillant. Mais je m'en fous, je cours vers Marius et je me jette dessus. Il est... vivant. C'est bizarre, mais ici ça prend une importance incroyable parce que tout est mort. Je sens qu'il est chaud, que son cœur bat et je me colle à lui pour mieux savourer ça. Moi je suis mort et tout froid, mon sang est figé dans mes veines. Comme tout ici, il n'y a pas une plante, pas un être vivant, et lui est là avec son corps qui fonctionne, sa respiration et tout ça. Je lui écrit que je m'excuse d'être mort. Je doute que personne ait jamais dit un truc pareil. Je lui dit que j'ai pas arrêté de penser à lui avant de monter sur le gibet. C'est peut être faux, je ne sais plus, mais ça me paraît probable en fait.

L'être me prend par le bras, je l'ai pas entendu arrivé, il a un sourire malsain et lance un livre qui s'appelle « Bible » à Marius avant de me tirer par le bras en arrière. Loin de lui. Je hurle, mais je ne peux pas résister à la traction. On plonge dans le trou. L'être hurle vers le ciel qu'il le renversera. Je comprends pas.
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MessageSujet: Re: La Divine Comédie de Marius.   Ven 18 Nov - 21:21

À peine eut-il poussé la porte que Marius sentit une présence ici, il se tourna vers l'être qui brutalement lui sauta presque dessus. C'était quelque chose de froid, pas de mort, guère froid comme un cadavre, juste sans chaleur. Il lui fallut quelques instants pour comprendre que l'être qui le touchait, c'était Mist. Il ressentit une douleur incroyable au niveau de la poitrine, une sorte de déchirement qui lui fit grincer des dents, et qui s'étendait jusqu'à toute sa poitrine, il crut soudain que son cerveau était écrasé contre des murs munis de pieux acérés. Il ne sut pas pourquoi cette souffrance se trouvait là, alors qu'il aurait dû se réjouir de retrouver Lokhund Krishna, celui qui avait été et qui resterait la personne la plus importante pour lui, il mordilla ses lèvres en voyant ce qu'il voulait lui dire. Haussant les sourcils, le visage crispé, c'était vrai, Mist était mort, et il avait peu de chance pour qu'il puisse le tirer de cet endroit. Malgré sa volonté, son besoin de le ramener parmi les vivants, et de reprendre une vie banale, parsemée de terreur et d'exécution. Mist était mort, et la froideur que dégageait son corps était là pour le lui rappeler, comme le fit l'espèce de chose qui brutalement lui reprit son ami. Il chancela en arrière, et hurla le nom de Lokhund, alors qu'on lui enlevait, une seconde fois, on lui enlevait, et il ne pouvait rien faire de plus, hormis hurler sa peine.

Marius poussa un soupir, un râle plutôt de martyr, et il baissa les yeux sur l'ouvrage qui était tombé à ses pieds. En tremblant, il se baissa pour tenter de lire ou de comprendre pourquoi on lui avait balancé ça, mais furieux contre l'être qui lui avait pris son ami, Marius serra les dents et jeta en hurlant le livre dans une rivière de flamme. Il s'en foutait ! Il s'en foutait de cette putain de Bible ! Ce qu'il était venu cherché n'avait rien à voir avec une religion inconnue, peu lui importait cet endroit et ses horreurs, il était venu pour une seule et unique chose. Lokhund Krishna, et ceux qui se mettraient en travers de son chemin allaient mourir de sa main. Son poignard restait malgré tout dans sa botte, et rien ici ne lui interdisait de trancher la gorge de quelqu'un, surtout quelqu'un de mort. Mordillant ses lèvres, Marius rentra finalement dans cet endroit, dont il ne connaissait rien, pas même le nom. Il percevait tout le temps des cris, mais pas distinctement, c'était comme en arrière plan, quelque chose de tellement banal ici qu'on l'entendait sans plus l'entendre au bout d'un moment. Au point, où la porte se referma derrière lui sans qu'il ne puisse s'en rendre compte, car déjà le jeune homme baladait son regard sur une mer poisseuse, rouillé par la méchanceté et le vice humain, il ne pouvait ne pas en voir le fond, car déjà e détail n'avait pas d'importance, mais aussi parce que l'eau qui n'en était pas réellement était si épaisse qu'on pouvait la prendre pour une couche de saleté. Quelques fois, lorsqu'il promenait son regard, Marius avait la sensation de voir des os dépassés de la rouille, comme si on tentait de s'extraire de ce marais, et quand il tenta de s'en approcher, une voix rauque grogna :


— Crois-moi gamin, c'pas à la nage que t'vas y aller.

