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 Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.

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♦ Fiche : La Véritable Identité de la Panthère Grise.
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MessageSujet: Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.   Sam 30 Juil - 22:00

Votre Carnet d'Identité

    Nom de Famille : De Beaumont. (Retenez bien le « De » il est très important pour montrer que je ne suis pas un péquenot !
    Prénom(s) :Vaillant (Et par pitié, ne riez pas !) Charles.
    Surnom :La Panthère Grise.
    Âge : 22 ans.
    Titre de noblesse :Vicomte.
    [b]Province :
    Dargon.
    Faction et classe : Soldat .
    Orientation Sexuelle : « Hey ! Les gens… ça vous dit un plan à trois ? Ah vous voulez pas ? Bah… non… j‘ai rien dit ! »
Pouvoirs :
- Entrainement militaire : Vous êtes rarement désarmé. Lance, épée ou arc, vous savez vous battre et faites partie de l'armée impériale. Cotte de mailles, casque, bouclier si nécessaire, vous voilà bien prêt pour combattre et garder l'ordre en ville.
- Soutien : ce qui est bien, ce que vous êtes rarement seul. En patrouille, à deux devant une porte ou simplement armé de votre sifflet, vous pouvez toujours faire appel à vos collègues (PNJs s'il le faut) en renfort. On ne constitue pas une armée tout seul.
- Solide : c'est surprenant ce que votre corps peut endurer comme coups ou douleur (ou le froid, cela va sans dire). Maintenant, est-ce une bonne chose ?[/i]



Vos opinions

Ce que je pense de la politique ? C'est une bonne question qui se résumerait en quatre lettres : rien. Je n'ai pas d'opinion à proprement parlé, mais plus des ressentis vis-à-vis de ce que j'ai pu voir, mais si vous me posiez sincèrement la question, je vous répondrais comme vous pour éviter de devoir me lancer dans une chose plutôt emmerdante. Je crois toutefois que j'ai peut-être éventuellement... la même opinion que Louise, mon adorable petite sœur. D'après ce qu'elle songeait, le monde était divisé en trois groupes : les Serviteurs de l'Ordre, les Bourreaux, et les Victimes.

Et selon elle, comme nous étions riche et que nous avions reçu une éducation, nous devions entrer dans « Les Serviteurs de l'Ordre » pour tendre la main aux « Victimes », et mettre en prison les « Bourreaux », c'est pour elle que je suis entré dans La Garde Impériale. Cependant, je ne suis pas quelqu'un de très ambitieux, mon petit travail de soldat me va très bien, et malgré l'ardeur de ma sœur pour tout ce qui touchait à la justice, je ne suis pas l'exemple du Garde passionné par les lois cherchant à défendre la Veuve et l'Orphelin. Je suis plutôt le pauvre bougre derrière la poubelle, qui attend que le drame se passe, pour rejoindre ses amis pour lancer quelque chose comme : « Une fois encore, manant, la Justice assoit sa suprématie sur ton horrible personne ! », heureusement que le ridicule ne tue pas.

Je suis juste un serviteur de l'Ordre, rien d'autre, et je me fatigue un peu dans cette conversation sans espoir, qu'espérez-vous tirer de moi ? Je ne crois en rien, ou presque. Je suis soldat, je suis un membre de La Garde Impériale, et je sers l'Empereur, comme je sers notre Duc-Gouverneur que j'admire depuis que je suis entré dans cet Ordre. Un homme intègre, impassible, et fidèle à l'Empire... il y a de quoi voir une grande force. Tout ce qu'un minable petit soldat ne possédera jamais, en somme, et qui se complait dans son statut de Légende. Ma sœur voulait rentrer dans La Garde Impériale, parce qu'elle croyait qu'en portant une épée, elle pourrait sauver les misérables, une fille, c'est vraiment con. Elle haïssait l'Église, et contemplait souvent les étoffes des soldats impériaux.

Moi... je ne dirais pas que je n'aime pas l'Église, je suis même un bon croyant, et je me fiche de ce qu'elle peut faire, mais par contre : j'ai une peur monstre des Inquisiteurs, et aussi un peu des Prêtres. Les rumeurs... ça courent vite, très vite, si bien que j'ai fait le vœu de ne jamais rencontrer un Inquisiteur de toute ma vie, ou plus tôt : pas seul. Je suis certain qu'ils fouillent dans la tête des gens pour voir si on est des hérétiques ou non. Les Prêtres... ils font peur aussi, Uriel d'Arken n'a pas l'air méchant, mais je m'en méfie aussi. Je ne suis qu'une pauvre petite créature fragile, moi !

Ma sœur songeait que les Objets et les Hybrides étaient ces petites choses fragiles que nous devions protéger, ils me font peur, personnellement. Et je n'ai aucune envie de savoir ce qui s'est passé dans la tête de ces tarés de Scientifiques pour avoir fait des choses pareilles, c'est ridicule, et insultant. Les Éclairés ? Je m'en fous assez... quoique je n'aimerais pas croiser un terroriste, enfin pas tout seul une fois encore. Et ensuite… il y a les citoyens : ce n'est que les membres d'une masse identique aux nobles.

J'aime la noblesse pour ses coutumes et ses vêtements, et j'essaye de trouver un peu de compensation là où sont mes origines. Les gens du peuple me font peur, comme tout le reste. Je crois que je ne cherche pas à avoir une réelle opinion politique parce que j'ai peur de tout, c'est ridicule, mais Louise elle m'a toujours trouvé courageux, tant mieux je crois. La Panthère Grise n'a pas besoin d'opinion, elle doit juste continuer à vivre dans sa Légende.



Description : Qui êtes-vous et à quoi ressemblez-vous ?

Physique :

Me décrire ? Eh bien... je ne sais pas par où commencer, et si vous voulez ma franchise : je trouve ça plutôt barbant de devoir me décrire, surtout qu'il suffit de regarder l'image qui me sert d'avatar pour voir plus ou moins à quoi je ressemble. Enfin, si vous voulez mon avis, je dirais que je suis plutôt un bel homme, en tout cas dans le genre : « j'ai une classe du tonnerre, et les gens n'ont qu'à se plier devant tant de charisme ! ». Je suis plutôt grand puisque je mesure un bon mètre quatre-vingts, c'est assez acceptable, je ne suis ni une grande crevette efflanquée, ni un petit freluquet montrant les dents dés qu'il prend peur. J'ai les épaules larges, quoique déformé par les nombreuses heures d'entraînements, mon dos se voûte un peu, ce qui casse légèrement ma classe naturelle.

Au moins, les gens ne le remarquent pas tout le temps, ils ne font pas attention à ce genre de détails, lorsqu'ils ont la chance de contempler mon joli minois. Parce que oui, je reconnais que je suis un beau jeune homme, et personne ne m'a jamais contredit là-dessus : je me soigne, je fais attention au moindre détail, et j'étudie mon apparence comme un Prêtre étudie les Versets de l'Ombre : minutieusement, avec intérêt et perfectionnisme. Je déteste lorsque quelque vient froisser mes vêtements, je ne suis pas maniaque, pas autant que vous pouvez le pensez ; j'aime me mettre en valeur, c'est tout, et ça participe à mon charme, je dirais.

Je ne suis pas aussi impassible que j'en ai l'air, mon visage de marbre se transforme souvent en celui d'un enfant, j'ai tendance à me montrer au contraire plutôt expressif, je souris, je grimace, je ris, et je gronde selon mon humeur. J'ai la mâchoire carrée, des lèvres fines, et aussi blanches que ma peau, une belle peau laiteuse dont je prends grand soin, comme le reste de ma personne. Mes sourcils sont fins, mon nez est un peu trop droit à mon goût, mais après tout, je ne suis pas parfait, je m'en approche juste assez pour plaire un peu à tout le monde. J'ai le front haut, souvent ridé lorsque je suis pris dans une réflexion, tandis que mes yeux gris sont légèrement en amandes. Je me souviens que ma sœur Louise adorait se perdre dans la contemplation de mon regard, je crois que c'est un peu à cause d'elle que je suis devenu si narcissique, mais elle m'affirmait souvent que mon regard gris était semblable aux rayons de la lune. Lorsque vous avez autant de charisme que moi, c'est facile de vous faire adoré de votre gentille petite sœur, et le plus drôle, c'était qu'elle possédait les mêmes yeux gris. Passons.

Bien souvent, ma chevelure est laissée aux caprices du vent, volage, elle tombe jusqu'à ma taille, et part dans tous les sens. Mes cheveux sont aussi blonds que les blés, quoique plus clairs, et selon moi (comme toujours), leur douceur est semblable à de la soie. Là aussi, je prends soin de ma chevelure, ma sœur Louise qui elle était brune l'adorait, et plusieurs fois, elle m'avait avoué la jalouser. Brave gamine, va ! Toujours est-il que je dirais que je respire la noblesse, et mon arrogante beauté est simplement due aux heures passées devant un miroir, je parais froid, alors que je suis accessible à tous.

Et comme pour mon apparence, j'aime soignés les vêtements que je porte ; lorsque j'ai la chance de ne pas porter cet affreux uniforme de la Garde Impériale, je m'habille de belles chemises blanches montant jusqu'à mon cou de cygne, on ne verra jamais mes bras et mon dos, qu'importe la situation. Mes mains sont grandes, effilées comme celle d'un pianiste, lorsque mes doigts bougent, on dirait des pattes d'araignées nerveuses courant sur le bois d'une table. Mes ongles sont bien coupés, si vous vous le demandiez.

Je suis la Perfection, du moins... c'est ce que j'essaye de faire croire. Si je ne montre jamais mon dos nu, c'est pour cacher du mieux que je peux mes épaules déformées, j'ai en effet l'épaule droite plus haute que l'épaule gauche, et j'ai tendance à vite m'engourdir, je suis solide, mais j'ai rapidement mal aux reins, c'est assez pénible. Mes avant-bras sont plutôt arqués, ce qui est une raison supplémentaire de les cacher, ainsi que la brûlure qui va de mon bras droit jusqu'à mon épaule droite justement, un vieux souvenir que j'aurais aimé oublier.