Marius se tourna en fronçant les sourcils vers le vieil homme qui lui avait adressé la parole, il fut étonné de le voir sur une barque abîmée et pleine d'échardes en train de fumer et de pêcher. Il portait un chapeau de paille complètement rapiécé, une tunique de jute qui descendait jusqu'à ses genoux, sa peau blanche était ridée par son âge, alors que sa barbe grise tombait mollement sur sa poitrine maigre. Il avala une bouffée de tabac, puis il tourna lentement sa tête vers le gamin, retirant sa pipe de sa bouche, il grogna :

— T'as l'air vivant, toi, c'marrant, ici j'ai plus l'habitude d'croiser des morts. Enfin... peu importe, t'as d'l'argent ? D'quoi payer la traverser ? C'est deux pièces d'or, j'fais pas ça gratuitement avec les vivants, j'suis l'Passeur, pas une sainte.

Marius fixa l'homme avec une expression idiote collée sur le visage, et loin de penser que tout ceci n'avait pas de sens, le jeune homme fouilla dans ses poches pour trouver effectivement deux pièces d'or. Des pièces d'or qui... ne semblaient pas lui appartenir, puisqu'il ne se souvenait pas d'en avoir vu de cet aspect à Ishtar, mais malgré tout, il fourra dans la main du Passeur son argent. Ce dernier toussa et essuya son nez plein de morve avec sa tunique, il croqua les deux pièces d'or, et d'une main faible, il fit signe au jeune homme de monter au bord de sa barque. Il jeta sa canne à pêche dans un coin, les cadavres de poissons dans un autre, il débuta l'avancé pénible jusqu'à l'autre rive du fleuve de rouille, et ce en chantant sans justesse :

Là haut sur la montagne, les deux pieds les deux mains dans la merde,
Là haut sur la montagne, il y avait un gros cul ...

Un gros curé de campagne, les deux pieds les deux mains dans la merde
Un gros curé de campagne, qui astiquait son bouc ...

Son bouquin de prière, les deux pieds les deux mains dans la merde,
Son bouquin de prière, pour aller voir un con ...

Un condamné à mort, les deux pieds les deux mains dans la merde,
Un condamné à mort, qui avait trop baisé ...

Baisé les pieds de la vierge, les deux pieds les deux mains dans la merde,
Baisé les pieds de la vierge, de la vierge qui pue ...

Qui purifie le monde, les deux pieds les deux mains dans la merde,
Qui purifie le monde, le monde de là haut ...

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MessageSujet: Re: La Divine Comédie de Marius.   Dim 4 Déc - 14:30

La créature hideuse et merveilleuse me tira par le bras et m'entraina tout au fond de l'abîme. Elle remuait un peu ses ailes, mais sans rapport avec la vitesse à laquelle nous allions. J'avais les yeux qui pleuraient de tant d'incohérences dans les lois de la physique. Comment pouvions nous tomber si vite ? Les lumières devenaient des fils brillants tant nous allions vite, comme... traverser l'espace. D'où me venaient ces connaissances ? C'est sans doute parce que j'étais mort.

Et nous atterrissons sans dommage sur un sol. Au fond du trou gigantesque, du cône inversé aux anneaux palpitants qui tournaient sur eux même. Un escalier à ma droite qui montait. Et il faisait froid, terriblement froid. Mes pieds nus étaient sur le sol gelé, et j'avais mal. J'était mort et je souffrais encore ! Je sentais ma peau geler au contact du sol. Et la créature – ange me dit un recoin de mon crâne – me regarde en souriant d'un air malsain. Je préfère regarder le sol, parce que ça fait vraiment mal aux yeux de la regarder trop longtemps. Je vois quelque chose de forme humaine, mais avec des ailes et quelques détails bizarres, mais j'ai conscience que je vois que ça parce que c'est le plus simple à voir. Il occupe... trop de temps et d'espace en même temps. Et il est vieux, terriblement vieux, et fou. C'est un bloc de folie moulé dans une peau trop étroite. Il a l'air humain mais il l'est autant qu'un cailloux, rien à voir avec le singe qui se tient debout. Plutôt un rapport avec une galaxie entièrement faite d'explosions gigantesques et inscrites dans dix dimensions qui s'amuserait à marcher sur deux jambes et à utiliser sa langue pour parler.
Tu m'étonnes que j'ai les yeux qui pleurent.