Comme tout le monde, je cache des secrets, et ma belle apparence sert à me jouer de vous. Qui en effet se méfierait d'un bellâtre un peu prétentieux ? Personne, et c'est tant mieux : mon secret est donc bien gardé.


Personnalité :

Je me nomme Vaillant Charles De Beaumont, et je n'ai pas de personnalité. Ou plutôt, j'en ai tellement honte que je préférerais ne pas en avoir. Je me nomme Vaillant, et même si ça peut prêter à rire, j'ai été fier autrefois de porter ce nom, Vaillant... voilà un prénom évoquant courage et vertu, voilà un prénom donnant des idées de grandeur, et je dois être l'un des rares êtres humains à si mal le porter. Ma petite sœur, Louise aurait eu plus de prestance en prenant ce nom pour elle, cet adjectif signifiant « courage, vertu » et toutes les conneries qui vont avec. J'ai aimé ce nom, et désormais, je le déteste, et je me méprise : je suis loin d'être le jeune homme plein d'ardeur, et téméraire que je veux bien vous montrer.

Cependant, je n'en dirais pas plus à ce sujet, ça fait partie de mon secret, et je ne veux en rien dévoiler, je crois que je préférerais mourir que... peut-être pas, je ne sais pas exactement, je veux juste que personne ne connaisse la vérité, et je suis prêt à tout pour le garder, rien que pour moi. Mon nom est donc Vaillant Charles De Beaumont, ou « Charles-le-Vaillant », comme ma petite sœur Louise m'appelait autrefois, j'aimais ce titre, autant que je l'adorais. Passons.

Comme vous l'aurez sans doute compris dans la description de ma noble apparence, je suis quelqu'un qui prend soin de lui, et passe son temps devant un miroir, je suis soldat certes, mais je ne vois pas pourquoi je me priverais d'un bon bain chaud, ou encore de me mettre en valeur. Sans toutes ces petites attentions que j'apporte régulièrement sur moi, je ne serais rien d'autre qu'un grand blond aux cheveux longs banal, et on ne ferait pas plus de différence entre moi, et l'alcoolique décuvant dans sa ruelle pleine de pisse.

Et d'un coup, je ne suis plus aussi narcissique et prétentieux que je vous l'ai montré lorsque vous avez abordé la lecture de ce récit, n'est-ce pas ? Je vous avais pourtant bien affirmé que j'avais un secret, et que je voulais le garder le plus loin possible de la disgrâce, mon orgueil ne me permettrait pas une telle chose. Alors comme je joue un rôle de composition, je montre souvent l'image d'un jeune noble prétentieux, imbu de lui-même, maniéré, et narcissique.

Ainsi les gens sont rebutés par un tel comportement, et ne cherche pas à savoir ce que je suis en réalité, je ne suis donc rien d'autre qu'un grand hypocrite se cachant derrière son insolence, un freluquet sans saveur et sans grandeur, dissimulant sa véritable personnalité derrière le masque d'une fine lame, et d'un preux soldat, ne connaissant simplement pas ce que le mot « modestie » veut dire. Un noble comme tant d'autres, en somme, ne connaissant rien de la vie dure, et croyant que le monde se résume à sa petite personne. C'était sans doute ce à quoi je me rapprochais le plus, enfant, mais j'avais encore l'espoir autrefois de me montrer digne du titre que ma petite sœur, Louise m'avait offert. Je crois qu'elle surestimait un peu trop son grand frère, au point de devenir aveugle.

Je suis un hypocrite, comme tous les nobles, et sans doute de la pire espèce, car je passe mon temps à me cacher derrière cette prétention qui me rend aussi charmant que détestable. Alors qu'en réalité, je suis un être plein de mélancolie et amer, regardant sans cesse le passé derrière lui, et aimant faire et refaire sa vie de « Et si j'avais... » ou encore : « Et si j'avais été... » simplement parce que je n'ai pas les couilles nécessaires pour accepter la réalité, je ne suis rien d'autre qu'un abrutit, vivant avec le souvenir de sa petite sœur morte qu'il n'a jamais put protéger contre la vie. Je n'aime pas la violence, de même que tenir une épée me fait trembler, c'est sans doute pour ça que je devrais porter ce remords pour toujours, celui de n'être qu'un faible et un lâche. Louise me manque depuis des années, et je n'arrive pas à combler le vide qu'elle a laissé dans mon cœur, ma petite sœur si gentille, si douce !

J'aurais tant voulu être pour elle tout ce qu'elle espérait ! Louise était musclée et grande, elle possédait une forte personnalité, comme de la délicatesse, elle mêlait avec ravissement les paradoxes. Je crois que je l'aimais un peu trop, au point où son visage me hante depuis sa mort, et elle qui autrefois me poussait à soigner mon apparence, en me disant que si elle pouvait, elle épouserait un homme aussi vaillant et beau que moi, ce n'est rien d'autre qu'une manière de me rattacher à son souvenir, et de cultiver l'amour que j'ai pour elle. Presque efféminé, je me rappelle ma sœur, et j'oublie la haine que je me porte, lorsque je croise mes yeux gris dans le miroir. C'est ainsi que la Panthère Grise est née.

Un simple soldat :

« La Panthère Grise ? Eh bien ! On sait peu de choses d'elle, et pas mal de rumeurs courent à son sujet, les plus folles et les vraies, apparemment. On ne l'a jamais vu, mais d'après ce que je sais, ça serait le surnom de ce Vaillant Machin truc, le grand blond efflanqué aux airs de gamines. Certains affirment l'avoir vu se battre comme un animal sauvage, et c'est là d'où vient ce surnom ; la Panthère Grise est cruelle, froide, vive, et farouche, capable de trancher de son épée tout et n'importe quoi. Pour beaucoup, c'est un modèle comme une grosse connerie, mais elle aide à sa manière à rassurer la masse, après tout, Vaillant Machin Truc n'apporte jamais de problème, et sous la tonne de vêtements, peut-être qu'il cache effectivement cette Panthère Grise. C'est qu'il a l'air fort, le gars ! »


Comment peut-on croire une telle mascarade ? Une mascarade que j'ai moi-même inventé d'ailleurs, et c'est effrayant de savoir que ce qui était au départ une simple rumeur pour sauver mon honneur, s’est transformée presque en une légende. Mon secret ? C'est un petit journal de bord que je garde toujours sur moi, contre ma poitrine, et dans lequel je marque à peu près tout ; mes impressions, mes peurs, et surtout mes regrets. Je ne veux pas qu'on apprenne que la Panthère Grise n'est rien d'autre que ce bon vieux Vaillant Charles De Beaumont, un couard, un lâche fuyant la queue entre les jambes, dés que la peur saisit son cœur. Je suis un être ridicule, grandiloquent, maladroit, malchanceux, et faible, moi Vaillant Charles De Beaumont. Je hais cet homme, et j'admire la Panthère Grise, ma légende, celle que j'aurais aimé être.


Dernière édition par Vaillant De Beaumont le Ven 20 Jan - 0:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.   Sam 30 Juil - 22:00

Récit d'une vie


Peu de choses changeaient parfois, ou plutôt certains endroits ne semblaient pas être la victime du temps. C'était ainsi avec le Cochon Pendu, pourtant souvent source de bagarre et de la venue de La Garde Impériale, l'auberge conservait éternellement sa bonne ambiance, et surtout son alcool d'excellente qualité. Les conversations bourdonnaient tout autour, les voix se chamaillaient ou plaisantaient sur tout et n'importe quoi, alors que les plus ivres ou les plus sages refaisaient le monde à leurs façons. Parfois, certains restaient isolés, les soulards les plus tristes refusaient de faire partie de l'ambiance joyeuse qui émanait de l'auberge ; c'était le cas de la silhouette mince et grande qui dans un coin, la tête dans les bras, écoutait la belle aubergiste de choc et de charme parler avec un autre. Il remua un peu, il soupira, et grogna contre l'homme assis près de lui. L'esprit embrumé par l'alcool, il remercia son interlocuteur, lorsque ce dernier versa dans son verre de l'Hydromel, il demanda avec un semblant d'admiration :

— Alors... comme ça... vous êtes soldat ? Pardonnez mon culot, mais vous avez plus l'air du noble freluquet et pleurnicheur qu'un homme de guerre !

L'autre grimaça, et d'une voix chancelante et étouffée, il gronda :

— C'est... fffff... faux ! J'suis un homme moi, un vrai, et j'sais tenir une épée ! Et j'ai déjà tué, moi !

L'homme manqua de rire, et lui donnant une tape dans le dos, il lâcha sur un ton plutôt doux :

— Ah bon... expliquez-moi ça, les gens intéressent manquent par ici.

Le Garde releva la tête et posa son regard gris sur l'homme, il poussa un soupir, et avala une gorgée d'Hydromel. Il se laissa de nouveau tomber contre le comptoir, et il commença le récit de sa vie, alors que son interlocuteur ne lui avait pas demandé une telle chose :

— Mon nom... c'est Vaillant Charles De Beaumont, je suis le troisième né d'une famille de quatre enfants. Il toussota et poursuivi : ma vie n'est pas grand-chose, vous savez, ce n'est qu'une suite d'erreurs, et de coup mal calculé qui m'ont rendu amer, triste, et aussi pouilleux que ce clochard à un seul bras que j'ai croisé tout à l'heure. Ma vie ? Ce n'est pas un roman aux pages maculées de grands actes emplis d'héroïsme, je ne suis pas le Chevalier Blanc combattant le Mal, et arrachant des griffes du Terroriste mal intentionné et mal fringué la jolie princesse blonde à la grosse poitrine, je serais plutôt le brave écuyer qui s'en va dès qu'il sent ses tripes se retourner : c'est à dire assez rapidement. Ma vie ? Ce n'est que la parodie d'une légende, et rien d'autre que celle d'un imbécile qui ne connait pas la signification de son propre prénom : tenez... je m'appelle Vaillant, ça peut paraître ridicule, mais enfant j'étais fier de ce nom. Il évoquait en moi des idées pleines de grandeurs, et de beautés, qu'est-ce qu'on est con quand on est gosse ! Remarquez... ce n'est pas si différent, une fois adulte.