Et la créature – l'ange – me regarde. Et réfléchit. Je trouve ça incroyablement incongru alors qu'elle pourrait se contenter d'exploser et d'emporter un gros morceau du réel avec elle. Mais non, elle réfléchit, me regarde, et prends mon visage entre ses deux mains.
A cet instant, j'ai l'impression qu'on me fracasse – encore – avec une masse. Mais dans ma tête. Je ferme les yeux et tout explose derrière mes paupières. Je vois passer ma vie en une seconde à toute vitesse devant moi. Je ne déchiffre rien, évidemment, j'ai besoin d'un temps de lecture plus long moi, mais la créature non. Elle explose mon esprit et regarde les morceaux intéressants. Et s'en attriste. Elle sent que mes pieds collent au sol aussi, à cause du gel, et ça lui fait mal. Je ne suis peut être pas chrétien, mais je sais que je suis Mauvais et que j'ai besoin d'être puni. Donc l'enfer a prise sur moi. Ça ne devrait pas être le cas.

Et Lucifer – c'est mon petit nom – me parle. Je comprends pas tout, je sais pas ce qu'il veut, mais il parle une langue qui fait mal aux oreilles. C'est pas comme les autres où j'entends une langue que je ne suis pas censé comprendre et que je comprends quand même, ici c'est LA langue. Le Verbe de machin – j'ai encore un peu de mal avec le concept de divin, même malgré cette curieuse tendance à avoir le savoir qui me coule dans la tête. Enfin t'as l'impression qu'à chaque mot qu'il/elle dit, la réalité explose pour s'y conformer. Comme si le monde était du papier-peint et que l'ange arrivait avec un gros pot de peinture.
Il/elle/ça dit que l'enfer ressemble à ce que les gens estiment mériter. Il n'y est pour rien ! C'est juste qu'il a atterrit là en tombant/se faisant punir pour avoir voulu apporter la connaissance à l'humanité. Un truc comme ça. Car il s'appelle Prométhée aussi. C'est très confus. Enfin pour mettre les choses à ma portée – car j'ai un peu un regard de truite perdue – il me dit qu'ici aussi, il ont un très gros Empereur. Un méga Empereur en fait, là haut, dans le ciel, et il faut que moi et mon copain on y monte pour lui démonter sa gueule, car lui ne peut pas, et les autres non plus, car ils sont sous Son règne. Mais pas nous. Nous ne sommes pas d'ici. Et ne suis je pas un tueur d'Empereur ?

Je suis parti en courant vers les escaliers, en laissant des traces de sang derrière moi parce que je dois être puni. Mes pieds collent au sol froid et il reste des morceaux de peau et des tâches de sang.
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MessageSujet: Re: La Divine Comédie de Marius.   Mar 13 Déc - 13:46

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Marius se laissa tomber quand enfin, il arriva à destination. Il fit un signe de la main pour dire adieu au Passeur, et tomba face à un monde dévasté. Bizarrement, rien ici ne l'étonnait, le non-sens ne le faisait pas s'interroger sur la logique, et il se laissait porter par les évènements. Le souvenir de Lokhund Krishna toujours en tête, il savait simplement qu'il devait le trouver, sa Béatrice, il devait l'arracher des mains du monstre infâme qui lui avait volé. Sa cape sur l'épaule, il avança alors sur cette plaine brûlée, où il pouvait entendre les cris d'un monstre qu'il ne voyait pas encore. Les mains dans ses poches, la chemise tachée de terre et de sang, il marcha sans crainte, sans effarement, vide et bien décidé de venir chercher ce qu'on lui avait arraché. Il avait fait tomber volontairement la Bible dans la lave, et désormais, il voulait porter un coup mortel au Juge qui lui avait arraché son ami. Il commençait d'ailleurs a avoir chaud, et quelques minutes de marche l'amenèrent à un immense escalier, là il aperçut mieux le monstre qui d'une voix tonitruante hurlait les péchés des hommes.