Je viens de la froide et dure province de Dargon, celle où on risque plus de se faire arracher une jambe par un loup que de croiser une grand-mère vendant des fleurs au coin de la rue, mais contrairement à la populace de la région, je n'ai pas vécu dans le froid et la misère, au contraire. Je suis Vicomte, et j'ai toujours été enfermé petit dans une belle cage dorée, ma famille possédait un superbe manoir, et j'ai passé mes seize premières années là-bas, dans cet endroit chaud et douillet. Ma mère et mon père étaient des gens plutôt gentils, je crois qu'on était un peu la famille d'aristocrate prête à donner son argent à un pauvre, si ce dernier lui offrait un regard trop désespéré, sans doute pour se soulager, ou bien parce qu’accueillir un drôle chez soit, c'est classe.

Toujours est-il que j'ai été élevé pour devenir noble, et non pour être quelqu'un que tout le monde connait, et je suis pourtant moi-même une légende.
Le monde se résumait aux petits déjeuners sur l'herbe, lorsque le temps nous le permettait, ou encore au thé que ma sœur aînée nous ramenait de ses voyages, c'était le bon temps, celui où on croit que la réalité est aussi doux que les contes que Père raconte. Je peux vous dire que quand on est gosse, on est vraiment con. Enfin, j'avais donc une grande sœur, qui elle-même avait un grand frère : Mark et Marinne. J'avais aussi une petite sœur de deux ans ma cadette, elle s'appelait Louise, je dois avoué que c'était un peu ma préférée.

Je me souviens encore du temps que je passais avec elle, souvent, elle me forçait à sortir du manoir, et nous allions nous promener dans les montagnes, j'étais jeune et insouciant à l'époque, et elle vivante comme un oiseau qui commençait tout juste à comprendre la vie. Nous courrions parfois le long d'une froide rivière, et l'hiver ne semblait pas lui faire peur, moi si... c'est étrange de se dire que c'était la petite sœur qui protégeait son grand frère, non ? Je ne suis qu'un couard, et même à dix ans, j'avais déjà la graine de la lâcheté de germé dans mon cœur. Un jour, alors qu'on avait encore une fois échappé à la surveillance de Nourrice, nous avions trouvé une clairière enneigée, une belle clairière, où on pouvait percevoir le chant d'un oiseau, ma sœur s'amusait à courir dans la neige, sans se soucier de sa robe, ou encore de sa cape.

Louise avait toujours été aventureuse, et joyeuse, si bien que j'avais du mal à la rattraper, lorsque nous jouions ensemble au loup. La neige avait cessé de tomber, le soleil brillait haut cet après-midi-là, et j'observais ma sœur posée contre un arbre, elle avait huit ans, et moi dix. Sa chevelure brune était coupée assez court, comme elle l'aimait, et son regard gris comme le mien avait l'éclat du désir de la découverte. Je la surveillais en songeant que jamais je ne laisserais quelqu'un lui faire du mal, les bras croisés, assis sur un vieux tronc d'arbre, je la voyais prendre de la neige de ses mains sans gants, vainquant le froid d'un regard perçant.
Et soudain, Louise se mis à rire, et sans attendre plus de réactions de ma part, elle m'envoya dans la figure une boule de neige qui me fit tomber en arrière, je grognai :

« — Saleté... tu vas me le payer !
— Allez Vaillant ! Je suis certaine que tu peux me rattraper ! »

Et en me tirant la langue, elle prit la fuite à travers les arbres morts sous la neige, poussant un cri de rage, je me mis à courir après elle. Conscient toutefois qu'elle risquait de se perdre, je l'appelai tout en proférant un flot d'injures à son égard, c'était que j'avais froid ! De la neige avait glissé dans mon cou, alors que cette peste s'enfuyait au loin ! Je passai prés d’un vieux chêne, quand soudain je sentis mon pied buté contre quelque chose, je tombai aussitôt la tête la première dans la neige. Derrière moi, je perçus le rire de Louise, ce qui m'énerva encore plus, je me relevai sur les coudes, et me tournant vers elle, je lui lançai un regard noir :

« — Tu es vraiment empoté Vaillant !
— Et toi une garce !
— Je n'ai fait que te piéger, c'est tout. »

Et dans un sourire, elle m'envoya une autre boule de neige.

« — Hey ! Vaillant ! Viens voir ce que notre précepteur vient de m'apprendre ! »

Je levai un sourcil intrigué sur ma sœur, et je haussai les épaules pour me plonger de nouveau dans le livre que je tenais fermement. J'étais contre un arbre, durant l'été, l'air était frais, et pourtant je portais une simple chemise blanche et un pantalon noir, Louise grimaça devant mon attitude arrogante, et elle pesta dans la barbe qu'elle n'avait pas. Je n'avais pas envie de bouger, j'étais bien là, sous cet arbre aux feuilles d'émeraude, l'esprit perdu dans l'histoire que je lisais, je me laissais aller à la rêverie, tandis que ma sœur vêtue comme un garçon ce jour-là s'amusait avec une épée de bois.
Lentement, féline, elle se rapprocha de moi, sans que je daigne montrer un intérêt à sa figure maculée de bleus ; elle avait les cheveux attachés en une queue de cheval brune, ses bottes montaient jusqu'à ses genoux, et on aurait pu la qualifier de « jolie » si elle avait pris un peu plus soin de sa personne. Lorsque Marinne lui faisait d'ailleurs la remarque, elle répliquait aussitôt que je pouvais le faire à sa place, j'étais tempéré, et elle avait le cœur d'un guerrier.
Voir une femme combattre ne me gênait pas, mais lorsqu'il s'agissait de ma petite soeur... ça me faisait un peu peur, surtout lorsqu'elle se servait de son arme contre moi. Je bougeai juste à temps pour éviter de recevoir dans la joue le plat de sa lame de bois, j'émis un grognement agacé, alors qu'elle reculait pour m'attaquer de nouveau, cependant, alors qu'elle s'élançait sur moi, je... lui envoyai mon livre à la figure. Un coup de son épée suffit pour qu'elle l'envoie sur le côté, je soufflai, et me relevant en hâte, je la laissai foncer sur moi pour la saisir par le poignet, pourtant je dus me plier à sa volonté. Elle venait de frapper ma cuisse de son épée de bois, agrippé à elle, je fis :

« — Tu es une vraie garce !
— Peut-être... mais vois-tu grand frère, j'aime me battre. Et tu ferais un piteux Garde impérial !
— Tant mieux, la violence ne m'intéresse pas ! »

Je crachai un flot d'insultes à son égard, et elle se contenta de tout simplement me sourire. Soudain, l'éclat de son regard changea, et fronçant les sourcils, je la fis vis devenir plus sérieuse ; j'avais quinze ans, et elle treize ans, j'étais toujours plutôt calme, et elle toujours aussi batailleuse. Les mains derrière le dos, l'expression triste, elle me demanda :

« — Grand frère... dit... tu as un rêve ?
— Celui de ne plus être ta victime ! Fis-je tout de même sur un ton perplexe.
— Je veux dire... que comptes-tu faire une fois adulte ? »

Frottant ma cuisse, je relevai brusquement la tête, je l'interrogeai du regard, sans pour autant trouver une explication à sa question. En réalité, je ne pouvais pas avouer que je n'avais pas de rêve, et que je ne savais pas encore ce que je voulais faire de ma vie. L'avenir était pour moins une chose bien lointaine, juste... un mot parmi tant d'autres, et pour Louise... c'était bien un destin. Ma sœur voyait sa vie se dessiner au-delà de Dargon, elle voyait son histoire qu'elle voulait elle-même écrire, elle m'observa un moment, et elle lança :

« — Moi... je veux défendre les pauvres ! Je veux devenir Garde Impériale ! »

Je ne dis rien puisque je me doutais depuis des années qu'elle désirait ça, je poussai un simple soupir, je n'aimais pas cette idée, mais Louise était forte, assez en tout cas pour trouver dix raisons à devenir soldate, alors que je lui opposerai une seule idée. Elle regarda longuement ses pieds, et elle avoua toute gênée :

« — L'Ombre semble me porter sur cette voie-ci, mais je ne suis pas assez réfléchie pour devenir Prêtresse, et je trouve plus de plaisir à me battre que dans l'étude. Je sais que le monde est différent loin des murs de notre demeure, mais j'ai envie de marcher parmi ceux qui surveillent notre Empire de toute menace. Les Terroristes ne sont bons qu'à faire du mal autour d'eux, soldate, je pourrais lutter contre eux ! Et la misère aussi !
— Tu es trop naïve, Louise. »

Ma soeur m'envoya un regard plein de colère, et sans un mot de plus, elle me tourna le dos pour se mettre à courir. Que pourrais-je faire ? Je voulais la tenir éloigné d'un monde trop cruel pour elle, et pourtant... j'ignorais que de nous deux, c'était elle la plus avenante, et la plus courageuse. Je n’étais qu’un jeune homme sans ambition.
Avais-je sus à ce moment-là que j'allais la perdre un an après ? Non, comme tout le monde, je suppose, on ne peut pas deviner la mort d’un proche, rien que l'idée de perdre quelqu'un est affreuse. Et pourtant !

Ma sœur était sortie en cachette la nuit, la veille, on avait tous les deux entendu les domestiques parler de bandits, ces derniers attaquaient les marchands qui se rendaient à la capitale. J'avais pour ma part frémi d'effroi, certain que Père et Mère refuseraient dès lors de nous laisser sortir, craignant pour nos vies, mais j'avais alors vu la lueur dans le regard gris de ma sœur. Et la nuit tombée, je l'avais suivi sans dire un mot, et à ma vue, Louise s'était contentée de hausser les épaules, détachée, loin de ma mine boudeuse, et pleine de reproche.
C'était parce que j'avais plus peur de ce qui pourrait lui arrivait que de ces criminels, et je savais ce qui la poussait à vouloir sortir durant la nuit, et en simple robe de chambre : le désir de combattre, et de se prendre pour l'héroïne d'une des histoires de notre frère aîné. L'estomac noué, j'avais pris au cas où une épée, une épée que j'espérais ne pas utiliser, je n'aimais pas la violence, et j'étais déjà tendu comme la corde d'un arc. La peur rendait ma gorge sèche, et vêtue d'une veste et d'un pantalon noir, je m'étais aventuré avec elle dehors, il faisait froid, la nuit était tombée depuis un moment, et je pouvais prier l'Ombre de toute mon âme pour dévier le danger de notre route. Je connaissais bien les Versets, pourtant, jamais je n'avais prévu ce qui était arrivé !
Ma sœur prit un sentier qui la mena sur la grande route, je lui tenais la main, tellement j'avais peur de rencontrer les bandits. Mon cœur battait déjà fort dans ma poitrine, lorsque nous vîmes soudain trois ombres apparaître derrière un arbre,. Ma sœur ramena la lampe à l'huile vers la source des rires que nous entendions aussi, et je poussai un cri de surprise, lorsque nous croisâmes le regard vert d'une grande rousse. Serrant mes doigts autour de son poignet, j'essayai de la tirer, mais je sentis aussitôt un poing s'enfoncer dans mes côtes. Le souffle coupé, j'étais tombé à terre, et fiévreux, la crainte engourdissait tous mes muscles, j'appelai Louise d'une voix cassée, et on me répondit :

« — C'est ta frangine que tu cherches ? Gamin ? »

À plat ventre, je relevai la tête vers le grand homme chauve et maigre qui contre lui, tenait Louise, celle-ci gardait d'ailleurs son sang-froid. La lame contre son cou, la respiration faible, elle conservait un calme polaire, malgré la sueur perlant son front, ma sœur avait plus de courage que moi. Je serrai les dents, et allai parler, lorsque la grande rousse se planta devant moi, un sourire aux lèvres. Elle était plus grande que moi, et plus effrayante surtout, elle avala une bouffée de tabac avant de la recracher sur mon visage :

« — C'est quoi ton nom ?
— V... Va... Vaillant !
— J'espère pour elle que tu le portes bien. »

La grande rousse s'éloigna, et revint prés du chauve, un troisième homme me toisait, mais trop pris par la stupeur, je ne fis pas attention à lui. Je mordillai ma lèvre inférieure, angoissé comme pas possible, mon cœur était comprimé dans l'étau de la terreur, alors que je voyais la lame passer sur la gorge de ma sœur, elle murmura finalement, les larmes aux yeux :

« — Grand frère... »

Car au fond... malgré sa force, Louise restait une adolescente de quatorze ans, et moi celui qui devait la protéger. J'avalai péniblement ma salive, et le corps tremblant d'horreur, je me relevai et dégainai mon épée ; ce n'était pas parce que j'avais l'air d'un freluquet de noble que je ne savais pas me battre ! Et Louise par son envie de bataille m'avait poussé à m'entraîner, en secret, pour qu'un jour je puisse le montrer que moi aussi, si je le voulais, je pouvais devenir Garde Impériale. La main nerveuse, le souffle haletant, je menaçai la femme de mon fleuret, celle-ci émit un petit rire mauvais, et lança :

« — Tu ne sais pas ce qu'on veut de toi ! Allez... rentre chez toi !
— Je... ne me prenez pas pour un con ! »

Je m'étais en fin relevé, et face à eux, j'étais la simple victime de ma propre peur. Mes doigts essayaient malgré tout de garder leur emprise ferme sur l'épée, tandis que le cœur au bord des lèvres, je fixai le chauve. Il haussa un sourcil amusé devant mon regard vacillant, l'angoisse me faisait perdre tous mes moyens, et malgré moi, je ne pouvais pas faire le moindre mouvement ; mes pieds étaient cloués au sol, mes lèvres bougeaient sans que j'eusse la force nécessaire pour parler, ma lame visait l'agresseur de Louise, j'avais du mal à percevoir leurs voix, tout était sourd dans mon crâne.
J'avais envie de m'enfuir, trop envie même, mais j'avais le désir de protéger ma sœur de ces connards, malgré l'angoisse grandissante, elle terrassa bientôt le peu de courage que je possédais. C'était ma petite sœur, je devais la protéger de tout ! Et je refusais de la voir le visage criblé de larme, tremblante, tout autant que moi. Je fis un pas, mais ma lame manqua de toucher le sol, signe de défaite, pourtant je parvins à la redresser aussitôt. J'avais l'impression que mes mains tenaient du plomb, tant la crainte transformait tout autour de moi, l'espace d'un instant je crus même voir des Ombres sortir des oreilles des trois bandits.

« — Grand frère...
— Je...
— Tu as peur gamin ? »

La question venait du chauve, la rousse se contentait de fumer, et parfois je pouvais sentir son regard plein de haine se poser sur Louise, une haine qui détruisait le charme qu'elle possédait. Elle poussa un soupir, et son ami lui lança un coup d'œil, semblant comprendre la soudaine mélancolie qui transperçait ses traits durs. Ensuite, il appuya son poignard contre la peau blanche de ma sœur, un frisson parcourut mon corps, lorsque mes yeux suivirent le chemin qui fut tracé par la goutte de sang. Je parvins à dire d'une voix rauque, et suppliante malgré mes mots :

« — Ne... je vous interdis de la toucher !
— Sinon... ?
— Je vous tuerais ! »

Le chauve haussa un sourcil, et se mit à rire, ma sœur m'appela dans un regard à l'aide, mais je sentais déjà ma volonté faiblir sous la tension. L'homme se calma, et il lança :

« — Tu trembles tellement que tu peines à tenir ton arme ! »

Je voulus réplique, hurler que c'était faux et que comme mon nom l'indiquait, j'étais un cœur valeureux, plein de courage, mais ma sœur joua une dernière fois au héros. Elle donna brutalement un coup de tête au chauve derrière elle, et avant qu'elle ne puisse faire autre chose, il la saisit par les cheveux et la retourna, elle lui donna alors un coup de pied dans le tibia, prête à se battre pour... pourquoi exactement ? C'était à moi de le faire pour elle ! Pas le contraire.

« — Lo... Louise ! »

Et l'image qui s'imprima sur ma rétine fut la plus horrible que j'ai vue de toute ma vie : soudain pris par la colère, le grand chauve la poussa, et avant que ma sœur puisse se défendre, il enfonça son poignard dans son cœur. Je lâchai mon épée, le corps tremblant, et je contemplai ma sœur cadette se cambrer de douleur, sa robe de nuit se teinta du rouge vif de son sang, pendant que l'autre la repoussai. Son corps tomba contre la terre, et elle se recroquevilla comme elle le put, pleine de souffrance, blessée, et sanglotant, elle murmura d'une voix faible :

« — A l'aide... grand... »

Et la rousse fit un pas vers moi, déterminée à me tuer, sans doute.
Je regardai une seconde mes mains toujours aussi tremblantes, incapables de tenir une épée, et voyant l'Ombre de la prédatrice s'approcher, je poussai un cri avant de tourner les talons. L'épouvante pour seule compagnie, les larmes aux yeux comme seule punition, je me suis enfui devant ma petite sœur qui avait tant besoin de moi, je l'ai abandonné à son triste sort pour sauver ma peau de misérable. Mes jambes s'étaient mises à bouger sans que je comprenne comment, le cœur tambourinant contre ma poitrine, l'estomac noué, j'avais la nausée, j'avais honte, j'avais mal, je me haïs.
Et je continuais de courir dans la forêt, la voix coupée, déchirée par ce que j'étais en train de faire. Les mots de ma sœur résonnaient dans mon crâne, les mots de ma sœur assourdissaient le reste, et obsédé par ses supplications, je m'emmêlai bêtement les pieds. Je m'éclatai en avant, et sans bouger, je restai là, tremblotant de tout mon corps, gémissant, je frappai le sol de mon poing, certain que la douleur physique serait moins forte que celle qui écrasait mon courage et mon honneur d'amertume. Au loin, je perçus les trois bandits se rapprocher, mais la crainte m'avait dérobé la raison, je gardais simplement en tête l'image de ma sœur en train d'agoniser, et du paysage qui avait défilé sous mes yeux, lorsque je m'étais enfui. J'entendis toutefois :

« — On en fait quoi ?
— Prends-le, il va nous servir, nous avons un compte à régler avec le Vicomte De Beaumont, après tout. »

J'ai seulement senti un coup derrière ma nuque, et je me suis écroulé sur le sol, inconscient. Au moins les ténèbres effacèrent pour quelques instants le crime que j'avais commis : celui de ne pas avoir eu la vaillance de protéger ma sœur.