Comment savait-il ça lui aussi ? Il l'ignorait, et s'en foutait aussi pas mal. Lentement, il gravit les marches, le regard mort, comme s'il appartenait lui aussi à cet endroit. Il posa ses yeux sur le monstre qui renifla un cadavre en putréfaction, il l'examina sur toutes les coutures, lui écartant outrageusement les jambes pour aller même jusqu'à sentir son vice, et ce dans son endroit le plus intime, le cadavre criait sans se débattre, et nonchalamment, le monstre le jeta derrière lui en criant : « Luxure ! » Marius savait que c'était vers lui qu'il montait, ne portant pas de peur dans son coeur, ça faisait un moment qu'il ne l'avait plus ressenti. Il marcha, il monta, il avança sans perdre son souffle, l'Enfer privait de certaines choses et en donnait d'autres, ce qu'il voulait, l'Enfer ne lui donnerait pas. Il en était certain de ça, c'était terrible d'ailleurs, il s'aventurait sur cette terre dévastée, allant vers le dôme où le monstre trônait, sachant que tout ceci n'était rien qu'une perte de temps. Quel sort lui serait réservé ? Marius s'en fichait, il était là pour Mist, le reste n'avait pas la moindre importance. Mordant sa lèvre, il s'arrêta avant de rencontrer la main inquisitrice du monde. Il l'observa de loin, c'était une sorte de taureau géant aux cornes démesurées, poilu et puant la sueur. Il avait quelque chose d'humain dans ses gestes, et sa voix était bien celle d'un homme de ce qu'il y avait plus de viril. Ses mains étaient pourvues de griffes, et une longue barbe noire tombait sur sa poitrine hirsute, il se saisit brutalement d'une femme par le bras. Son museau caressa la poitrine de celle-ci, et comme si elle n'était qu'une poupée, il la tripota dans tous les sens pour gronder : « Gourmandise ! ».

Marius fit un pas, croyant judicieux de se montrer à lui, mais avant qu'il ne s'éclaircisse la voix, un corps se colla à lui et l'arracha à la vision grandiosement grotesque du taureau. Il se sentit tirer en arrière, sentant que le corps collé à lui était bouillant, et on l'enleva du Roi Minos pour l'emmener par une petite porte vers une autre destination. Le noir le plus complet s'imprima sur sa rétine, une main se posa sur son torse, alors que des voix douces de femmes lui caressèrent les oreilles, mais éloigné de tout ça, le jeune homme n'y vit rien d'érotique. On le poussa sur un énorme coussin de soie, perdu dans ces affres de vulgarités et de sensualité, il gronda qu'on allume. Ce fut le cas, et la lumière se fit dans une vaste pièce violette, où un nombre incalculable de femmes regardaient avec un appétit qui... en était effrayant. Évidemment, elles étaient nues pour la plupart, et deux d'entre elles s'étaient collées contre lui, sans la moindre gêne. Marius en fut fortement dérangé, et il comprit qu'il se trouvait en Enfer, dans son Enfer. Une magnifique brune posa des mains blanches comme de la porcelaine sur ses épaules, son regard entier hurlait de sensualité, tandis que son corps aux courbes bien trop parfaites pour être celles d'une humaine se collait contre le sien, elle murmura d'une voix chaude dans son cou :


— Bienvenu au Cercle de la Luxure, que direz-vous d'y rester pour l'éternité ?

Marius fronça les sourcils, et se raidissant, il alla se lever, mais elle exerça une pression suffisamment forte sur ses épaules pour le garder assis. Il avait la sensation terrible qu'il était pris au piège, car emprisonné entre les griffes de la succube, il ne savait pas comment s'en défaire. Elle profita de sa surprise et de sa gêne pour mordiller son cou, elle caressa sa poitrine pour venir défaire les boutons de sa chemise. Elle le griffa légèrement, alors que le reste du cirque se mettait à danser ou à se toucher, agissant avec une vulgarité qui l'effrayait, et semblant y prendre un plaisir qu'il ne comprendrait jamais. La succube l'obligea à s'allonger, touchant son torse avec une avidité dévorante, elle le fixa, alors que lui tentait tout simplement de trouver du regard la sortie. Une autre femme brune se tenait derrière lui, et lentement, elle plaqua ses mains sur ses yeux pour venir lui mordre l'oreille, puis elle lécha son cou, tout en soufflant d'un souffle brûlant :

— Je suis Sémiramis, votre reine, dévouée à vos désirs les plus sombres. Ma soeur Cléopathre prendra autant de plaisir que moi à assouvir toutes vos pulsions.