Ce fut un seau d'eau froide qui me sortit de mes rêves, je poussai un hurlement, et je me retournai vers la grande rousse. Elle m'offrit son regard vert et incisif, ses lèvres étaient étirées dans un rictus mauvais, et se tournant, elle lança :

« — Alvaro, c'est bon... j'ai réveillé la femmelette !
— Ne m'appelez pas ainsi ! Protestai-je en sentant le froid pénétrer ma peau.
— Tu préfères chiffe molle ? Sans-couille ? Demande, et je te trouverais un joli surnom ! »

Je grognai comme réponse, comprenant par ailleurs que ces salopards m'avaient lié mains et jambes, j'étais tourné sur le côté, le visage fatigué et plein de larmes. La silhouette de la grande rousse me rappelait la douleur, la douleur de n'avoir pas été assez téméraire pour sauver ma sœur, je haïssais cette femme comme le chauve ! J'étais plein de colère et de haine, mais j'étais un couard qui malgré sa fureur ne pouvait qu'aboyer devant eux. La grande rousse remua les épaules, et fixant mon visage, elle poussa un soupir agacé :

« — Par l'Ombre, tu es un homme ! Cesse donc de pleurer comme une pucelle, c'est fatigant ! »

Je reniflai à sa remarque, essayant de ravaler mes larmes, je ne parvins pas à lutter bien longtemps, elles glissèrent sur mes joues, et me retournant sur le dos, je posai mon regard sur le chauve qui désormais se tenait prés de la rousse. De ce point de vue de ver de terre, je ne pouvais pas dire lequel était le plus grand ; la femme avait les épaules plus larges, une belle poitrine opulente, mais l'homme était efflanqué, comme un clou. Je crachai à leur pied, et le chauve me donna un coup de poing. Ma tête claqua contre le sol, et sans comprendre où je me trouvai, je sursautai soudain, et plein de détresse, je fis :

« — Ma sœur... ma petite sœur où...
— Je l'ai tué mon garçon, tu vas te remettre à pleurer ? »

Ce qui arriva... irrémédiablement, les larmes brûlèrent mes yeux et mes joues, je gémis devant le regard écœuré du chauve, que dire ? Comment décrire la douleur qui me prenait le ventre ? C'était une force incroyable qui m'arrachait le cœur, s'enfonçait dans ma poitrine encore et encore, le déchirait en deux, et renversait tout en moi, je perdais notions du temps et même de la vie. Ma sœur... ma sœur que j'aimais tant, ma sœur que je m'étais promis de protéger ! Je voyais encore son visage écrasé de douleur, suppliante, sa voix hurlait toujours son : « A l'aide, grand... » elle n'avait même pas pu terminer son « grand frère ! », et de toute façon, je ne méritais pas ce « titre », je ne méritais pas toutes ces bêtises. Je n'étais rien d'autre qu'un crie de souffrance, et de désarroi, amusant tout juste les trois connards qui m'avaient enfermé dans un la cabane d'un village abandonné, je les haïssais de toue mon âme ! Je murmurai, la voix coupée par mon sanglot :

« — P... p-p-p-pourquoi ? »

Le chauve esquissa un sourire, et se mettant sur moi, comme si mon corps était le trône prévu pour son royal fessier, il me saisit par les cheveux pour planter son regard plein de haine dans le miens, j'en frémis, elle semblait si dangereuse ! Une haine qui secoua mon corps d'un brutal frisson, une haine si puissante qu'elle était capable d'ébranler le monde d'un seul coup de poing. Il murmura au creux de mon oreille, la voix tremblante de rage :

« — J'ai un compte à régler avec ce beau vieux Vicomte, je parle bien de ton père. Le salopard qui a détruit une partie de mon avenir, et de la femme aux allures d'homme qui t'a réveillé de tes rêves de princesse !
— Louise était innocente !
— Mais je le sais bien... à ton avis ? Pourquoi on aurait fait le chemin jusqu'ici pour voler de la merde ? Pour la vengeance ! Même si je n'avais pas prévu que ta sœur et toi tombiez sur nous, PAF ! Comme ça sans prévenir ! Et toi-même, tu dois comprendre que perdre quelqu'un — surtout de la sorte — est la chose la plus terrible qu'il peut arriver. Ton connard de père a privé ma folle d'un enfant, comme il m'a privé le droit de me ranger et d'avoir une vie tranquille. Je ne vais pas tout raconter, ça serait trop chiant, tu n'auras qu'à demander à ton père...
— Vous n'allez pas me tuer ?
— L'argent... fiston, ça prime même sur les veilles rancunes ! »

Il m'envoya un autre coup de poing, ce qui lui valut le regard noir de sa putain de grande rousse, elle fumait d'ailleurs beaucoup de tabac. Et poussant un soupir, elle lui fit signe de partir avant de m'obliger à la regarder, sa kiseru dans la bouche, elle me donna une gifle. Je reçus un geste de hargne, sans en comprendre l'origine, pour moi ça avait été un simple acte de méchanceté gratuite, mais la lueur haineuse dans son regard me persuada du contraire. Le sang coulait sur ma lèvre, et dès que je les voyais, je voyais la tête de Louise remplacer les leurs. Une tête déformée, et pleine de boue, si bien que j'étouffai tant bien que mal un gémissement de souffrance, ma sœur ! Je ne voulais pas y croire ! Je refusais de croire qu'elle était morte, et... que j'avais fui, au lieu de lui tendre la main ! Le chauve demanda d'une voix mielleuse :

« — Ça fait mal... hein ? C'est comme si on passait ton être sous un rouleau compresseur, ou qu'on t'enfonçait des aiguilles chauffées à blanc dans le cœur, jouis-en, tu garderas pour toujours la sensation d'avoir tremblé et pleuré, alors qu'elle te marmonnait “grand frère vient me sauver” ! »

Je voulus cracher un « connard ! », mais ma voix resta comprimée dans ma gorge, je me contentai de leur envoyer un regard plein de rage, ce qui fit rire le chauve, et m'offrit du mépris de la part de la rousse. Celle-ci lança :

« — Marco ne devrait pas tarder à revenir...
— Fiston... allez lève-toi ! »

Il m'attrapa par le col et me força à me relever, je geignis devant sa poigne, et n'essayai même pas de me débattre, à quoi bon ? J'étais responsable de ma lâcheté, et je serais toujours hanté par ce souvenir. Il alluma une bougie sur l'étagère derrière moi, et je pouvais juste me montrer dégoûté par l'endroit insalubre dans lequel je me trouvais, du moins... si les cris de ma sœur ne me hantaient pas tant. On claqua à la porte, et ce fut la grande rousse qui alla ouvrir, je posai un instant mon regard sur l'homme qui débarqua, le visage recouvert par un châle, il lâcha :

« — Dans une heure, à l'endroit qu'on a dit.
— Il accepte les trois mille pièces d'or ? Demanda Alvaro.
— Oui, et ils te disent que tu n'es rien d'autre que la merde d'un chien galeux.
— Ça te va bien... souffla Magdra. »

L'homme ignora son amante, et me souriant, il posa son bras autour de mon épaule, moi qui peinait déjà tenir debout ! Je grondai, et se rapprochant, il murmura :

« — A ton avis... comment va réagir ton père, lorsqu'il saura que son fils n'est rien d'autre qu'un pisseux et un lâche ? »

Et pris par la peur, la simple peur qu'on sût que je n'étais rien d'autre qu'un imbécile malchanceux et couard, je me débâtis pour qu'il me lâchât, et mon esprit ébaucha aussitôt une idée. Je ne sus pas quelle folie traversa exactement mon esprit, mais je donnai un grand coup de coude à l'étagère derrière moi, et la bougie chancela avant de tomber. Le chauve eut un mouvement de surprise, et vis comme la rousse la flamme tomber sur mon épaule, je poussai un cri de douleur, et me pliant en deux, je me laissai tomber sur le sol en gesticulant dans tous les sens. Le contact fut terrible, et ma voix monta bientôt dans les aigus, les flammes couraient sur mon corps, folles, avides, elles arrachaient la peau de mon épaule, et comme un ver au bout d'une canne à pêche, je bougeai dans tous les sens. Je méritais cette souffrance ! Louise avait dû souffrir plus que ça !

« — Bordel... mais quel couillon ! Cracha Magdra.
— Fais quelque chose, il doit être en bon état ! »

Et la grande rousse en poussant un cri de rage me força à glisser sur le dos, alors que je continuai de hurler, je sentis soudain son pied s'écraser contre mon épaule droite, je poussai un autre gémissement de douleur, et encore et encore et encore, elle me donna des coups de pieds pour éteindre les flammes. Et soudain agacée, elle enleva sa veste pour fouetter brutalement, cette chienne avait la force d'un homme ! Cependant, jamais je n'avais accepté l'idée que cette salope m'avait sauvé la vie. Je gémis encore, et elle m'envoya sa botte dans la mâchoire :

« — Crétin... ! »

Et brûlé sur l'épaule et le bras droit, je fus rendu à ma famille, comme si je n'étais qu'un objet, un objet qui ne valait rien.

Combien de temps avais-je passé dans mon lit ? Immobile et droit, comme mort, le regard tourné vers la fenêtre qui m'offrait le paysage enneigé d'une froide nuit d'hivers de Dargon, je pouvais sentir le vent courir sur ma nuque, mais j'étais incapable de réagir. Pendant un moment, qu'importe le temps, car ce dernier avait perdu de sa valeur, j'étais resté les mains nouées péniblement sur mes genoux, tendu, sous le choc d'avoir perdu ma sœur. Sans cesse, je vivais encore et encore ce qui s'était passé, et je ne pouvais pas dormir pour échapper à la souffrance ; ma sœur revenait en rêve, le crâne fracassé, et laissant s'échapper des lambeaux de cervelles sur le côté, ses yeux étaient crevés, du gris et du sang coulaient sur ses joues, sans cesse, elle me murmurait : « Grand frère... aide-moi, sors-moi de cet endroit, j'ai peur ! », et je ne pouvais rien faire. Les cauchemars me poussaient parfois à pisser au lit, comme si je n'étais qu'un enfant, mais ça me terrifiait tellement ! Parfois, lorsque la flamme de la vie semblait revenir en moi, je me levais pour prendre entre mes doigts un miroir, et longtemps je contemplais le reflet du lâche, ce dernier était parfait dans son rôle de bellâtre de seize ans, incapable de trouver en lui la bravoure de sauver la seule femme de sa vie.

Je touchais le fond, et quand je croisais mon regard gris, j'étais pris de frissons, l'envie de fracasser mon poing me prenait, et finalement, lâchant le miroir, j'allais vomir, et je retournais comme si de rien n'était dans mon lit, je me mettais à contempler alors l'horizon. J'avais un énorme vide dans mon cœur, c'était comme si l'Ombre m'avait arraché la moitié de mon âme, et je souffrais de ce trou béant dans ma poitrine, ce trou béant criant sans cesse : « Charles-le-Vaillant, tu n'es rien d'autre qu'un lâche, c'est comme si tu avais tué ta sœur ! », il s'ouvrait, et hurlant dans mon crâne sans cesse ces mots. Je ne pouvais plus dormir, poursuivi par le fantôme, et je ne pouvais plus supporter de rester éveillé.
Sachant que tout n'était rien d'autre qu'un mensonge : les marques de brûlures sur mon épaule et mon bras, c'était l'excuse que j'avais donnée à mon père pour ne pas avoir sauvé ma Louise, lorsqu'il m'avait demandé ce qui s'était passé : j'en étais l'auteur, et je racontais pourtant que c'étaient eux qui m'avaient fait ça. Un voile de mensonge sur le cadavre de mon courage, je me méprisais, comme je méprisais ceux qui m'avaient pris ma sœur. Je n'avais même pas la force de raconter la vérité, et je m'enfonçais dans le marécage de mon esprit : celui qui prenait mes pensées, et m'en offrait d'autre, enfonçant dans ma gorge l'amertume de la réalité, j'aurais tant voulu prendre un couteau pour l'enfoncer dans mon cœur... mais une fois encore, je n'avais pas les couilles de le faire. Et j'ai alors pris une décision.

Ma sœur était morte par ma faute ? Je n'avais qu'à me débrouiller pour la ramener à la vie, et je trouvai comment : ce fut de réaliser son rêve, et de me faire soldat, moi qui détestais la violence, je voulais porter une arme. Moi qui tremblais à l'idée de tenir une épée, je m'étais levé pour passer mon visage dans de l'eau froide, tandis que le corps prit de tremblement nerveux, j'avais regardé une dernière fois le visage de Charles-le-Vaillant, et j'avais contemplé celui de Vaillant-le-lâche : un regard gris, comme celui de ma sœur, une peau pâle comme la sienne, un corps robuste et élancé, il me manquait juste la paire de seins livrés avec, et les cheveux bruns. Je ne pouvais pas devenir ma sœur... mais je pouvais accomplir son désir ardent de rentrer dans La Garde Impériale, et ainsi, je suis partie de chez moi en laissant une simple lettre, trop faible pour quitter mon frère et ma sœur, ainsi que mes parents en face. Sur mon journal de bord, j'avais marqué avant de quitter cet endroit :

« Qu'importe la date, elle n'a pas à être retenue.

J'ai pris la décision de devenir ce que ma sœur n'a pas pu devenir pour elle-même, Louise était pleine de volonté, et de joie de vivre, je ne suis qu'un adolescent triste et amer. Je ne peux pas devenir totalement ma sœur, alors je deviendrais son rêve, je vais me faire soldat, comme elle l'aurait voulu. Je pars aujourd'hui, alors que le jour n'est pas encore levé, ainsi j'échappe à la douleur de voir son corps enterré, je ne supporterais pas ça. »

Et je suis parti sans dire adieu à ma famille, et j'ai découvert Ishtar, le cœur même de l'Empire.



Le soldat poussa un soupir, son interlocuteur le regardait avec un intérêt grandissant, il posa sa main sur son épaule, et lança :

— J'avais raison... vous êtes un homme intéressant ! Et par la suite, que s'est-il passé ?

Vaillant De Beaumont haussa les épaules et les sourcils, il but une autre gorgée d'Hydromel, et il poursuivit l'histoire de sa vie :

— Ishtar... rien que ce nom évoquait enfant chez moi la Réussite, celle qui vous propulse tout en haut des autres, et vous donne le droit de gouverner. Cependant, contrairement à mon grand frère Mark, je n'ai pas cette passion pour le pouvoir, et contrairement à ma sœur Louise, je n'ai jamais désiré voir la Justice grossir pour éclater la face des criminels, j'aimais certes les histoires épiques, et tout le bordel, mais je n'étais pas assez atteint par ça pour vouloir changer le monde. Je suis juste... un homme comme les autres, sortant un peu de l'ordinaire parce qu'il prend soin de son apparence, c'est tout.

Toujours est-il que mon arrivé à Ishtar fut un changement, hélas pas celui que j'avais espéré ; je croyais que la Capitale allait me forger, et faire de moi enfin l'homme que ma sœur croyait que j'étais : à savoir Vaillant, mais je me suis rendu compte qu'ici, les choses ne sont pas aussi simples. Je suis parvenu à entrer dans l'armée, je sortais à peine de mon choc, et c'était le regard vide que je me suis engagé comme soldat à la Garde Impériale, et j'ai découvert que la volonté ne suffisait pas, lorsque j'ai justement passé la visite médicale. C'était un beau mois d'été, l'air était chaud ici, contrairement à ma province natale, et assit en face de moi ce qui paraissait être un médecin à l’œil impassible, les mains sur les genoux, droits comme un I, je peinais à lire le tableau en face de moi. Ça m'avait paru bien facile, lorsqu'il m'avait demandé de lire les lettres sur ce panneau, mais celles-ci s'étaient rapidement embrouillé, ou se dédoublaient sournoisement sous mon regard décidé, je peinais à parler à cause du stress, et je vis le médecin pousser un soupir contrarié. Il m'avoua sans le moindre détour, PAM, comme ça :

« — Je crains que vous possédiez des problèmes de vue, de la myopie... et c'est chose ennuyeuse pour un soldat.
— Mais ! M'exclamai-je aussitôt. Ne pouvez-vous quand même pas... soumettre mon dossier ? Ou...
— Certes... mais ne vous attendez pas à être retenu, jeune homme. Au fait... pourquoi votre épaule droite est légèrement plus haute que la gauche ?
— Entraînement, répondis-je en refusant de penser à la grande rousse. »

Serrant les dents, agacées, et voyant déjà le rêve de ma sœur s'envoler, je baissai les yeux sur mes mains, et alors que le médecin se relevait pour me souhaiter bonne continuation, je donnai un petit coup de talon à la table derrière moi, ce qui eut pour effet de renverser tout son matériel. Il émit un grondement irrité, et alors qu'il ramassait son joyeux bordel, je barrai la mention « Myope » pour la remplacer par « R.A.S », et c'est ainsi que malgré tout, je suis entré dans l'armée : en trichant. Vous pouvez trouver ça ridicule, mais au moins... j'ai pu me approcher de ce que ma soeur souhaitait être, certes certainement pas une tricheuse, mais au moins, je pouvais faire quelque chose de ma vie. Moi qui n'avais jamais eu la moindre ambition.

Cependant... on va dire mon intégration c'est passé... comment dire ? Je n'ai pas la carrure du type qui dégage une putain d'aura, non rien de tout ça, je suis celui qui est mis de côté, tout juste bon à rester dans l'Ombre du premier. Eh bien... ce n'est pas que je n'ai pas supporté ça, mais... malgré moi, je me suis fait remarquer. C'était à la caserne durant l'heure de déjeuner, je venais tout juste de sortir d'entraînement, et je mordis dans un morceau de pain rassis, quand je me suis fait accoster par trois types, trois types qui faisaient le double de mon poids, et une tête de plus que moi. J'avais donc effectivement plus l'air du noble freluquet et pleurnicheur que du soldat sans peur ni reproche. Donc... je ne sais plus trop comment, et qu'importent les détails dans ce genre de situation, on a commencé à se disputer, je crois que c'était parce que j'étais assis à leur table habituel, et répondant à peine, concentré sur mon morceau de pain, je commençai à les entendre dire :

« — Eh bien... pas très causant.
— Je crois qu'il manque de courage.
— C'quoi ton nom déjà ? Vaillant ? Mon p'tit... tu caches un Sans-Couille ? »

Et moi-même... je n'ai pas su quelle mouche m'avait piqué, poussant un cri de rage, je me suis relevé et sans plus de cérémonie, oubliant mon titre, je lui ai éclaté mon bol de gruaux en pleine tête. C'est lorsque j'ai senti leurs trois regards noirs que j'ai compris que je venais de faire une belle connerie, je reculai, peu sur de moi, alors que le premier me saisissait par le col :

« — T'as fais quoi là ?
— Ri... r-r-r-r-rien... ma main a glissé ! »

Oui, j'avais un don pour raconter n'importe quoi aussi, un don que j'ai toujours d'ailleurs.

« — Tu te fous d'moi ?
— Non... je n'oserais pas ! »

Ils se sont avancés d'un même pas, et voulant utiliser la bonne veille excuse : « J'ai autre chose à faire ailleurs ! », je me suis reculé, et soudain, tous les trois me foncèrent dessus. Au fait... ai-je précisé dans la triste histoire de ma vie qu'en plus d'être un couard, je suis un malchanceux maladroit pas possible ? Eh bien... je peux dire que c'est entrant dans La Garde Impériale que je me suis rendu compte de ça. Quand ils ont voulu me refaire le portrait, j'ai voulu m'enfuir, je déteste vraiment la violence, cependant... sans doute un geste de l'Ombre, j'ai esquivé les trois grotesques personnages sur le côté, et... ils se sont pris dans mes pieds, donc en gros... ils se sont joyeusement cassé les dents par terre, devant une cantine morte de rire. Ils se relevèrent, mais une voix forte tonna derrière moi, je me retournai vers un grand homme qui cracha :

« — Je ne tolère pas de tel comportement ici ! Vous quatre vous serez punis pour ça : corvée de pomme de terre jusqu'à nouvel ordre ! »

Classique, cliché, tout ce que vous voulez, et surtout : très chiant.

Toutefois, il y a deux choses que j'ai découvertes en venant à Ishtar : les petites frappes, et les bordels. Je raconterai tout d'abord ce qui s'est passé avec les petites frappes, je garde le meilleur pour la fin, et mon amour des bordels aussi.