Marius ne comprenait rien, il entendait les mots, il sentait leurs actes, mais il ne comprenait rien. Les mains aventureuses de la Succube glissèrent sur son corps, allant toucher ses hanches pour venir par défaire la boucle de sa ceinture, alors qu'il paniquait totalement. Il ne voulait pas, il ne voulait pas les sentir sur lui, il ne voulait pas de toute cette ambiance vulgaire qui commençait à lui donner la nausée. Sémiramis aida sa soeur à lui enlever sa chemise, égarant ses lèvres sur sa mâchoire pour changer de position, et lui voler un baiser. Marius eut un frisson, non pas de plaisir, mais bien de dégoût, puisqu'il tenta de se dégager. Curieusement, par un effet du hasard, ou du pur sadisme de la joueuse, les femmes qui tentaient de profiter de lui et de son inexpérience étaient trop lourdes et trop fortes pour qu'il puisse faire quoi que ce soit. Et même, à chaque fois que le jeune homme essayait de trouver une opportunité pour fuir, elles cherchaient à explorer son corps. Il les sentait brûlantes, il les sentait tendues de plaisir, et lui, ça lui faisait peur autant que ça lui donnait la nausée. Ce n'était pas parce que c'était des femmes, ça aurait été des hommes il n'aurait pas vu la différence, mais bien parce que c'était... du sexe, simplement du sexe, et une orgie dont il ne voulait pas être la victime. La femme tenta de trouver un accès à sa langue, mais borné et coincé comme il était, il refusait de l'ouvrir, mais fini par le faire quand la seconde attrapa sa main pour sucer son index. Nouveau frémissement de révulsion, il avait peur, terriblement peur, et Sémiramis en profita pour lui arracher un baiser plein de fougue qui aurait fait perdre la tête de n'importe quel homme. Pas lui, il avait trop peur de « ça » pour y trouver un plaisir quelconque. Elle rompit enfin le baiser pour venir embrasser sa soeur, Cléopathre s'il avait bien compris, qui dans un sourire accepta la langue qui pénétra sa bouche. Croyant brusquement qu'elles étaient occupées à autre chose, Marius tenta de se relever, mais comme des tigresses, elles le plaquèrent encore sur le pouf de soie pour tenter de lui arracher ses vêtements avec violence. L'une s'arrêta pour dire à l'autre :

— Oh... je crois que notre invité n'y connait rien, dis ma Sémiramis, que dirais-tu de tout lui apprendre ?

Marius gronda un « non » à peine audible ; le trouver ici, enfermé dans une chambre de plaisir, c'était comme laisser tomber un agneau dans un nid d'alligator, c'était d'une cruauté sans bornes et violente. Cléopathre lui attrapa les mains pour l'obliger à toucher son ventre, puis sa poitrine, alors que Sémiramis était déjà occupée à glisser sa main sur l'entrejambe du jeune homme. Ce fut comme une décharge qui le fit bondir, et ce fut trop. Le coeur battant à vives allures, Marius se retourna soudain pour vomir ses tripes à côté de la Succube. Étonnée, elle fronça les sourcils, et poussant un soupir, elle murmura à sa soeur qu'il fallait trouver autre chose pour le rendre plus conciliant. Il cracha de la bile comme du sang, le corps secoué de spasme nerveux, l'estomac en feu d'angoisse. Il parvint à se relever, car même en Enfer, les femmes pouvaient trouver ça écoeurant et insultant que leur proie vomisse à cause d'elle. Aussitôt libre, nauséeux et fiévreux, Marius fondit sur une porte qu'il crut être la voie de la liberté. Tout de même, il devait être le seul au monde à chercher à s'enfuir devant une centaine de magnifiques femmes nues qui n'attendait que lui pour jouer.

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Merci à Dietrich/Ambroise ♥️


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La Divine Comédie de Marius.

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