Ma première mission en tant que soldat ? Ce fut de rattraper un voleur de pommes, un simple voleur de pommes qui malgré tout... faisait sans doute le double mon poids, mais en muscle, je déteste la violence, et pour un simple voleur, je tremblais déjà de peur. C'était la nuit, une belle nuit d'été à l'air souillé par la crasse, les Bas-Fonds d'Ishtar ne sont pas les endroits les plus beaux qu'on peut voir : toute la misère humaine s'y loge, recroquevillée comme un rat en fin de vie dans son trou, tremblant, puant la faim, sentant la soif, et je peux affirmer que c'est effrayant de voir cet éclat vitreux dans un regard misérable. Pas pare qu'il avait les yeux clairs, mais plutôt parce que cette lueur dans son regard était tout aussi haineuse que celle que j'avais pu apercevoir dans le regard du chauve, et ce souvenir que j'étais parvenu à enfouir, il était revenu quand j'avais dû poursuivre ce bougre dans les ruelles.

Des ruelles étroites, viciées, et sales qui me firent grimacer de dégoût dans ma course, nous étions quatre après lui, et j'étais le dernier, loin derrière, la peur au ventre. Mes mains tremblaient, et contrairement aux autres, je n'avais pas encore dégainé mon épée, je me contentais de les suivre sans grande conviction, sinon celle de fuir ; chassez le naturel, et il revient au galop. Je m'arrêtai soudain lorsque je vis mes compagnons s'enfoncer dans une rue grouillante de rats, et de cadavres d'enfants, sans doute morts de faim, sans doute tués par un pervers quelconque. À cette vue macabre, mon estomac s'est retourné, et j'ai reculé en voulant partir, cette vision était horrible, et comme lors de mes cauchemars, je voyais le fantôme de ma sœur morte remplacer la tête de ces malheureux. Une tête fracassée en deux, le sang coulant de ses oreilles, et son éternel : « Grand frère... tu es courageux, aide-moi ! Vaillant ! », et... j'ai désiré m'arracher l'espace d'une seconde mes yeux, cette hallucination m'était insupportable. Je reculai et je partis en courant dans une autre rue, moins poisseuse d'excrément et de pauvreté, pourtant je percevais la voix de mes compagnons hurler :

« — Vaillant ! Qu'est-ce que tu fais ?
— Bordel !
— Il est où ? Peut-être qu'il a une idée ? »

Une idée... ? À part m'enfuir la queue entre les jambes ? Disons... que parfois, le hasard m'aidait à cacher ma nature de lâche, car sans le vouloir, je tombai sur notre drôle qui s'arrêta en me voyant. Il tenait son sac de pomme dans un bras, et dans la main, ses doigts serraient un poignard rouillé qui me fit frémir, je grimaçai et je le vis, paralysé, s'avancer calmement vers moi. L'éclat vitreux de son regard me pétrifia, et la bouche tordue dans un rictus moqueur, il marcha en ma direction, l'intention de me tuer émanait de son être, j'avais très envie de pisser. Soudain, une idée justement germa dans mon esprit, fouillant dans mes poches, je trouvai ma bourse de cuir, sentant contre ma poitrine mon journal de bord. Je tendis l'argent vers lui, et d'une voix tremblante, je demandai :

« — S-s-s-s-si... tu veux bien me suivre à la caserne, je te donne cent pièces d'or !
— Pardon ? T'es con... ou tu le fais exprès ? T'as de tripes ? »

Je serrai les dents et tout à coup, je perçus les pas de mes compagnons soldats s'arrêter, ils étaient arrivés par la rue derrière notre cible. Ils me lancèrent, non sans satisfaction :

« — Bien joué Vaillant ! »

Et pris par la panique, le drôle bondit sur moi en essayant de m'enfoncer son poignard dans l'épaule. Je parvins tout de même à l'éviter, mais le corps secoué de tremblement, le cœur battant jusqu'à me donner l'envie de vomir, je reculai et esquivai du mieux que je pouvais ses attaques, jusqu'au moment... où tombant en arrière à cause d'une poubelle, je l’entraînai avec moi dans ma chute. L'homme m'écrasa de tout son poids, et j'eus juste le temps de voir son poignard pour lui donner un coup de tête, et de changer nos positions ; mon honneur m'importait plus que ma peur, et le prenant par les cheveux, j'éclatai son crâne contre le sol plein de déchets, il perdit connaissance. En quelques secondes seulement, je crus que j'allais mourir, et cette peur incroyable m'avait forcé à agir, à sauver ma peau des mains de cet homme. J'entendis des sifflements, et en sueur, les larmes aux yeux, je me tournai vers mes camarades qui hurlaient :

« — Tu l'as eu ! Bravo !
— Euh... oui ! »

Jouant le rôle du grand Chevalier Blanc, je me relevai et dégainant mon épée pour effleurer sa gorge de la pointe, loin d'être fier de moi, je m'exclamai pourtant avec ferveur :

« — Hem... une fois encore, la Justice terrasse le crime ! »

Et Vaillant Charles De Beaumont commença à écrire sa légende : dans sa maladresse, et le mensonge. Au moins, le ridicule ne tue pas, sinon je serais mort depuis longtemps.

Lorsque je ne courrais pas de droite à gauche, essayant tant bien que mal de ne pas dévoiler aux regards de mes compagnons ma véritable nature, je me rendais dans un bordel qui se nommait : « Le Pays des Plaisirs », un nom plutôt pompeux, mais qui méritait d'offrir à ses clients de la bonne chair. J'aimais passer le plus clair de mon temps dans cet endroit, entouré des plus jolies femmes qu'Ishtar devait renfermer. D'ailleurs... c'est aussi là-bas que j'ai sans doute fait la plus grande bêtise de ma vie, et pourtant, seule l'Ombre sait à quel point j'ai un don pour attirer les emmerdes. Je me rendais dans ce bordel depuis que j'étais entré dans La Garde Impériale, et malgré ma honte, c'était dans cet endroit que j'étais à dix-sept ans devenu homme, entre les seins d'une putain de vingt ans mon année, humiliant... n'est-ce pas ? Cependant, c'était un peu la coutume je crois, enfin j'espère de ma famille.

Mark m'avait souvent raconté qu'il adorait passer son temps libre dans ce genre d'endroit, et à vingt-deux ans, je consacrais une grande partie de mon temps libre avec les putains de ce bordel, et je connaissais même plutôt bien leurs corps, enfin pas que ça... mais aussi leurs âmes. Ma favorite s'appelait Liliane, et souvent je demandai à passer du temps avec elle, une jolie brune au regard clair qui avait plus de conversation que toutes les femmes de la noblesse. Un soir alors que j'étais en repos, la main sur sa taille, la tête contre son épaule, je la laissai me donner un peu de son affection, une affection que j'achetais toutefois avec de l'argent, c'est triste, j'en avais conscience, mais j'aimais quand même les bras de Liliane. Je percevais les voix des autres putains parler de tout et de rien, quand soudain le sujet de leur conversation m'alerta :

« — Eh bien... à votre avis... quel est l'homme le plus fort d'Ishtar ?
— C'est l'Ex-Régent !
— Tu crois ? Moi je dirais le grand albinos...
— Ou le Duc-Gouverneur ! Aah... quel homme !
— Hum... je pense plutôt que c'est ce soldat, la Panthère Grise qu'il se fait appeler, plein de rumeurs courent à son sujet. Certains racontent même qu'il aurait vaincu en combat un Philosophe, chef d'un réseau de révolutionnaires.
— Bah... ce n'est qu'une légende, et on ne connait même pas son visage !
— On dit que c'est un beau jeune homme blond... »

Je me crispai dans les bras de ma favorite, et celle-ci baissa son beau visage vers moi, elle me serra un peu plus dans ses bras, et elle me murmura avec douceur :

« — Cette Panthère Grise... c'est toi ?
— Pour tes beaux yeux, je serais qui tu veux. Liliane... je crois que je suis am... »

Je ne pus lui avouer mes sentiments, car aussitôt, nous perçûmes le cri d'une putain, je sursautai et prenant mon épée, je posai mon regard sur une jeune femme qui s'écroula devant nous. Pleine de sang, la robe déchirée, les larmes aux yeux, elle peina à parler, et Liliane me quitter pour l'aider à se relever, elle saignait au niveau de la poitrine. Je m'écartai du sofa, et la regardant, la main déjà tremblante, je perçus sa voix sortir péniblement de sa gorge :

« — Il... il m'a demandé si j'étais une hérétique... parce que je suis un Objet ! Et il... il a voulu me tuer !
— Qui ça ? Demanda Liliane.
— Un Inquisiteur ! »

Je sursautai aussitôt, et lorsque Liliane posa son regard sur moi, je tremblai de suite. Je comprenais ce qu'elle attendait de moi, et mes pieds restaient cloués sur le sol, je ne voulais pas ! Je n'étais pas fait pour le combat ! J'ouvris la bouche dans l'espoir de me trouver une excuse, mais ma favorite me coupa la parole :

« — Vaillant... si tu es cette Panthère Grise, prouve-le !
— Je...
— Fais-le... fais-le pour moi !
— B-b-b-bien... »

Et par amour pour cette putain, je suis parti à la poursuite de l'Inquisiteur. J'avalai ma salive, et reculant d'un pas, je détalai du bordel comme un lapin, la conviction de m'enfuir dans la ruelle à droite, une fois que je serais sorti du regard suppliant de Liliane. Et c'est ce que je fis, je tournai bien à droite, et je tombai nez à nez avec l'Inquisiteur ; vous savez, ces gens-là, vous n'avez pas besoin de voir leur visage pour les reconnaître, ils sentent la mort à des kilomètres, le sang est leur seconde peau, et la cruauté la seule chose qu'ils connaissent. Je l'ai donc brutalement percuté dans le dos... et là... ça a été un peu l'effet domino.
Il est tombé en avant, et sa tête heurta brutalement un échafaudage juste devant lui. Et quand son corps s'écroula sur le sol plein de crasse, l'échafaudage se brisa, et comme un éboulement, il tomba sur l'Inquisiteur. Une planche lui brisa la nuque, et con comme une armoire, je suis resté un bon moment, le cœur hurlant de peur dans ma poitrine, le corps tremblant. Je regardai autour de moi pour m'assurer que personne n'avait vu la scène, et mordant ma lèvre, je me rapprochai de l'Inquisiteur. Je reconnut à peine le visage, et donnant des coups de pieds dans les planches de bois, je me rapprochai de lui, et d'une petite voix faible, je suppliai presque :

« — Monsieur ? Ça va ? Vous... vous êtes vivant ? Hein ? C'est... ce n'est pas le moment de dormir, hein... »

Le souffle haletant, je posai mon oreille contre sa poitrine, et je demandai, terrassé par l'effroi :

« — Vous... pourquoi vous ne respirez plus ? »

Et là... je vérifiai son pouls, et soudain, contre ma volonté, je lâchai dans un cri étouffé :

« — Oh putain... je suis dans la merde ! »

Ce que j'ai fait ? Eh bien... n'ayant pas le courage de hurler haut et fort que je l'avais tué — par accident —, j'ai... vendu le corps. Oui... je n'en suis pas très fier, mais j'ai vendu le cadavre à un Scientifique travaillant dans la Zone industrielle de la ville. Je lui ai apporté le cadavre de l'Homme de l'Ombre, et il posa sur moi un regard patibulaire, il tenait plus de bergers allemands que de l'humain, il avait dans sa bouche une sucette qui répandait une odeur âcre, encore un truc chimique. Je n'osais pas regarder derrière lui les ombres se dessinant dans les coins, des grandes ombres qui me laissèrent imaginer la présence de corps. Un Scientifique... ça fait des expériences, forcément, et je n'avais pas envie de savoir ce qu'il allait faire du corps. Je pouvais juste sentir cette odeur âcre, ainsi que celle de la pourriture, il avait l'avant-bras plein de cicatrices, infectées en plus. Les mains dans les poches, il me surveilla de son œil morne, jusqu'à ce que je demande, la peur au ventre :

« — Je... vous en voulez combien ? »

L'homme bâilla sans plus de politesse, et se détournant de moi, il alla vers les ombres au fond de la pièce, alors il tira le bras encore chaud d'une petite fille. Je sentis mon estomac se retourner à cette vue, et il jeta le bras à mes pieds, je manquai de m'écrouler. Et prêt à me coller contre le mur, tellement cette chose puait et semblait encore... vivante ! Je... je crus même voir un doigt bouger ! Le Scientifique me toisa non sans mépris, et donnant un coup de pied dans le bras de fillette, il rapprocha son visage du mien. Il émit un ricanement rauque, et posant sa main prés de ma tête, il murmura :

« — Ce n'est pas la question... j'suis même plutôt content d'voir un type comme ça mort ici, les Inquisiteurs, c'tous des fils de pute. J'ai toujours rêvé savoir ce qu'ils avaient dans l'ventre, merci p'tit gars.
—... Ravi de l'apprendre...
— Mais ! T'vois... j'ai besoin d'fric pour continuer mes expériences, et j'pourrais te découper les parties, alors que t'es encore vivant...
—...
—... Ca m'servira à rien, tu pues la noblesse, alors on va faire comme ça : j'veux que tous les mois tu m'donnes cent pièces d'or, et en échanges : en plus de rien dire sur ton meurtre, gamin, j'vais pas te tuer, ou te violer, ou t'éventrer... 'fin tu vas garder ta dignité de p'tite salope.
— Je...
— C'est un marché plutôt appétissant, hein ? »

Et c'est ainsi que je suis devenu la victime de ma propre bêtise.


Vaillant releva enfin la tête, et buvant une dernière gorgée d'Hydromel, il fixa sans expression l'homme en face de lui. Ce dernier poussa un petit sifflement entre ses dents, et les coudes croisés sur le comptoir, il lâcha :

— Eh beh... c'est une putain d'histoire ça ! J'avais raison de dire que vous étiez intéressant, bonhomme.

Vaillant se contenta de hausser les épaules, et l'autre lui désigna une bagarre qui en face d'eux semblait commencer. Il y avait un homme de plus de deux mètres, prés d'une putain qu'il essayait vaillamment de protéger contre un pervers, il y avait aussi un autre type plus mince et moins impressionnant. Vaillant regarda le colosse en frémissant, et se retourna vers son interlocuteur, ce dernier lâcha :

— Cet homme... on l'appelle l'Homme-Arbre, si tu as gagné des tripes entre-temps, va l'arrêter avant qu'il brise l'épaule de l'autre drôle.

Le jeune homme grimaça, visiblement mal à l'aise, De Beaumont se leva sans pour autant venir rejoindre l'Homme-Arbre, il fit un simple pas, et il recula. L'autre le fixa froidement, la terreur se peignit sur la face blême de Vaillant, et il émit un petit rire amusé par tant de noblesse ridicule et de lâcheté. Il s'approcha de sa victime, et passa son bras autour de son épaule, il murmura :

— Au moins... tu sembles avoir dessoûlé un peu, une dernière chose...

L'homme commença à le forcer à marcher, et il ajouta :

— Pourquoi la Panthère Grise ?

Le jeune homme se raidit, et poussant un soupir, il releva pourtant les yeux vers le ciel, une fois qu'ils furent sortis du Cochon Pendu. Pris dans une réflexion, son front se rida, et haussant les épaules, il répondit d'une voix rêveuse :

— Oh... quand j'étais enfant, et que ma soeur s'amusait à jouer les preux Chevaliers, elle créait son petit monde, et s'imaginait alors l'espionne envoyé surveiller un réseau terroriste qu'elle croyait pouvoir défaire toute seule, ridicule, n'est-ce pas ? Eh bien... son nom de code était la Panthère Grise : elle adorait cet animal, aussi fort que magnifique, alors elle voulait que je l'appelle ainsi lorsque nous imitions les héros de ses contes. « Grise »... parce que comme moi, elle avait les yeux gris, voilà tout. Et de toute façon, croyez-moi, le tout ce n'est pas d'être fort, mais c'est de le paraître assez pour ne pas avoir une tonne d'emmerdes sur le dos !

L'homme conduit De Beaumont dans une ruelle, le bras toujours autour de ses épaules, il poussa un soupir, et souriant, il déclara au soldat :

— Ah... je comprends... et j'ai bien fait de vous aborder : je n'aime pas les héros, et vous avez tout du lâche sans honneur. C'est extraordinaire... et maintenant, imaginez ce qui se passerait si jamais on apprenait que la Panthère Grise s'est fait avoir par un Scientifique, et qu'il a tué par accident un Inquisiteur ?

Le jeune homme fut paralysé par la peur, son interlocuteur en fut et ravit, et il continua d'une voix de plus en plus doucereuse :

— Tu devrais apprendre à ne pas parler aux inconnus, surtout lorsqu'il s'agit de tes secrets, l'alcool délie trop facilement les langues. Alors... je vais te proposer une chose : je garde tout ça pour moi, et en échange, tu feras tout ce que je te dis. Je transmettrai tout ça à la caserne, quand je te jugerai utile pour ma personne, compris ? Brave garçon, va !

Dans un rictus victorieux, l'homme laissa sans ajouter quoi que ce soit Vaillant De Beaumont. Désespéré, le jeune homme baissa les yeux sur ses bottes, l'estomac noué, esseulé, il se décolla enfin du mur pour rentrer à la Caserne. Et encore une fois, il venait de se faire joliment avoir, lui, la célèbre Panthère Grise connue dans toute la Capitale pour son cœur valeureux, il avait dévoilé par mégarde son secret, et glissait de nouvelles fois sur un terrain dangereux. Sans doute, il n'allait pas tarder à mourir par les pieux de sa connerie. Il était loin d'être Charles-Le-Vaillant, alors il laissa quelques larmes couler sur ses joues pâles ; il leva la tête vers le ciel noir de la nuit, il poussa un soupir à fendre l'âme. Et Vaillant-Le-Couard rentra dans sa tanière, mélancolique, éternellement amer, souvent endetté, et pour toujours simplet et lâche. Quel couillon, n'est-ce pas ? Au moins ce joyeux idiot avait l'art de faire rire, et vous ? Trouvez-vous comique l'histoire de ce lâche ? Souriez.



Mais vous êtes qui, en fait ? ._.

    Comment avez-vous découvert le Forum ?
    -… On va simplifier en disant que je joues déjà : Marius De l’Ombrage, Émile Paole, et Asgeir.
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    - Je vous maudis, vous avez pris mon âme !
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    - J‘ai pour votre plus grand bonheur/malheur élu domicile ici !





Dernière édition par Vaillant De Beaumont le Ven 20 Jan - 0:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.   Dim 31 Juil - 6:26

Encore une sublime production de ta part, chère amie... La longueur de l'histoire a été réduite par rapport au perso précédent, donc j'ai su lire en une fois. Ça donne bien.

Je te souhaite bon courage pour ne pas perdre complètement les pédales avec tous ces personnages XD Et je vais te mettre ton insigne pour le 4ème compte !


Bon amusement (encore) !

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MessageSujet: Re: Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.   Dim 31 Juil - 8:48

Haha merci o/

Oh ne t'en fais pas, ça fait un bon bout de temps que ma santé mental s'est fait la malle x)
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MessageSujet: Re: Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.   Ven 20 Jan - 1:09

Pfffffiou... tout a été fait, sur les quatre persos \o/

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Si la panthère savait combien on la craint, elle ferait beaucoup de mal.
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MessageSujet: Re: Vaillant Charles De Beaumont - La Panthère Grise.   

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